‹ Cours de morale à l'usage des écoles laïquesChapitre 6 sur 44 · QUESTIONNAIRE DU CHAPITRE II · texte numérisé non relu

QUESTIONNAIRE DU CHAPITRE II

D. Vous aTei opposé Thomme à la nature en disant qu'il était libre ; n*applique-t-on pas aussi le mot de liberté aux choses de la nature?

— R. Oui, mais dans un sens différent. — D. Dans quel sens? — R. On dit des plantes, des animaux, des objets même inanimés qu'ils sont libres quand ils peu?ent suiyre leurs impulsions naturelles, et qu'ils ne le sont pas quand un obstacle les arrête ou les force à s'en détourner. — D. Quand dît-on qu'un oiseau est libre ? — R. Quand il peut voler dans l'espace ouYert. — D. Quand ne Test-il pas ? — R. Quand on l'enferme dans une cage. — D. Et un poisson? — R. Il est libre dans l'eau ?iTe; il ne l'est pas dans le réserToir. — D. Et les plantes et les minéraux ? — R. On dit aussi qu'ils sont libres qaand ils suivent leur développement normal et régulier, et qu'ils ne le sont plus quand nous y mettons obstacle. ^ D. Ne dit-on pas aussi dans le même sens que l'homme est libre ou qu'il ne l'est pas?

— R. Oui, en tant que l'homme participe à la vie instinctive ? — D.

Goomient Thomme participe-t-il à la Tie instinctiTO? — R. Par ses besoin?, ses penchants, ses inclinations naturelles, et on dit qu'il est libre quand il peut les satisfaire. — D. Citez quelques cas. — H. On dit que l'homme est libre quand il peut manger à sa faim , boire à sa soif) marcher ou s'asseoir, selon son besoin d'activité ou de repos, etc.

— D. Quand dit-on qu'il n'est pas libre? — R. Quand il se trouTe condamne à des privations ou contraint à des travaux qui lui répugnent. — D. Dans la classe, n'y a-t-il pas un moment où la maltresse dit: Vous êtes libres? — R. Oui, c'est celui où la récréation commence. — D. En quoi consiste cette liberté-là? — R. A. rire, à chanter, à parler, à remuer sans contrainte. — D. La discipline de la classe autorise-t-elle cette liberté-là? — R. Non, elle nous astreint à une règle commune d'attention et de travail qui exige un effort suivi et fatigue à la longue. — D. Cette règle est donc contraire à notre liberté instinctive? — R. Sans doute; et lorsqu'on nous rend cette liberté, ne fût-ce que pour une heure, nous la retrouvons avec joie.

— D. Quand nous avons dit que tous les hommes étaient libres, avons-nous parlé de la liberté instinctive? — R. Nullement. L'homme, au point de vue de ses satisfactions, est le moins libre de tous les ôtres: il est entouré de liens. — D. D'où viennent ces liens?

— R. Les uns lui viennent de la nature, les autres de la société; tantôt ils sont personnels à l'individu, tantôt au milieu. ^ D. Nous précèdent-ils même dans Texistence? — R. Oui, ils commencent à sMmposer à nous avant que nous ayons conscience de la vie. — D. Comment cela? — R. Dans notre tempérament, par exemple, notre forme, nos dispositions naturelles, la nature de notre intelligence, etc. — D. Et comment encore? — R. Dans notre famille, l'esprit qui y règne, les opinions qui y prévalent ; dans notre pays, le gouvernement auquel nous sommes subordonnés, les lois qui nous régissent. Nous ne pouvons déterminer ni le point du globe, ni répoque de l'histoire où nous naissons, ni l'état de civilisation qui nous entoure et qui pèse sur nous de tant de façons. — D. Quel est l'effet de ces liens? — R. Tantôt ils sont des appuis et tantôt des obstacles, mais ils nous asservissent toujours. Ils se croisent et se recroisent autour de nous et nous enlacent de mille manières. — D. Au milieu de toutes ces chaînes, n'y a-t-il pas un point cependant par lequel nous échappons à la servitude? — R. Oui, c'est la conscience. Nous sommes toujours libres de conformer notre volonté au mal on an bien, et de travailler à réaliser l'un on Tautre dans la mesure de nos forces. — D. Comment appelle-t-on cette liberté-là ? — R. Liberté morale. — D. Combien y a-t-il donc de sortes de libertés? — R. Il y en deux sortes : la liberté naturelle, qui consiste dans le pou-

Toir de satisfaire not attractions, nos instincts; la lil>erté morale, qni consiste dans la faculté de nous déterminer noos-mêmes par rapport au mal on au bien. — D. Gitex-noos «jnelques caractères de la liberté naturelle? — R. Elle est relatiTe, mesurée aux mille circonstances de notre yie extérieure, incessamment variable et sujette au changement. Elle ne nous donne que des joies éphémères et nous prépare, le plus souTent, des déceptions bien plus tItcs que les joies. — D» Quand nous ayons longtemps et vivement désiré un objet qu^ correspond à un de nos goûts et que nous l'obtenons, qu*arrive>t-il? -— R. C'est que le plaisir est beaucoup moins vif que nous ne l'attendions, et qu'il est moins durable. — D. Doit-on pourtant condamner ces sortes de plaisirs? — R. Non ; ils sont parfaitemoit légitimes quand la raison les règle, mais on doit les apprécier à leur valeur. La liberté de satisfaire nos désirs nous donne des joies qui s'épuisent vite, alors même que la faculté de désirer ne s'épuise pas. — D. Quels sont, par opposition à la liberté naturelle, les caractères de la liberté morale. — R. Elle est absolue, en ce sens qu'elle ne dépend que de nous; elle est constante et partout la même. Nous pouvons toujours disposer de notre volonté; c'est pourquoi nous disons que la conscience nous fait souverains. — D. Ne peut-on pas cependant nous imposer des règles extérieures ou exercer contre nous des violences? — R. Oui ; mais ni les unes ni les autres n'atteignent la conscience. Le bien et le mal ne deviennent moraux que par notre acceptation volontaire. — D. Gitei un cas où la liberté naturelle soit aux prises avec la liberté morale. — R. Le cas oh un enfant, le matin, a envie de dormir alors que le devoir lui commande de se lever. — D. Dans ce cas, en quoi consiste la liberté naturelle ? — R. Elle consiste à pouvoir dormir aussi longtemps que nous y sommes enclins. — D. Et la liberté morale? — R. Me consiste dans la faculté de sacrifier la satisfaction du sonmieil à un bien que nous avons conçu comme supérieur à cette satis&ction. — D. Dans quel ordre, au point de vue du temps, la liberté naturelle et la liberté morale se manifestent-elles dans notre existence? — R. Nous commençons par la liberté naturelle, parce que nous commençons par la vie instinctive. Le petit enfant ne connaît pas la liberté morale. — D. Connait-il la liberté naturelle? — R. Oui, et on sait de quelle façon bruyante il proteste quand on la lui enlève. — D. Gomment agit-on sur l'enfant? — R. Par l'éducation, qui commence à lui imposer des règles morales avant que sa conscience ne puisse les accepter. — D. Gitez quelques cas. — R. Quand nous sommes encore tout petits, nos mères nous obligent à faire la part des autres, alors que nous prétendons tout rapporter à notre personne. — D.

L'édacation nous laisse^t-elle litres à tous nos caprices? — R. Non; elle nous impose un certain ordre, une certaine régularité dans l'eiistence, des soins, puis un trarail suivi. — D. Gomment l'enfant accepte-! il ces règles ? — R. Il cède d'abord sous l'empire d'une autorité qui le domine, tout en trouvant le commandement dur, voire même un peu injuste , et en prenant souvent plaisir à murmurer. — D. Qu'arrive-t-il peu à peu ? — R. C'est que la raison mûrit, la conscience s'éveille, et l'habitude même du bien qu'on lui a fait contraaer contribue à ce développement. — D. Qu'aperçoit-il alors? — R. n aperçoit de lui>même le but supérieur que l'éducateur avait jusqu'alors vainement essayé de lui faire voir. Il en reconnaît la valeur, et on lui fait volontairement le sacrifice de ses inclinations naturelles. — D. Quel caractère prennent alors ses actes ? — R. Alors seulement ils prennent le caractère moral. — D. Que fait de nous la liberté morale ? — R. Elle fait de nous des souverains, les créateurs du bien et du mal que nous accompliss(ms. — D. Gomment peut-on exprimer cette idée d'une autre manière? — R. On peut dire aussi que nous sonmies des causes.

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