essé, pour rétablir la justice, c'est-à-dire le respect
que chacun doit à la personne d'autrui.
Tu dois comprendre maintenant que la société ne pourrait pas subsister sans la justice: la société est une réunion d'individus dont chacun a des droits, des devoirs, des affections et des intérêts. Si chaque membre n'était pas sûr d'y trouver la jouissance tranquille de tout cela, pourquoi s'associerait-il avec les autres? Une société où le respect des personnes ne serait pas garanti serait en perpétuel état de guerre; elle se détruirait d'elle-mèmct et bientàt chaque familie s'en détacherait pour essayer de se défendre contre les entreprises des autres.
L'intérêt des particuliers ne suffirait pas à assurer l'ordre général, ni les affections particulières à ftdre respecter tous les membres de la société, car les intérêts peuvent se trouver opposés les uns aux autres comme les affections : il faut une règle indépendante de tout calcul, qui nous fixe d'avance, et en dehors de toute considération, le devoir à accomplir. Cette règle, c'est la justice, qui n'est que l'application de la loi morale aux relations que fait naître la société, la justice dont le commandement est celui-ci : « Respecte en toi et chez les autres, et assure partout le respect de la dignité humaine. »
SOMMAIRE
La justice consiste à ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait.
Mais cette règle seule ne suffit pas, il faut encore que nous respections en nous comme dans les autres la dignité humaine.
38° !<•■ dsTOlri de Jnrtiee.
« Le respect de la personne humaine », voilà une formule bien large et bien vague. Il faut préciser, et dire en combien de devoirs particuliers se décompose cette obligation générale.
Il est évident d'abord que la justice nous commande de respecter la vie de nos semblables. Chaque être humain a une tâche à remplir sur terre : il y doit travailler, faire le bien et laisser des enfants qui continueront après lui le labeur commencé.' Tuer une per. sonne, c'est la priver du bénéfice qu'elle eût tiré de l'accomplissement de tous ses devoirs; c'est troubler l'ordre universel, c'est violer le plus impératif des commandements de la conscience, c'est enfin commettre le plus grave attentat qui puisse exister envers la dignité de l'humanité, à qui on arrache un de ses membres. La loi divine qui a dit : « Tu ne tueras point », concorde ici avec la loi civile punissant de mort celui qui a volontairement donné la mort à un de ses semblables, comme s'il était par là même rayé du nombre des hommes et mis hors de toute société.'
La morale n'admet que deux exceptions à cette règle absolue : le cas de légitime dâiense et le cas de pierre.
Dans le premier, nous avons en effet le droit, sentant notre vie menacée, de la défendre par tous les moyens nécessaires. Si quelqu'un doit mourir, il vaut mieux que ce soit le misérable qui nous menace et qui ne mérite plus même le nom d'homme; et noue
gai'doQs un outre l'espoir que les coups que nous portons pour résister à son attaque ne seront pas aussi meurtriers que ceux qu'il veut nous porter.
La guerre est une application en grand du cas de légitime défense : un peuple qui est obligé de combattre lutte pour la vie, et est bien obligé de frapper à son tour. Un autre sentiment plus noble et plus généreux pousse encore les soldats à user de toutes leurs forces dans une bataille : ce n'est pas pour euxmêmes qu'ils combattent, c'est pour leur patrie, dont les droits sacrés l'emportent à leurs yeux sur tous les autres droits. Ils feraient volontiers le sacrifice de leur vie, mais ils n'en ont pas le droit, car ils sont les champions d'une idée supérieure, et ils seraient coupables, en se défendant mal, de trahir toute la nation qui leur a confié son salut et son honneur.
Il ne suffît pas de respecter la vie des autres, il ne faut les maltraiter en aucune façon, et ne pas, par exemple, attenter A leur liberté sous prétexte qu'on ne leur fait point de mal.
Enfin l'homme n'a pas davantage le droit d'attenter à sa propre vie ou de renoncer à sa liberté.
Le suicide est un acte de lâcheté véritable qui peut être comparé à une désertion. Chacun de nous, comme je vous le disais tout à l'heure, a une mission à remplir, et peut être comparé à une sentinelle qui a été placée sur la terre avec une consigne. Nul n'a le droit de fuir. Quitter le monde avant l'heure, c'est tromper la destinée, c'est détruire l'harmonie du monde, c'est manquer à la tâche universelle, n Si ton esclave cherchait à se tuer, disait le sage Socrate, ne le punirais-tu pas pour avoir voulu te priver injuste-
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ment de ton bien? » Ainsi Dieu condamne le suicide, qui viole sa ioî et offense sa bonté.
B Écoute-moi, jeune insensé qui veux mourir. S'il te reste au fond du cœur le moindre sentiment de vertu, viens que je t'apprenne à aimer la vie. Chaque fois que tu seras tenté d'en sortir, dis en toi-niême : Que je fasse encore une bonne action avant de mourir! Puis va chercher quelque indigent à secourir, quelque infortune à consoler, quelque opprimé à défendre. Si cette considération teretient aujourd'hui, elle te retiendra encore demain, après-demain, toute ta vie. Si elle ne te retient pas, meurs! tu n'es qu'un méchant!* »
De même l'homme qui renonce à sa liberté offense ia dignité humaine qu'il porte en soi, et viole le respect qu'il doit à sa. propre personne. Rappelez-vous la fable le Loup et le Chien que nous conte le bon la Fontaine.
Un loup mourant de faim rencontre un chien gras et luisant h qui il demande le secret de sa prospérité.
a II ne tiendra qu'à vous, beau sire.
D'être aussi gras que moi, lui repartît le chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables...
...Suivez-moi, vous aurez un bien meilleur destin. »
Voilà le loup parti à la suite de son nouvel ami.
Chemin faisant il vit te cou du chien pelé.
K Qu'est-ce là ? lui dit-il. — Rien. — Quoi ! rien ! - [Peu de chose