DEVOIRS ENVERS LA PATRIK
autres se débattre : je ne bouge pas-, c'est moi le plus sage. »
Est-ce qu'il n'avait pas un peu raison de parier ainsi?
— Mon ami, si tu faisais partie d'une armée en campagne, et si, au moment d'engager le combat, tu t'asseyais à l'abri des coups, pour regarder les autres se battre, en disant : « A quoi bon me fourrer dans cette mêlée? qu'ils s'en tirent comme ils pourront... » crois-tu que cette conduite serait très belle?
— Non, à coup sûr, mais...
— Je sais ce que tu vas me répondre : la politique, c'est-à-dire le soin des affaires publiques, n'est pas une bataille à main armée, où l'on risque sa peau pour une opinion : là on n'est pas forcé de frapper ses ennemis, pi de vouloir leur ruine. Aussi n'était-ce qu'une comparaison. Vois cependant si elle n'a pas sa justesse : des deux côtés, c'est de la Patrie, c'est de son salut et de son avenir qu'il s'agît : les uns veulent la diriger dans un sens, les autres dans un autre. Ces diverses opinions réunissent leurs partisans en des camps opposés, et chaque groupe lutte pour l'emporter sur les autres, et pour gouverner l'Ëtat dans le sens qu'il croit le meilleur.
Si tu as un avis sur le meilleur parti à prendre, ne serais-tu pas coupable en l'abstenant de prendre part au combat pacillque que représente cbaque élection? Ne feras-tu pas comme les déserteurs qui fuient te champ de bataille par peur du danger?
Tiens, le meunier parlait en homme indifférent, prêt à laisser faire tout le mal possible, — ce qui ne vaut guère mieux que de le faire soi-môme, , — en mauvais citoyen, qui n'aime pas sa patrie^ et cfi-i
n'attache aucune importance à la prospérité et à l'honneur de la France. Si tous faisaient ainsi, vois où nous irions ! Vabstention est une faute ; à de certains moments, elle est presque un crime, car il est des cas où le mal n'est possible que par la négligence des bons, qui s'en trouvent ainsi responsables.
-^ C'est vrai, monsieur, je n'y avais pas songé; mais qu'il doit être difficile de bien voler!
— Certainement, aussi doit-on prendre toutes les précautions possibles pour mettre de son côté les chances de vérité et de justice.
D'abord il faut toujours voter librement et selon sa conscience. Mais de ce que le vote doit être libre et désintéressé, il ne s'ensuit pas que l'électeur ne puisse pas chercher à s'éclairer. Il le doit, au contraire, en- Usant les journaux, en se tenant au courant des affaires du pays, en prenant soigneusement connaissance de la profession de foi du candidat, en s'informant de* son passé, de son caractère, de ses intentions. S'il vote pour l'un plutôt que pour l'autre, il doit savoir pourquoi, et doit ôtre prêt à expliquer les raisons qui lui font juger l'élection de l'un plus utile au pays que celle de l'autre.
Une fois nommé, il doit laisser son représentant libre de voter aux Chambres comme il l'entend ; la plupart du temps le député ou le sénateur en sait plus long que l'électeur, sur les questions qu'il a à discuter, et il est à même de s'inspirer de considérations que le premier citoyen venu ignore.
L'élu doit être indépendant, comme celui qui l'élit il lau^rait qu'il fût un malhonnête homme pour manquer à ses promesses, — et alors même il reste
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un recours, c'est d'en choisir un autre, aux élections
SOMMAIRE
On a le devoir de s'intéresser aux affaires de son pays, et de voter pour indiquer dans quel sens on pense qu'elles doivent être dirigées. L'abstention est toujours une faute, et quelquefois un crime.
Le vote doit être libre et éclairé : une fois que le représentant a été élu, il faut respecter son indépendance, comme il respecte le mandat qu'on lui a confié.
38° V» mttIm mlUtair».
— Sont-ce là tous les devoirs que la Patrie impose à ses enfants? Voyons, réfléchis bien : n'y en a-t-i! pas un autre, le plus élevé et le plus méritoire de tous?
— Le serrlce nUUtalre?
— C'est cela; en comprends-tu bien l'importance? ■
— Monsieur, je vois bien que, s'il y a une armée en France, il faut que tous les Français se tiennent prêts k en faire partie, mais je ne vois pas pourquoi il est nécessaire d'avoir (me armée. Ne pourrait-on pas s'entendre avec les autres peuples pour ne jamais faire la guerre, ou bien, en cas de force majeure, lever en masse tous les citoyens et marcher à l'ennemi? Les soldats ne servent à rien dans les garnisons ; su contraire, on les enlève à leur travail, ce qui prive leurs familles et leur fait perdre l'habitude du métier qu'ils exerçaient.
— Sais-tu ce que c'est qu'une utopie, mon enfant?
IgO LA PATItlE.
C'est lin projet impossible, un rêve, une chimère, une idée qui n'est ni pratique, ni raisonnable et qui flatte seulement nos penchants ou nos désirs. Eh bien, il y a deux utopies dans ce que lu viens de me dire.
D'abord la pensée qu'on pourrait s'entendre avec les autres nations pour rester en paix. On a eu quelque temps cette illusion-là : on parlait d'un désarmement^ général, d'un Congrès européen chargé de régler à l'amiable les querelles entre les nations.
Crois bien que, si nous avions la naïveté de désarmer, les autres ne nous imiteraient pas, et guetteraient le moment de nous attaquer sinon dans noire territoire, au moins dans nos intérêts. Un pays qui n'aurait pas d'année permanente, c'est-à-dire qui n'entretiendrait pas des troupes d'une manière suivie et négligerait de les exercer en temps de paix, risquerait fort de tomber sous les coups ou sous la loi d'un voisin qui aurait pris ses précautions.
Mais tu m'objectes qu'on aurait alors la ressource de la levée en masse. Ah ! mon cher enfant, voilà encore une utopie, ces armées de patriotes, de soldats citoyens qui s'organiseraient tout d'un coup pour marcher à l'ennemi et l'écraser.
De pareilles prouesses ont été possibles en 1792 et 1793, et elles ont sauvé la France. Mais c'est qu'alors i'élan du soldat, la charge à la baïonnette et l'héroisme individuel tenaient la plus grande place dans les combats. Aujourd'hui on est frappé de loin, par un ennemi qu'on ne voit pas, et la bravoure ne fait phis tout. La complication du service militaire a rendu nécessaire un long apprentissage ; la discipline, la per-
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fection dans le maniement des armes, la précision des mouvements d'ensemble sont devenus le principal. Le soldat a besoin d'êfrè formé d'avance, et il faut bien, coûte que coûte, se résigner à entretenir, en cas de besoin, de nombreux régiments dans les casernes.
— Mais, monsieur, est-il nécessaire que tous !es jeunes gens sans exception entrent à l'armée?
— Nécessaire, non; uUle, oui; car le nombre des soldats est un élément de succès très important maintenant; cela est équitable surtout, car il ne serait pas juste que certains d'entre nous allassent risquer de se faire tuer pour les autres qui resteraient tranquillement chez eux sans rien faire d'utile à la patrie.
. Les devoirs du soldat au régiment, tu les devines, ou plutAt tu les connais : d'abord la discipline, sans laquelle il n'y a pas d'armée possible, pas de solidité, pas de force, pas de victoire. La discipline comprend l'obéissance aux chefs, Vamour et le respect du drapeau, qui est l'image de la Patrie, de sa gloire, de ses bienfaits et des obligations sacrées qu'elle nous impose : au combat, le courage et le dévouement allant jusqu'à l'itéroîsme. La France est riche en exemples de ce genre. Nous ne devons pas déchoir du passé.
L'armée doit être l'institution préférée du pays, son espoir, son honneur, son plus cher souci. Elle n'est pas une caste à part, elle est la nation elle-même se protégeant contre les attaques possibles et demandant à chacun de ses membres valides le dévouement et ta secours qu'elle est en droit d'attendre de tous.
Elle sera encore plus intimement unie au peuple d'où elle sort, lorsque tous ceux qui sont appelés à
en faire partie plus lard se seront dès l'enfance préparés à ce devoir.
L'institution des bataillons scolaires facilitera l'instruction du soldat. Tous nos enfants seront bientôt de petits hommes qui n'auront plus qu'à grandir pour êtic en état de défendre vaillamment la Patrie, à laquelle ils doivent tout.
SOMMAIRE
Avec l'impôt et le vote, le plus important des devoirs du citoyen envers sa patrie est le service militaire.
Il est nécessaire, en l'état actuel, que chaque pays, entretienne une armée permanente pour faire respecter sa sécurité et son indépendance.
Le service militaire est maintenant obligatoire pour tous, ce qui est prudent et juste.
L'armée n'est que la nation elle-même se défendant contre s^s ennemis et se préparant par la discipline et l'étude à protéger l'héritage des ancêtres. -
EXERCICES
Pourquoi l'impôt est-il le premier des devoirs que contracte un citoyen envers »i pairie? — Explique! la nécessité et la justice de rimp6t. — Pourquoi est-ce tui devoir pour le citoyen de s'intéresser à la marche des afTaires de sa patrie? — Comment peut-il gjprimer-son opinion à ce sujet 7 — Que pensez-vous des citoyens qui s'abstiennent dans les voles importants? — Pourquoi l^ut-il que etiaque nation aujoui-d'hui entretienne une armée permanente? — Pourquoi la levée en masse, à la veille du combat, ne suffirait-elle pas? — Pourquoi le service militaire est-il obli^Ioire pour tout le monde? — Que commcinde la discipline? — Pourquoi faut-il que toute force armée obéisse aune discipline? — Quelleestl'utilité des bataillons scolaires ï