CHAPITRE lï - LES ENFANTS 16° L'autorité patenMlI
— Dis-moi, mon enfant, lorsque ton père ou ta mère te recommandent de bien travailler à l'école, d'être respectueux envers tes maîtres, poli avec les étrangers, doux et conciliant avec tes camarades, bienfaisant envers les pauvres; lorsqu'ils te défendent de troubler la classe en bavardant, de te disputer et de te battre avec les autres à la sortie de l'école, de prendre des fruits qui ne t'appartiennent pas, de mentir, de répondre grossièrement à ceux qui l'interrogent : pourquoi doJB-tu leur obéir?
— Parce que je dois toujours faiie ce qui est bien, et non ce qui est mal, et que c'est à cela que reviennent toutes ces l'ecommandations. Mes parents ne font là que me répéter tout ce que me dit ma conscience.
— Sans doute ; mais si les parents te commandent ou te défendent de faire quelqlie chose qui n'est ni bien ni mal, ne devras-tu pas encore les écouter! Par exemple, si ton père te donne une commission, un paquet à porter cliez ta grand'mère ou une lettre
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à la poste; si ta mère te dit de rester à ta maison pour la garder, pendant qu'elle sort pour son travail ; leur obéiras-tu encore? Oui, n'est-ce pas, mais poui'quoi? Ce n'est plus parce que leur ordre, est conforme à celui de ta conscience.
Est-ce seulement parce que tes parents sont plus forts que toi, parce qu'ils pourraient te punir ou te renvoyer? Les domestiques aussi font ce qu'on leur ordonne, sans quoi on les prierait d'aller chercher du service ailleurs. Est-ce pour la même raison, et par crainte, que tu agis'de même?
— Non, c'est parce que je dois l'oMiMmice a mes parents qui m'ont donné la vie, qui me la donnent encore tous les jours en me nourrissant et ra'entretenant comme ils le font.
— Tu dis bien : l'enfant, tant qu'il est dans la famille, ne doit point avoir d'autre volonté que celle de ses parents, qui le regardent à bon droit comme la chair de leur chair, et le sang de leur sang. Le rejeton du peuplier, qui pousse au pied du tronc, ne peut séparer sa vie de celle de l'arbre, car il continue à se nourrir de la sève paternelle. Tel doit être l'enfant. 11 ne s'appartient pas à lui-même, il appartient à sa famille, sans laquelle et hors de laquelle il ne serait et ne pourrait rien être.
Et l'obéissance n'est pas seulement pour lui une nécessité, c'est un devoir de cœur, car ses parents ne se sont pas bornés à le nourrir, comme l'arbre fait pour ses rejetons; ils l'ont aimé, entouré des soins les plus tendres, attaché à eux non seulement par les liens du sang, mais par les liens du cœur.
Crois-tu d'ailleurs que l'enfant n'ait pas intérêt à
suivre leurs ordres? Ne savent-ils pas, mieux que luimême, interpréter les voix de sa conscience ? Et pour les choses qui n'ont pas d'importance morale, ne connaissent-ils pas ce qui lui convient mille fois mieux que lui? Je voyais l'autre jour un garçon de dix à douze ans qui sortait de chez ses parents, vers la tomWe du soir, pour aller jouer dans les prés avec ses petits amis, o Prends ton manteau ! » lui cria une voix qui sortait de la maison. « Mais non, maman, je n'ai pas froid, » répondit le gamin en s'enfuyant. « Prends-le, je le veux, » insista la mère, qui apparut sur le pas de la porte. Mais hast! l'enfant était déjà loin. La mère rentra en haussant les épaules et en soupirant. Trois jours après, le petit drôle était au lit. tremblait de fièvre et toussait à rendre l'âme.
Et pour le métier à choisir! A treize ans, monsieur le fils, qui sort de l'école, se croit un homme et veut en faire à sa tête. Le père est menuisier et voudrait lui laisser son étal et sa boutique: mais l'enfant a d'autres idées ; il veut aller à Paris chercher de l'ouvrage plus distingué, plus relevé. On a la faiblesse de le laisser partir, — et, trois ans après, le gars revient, épuisé, malade, ne sachant rien- C'est une santé à refaire et un apprentissage à recommencer. Ah ! pauvres enfants, doutez toujours vos parents et ne vous moquez jamais de l'autorifé paternelle.
— Autrefois les pères avaient le droit de tuer leur fils, n'est-ce pas?
— Il faut s'entendre. D'abord « autrefois », cela veut dire en Grèce et à Rome, il y a plus de deux mille ans. Alors il est vrai que le père était considéré par les lois comme le maître absolu de son fils. S'il ju-
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geait que la conduite de celui-ci était mauvaise et indigne de la famille dont il portait le nom, il pouvait l'enfermer à la maison, le faire attacher et battre par ses esclaves. Dans certains cas môme, la foi lui donnait le droit de vie et de mort. Mais tu penses bien que c'étaient là des exceptions infiniment rares. On raconte pourtant quelques exemples de ce genre. Un général romain, appelé Manlius, condamna son fils à mort parce. qu'il avait abordé l'ennemi et combattu malgré son ordre, sans se laisser attendrir par la victoire qu'il avait remportée. Encore faut-il dire qu'il agissait plutôt comme général que comme père. De même lorsque le fameux consul de Rome Brwtus fit tuer son fils qui avait trahi la patrie, c'est comme magistrat, non comme père, qu'il ordonna le supplice.
Aujourd'hui encore, le père a le droit de punir son fils, pourvu que la punition n'aille pas jusqu'aux mauvais traitements qui compromettent la santé et la vie de l'enfant. II a le droit de le mettre dans une maison de correction, et même de le faire emprisonner, s'il juge qu'il ne peut venir à bout, à lui seul, de corriger SCS mauvais instincts.
La loi française reconnaît l'autorité paternelle pour une foule d'autres cas : ainsi, à vingt et un ans. le citoyen français est bien majeur et libre de ses actions, mais un fils ne peut pas se marier avant vingt-cinq ans sans le consentement de son père. Et plus tard, il faut encore qu'il lui fasse des « sommations respectueuses », sans quoi le maire n'a pas le droit de l'unir à la femme qu'il veut prendre.
Du reste, le véritable soutien de l'autorité pater-
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nelle n'est ni le Coae ni les gendarmes ; c'est le cœur de l'entant qui l'empêche d'oublier ce qu'il doit à ses parents et qui lui fait un devoir d'écouter leurs conseils, à moins d'une de ces raisons graves dont on ne peut juger que lorsqu'on est devenu tout à. fait un homme.
SOMMAIRE
Les enfants doivent obéissance à leurs parents, qui sont plus capables qu'eux-mêmes de comprendre ce que la coilsciencc ordonne et ce que leur véritable intérêt conseille de faire dans une circonstance donnée.
L'autorité paternelle, admise par les mœurs de notre temps, est reconnue par la loi jusqu'à la majorité de l'enfant, et même au delà dans certains cas.
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Mais ce n'est pas tout d'obéir à ses parents ; il n'y a souvent pas grand mérite à cela ; d'abord parce que tes enfants vivent à la maison, sous l'autorité directe du père et de la mère, et qu'il leur serait difficile de ne pas faire ce que ceux-ci leur commandent ; ensuite parce que les parents ont raison dans la plupart des cas, et que l'enfant, pour peu qu'il soit intelligent, voit bientôt que son intérêt est de suivre les conseils qu'on lui donne. Il ne faut donc pas se contenter d'obéir, il faut le faire de bon cœur, avec soumission, par aflection encore plus que par devoir. Le i*eapect
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des parents est le premier sentiment qui doit apparaître datts un cœur bien placé.
Sais-tu ce que c'est que le respect? Je vdis t'en donner quelques exemples : Le soir, lorsque tu vois briller au-dessus de ta tôte la multitude éparse des étoiles, qui percent la nuit comme des yeux qui regarderaient d'en haut ; lorsque le silence s'est abattu sur la terre et que, dans le calme infini où la nature s'endort, il semble, comme dit le grand poète Victor Hugo, « qu'une immense bonté tombe du firmament » ; ne sens-tu pas comme un frisson passer en toi? Et, en songeant à la vie infinie qui est répandue dans tous ces astres, dont chacun est un soleil, ne te trouves-tu pas bien petit, bien humble, bien écrasé par ce prodigieux spectacle? N'éprouves-tu pas une sorte de tendresse reconnaissante pour l'Auteur de tant de merveilles ? N'es-tu pas prêt àtomber à genoux, les larmes aux yeux, saisi d'admiration et de terreur? Eh bien, c'est là le respect sous sa forme la plus haute, le respect religitenx.
Et quand tu vois passer un vieillard à l'air digne, portant sur sa poitrine le ruban rouge qui est le signe de l'honneur ; si l'on te dit que celui-là est un soldat blessé au feu en combattant héroïquement pour assurer la victoire à son pays, ou bien un médecin qui, dans une épidémie de choléra, a risqué vingt fois sa vie pour soulager et sauver ses semblables : que dans toute la vie de cet homme, consacrée au bien, il n'y a pas eu. une action dont il ait jamais eu à rougir, et qu'il marche entouré de la vénération de tous : ne te sens-tu pas un peu décontenancé et interdit devant lui ? N'es-tu pas porté, presque malgré toi, à le saluer, et à te retourner après qu'il a passé, pour
Toir de près un grand citoyen? Cela môme c'est encore du respect : c'est le retspeot moral qu'inspire li^ spectacle de la vertii. « Deux choses, a dit le philosophe Kant, remplissent l'âme d'un respect et d'une admiration toujours égales, le ciel étoile au-dessus de nos tAtcs, la bonté morale au fond de nos cœurs. »
Eh bien! le respect que tu dois à tes parents, le respect filial, tient de ces deux sentiments-là. Pour l'enfant, le père et la mère ne sont pas des personnes comme les autres : ils ont rempli en quelque sorte l'office de Dieu envers lui, puisqu'ils lui ont donné la vie; c'est pourquoi on donne souvent à l'afTection qu'ils inspirent le beau nom de piété filiale. Leur conduite à son égard a été aussi héroïque que celle du soldat ou du médecin dont nous parlions, puisqu'ils se sont plus d'une fois sacrifiés pour lui. Est-ce que la mère, en veillant son fils, ne courait pas le danger de tomber malade, à son tour? Est-ce que le père ne travaille pas tout le jour pour lui?
Rien ne peut diminuer ce respect filial.Peu importe que les parents soient instruits ou non : ce n'est pas seulement la science qui fait la valeur d'une personne, et vos père et mère en ont toujours su assea poïir vous élever et vous protéger.
Il se peut que, poussé par eux, et travaillant de votre côté, vous arriviez à une position très supérieure à la leur : c'*st alors qu'on verra si vous avez bon cœur, selon la conduite que vous tiendrez à leur égard. Certains flis ingrats, une fois qu'ils sont parvenus à la fortune, dédaignent les vieux parents qui les ont aidés à s'élever jusque-là : ils ne montrent ainsi que leur sottise et leur lâcheté. Tout le monde les