‹ Cours de morale ... cours supérieurChapitre 3 sur 44 · LA LIBERTÉ. S · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ. S

— J'irai jouer avec mes petits camarades avant de lentrer pour étudier mes leçons.

— Si tu le sais d'avance, c'est sans doute que tu es forcé d'agir ainsi; quelque chose ou quelqu'un t'oblige à t'arrôter sur le chemin de la maison au lieu d'y j-etoumer tout droit. Non? Tu secoues la tète? Alors, si ce n'est ni une chose ni une personne qui fixe d'avance ce que tu feras ce soir, c'est sans doute une loi, une de ces lois dont nous venons de parler, et qui règlent toutes choses? Quand on lance une boule sur une pente unie, on sait d'avance qu'elle roulera : est-ce pour une raison de ce genre que tu crois pouvoir dire que tu iras jouer avec les autres?

— Mais non, me réponds-tu ; la boule est forcée de rouler avec une certaine vitesse qu'elle ne peut pas

■ changer; moi, je pourrais rentrer à la maison tout de suite, ou bien rester à me promenerune heure ou deux, ou bien aller trouver mon père à l'atelier, ou bien aller voir mes petits cousins.-.. Et la preuve, c'est que mes camarades ne feront pas du tout comme moi : chacun prendra un chemin différent, et emploiera d'une autre façon que moi le temps qui sépare la sortie de classe et le diner, tandis que les boules lancées avec la même force sur le même terrain roulent toutes de la même façon.

— Bien, mais alors tu n'es donc pas comme fous les autres objets de la nature, soumis à la loi, à la fatalité? Tu es donc d'une espèce différente?

— Je ne peux pas m'empécher de le croire.

— El tu n'as pas tort. Chacun de nous est un être à part dans l'univers et forme un petit monde dans le

grand. Une pierre roule comme une autre pierre, im arbre pousse comme un autre arbre; un homme n'est jamais semblable aux autres hommes. Deux frères jumeaux nés le même jour des mêmes parents n'ont jamais tout à fait le même caractère, le môme cœur, ' la même inleUigence. Chaque individu est une personne, qui dit Moi et qui agit h sa façon.

Ici il n'y a plus de lois, il n'y a que des exceptions. Et sais-tu pourquoi? je vais te le dire.

Qu'est-ce qu'une pierre? C'est l'ensemble des parties qui la composent, la réunion de ces petits grains ■ qu'on appelle les molécules. Mais l'homme n'est-il, lui, que la collection de ses membres? Ce qui fait que tu es une personne, ce Mol que tu af&rmes en disant : « Je suis, je pense, je veux, » est-ce ton corps ou une partie de ton corps, ta tête, ta poitrine, tes mem. ' bres? Non, n'est-ce pas? Ce sont là des instruments . dont tu te sers pour agir, rien de plus; tu dis : « Je veux lever mon bras, » donc ton bras n'est pas toimême; tu dis : a La poitrine me fait mal, » donc ta poitrine n'est pas toi.

Qu'es-tu alors? Une force cachée, un être qu'on ne voit pas et qui met en mouvement l'être qu'on voit, une Ame, comme on dît.

Les autres êtres sont tout entiers dans ce qu'on voit d'eux; ils n'ont pas d'âme qui les distingue de ce qili les entoure, pas de volonté libre qui leur permette de se diriger eux-mêmes.

Voilà une différence facile à reconnaître.

Comprends-tu maintenant pourquoi tu peux alarmer que tu iras jouer ce soir en quittant l'école? Ce n'est pas parce qu'imc loi t'y forcera, mais parce que tu le

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veux ; et tu peux vouloir parce que tu es une personne, parce que tu as une âme, en quoi tu diffêres des autres êtres de la nature-

Tu n'en fais qu'à ta volonté, et ta volcHité, c'est toi-même; personne ne te L'impose, personne ne la pousse d'un côté ou d'un autre, si ce n'est toi- Quand tu obéis à tes parents qui te recommandent de ne pas rentrer trop tard, c'est encore parce que tu le veux bien, sentant que cela vaut mieux et que tu dois agir ainsi.

Voilà qui commence à devenir clair, n'est-il pas vrai? Tu as en toi une puissance d'agir qui est bien à toi, qui ne peut pas se séparer de toi, qui est toi-même.

Donc non seulement tu n'es pas comme les pierres ni les arbres qui, pour chaque espèce, obéissent toujours aux çiêmes lois et accomplissent les mêmes mouvements; mais de plus tu n'as rien de commun avec ces machines, qui ne peuvent entrer en branle et produire leur travail que par une force étrangère (eau, feu, vapeur), laquelle doit être à son tour dirigée par un ouvrier. Dans la machine humaine, il n'y a pas d'autre moteur que ï'âme, qui est l'homme même, l'homme inférieur, animant et dirigéant l'homme extérieur, c'est-à-dire les membres et les organes.

Seul dans la nature, l'homme a la disposition de lui-même; il agit par sa propre initiative (qu'on appelle apontanélM). Tous les autres êtres peuvent être appelés inerte» puisqu'ils sont incapables de s'arracher aux lois qui les gouvernent. La volonté humaine seule est une source de force et de vie. C'est

Taotlvlte par excellence, à laquelle nous allons pouvoir donner un autre nom, quand nous l'aurons reconnue indépendante dans sa direction comme dans 80D origine.

SOMMAIRE

L'homme, a une âme, qui fait de lui une personne, iuî permet de dire « Moi », et de se poser comme un être à part dans l'univers.

Il agit de lui-même, spontanément, par volonté, au lieu que les mouvements des autres êtres sont soumis aux lois invariables de la nature.

3<> La liberté.

Quand tu m'as dit tout à l'heure, mon enfant, que tu irais jouer parce que tu le voulais, tu pensais bien me donner à entendre par là que tu n'y étais pas forcé, n'est-ce pas? Eh bien, si je te répondais que tu n'as pas l'entière disposition de ta volonté, que tu ne la conduis pas à ton gré, en un mot que tu n'es pas libpe de décider au fond de toi ce que tu as à faire, tu serais bien étonné sans doute?

— Oh ! oui ! Comment, je ne pourrais pas vouloir ce qui me plalt? mais ce serait absurde. Alors je ne serais pas moi-même; c'est un autre qui serait en moi et qui me gouvernerait 1

— Tu vas voir pourtant que certaines personnes ont pu penser ainsi sans être aussi folles que tu parois le croire.

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