‹ Cours de morale ... cours supérieurChapitre 21 sur 44 · U MAISON · texte numérisé non relu

U MAISON

femmes serviront mieux encore h faire connaître toutes les affections tendres et le généreux désintéressement de la pauvre fille :

« Ma fidèle Justine partage ma misère. Elle n'a cependant aucune espérance d'amélioration de mon côté ; elle sait que je n'ai rien, que je ne puis rien lui laisser. Mais elle ne pense point à elle; elle n'y a jamais pensé. Sa seule inquiétude est pour moi, et, dans le présent comme dans l'avenir, c'est moi seule qui l'occupe.... Toutes les fois qu'elle a pu gagner quelque chose, cela a toujours été pour moi. Elle n'a de chagrins que les miens; elle s'est identifiée avec eux de telle ^sorle qu'elle ne sépare plus sa position de la mienne. »

De son côté, Justine écrivait : « Je ne sais'ce que Dieu réserve à ma bonne maîtresse; mais je ne demande qu'une chose, c'est que Dieu lui rende la santé et qu'il me conserve la mienne... Si, plus âgée, je suis obligée de tendre la main, je ne m'en plaindrai à personne. Je me dirai : Si je suis dans cette position, c'est que je l'ai voulu ; car je pouvais faire autrement. » {Rapport de M. Lebrun.) .

Si les serviteurs ont des devoirs envers les enfants de la maison, les enfants, eux aussi, ont des devoirs envers eux.

D'abord ils ne doivent point lés considérer comme des êtres inférieurs dont il leur soit permis d'abuser pour leurs caprices. Les domestiques sont là pour travailler et s'acquitter de la tâche que le père ou la mère leur ont fixée, non pour servir de jouets ou de souffre-douleur aux petits garçons turbulents ou aux petites filles volontaires. oogic

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Les enfants ne doivent jamais oublier que les dômes tiques sont des personnes dont la dignité demande à être respectée aussi bien que celle des maîtres. Ce n'est pas manquer à ce respect que de leur donner des ordres, puisqu'ils se sont engagés sous la condition d'obéir; mais ce serait y manquer que de les tourner en ridicule, de les taquiner, en abusant contre eux de la situation d'infériorité où ils se trouvent.

Le meilleur moyen d'éviter ces inconvénients est de ne pas se laisser aller à trop de familiarité avec les domestiques,- l'enfant doit rester auprès de ses parents ou avec ses frères et sœurs, et non s'attarder dans les cuisines, dans les écuries, dans les étables, où il pourrait entendre des mots inconvenants et où il ne peut en'tout cas que gêner ceux qui travaillent.

SOMMAtRE

L'esclavage a disparu, au moins sur le sol français, avec les droits barbares qu'il comportait. Les dômes* tiques sont des personnes libres, liées au maître par un contrat réciproque, d'après lequel ils doivent le travail et l'obéissance, en échange de l'entretien et des gages.

Les enfants doivent respecter la liberté et la dignité des serviteurs.

SS" Les anlmawK.

Au travail et à la vie de l'bomme se trouvent, à un autre degré, associés des êtres inférieurs qui ont leur place dans la maison ou dans la ferme, et avec lesquels

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l'enfant se trouve forcément en rapport : ce sont les

Ceiix qui sont le plus rapprochés de rhommc, auprès duquel ils vivent et meurent, sont les animaux domeatiqnea, les chiens et les chats principalement, qui, par l'intimité du foyer et des habitudes journalières, arrivent presque à faire partie de la famille.

Trop souvent les enfants abusent de la faiblesse ou de la patience de ces animaux pour leur faire subir mille petites tortures dont le résultat est de rendre les victimes sauvages ou même méchantes. Un beau jour, un chat qu'on a martyrisé depuis six mois vous allonge un bon' coup de griffe qui vous déchire le visage ou vous ouvre l'œil ; le chien auquel on fait subir toute aorte de caprices devient furieux et mord.

Il n'y a pas seulement de l'imprudence à maltraiter les animaux, il y a de l'injustice et de la lâcheté. Nous n'avons de droits sur eux que dans la mesure où ils peuvent servir à nos travaux. L'homme, qui est le « roi de la création », comme on dit, peut légitimement associer les êtres inférieurs à sa besogne inlcUigente : les bœufs qui labourent, les chevaux qui traînent des voitures, sont plus utiles au bien du monde que s'ils erraient en liberté dans des plaines sauvages. Outre cela, il faut bien que nous mettions à moi-t des animaux pour nous nourrir et continuer la tâche de la civilisation. C'est sans doute un mal qu'on soit oblige de détruire des êtres; mais quand ce mal est l'instrument d'un grand bien, on ne doit plus garder de scrupule. Le mouton qui a été mangé par le sa. vaut a joué son râle et eu son heure de gloire dans l'univers, «puisqu'il a soutenu la vie d'un être supé-

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rieui- à lui, et reudu possible le travail de pensée par lequel la science tiumaine se fait.

Il n'en est pas moins vrai que l'homme doit user de douceur envers les botes, qui sont des créatures imparfaites, mais non tout à fait différentes de nous, des personnes ébaucliées, capables, dans une certaine mesure, d'intelligence et de bonté. C'est ce que le bon La Fontaine répondait aux partisans de Descartes, philosophe du dix-septième siècle, qui ne voyait dans les animaux que des machines insensibles.

La loi, d'ailleurs, Ja loi française s'est faite la pi'otectrice des animaux qu'elle refuse de considérer comme de simples instruments. H est défendu aux charretiers de frapper brutalement leurs chevaux, aux bouviers de maltraiter leurs bœufs, cl, en général, à toute personne qui a des animaux à sa disposition d'abuser du pouvoir qu'elle a sur eux. Le premier passant venu peut appeler un représentant de l'autorité, gendarme, sergent de ville ou garde champêtre, pour faire dresser procès-verbal contre le coupable.

Ce n'est pas seulement envers les animaux domestiques et envers les animaux utiles par leur travail que l'homme, et en particulier l'enfant, doit se montrer doux et compatissant : c'est envers tous les animaux, môme envers ceux qui ont gardé leur libei té. même envefs ceux qu'aucun service, aucun rapprocliemcnt ne rend sympathiques à l'homme.

Les enfants de la campagne s'amusent souvent à dénicher des nids et à en détruire les œufs : c'est «ne méchanceté et c'est tine sottise; car, non seulement les petits Oiseaux ne npils font aucun mal, tnais encore ils mangent une foule d'insectes nuisibles qui

dévorent les moissons. En Angleterre, sous le règne de Jacques II, o» s'avisa de faire la chasse aux moineaux, sous prétexte qu'ils s'attaquaient aux fruits. On donna une prime par tête d'oiseau ; bientât toute nie en fut débarrassée; mais la surprise fut bien grande quand on s'aperçut que, depuis celte exécution, pas une moisson ne venait à terme : les insectes, hannetons, charançons, etc., s'étaient multipliés à l'infini et dévastaient tout. Jl fallut bien se résigner à ramener les moineaux ; on fut obHgé d'en acheter des couples de tous côtés, à grands frais, et depuis ce temps on n'a jamais eu envie de recommencer l'expérience.

Enfin, il n'est pas jusqu'aux animaux inutiles et même répugnants que l'homme ne doive laisser en paix, s'ils ne lui causent aucun dommage. Victor Hugo, le poète dont on vous a déjà souvent parlé, raconte à ce sujet une anecdote louchante. Un pauvre . crapaud, bien laid et tout couvert de pustules, respirait le frais, un soir, au bord d'un chemin, lorsque apparurent « quatre écoliers, sereins comme le ciel »■ Ah ! dit l'auteur, l'enfence est souvent cruelle !

On a le jeu, l'ivresse et l'aube dans les yeux; On a sa mère, on est des écoliers joyeux, De petits hommes gais respirant l'atmosphère A pleins poumons, aimés, libres, contents : que faire. Sinon de torturer quelque être malheureux?

Le crapaud se traînait au fond d'un chemin creux. C'était l'heure où des champs les profondeurs s'azu- , [rent ;

Fauve, il cherchait la nuit; les enfants l'aperçurent Et crièrent : « Tuons ce vilain animal, ; ;

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