QUESTIONNAIRE DU CHAPITRE XI
D. L'égalité da respect, qui, selon la morale, doit dominer toutes les inégalités secondaires de Tezistence» les domine-t-^lle toujours dans le fait ? — R. Non, le fait ne correspond pas toujours au droit ; régoïsme nous dessèche, Torgueil nous ayeugle et nous endurcit ; Tamour des plaisirs, le culte des intérêts nous assenrissent. — D. Qu'en résulte-t-il ? — R. Que la conscience s*altère, le sentiment du respect et de l'égalité s'affaiblit. ~ D. Que voyons-nous alors dans les rapports de supérieurs à inférieurs? — R. Nous voyons trop souvent que les témoignages d'égards et de bienveillance sont remplacés p^r la hauteur, l'insolence et la dureté. — D. Qu'en résuit e-t-il chez les inférieurs ? — R. L'ingratitude et l'envie. — D. Cette défaillance morale peut- elle nous faire beaucoup souffrir? -- R. Oui, elle peut nous froisser dans toutes nos dignités, dans toutes nos délicatesses. — D. Quel est le meilleur moyen d'obtenir du respect de ceux qui ne sont pas disposés à en ressortir ? — R. C'est d'en être soi-même pénétré, car Je respect se communique ; on peut même dire qu'il s'impose. — D. S'impose-t-il au moyen d'une force matérielle ? — R. Non ; mais il possède une autorité morale qui
est presque toujours irrésbtOde. — D. Gomment pentna remarqoer œ fidt T — R. U est des persomies qui, dus one situation extérieure des plus modestes, exercent autour d'elles une grande Influence. ~ 0. De quelle façon ? — R. Quand elles parlent, on les croit ; nul ne met en doute la sincérité de leurs paroles ; tontes l^urs opinions sont euTisagées ayec déférence, et aussitôt qu'elles les expriment, chacun incline du ce cdté. — D. Cette influence s*exerce>t-eU6 même sur la conscience des autres ? — R. Oui ; en lace de telles personnes, on refoule ses mauvais sentiments ; leur blâme nous parait redoutable» et on se sent meilleur en leur pré* sence, parée que leur présence nous porte à faire des ^orts pour réaliser le bien. — D. Que doit-^m penser de telles personnes ? — R. Qu*ttUet ont un grand respect d'elles>mèmes et des autres^ et ce respect exerce autour d'elles une domination morale. — D. Cites quelques exemples, et surtout des exemples de personnes qui, dans une situation inférieure, ont forcé leurs supérieurs au respect. — R. L'onde Tom, Marcel dans les Ifii^ifiieiiots, Marthe lannin, GeneTiève, etc. — D. Que prouvent tous ces exemples ? — R. Ils prouTent la puissance communicatiTO du respect de soi-même. — D. Doit-on confondre la dignité et l'orgueil ? — R. Non, la dignité Tient du respect de soi, Torgneli, du dédain des autres. — D, En quoi consiste rorgueil ? — R. En un certain culte de son individualité en opposition à celle des autres, culte qui nous conduit à nous séparer de nos semblables en nous glorifiant nous-mêmes, à les considérer comme inférieurs. — D. En quoi consiste la dignité ? — R. La dignité est le respect de soi, en tant que membre du monde moral. Or, comme le monde moral se compose de tous les êtres libres, de toutes les consciences, la dignité ne nous isole pas. Plus nous nous respectons nous-mêmes, plus nous respectons les autres. — D. L'orgueil ne peut-il cependant s'allier avec une bonne conduite ? — R. Sans doute, il T *^ ^^^ personnes orgueilleuses qid remplissent très-scrupuleusement leurs devoirs extérieurs, même par orgueil. Mais leur vertu, n^ayant d'autre objet qu'elles-mêmes, n'est pas communicative; elle irrite et blesse au lieu d'attirer ; elle n'est pas véritablement de la vertu. — D. L'orgueil est-il un très-grand défaut ? — R. Oui, très-grand, et le plus antipathique de tous. Il nous dessèche et nous endurcit ; il nous rend susceptibles, ombrageux, mécontents des autres. -^ D. ÎTa-t-il pas cependant quelque grandeur? — R. Il n'a de la grandeur que les apparences, et on ne saurait dire tout ce que les airs hautains et les superbes attitudes renferment le plus souvent de mesquineries. — D. Que produit au contraire la dignité ? — R, La
dignité, en nous élevant au-dessus des irritations de l'amourpropre et des petitesses de TinCatuation, nous donne de la douceur et de la facilité dans la vie. — D. Qu'arriye-t-il quand nous ayançons dans la vie morale ? — R. Plus nous concevons le bien d*une manière parfaite, mieux nous reconnaissons, en descendant en nousmêmes, combien nous sommes loin de le réaliser ; plus nous sentons nos manquements et nos défaillances. — 0. Que déterminent ces retours de la conscience ? •— R. Ces retours, incompatibles avec les suffisances de Torgueil» accroissent le respect. — D. Quels sentiments nous inspirent-ils ? — R. Nous en sortons en même temps plus modestes, plus forts et plus indulgents, mieux pénétrés de nos devoirs envers les autres, et ainsi la dignité, loin de nous garder dans un superbe et stérile isolement, nous rapproche de nos semblables ; elle devient la flamme intérieure qui vivifie la volonté par la volonté, et la conscience par la conscience.