QU'EST-CE QUE LA PATRIE? 1H
— De bien servir sa patrie.
-^ Certes ; mais qu'est-ce que cela veut dire, bien servir sa patrie ?
N'avons-nous pas déjà dit qu'il faut aimer la patrie comme une mère et lui obéir comme à un père.
L'aimer, c'est facile, n'est-ce pas? La nature nous y porte presque malgré nous. Quel est le Français qui ne sente pas son cœur battre au seul nom de la France, qui ne soit pas heureux de sa gloire, et ne soit pas triste de ses malheurs?
— Oh ! oui, monsieur, je comprends bien qu'il faut aimer tous les hommes, mais jamais je ne pourrai m'empfeher de préférer les Français à tous les autres.
— Et tu feras bien de ne pas lutter contre ce sentiment, mon ami. On doit avoir de la sympathie pour tous ses semblables, mais il n'est pas défendu d'aimer mieux ses parents. C'est la même chose quand il s'agit du pays : le nôtre passe avant tous les autres. C'est justice, puisque nous recevons de lui plus de bienfaits ; la reconnaissance nous oblige à le ti'aiter mieux que les autres.
Aimer sa patrie, cela n'est pas difGcile ; mais respecter son autorité et obéir à tes lois, voilà qui est moins aisé que tu ne crois.
— Mais ce n'est pas bien difficile non plus, cela, puisque ces lois sont conformes à la justice.
— Non certes, il n'y a pas grand mérite à se soumettre aux lois qui consacrent des droits évidents et reconnus de tous. Mais la pairie juge quelquefois qu'il est de son intérêt de fixer d'une certaine manière la forme de son gouvernement et le détail de son administration; il peut arriver que les espérances ou les
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souvenirs de quelques-uns d'entre ses enfants s'en trouvent blessés; mais quand la volonté de la nation, c'est-à-dire de la patrie, s'est prononcée, le devoir de tous est de s'incliner devant elle et de lui obéir.
Voilà les obligations que la patrie impose à ses enfants par le seul fait qu'elle est une famille.
Comme société, elle leur en impose d'autres encore qui se résument dans les deux mots de solidarité et de fraternité, dont tu connais bien le sens.
L'union des intérêts et des affections n'est possible, je te l'ai montré, que par la patrie. Elle seule rend possibles les associations fécondes et utiles tant pour les entreprises matérielles que pour les institutions de justice et de charité. Il ne servirait à rien de déclarer que l'intérêt d'un homme se confond avec celui de tous les hommes, si cette déclaration ne devait pas aboutir à une coopération efficace de tous pour protéger chacun. Il ne servirait à rien de proclamer que tous les hommes sont frères, si cette fraternité ne devait pas se traduire par des oeuvres de bienfaisance. Or, nous l'avons dit, la patrie, seul moyen terme entre la famille et 'l'humanité, permet de réaliser ces projets.
Tous ces devoirs se réduisent à un seul, qui les exprime et les résume, le déTouement. Le patriotisme est surtout une vertu d'abnégation et de sacrifice. Il parcourt tous les degrés de la vertu, depuis la moindre obligation, qui est de rendre à sa patrie ce qu'on lui doit, jusqu'au plus haut mérite, qui est l'héroïsme. Le type le plus généralement reconnu et admiré de l'héroïsme patriotique est le courage militaire : exposer sa vie pour la gloire et le sajut de son pays est la plus
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noble preuve de dévouement qu'on puisse donner.
Il en est pourtant d'autres. Dans le domaine civil, en observant bien les lois ; dans le domaine social, en prêchant par la parole et par l'action, la paix, la justice et la fraternité, en donnant partout et toujours le bon exemple, on peut servir sa patrie et mériter sa reconnaissance.
Un bon citoyen ne peut avoir de plus élevée ni de meilleure joie que la conscience d'avoir mérité ce beau nom, employé par l'illustre Vauban, il y a deux siècles, le nom de patriote.
SOMMAIRE
Les sentiments que nous devons à la patrie sont tous compris dans le mot de patriotisme.
Puisque la patrie est une famille, nous lui devons l'amour et l'obéissance auxquels ont droit nos parents.
Puisqu'elle est une société, nous devons nous considérer comme liés avec tous les membres qui en font partie, par des sentiments de solidarité et de fraternité, que résume, mieux que tout autre, le mot de dévouement.
EXERCICES
Etpliquez comnieiit la patrie peui f tre considérée comme une filinitle. — De quoi 3e compose l'héritage commun de tous les concitorêDs d'une mime pairie?— Gomment ta patrie mérite-t-elle l'autorité qu'ella possède sur nous, comme un père et une mère sur ses enfantai — Eipliquei pourquoi il n'y aurait pas de société humaine possible, si personne ne reconnaissait une patrie. ~- Pourquoi alors la justice et It charité seraient-elles impuissantes? — Pourquoi l'obéissance aui lois du pays est-elle une des conditions du patriotisme? 1