QUESTIONNAIRE DU CHAPITRE XVIII
D. Quelle est la loi de la nature inférieure ? -- R. C'est la force et l'instinct. •— D. Quelle situation y occupe l'individu par rapport à l'espèce ? — R. Une situation subordonnée. — D, Comment se conduisent dans cette sphère les êtres qui manquent de raison et de conscience? — R. Ils se conduisent, grâce à Tinstinct, d'une façon plus régulière et plus sûre que les hommes. — D. Les animaux n'ont-ils pas, à beaucoup d'égards, des sentiments analogues aux nôtres ? — R. Oui, certains d'entre eux ont l'amour conjugal, l'amour maternel,
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qu'un être est capable de sentiments constants et d'idées réfléchies, il a donc besoin pour se conduire d'une règle supérieure à celle de l'instinct ? — R. Sans doute, dès qu'il peut accumuler Théritage du passé et constituer autour de lui la Yie collective, il a besoin de cette règle, et s'il ne le sent pas, il s'expose aux plus grands maux. -— D. Quand l'homme suit la voie des espèces inférieures et le livre sans réserte à ses penchants, que lui arrive-t-il ? — R. Il tombe presque toujours dans des excès dégradants, ou il reste tout au moins dans une infériorité déplorable. — D. Qu'arrive-t-il à un homme et à une femme qui ne cherchent dans l'amour et le mariage que des joies personnelles et la satisfaction des intérêts égoïstes ? — R. Ils peurent oublier leur propre dignité jusqu'à se faire le jouet Tun de l'autre ; ils peuvent tomber dans toute sorte d'abaissement. — D. Citez-en quelques exemples. — R. Une femme peut devenir une esclave servile, se faire le complice de mille fautes^ de mille dégradations ; un homme peut trahir les devoirs les plus sacrés pour satisfaire les frivoles fantaisies d'une compagne indigne ; il peut renoncer à de nobles travaux, abandonner une grande viuse pour se livrer aux expédients d'une fortune rapide et d'un éclat sans honneur.— D. L*histoire contient-elle un grand nombre de ces fautes et de ces hontes ? — R. Oui, un grand nombre : les aventures de Gléopàtre, par exemple, l'enlèvement d'Hélène , les fautes de Marie Stuart, etc. — D. Sans considérer l'histoire, et en examinant seulement la moyenne de l'existence, ne trouverons-nous pas plus d'un témoignage de ce que nous avançons ? — R. Sans doute ; l'amour qui n'a d'autre objet que l'intérêt ou le plaisir n'élève pas ceux qui le ressentent ; il ne leur donne le secret d'aucun enthousiasme, d'aucune belle pensée, d'aucun dévouement. — D. Gomment ceux-là yivent-ils? — R. Ils vivent dans le terre à terre des jouissances matérielles, et nous présentent le plus souvent, en s^y livrant, le spectacle de deux égoïsmes vulgaires concertés ensemble pour exploiter le genre humain. — D. Que forment alors les époux entre eux ? — R. Une sorte de ligue, et ils apportent à défendre les intérêts conjugaux un acharnement qui n'a rien de noble. — D. Et l'amour maternel livré à lui-même sans mesure que peut-il devenir? — R. 11 peut devenir une véritable idolàtrie^ en prendre toutes les aberrations, les aveuglements, les violences et les faiblesses. — D. Une tendre mère peut donc mal élever son fils ? — R. Sans doute, elle peut en faire un tyran égoïste, un ambitieux vulgaire et un mauvais citoyen. — D. En sacrifiant tout à son instinct exclusif, que lui apprend-elle ? — R. Elle lui apprend à tout sacrifier à lui-même, à se considérer comme le centre du monde,
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subordonnent à l'ensemble de ces detoirs. ~ I>. Une femme qni est en même temps épouse et mère ne peut donc pas sacrifier ses enfants à son mari ou son mari à ses enfants, selon qu'un de ces penchants est plus fort que l'autre ? -^ R. Elle ne le doit jamais, et nous ne doTons pas non plus sacrifier la patrie à la famille, ni la famille à la patrie. — D. Cites quelques cas. — R. Un hotame ne doit pas abandonner sa famille dans le besoin pour se liyrer à l'apostolat de ses idées ; une femme ne doit pas détourner son mari d*accomplir ses deyoirs de citoyen ; des époux ne doivent pas, en s'absorbant dans leur bonheur, oublier les devoirs sociaux ; une mère, une amie ne doivent pas sacrifier les indifférents à l'objet de leur affection. — D. La Justice proscrit-elle les sentiments naturels ? — R. Non, mais elle les domine et les modère — D. Sous la règle qu^elle nous impose, la mère ne cesse donc pas d'être la mère« l'épouse ne cesse pas d'être l'épouse, l'ami ne cesse pas d'être l'ami ?
— R. Non, sans doute ; le devoir s'unit à leurs sentiments, et bien loin de les* affaiblir, il les fortifie et les relève, il en garantit la durée en les consacrant. — D. Quel est le rêle du sentiment dans la vie ?
— R. Il inspire, il anime, il échauffe, il transporte, il rend tous les sacrifices , tous les dévouements faciles, mais il ne doit pas gouverner. — D. Ce n'est donc pas dans les élans du cœur que nous devons chercher la hiérarchie des obligations ? — R. Non, c'est dans les décrets de la conscience. — D. L*exacte mesure à accordera chaque affection et à chaque devoir est-elle facile à déterminer ? — R. Non, mais aucune théorie ne nous la donnera ; c'est le secret de l'activité morale. — D. De quelle façon le découvrirons-nous? — R. Plus nous pratiquons la justice, plus elle prend d'autorité dans nos âmes et dans notre vie, plus elle y répand de lumière. — D. Quelle est la parole citée souvent à ce sujet d'un philosophe de l'antiquité ? — R. Aristote dit que la vertu est une habitude. — D. Comment résumerons-nous notre analyse de la justice? -* R. Nous dirons qu'elle est la fin de la vie morale, fin que l'homme seul dans la nature, éclairé par la conscience, est capable de concevoir et d'atteindre.
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