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QU'EST-CE QUE U PATR1E

Tu le vois donc bien, cette société est trop vaste pour que tu puisses y avoir des droits, des devoirs, des intérêts précis.

Mais il se trouve justement que l'humanité est distribuée contrée par contrée, race par race, en de grandes familles, dont les membres parlent la même langue, obéissent d'ordinaire aux mêmes coutumes et aux mômes (lois, et ont à se défendre contre les mômes ennemis. Chacune de ces contrées, dans laquelle les habitants sont nés et mourront et à laquelle ils restent attachés pour toutes les raisons que nous savons, forme une société distincte et s'appelle une Patrie.

La Patrie est donc le moyen terme entre la famille, qui est trop étroite et dont l'espace ne suffît ni aux affections ni aux besoins de l'homme, — et la société, dont les liens sont, dans beaucoup de cas, trop étendus pour pouvoir tenir tous les hommes bien étroitement unis.

Tout ce que nous avons dit de la société et de ses bienfaits est surtout vrai de ta Patrie. C'est à elle, non à l'humanité tout entière, qu'est due la mise en pratique de la coopération et de la dimsion du tratail, dont nous avons énuméré les avantages et sans les. quelles il n'y a point de progrès matériel, point d'augmentation du bien-ôtre. Quoi ! il faudrait nous entendre, nous autres gens de Toulouse ou de Bordeaux, avec les Anglais, les Italiens, les Russes, etc., pour percer un tunnel ou pour modifier le cours 'de la Garonne ! Autant vaudrait y renoncer

Même en supposant un accord des populations voisines (es unes des autres, — ce qui constituerait déjà une espèce de Patrie, — les grands travaux d'in-

térôt commun ne seraient pas abordables : une commune ni un canton ne seraient presque jamais assez riches pour construire des chemins de fer ou creuser un canal. Adieu les routes, fes ponts, et toutes les constructions d'utilité publique ! Un État seul peut faire des dépenses de cette importance : or, l'Ëtat, c'est la Patrie.

Lès bienfaits intellectuels que l'homme retire de sa présence dans la Patrie sont au moins aussi évidents que fes bienfaits matériels que je viens de signaler. Peux-tu me les indiquer, Jacques?

— Oui, monsieur, et je n'ai pas besoin de chercher des exemples bien loin.

Notre commune, qui est pauvre, avait, il y a cinq ans, une maison d'école misérable qui contenait à peine cinquante élèves, ce qui forçait l'instituteur à en renvoyer au moins vingt tous les ans. Maintenant, on en a construit une nouvelle qui est superbe, avec des cartes sur les murs, des sphères, une bibliothèque, un petit musée d'échantillons' pour les minéraux, les plantes, etc. Eh bien, le maître nous a dit que c'est la Erance que nous devons remercier, car c'est l'État qui a en partie donné, en partie prêté l'argent nécessaire à la commune qui n'en avait pas assez.

— Et dans les hameaux voisins, dont l'un est à plus de six kilomètres d'ici, comment faisait-on pour envoyer les enfants à l'écofe?

^— On ne les envoyait point, monsieur ; il en venait à peine deux ou trois, les plus grands, car les petits étaient incapables de faire trois lieues par jour.

!■ Musée SaRhiy. Libi-airie Hacheite et Qie.

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