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LA SAISON

appartient pas à eux seuls ! L'honneur du nom est en efTet un dépAt que chaque père doit tenir à laisser intact à son fils, comme il l'a reçu lui-môme.

Là où le respect dû au nom de la famille ne suffirait pas, il faut faire appel aux sentiments naturels qui rapprochent d'ordinaire ceux que la parenté a déjà liés. Avoir dans les veines quelques gouttes du même sang, c'est se sentir porté d'avance à une mutuelle sympathie.

« Vn frère est un ami donné par la nature, »

a-t-on dit. Gela est vrai aussi des autres parents, et notre volonté n'a, pour la plupart du temps, qu'à reconnaître et à approuver le penchant spontané de notre cœur.

La meilleure forme que puisse prendre cette affection est le dévouement. L'égoïtme, ou penchant à ne s'occuper que de soi, est contraire à l'idée de la famille: chacun doit se désintéresser de ce qui ne regarde que lui, pour songer à ce qui touche tous, les autres. Une famille peut être comparée à un de ces polypiers que les marins découvrent dans les mers de l'Océanie : chacun des bourgeons qu'on y distingue est un être séparé, qui vit par lui-môme, mais qui travaille aussi à la vie et à l'accroissement de l'ensemble.

C'est par le déaintéreasement de ses membres qu'une famille est forte ; c'est par la générosité de chaque frère envers ses frères que la maison s'agrandit et s'enrichit. Voici une parabole célèbre du sage Franklin, qui montre d'une manière frappante que c'est un devoir pour tous les (ils d'une même famille de s'aider et de se soutenir entre eux.

« En ce temps-là, il n'y avait pas de forgerons par

lui U FA}H[LLE.

luiite la terre, et les marchands de Madîaa passaient avec leurs chameaux, portant des épiccs, de la myrrhe, du baume et des outils de fer.

. '« Et Ruben acheta une hache aux marchands ismaélites; il la paya fort cher, car il n'y en avait pas une seule dans la maison de son père.

« Et Siméon dit à Ruben, son frère : Prôte-moi, je te prie, ta hache. Mais Ruben refusa et ne voulut pas.

« Et Lévi lui dit aussi : Frère, prôte-moi ta hache. Et Ruben la refusa de même.

« Alors Juda vint trouver Ruben et le supplia en disant : Voyons, tu m'aimes et je t'ai toujours aimé ; ne me refuse pas la permission de me servir de ta hache.

« Mais Ruben se détourna de lui cl refusa comme aux autres.

« Or il arriva que Ruben tailla du bois sur le bord de la rivière, et que sa hache tomba dans, l'eau, et qu'il ne put venir h bout de la retrouver.

« Mais Siméon, Lévi et Juda envoyèrent un messager avec de l'argent chez les Ismaélites et achetèrent chacun une hache.

n Alors Ruben vint à Siméon et lui dit : Voyons, j'ai perdu ma hache, et mon ouvrage reste à moitié fait: prète-moi la tienne, je te prie.

« Et Siméon lui répondit : Tu n'as pas voulu me prêter ta hache, je ne te prêterai pas la mienne.

K Alors Ruben va trouver Lévi et lui dit : Mon frèpc. lu connais la perte que j'ai faite, et mon embarras; prôte-moi la hache, je te prie.

« Et Lévi lui tit des reproches en disant : Tu n'as pas voulu me prêter ta hache lorsque j'en ai eu envie;

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mais je veux ôtro meilleur que toi et je te prêterai la mienne.

H Et Rulien fut blessé de la réprimande de Lévi et, tout confus, il le quitta et ne prit point sa hache, mais il chercha son frère Juda. -

• « Et lorsqu'il fut venu auprès de Juda, celui-ci vit à son air qu'il était plein de mi^contentement et de honte, et le prévint en lui disant : Mon frère, je sais ce que tu as perdu; mais pourquoi te troubler? Voyons, n'ai-je pas une hache qui peut nous servir à tous les deux? Prends-la, je le prie, et uses-en comme de la tienne.

« Et Rubcn se jeta à son cou et l'embrassa en pleurant, et lui dit : Ta complaisance est grande; ta bonté à oublier mes torts est encore plus grande ; tu es vraiment mon frère, et tu peux compter que je t'aimerai tant que je vivrai,

« Et Juda lui dit : Aimons aussi nos autres frères; ne sommes-nous pas tous du même sang? »

C'est ce dévouement à la famille qui doit être, après l'amour filial, le premier de vos sentiments, mes enfants; c'est lui qui vous donnera plus tard la force de vous dévouer à la patrie, qui n'est que la famille agiandie. L'esprit de Aunille, c'est le patriotisme de la maison, comme le patriotisme est l'esprit de famille de la nation.

Écoutez encore cet ingénieux exemple d'un des maîtres les plus vénérés de la jeunesse française; de M. Bersot ' , l'un des hommes qui ont le plus aimé l'enfance et dont le nom mérite d'être inscrit en tète de

1. Emest Bersot, ancien directeur de l'École Normale supérieure. Passagee itrait d'un Tolume iotitulé CoiistiU tCtmeigntmtnU

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