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U CHARITÉ

soigner ; s'il est pauvre, le secourir ; s'il est ignorant, l'instruire ; enfin lui otTrir en tout et toujours aide et protection.

L'amitié ainsi comprise est un des plus beaux sentiments dont l'homme soit capable, et un de ceux qui contribuent le plus à l'améliorer et à l'ennoblir.

Le résultat de cette sympathie et de cette amitié dans lesquelles nous laissons rentrer toutes les personnes qtii le méritent, est d'exciter chez nous le goût du dâvonement et du sacrifice, sans lequel il n'y a pas d'homme de bien complet.

Tu le rappelles, en effet, que la loi morale nous commande deux choses : le respect de la dignité humaine et le désintéressement. La justice concerne la première, la charité la seconde.

Le désintéressement ne consiste pas à ne prendre aucun soin de ses intérêts, ni le dévouement à se sacrifier toujours et sans réflexion au premier venu. Nous sommes désintéressés quand nous préférons à notre propre plaisir et à notre propre intérêt le plaisir ou l'utilité d'un groupe de personnes auquel nous appartenons (comme la patrie, ia famille, la société), ou bien d'une personne que nous aimons (un parent, un bienfaiteur, un ami), ou enfin d'une personne sympathique dont nous jugeons l'intérêt supérieur au nôtre (un négociant honnête qui va faire faillite si nous lui réclamons l'aident qu'il nous doit, un fermier que ia mauvaise récolte empêche de s'acquitter envers nous du prix de sa location, etc.).

Nous sommes dévoués quand, dans tous les cas précédents, nous ne nous contentons pas de ne rien revendiquer de nos droits, d'oublier ce qui nous

i« r.A sociKTf;

revient, mais que nous offrons encore à ceux qui en ont besoin le concours de notre vie, de aotre travail, de notre amitié, de notre bourse

Le désintéressement et le dévouement, nous l'avons vu, sont surtout des sentiments de famille, mais ils ne se renferment pas dans ce cercle étroit : ils rayonnent immédiatement sur la patrie, et de là sur la société, qui sont les deux grandes familles de l'homme, s

SOMMAIRE

La charité consiste à vouloir le bien d'autrui. Elle n'a pas le même caractère d'obligation que la justice.

C'est elle qui nous commande de nous aimer les uns les autres. Elle nous amène à nous dévouer et à nous sacrifier pour autrui.

31" La charité dans la sooUttf.

Jacques aime à faire des rapprochements; il reprend :

« Vous m'avez expliqué comment la justice, qui est d'abord un devoir de l'individu, s'applique ensuite à la société, où elle devient une institution organisée ayant des lois pour s'exprimer et des magistrats pour se défendre. En est-il de même de la charité? Je veux dire : la société tout entière se mêle-t-elle de faire la charité comme elle se mêle de rendre la justice?

— Je tesais gré de me faire cette question. Oui, certes, la charité est un devoir de la société comme de l'individu, et une nation civilisée ne manque pas aux ' obligations qu'elle lui inspire. ■

LA CUAHITË. 140

— Mais comment la société peut-elle montrer du désintéressement et du dévouement?

— Ces deux choses changent, en effet, de forme et de nom en passant dans le domaine social : le désinté-

* ressèment devient la solidarité, et le dévouement devient la firmtemlté.

— Voilà ce que je ne comprends pas et ce qu'il faut . m'expliquer,

— En m'entendant te parler de la nécessité et des bienfaits de la société, as-tu songé à ceci : c'est que, sur beaucoup de points, les intérêts de chacun de nous sont tellement liés à ceux de ses voisins, qu'il est impossible de toucher aux uns sans atteindre en même temps les autres?

Ainsi Pierre est boulanger; un matin il apprend que toutes les vignes du pays ont gelé. Comme il est jaloui et ignorant, il se frotte les mains, en se disant : « Bon, cela va humilier les autres sans nie faire aucun mal. » Six mois après, sa provision de vin étant épuisée, il veut la renrtQveler. On lui demande vingt francs de plus par barrique. Il se récrie, on lui répond : « C'est qu'il a gelé au printemps. » Et Pierre rentre chez lui ' en rélléchissant que le malheur dont il s'était d'abord réjoui l'a atteint aussi bien que les autres... et qu'une autre fois il sera plus sage.

Même chose si le blé ne vient pas, si les bestiaux sont emportés par la maladie, si des grèves surviennent dans un pays de mines, si les crues des rivières détruisent les récoltes et les maisons d'une contrée. Ceux qui sont directement frappés ne le sont jamais seuls; la société est si étroitement organisée, les diverses profession» sont si néceesaiies les unes aux

autres, tous les fils du métier humain sont si enchevêtrés que tous pâlissent de la ruine d'un seul.

Par !à les hommes ont été amenés à penser qu'il était utile de secouiir ceux qui viendraient à être atteints par le malheur, et c'est cette espèce de pareatéde tous les intérôts que l'on a appelé la solidarité.

La solidarité n'est pas encore la charité, car elle est fondée sur l'utilité encore plus que sur le devoir, mais elle rend de grand services. Chaque fois qu'une catastrophe s'abat sur une ville ou sur une province, inondation, incendie, tremblement de terre, épidémies, aussitôt on organise des souscriptions publiques pour soulager les infortunes, Chacun se dit qu'en pareil cas il serait fort désolé qu'on ne vint pas k son secours, et il apporte sa part d'aumône. Souvent des pays éprouvés par des fléaux difTérents s'entendent pour se secourir mutuellement. L'un a plus de blé, l'autre & plus de vin : on fait un échange. Tu connais la fable l'Aveugle et le Paralytique. Tous les deux étaient san6 famille] l'un, ,çouohé sur un grabat, au bord de la place publique.

Souffrait sans être plaint, H en souffrait bien plus. L'aveugle à qui tout pouvait nuire, Était sans guide, sans soutien, Sans avoir même un pauvre ckïen Pour Vaimer et pour le conduire.

Un jour, l'aveugle, en tâtonnant, rencontra l'autre el fut é[nu do ses souffrances :

U n'est tels que les malheureux Pour se plaindre les uns les autres.

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