‹ Cours de morale à l'usage des écoles laïquesChapitre 17 sur 44 · QUESTIONNAIRE DU CHAPITRE X · texte numérisé non relu

QUESTIONNAIRE DU CHAPITRE X

D. L'autorité qai tient à la fonction est-elle personnelle, comme l'autorité qui tient à la famille ? — R. Non, elle a exclusivement pour objet une œuvre extérieure. — D. Où prend-elle sa source ? — R. Dans un contrat verbal ou écrit passé entre plusieurs personnes, et en vertu duquel Tune d'elles se subordonne à l'autre dans l'exécution de cette œuvre. — D. Quel titre prend la personne subor* donnée ? — R. Le tKre d'inférieure. Elle obéit dans raccompllssement du travail. — D. Et la personne à laquelle elle se subordonne ? — R. Le titre de supérieure. Elle commande dans la même condition. — D. Gomment s'appelle ce droit de commandement ? — R. 11 s'appelle l'autortï^. — D. L'autorité quittent à la fonction est-elle bien strictement limitée par la fonction elle-même? — R. Elle l'est dans certains cas, elle ne l'est pas dans d'autres. — D. Quels sont les premiers cas ? — R. Celui d'un ouvrier qui exécute un travail déterminé, dans une manufacture, par exemple ; d'un contre-maître qui surveille des ouvriers ; d'un employé qui tient des écritures, etc. — > D. Dans tons ces cas, que demande le supérieur à l'inférieur ? — R. Il ne demande que l'exacte exécution de son travail. — D. N'existet-il pas d'autres fonctions dont il est impossible de déterminer d'avance l'objet d'une manière aussi précise? — R. Oui. un fonctionnaire politique, par exemple, un employé de confiance dans une maison de commerce, une institutrice dans une famille. — D. Qu'estce qui distingue ces dernières fonctions des premières? — R. C'estque l'engagement ne peut déterminer d'avance le travail avec exactitude, et, ce travail même ayant un côté moral, la personne se trouve en quelque manière comprise dans l'engagement. — D. Quelle est, dès lors, la nature du lien? — R. Le lien est personnel et moral ; quand on a accepté de telles fonctions, on est tenu par délicatesse à un respect, une fidélité particuliers envers ceux à qui on est attaché. — D. L'autorité de la fonction est-elle usurpatrice et arbitraire en elle-même' — R. Non, car elle est indispensable; elle est une condition nécessaire du travail. — D. Comment cola ? — R. Aucun travail ne peut s'exécuter sans que les fonctions se divisent, et que les unes se subordonnent aux autres. — D. L'auto-

rité de la foncUon a donc sa source dans la natare des choses ? — R. Oai, et on ne saurait s'en passer. — D. Est-ce qu'on la trouye partout ? — R. Oui. Partout où le travail est organisé, même de la façon la plus libre. — D. Citez quelques exemples? — R. Si on bâtit un édifice, il est nécessaire d'avoir un plan auquel chaque partie du travail soit subordonnée. 11 faut avoir aussi un directeur général des travaux qui gouverne l'ensemble. — D. Pourrait-on se passer de ce directeur? — R. Non, car en admettant même que chaque ouvrier f&t consciencieux^ conune chacun se préoccuperait exclusivement de sa partie, le travail manquerait d'harmonie. — D. Citez un autre exemple ? — R. Dans une imprimerie^ il y a des ouvriers, un prote, un employé qui surveille, un chef, etc. — D. Cette organisation se retrouve-t-elle partout ? — R. Oui, partout; non-seulement dans les grandes industries et les grandes administrations, mais dans l'atelier le. plus humble, aux champs et à la ville, dans la famille, dans la classe. — D. Cette inégalité dans les fonctions a-t-elle quelque chose d'humiliant ? — R. Nullement ; le travail est noble en lui-même, et il est noble dans toutes ses parties. — D. N'y a-t-il aucun travail méprisable? — R. Aucun, à moins que ce ne soit une tâche oiseuse ou dérisoire qui montre peu de respect pour nos labeurs. — D. Citez quelques exemples ? — R. Remplir le tonneau des Danaides, monter le rocher de Sizyphe, si c'était possible, ou même se tenir debout immobile derrière une voiture ou les bras croisés dans une antichambre. «- D. N'y a-t-il pas d'autres fonctions, comme le balayage des mes, le nettoyage des machines qu'on puisse mépriser? — R. Ces fonctions ne demandent pas une grande intelligence ni beaucoup de connaissances acquises, mais elles sont respectables en elles-mêmes. — D. Toutes les fonctions, cependant, ne sont pas égales ? — R. Il y en a de plus avantageuses, d'autres qui correspondent mieux à nos goûts ; d'autres encore qui ont un but plus directement moral, comme l'éducation ; d'autres qui requièrent plus de capacité et de valeur. Il n'y en a pas de méprisables, du moment qu'elles c<mcourent à l'accroissement du bien-êlre, des connaissances de la civilisation. — D. Le travail est don» noble en lui-même? — R. Oui, il développe nos forces en nous apprenant à les exercer, et nous fait solidaires les uns des autres dans la série d'échanges et de transactions qui se produit autour de nous. — D. Comment agit-il encore ? — R. Il équilibre nos facultés et nous rend ainsi plus aptes à comprendre tous les sentiments vrais, à nous élever aux idées générales ; il nous fortifie dans la lutte du bien et nous porte au détachement de nos petits égoïsmes et de nos vanités

paériles. — D. Pourquoi la subordination dans le trayail n'est elle pas humiliante ? — R. Quand on obéit en vertu d'un contrat qu'on a librement accepté, on n'obéit qu'à sol-même. — D. Quand le contrat est personnel, n'entralne-t-il pas cependant un certain asserrissèment? — R. Non, car tout contrat personnel contient une réserre implicite : la souveraineté de la conscience. — D. Nous ne sommes donc jamais tenu d'obéir quand on nous commande une chose mauvaise ? — R. Jamais ; la liberté morale est inaliénable. C'est ce qui sépare le travail libre du travail asservi, et élève l'obéissance à la hauteur môme du commandement. — D. Pouvons-nous cependant accepter sous cette réserve une situation subordonnée vis-à-vis de quelqu'un que nous n'estimons pas ? — R. 11 serait dangereux de le faire, car à défaut du droit, un supérieur exerce toujours une grande influence sur ses subordonnés. — D. Si nous nous laissions entraîner à mal faire, par le fait de cette influence, serions-nous humiliés ? — R. Oui, il est très- honteux de céder à une influence coupable, tandis qu'il est noble d'obéir à un commandement juste. — D. On ne doit donc jamais se trouver abaissé en obéissant dans la fonction ? — R. Jamais ; ce ne sont pas toujours ceux qui occupent les situations les plus élevées qui sont les plus dignes. ~ D. Cites des exemples ? — R. Telle servante honnête jusqu'au scrupule, travailleuse, dévouée, est bien au-dessus de sa mattresse, égoïste, vaine et frivole ; tel garçon de bureau a le droit de lever la tête quand il reçoit son salaire quotidien, tandis que son chef a lieu de rougir en réalisant les bénéfices de ses spéculations honteuses, etc. — D. Quel est le sentiment qui doit dominer l'autorité de la fonction, comme l'autorité de la famille ?

— R. L'égalité du respect, qui, sous des formes différentes, unit tous les êtres libres. *— D. En quoi consistent ces différences de forme ?

— R. L'inférieur doit plus de déférences et d'égards ; le supérieur de sollicitude. Ainsi la compensation existe. — D. Comment conclurons-nous cette leçon ? — R. En disant que la vraie noblesse tient exclusivement à la personne ; si l'intérêt, l'orgueil, la considération extérieure sont attacfts aux fonctions du commandement ; la dignité en est indépendante. — D. Il n'est donc pas plus humiliant d'obéir que de commander ? — R. Non, il n'est pas plus humiliant d'être le travailleur attaché à la glèbe ou à l'outil que le chef qui décide et qui gouverne : toutes les parties du travail sont nobles, et elles sont toutes égales devant la conscience.

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