SANCTION DB LA LOI MORALE
Le bien et le mal existent par eux-mêmes et indépendamment de la sanction. — • Il n'est cepen^nt pas indifférent qn'one sanction existe. — Diverses sortes de sanctions. — Punitions et récompenses de l'école. — Peines Imposées par la loi à ceux qui l'enfreignent. — Ces diverses sanctions ne frappent pas tous les actes , et elles atteignent rarement le mobile des actes qui en fait le caractère moral ; elles sont insuffisantes. — Autres sanctions qui consistent dans les conséquences directes de nos actes. — Ces sanctions nous atteignent par la santé ou la maladie, le succès ou rinsuccès de nos travaux et par l'opinion. — Elles ne remontent pas plus aux mobiles que les premières ; elles sont encore insuffisantes.
Nous avons vu, mes enfants, que le bien et le mal peuvent se traduire par le devoir accompli ou négligé, le droit respecté ou violé; en un mot, par la justice ou l'injustice. Ils existent donc indépendamment des résultats qui eQ découlent, indépendamment de la récompense et de la punition, ou, autrement dit, de la sanction qui peut y être attachée et qui les confirme.
qu'elles correspondent à l'idée que nous avons de la justice.
Maintenant, mes enfants, pouvez-vous me dire si récole est le seul lieu oii Ton punisse et oii Ton récompense? Dans la famille, n'y a-t-il pas aussi des sanctions attachées à vos actes ? — Oui, me dites* vous. — Gite;^ m'en alors quelques exemples. — Lorsque vous avez manqué à vos devoirs, vos parents vous privent de partager avec eux le repas de famille ; — ils vous privent de certains plaisirs, — ils ne vous accordent plus de con* fiance, tandis que, au contraire, lorsqu'ils sont satisfaits de votre conduite, ils étendent votre liberté, — ils vous font des présents, — ils vous consultent sur chaque chose. — Très-bien ; je vois que les parents et les mattres comprennent la sanction absolument de même sorte.
Si nous sortons maintenant de la classe et de la famille, pour regarder au delà dans la société, n'y trouvons-nous pas aussi des lois qui ont leurs sanctions?
— Oui, me dites-vous. — Citez-moi quelques cas.
11 y a des lois qui défendent la personne, d'autres qui défendent la propriété, et les infractions à ces lois sont punies de façons diverses. — Quand un homme attente à la vie de son semblable, par exemple, il est condamné aux travaux forcés, ou même à mort ; — quand il vole, quand il commet des fraudes, il est puni par la prison. — Des infractions plus légères sont punies moins gravement; — il y a des règlements de police relatifs à la propreté, à l'ordre dans les rues; — d'autres qui concernent l'industrie, les édifices publics, les écoles, etc«
— Les infractions à ces règlements sont punies de l'amende ou de quelques jours de prison, etc.
Je n'insiste pas, mes enfants, car nous ne faisons pas ici un cours de droit, et je me résumerai en disant que
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Tautorité, ne puissent pas parvenir à faire régner la justice d*une manière parfaite? '
Pour résoudre cette question, suivons notre méthode ordinaire ; interrogeons ensemble les faits.
Supposez un enfant qui tienne entre ses mains un vase de verre. Il éprouve une douleur subite- et laisse échapper le vase qui se brise en tombant. Un autre enfant tient un vase semblable; il en veut à celui à qui le vase appartient, et, par méchanceté, il le laisse tomber à terre, où il se brise en tombant, comme le premier. — L'acte est le même dans les deux cas; l'apprécierez- vous de la même façon? — Non, me répondez-vous; dans le premier cas, il est involontaire, îl n'est ni moral ni immoral ; dans le second, il est coupable, car il est accompli avec une mauvaise intention. — Qu'est-ce. qui détermine alors le caractère moral de Taete? — C'est le motif, l'intention. — Très-bien : c'est donc le motif que la sanction doit frapper pour être juste. — Mais comment reconnattrons-nous le motif? — Supposez que ces deux enfants affirment également qu'ils ont éprouvé une douïeur d'oii est résulté Ja chute du vase, comment les parents et les mattrès s'assureront-ils de la vérité? Comment descendront-ils dans la conscience de l'enfant? Il y a bien, il est vrai, des signes extérieurs: la rougeur du front, le balbutiement des paroles; mais un enfant peut être audacieux dans le mensonge, et le plus déterminé aura le plus de chances d'être cru.
Vous voyez de suite oii la difficulté réside. Nous la retrouverons dans d'autres cas.
Vous m'avez dit qu'une des sanctions de l'école était le nombre des poipts qui correspondent à la qualité des devoirs. Mais entre deux devoirs également mal faits,
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prouver. Comme il avait de nombreux procès et des affaires très-embrouillées, les juges, convaincus de sa mauvaise foi, faisaient les plus grands efforts pour le surprendre ; mais il connaissait si bien la loi, il était si habile et si plein de détours qu'il échappait à tout et se riait en lui-même de l'impuissance des juges. Je n'oublierai jamais sa figure méchante et rusée, son sourire narquois qui ressemblait à une grimace , son corps maigre et courbé mais alerte, ses allures de fouine. Il vivait seul misérablement, n'ayant d'autre passion que d'empiler de l'or et de tromper ses semblables, et il mourut ainsi, détesté et méprisé par tout le monde, sans avoir subi aucune condamnation légale, bien que dans la pensée deehacun il en eût mérité un grand nombre.
Voilà, mes enfants» un triste exemple de Timpui^ sance des lois. Je ne veux pas dire sans doute que Gobseck fût heureux ; je pense qu'aucun de vous ne serait, tenté d'envier son sort, même quand il aurait réuni dans ses caves tous les trésors des MUle et uma nuUs, Toujours est-il, néanmoins, qu'il a réussi à échapper aux justes atteintes de la loi, et si nous regardions de près dans le monde nous trouverions malheureusement bien d'autres cas analogues.
Nous pouvons donc nous résumer en disant que les sanctions positives ne frappent pas tous les aotes contraires aux lois. Nous reconnattrons de plus que parmi ceux qu'elles frappent, elles atteignent rarement le mobile qui en constitue le caractère moral. Nous ajouterons enfin, qu'en dehors de la famille et de la classe, ces sanctions dans la seciété, ont un pur caractère de défense ; elles consistent à punir, non à récompenser.
Maintenant^ ces sanctions sont-elles les seules? N'en est-il pas d'autres également extérteuresi mais qui, au
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