CONCLUSION
Nous voilà, mes enfants, arrivés au terme de ce cours, non pas, sans doute, que notre sujet soit épuisé. Loin de là. Âpres l'avoir examiné dans son ensemble, nous aurons à le reprendre, à en étudier toutes les applications, dans la vie de famille, par exemple, dans les rapports professionnels, dans les devoirs publics.
Vous êtes bien jeunes encore, vous êtes des mineurs; mais demain vous entrerez dans le monde, vous deviendrez des membres actifs et responsables de la vie sociale, des pères et des mères de famille, des citoyens, et vous devez vous préparer d'avance à la tache qui est devant vous : vous devez en comprendre les grandeurs et les joies ; vous devez aussi en mesurer les exigences, en connaître les difficultés et les périls.
Nous aurons donc à rechercher ensemble les droits que nous possédons, les devoirs qui nous incombent, les vertus qui nous conviennent dans les diverses situations de la vie, les tentations qui peuvent nous détourner des vertus, les vices qui en détruisent le germe, et les moyens de développer les vertus et de surmonter les vices.
Dans ce travail, nous partirons des mêmes principes sur lesquels nous nous sommes appuyés jusqu'à ce jour ; nous serons guidés par le même esprit.
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Une personne qui fait le bien aujourd'hui et qui fait le mal demain, peut être capable de vertu, mais elle n'est pas vertueuse ; sa volonté ne s'étant point exercée sur elle-même n'a ni énergie ni fixité, et sa conduite ne présente aucune garantie morale.
La personne vertueuse est celle qui reconnaît l'autorité de la conscience et qui y subordonne sa vie entière.
Quand je dis vertueuse, je ne dis pas parfaite. Il y a beaucoup de degrés dans le bien, et plus notre idéal s'élève, plus nous nous en sentons éloignés.
Mais la vertu réside dans la constance de l'effort, de la volonté, des actes, constance qui seule peut créer l'habitude.
A votre âge, mes enfants, les sentiments instinctifs sont prédominants, les impressions sont vives, impérieuses, aveugles. On est naturellement porté à vivre en dehors de soi ; on désire tout ce qui platt aux yeux, tout ce qui charme l'imagination, tout ce qui illusionne le cœur, et on croit à tout ce qu'on désire.
Aussi, quand le devoir se présente, comme il arrive le plus souvent, sous la forme d'un sacrifice, il révolte votre nature, et vous ne vous soumettez qu'au prix d'un effort plus ou moins pénible.
Souvent même, après avoir accompli le devoir, on ne sent pas tout de suite la sanction intérieure , la joie de la conscience. Il peut se faire que l'objet de nos désirs nous ait inspiré un si vif attachement que, même après y avoir librement renoncé en vue de la justice, le
ment plus grand que tous ceui que tous avez perdus.
La satisfaction des penchants, en effet, même lorsque nous pouvons légitimement nous y livrer, est fragile et décevante ; les joies qu'elle nous promet sont à la merci de mille incidents qui peuvent nous les ravir, et alors que la possession paisible nous en est assurée , elles sont presque toujours loin de réaliser notre attente.
Mais il est un bien à l'abri des atteintes du temps, du changement des hommes et de la fatigue de notre propre cœur, c'est cette habitude de la vertu qui vous a paru si rude à acquérir et qui va vous paraître si douce à observer.
Voilà, mes enfants, la véritable fin de la morale.
Vous l'aurez atteinte quand la justice, après s'être imposée à vous comme un commandement impératif de la conscience, sera devenue un suprême amour.