LE BIEN
lence et d'aveuglement qui nous empêche de comprendre que les antres puissent avoir d'autres opinions que nous, et qui nous détourne de les respecter?
La prudence prend doux, noms dans la' vie : sagesse et tolérance; ce sont là des vertus essentielles hors desquelles nous sommes indignes du nom d'homme, qui veut dire avant tout : être intelligent et raisonnable.
La tempérance n'est pas moins nécessaire à notre dignité. Quiconque s'enivre perd la possession de soi, et cesse d'être une personne, pour tomber au-dessous môme de l'animal.
La tempérance d'ailleurs ne règle point seulement l'usage de la nourriture et de la boisson : elle est la modération en toutes choses. H arrive parfois qu'un ' homme habitué à la pauvreté devient riche tout à coup, et se montre indigne de sa fortune, par son orgueil et sa dureté envers ceux qui n'ont pas réussi comme lui : et parvenu, comme on dit, ne mérite pas plus l'estime que le pauvre qui ne sait pas se résigner à sa position et qui envie l'opulence de son voisin : vivre conterU de son sort, en tâchant de faire le bien, voilà le grand précepte de la tempérance.
Enûn un homme parait manquer à la dignité qu'il a reçue de la nature, s'il ne montre pas, dans les circonstances graves ou il peut se trouver, le courage dont les animaux eux-mêmes savent faire preuve.
Et il s'agit ici non seulement du courage militaiiM;, qui est presque sans difficulté, tant la grandeur de la cause qu'on défend et l'ardeur du combat le rendent nécessaire, mais de ce courage, mille fois plus rare, que l'homme doit montrer dans le malheur,
devant la perte des siens, devant la ruine de ses espé-
l'ances et de ses affections.
« Travaille el lutte, » tel est le commandement de la loi moralci et hors de cela la dignité humaine n'est qu'un mot.
Dn poète de notre siècle, Alfred de Vigny, racontant ia mort d'un loup, qui s'était laissé traverser par les balles et tes couteaus, sans faire un mouvement ni pousser un cri, plutôt que d'abandonner ses petits ou de trahir par ses hurlements la retraite où ils s'étaient réfugiés, conclut ainsi :
Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'hommes. Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes! Comment on doit quitter la vie et tous ses maux, C'est vous qui le savez, sublimes animaux t Pleurer, gémir, prier est également lâche :
Fais courageusement ta longue el lourde tâche, Dans la voie où le sort a voulu l'appeler :
Et puis, comme ce loup, souffre et meurs sans parler!
La loi morale commande le bien. Pour l'Iiommc, le bien consiste d'abord a respecter en hii-méme la dignité qu'il possède comme être libre et raisonnable.
Les trois principales vertus par lesquelles chacun de nous peut conserver ou augmenter sa propre dignité sont : la prudence, la tempérance et le courage.
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Mais les trois vertus que nous venons de définir ne concernent que les obligations de l'homme envers lui-même. Être prudent, tempérant et courageux, cela ne suffit pas à satisfaire la loi morale. Un parfait égoïste ne manquerait à aucun de ces devoirs, persuadé que l'ignorance, les excès et la lâcheté sont led pires ennemis de quiconque veut bien vivre.
Or l'égoïste qui rapporte tout à lui, qui vit pour lui-même sans s'inquiéter des autres, n'est certes pas un type d'honnêteté et de vertu. Il' prétend bien respecter en lui-même la dignité humaine, mais il oublie que l'homme n'est pas isolé en ce monde et qu'il doit travailler à autre chose qu'à son propre bien. . Réfléchissez en effet, mes enfants, au peu de place que nous tenons dans l'univers, et vous serez convaincus que notre vie ne peut avoir pour seul but la satisfaction de nos besoins.
La Terre n'est qu'un point dans l'espace; elle tourne autour du Soleil, comme tes autres planètes; et combien de soleils contient encore )a profondeur infinie du ciel, combien d'astres, dont chacun est un monde et gravite lui<mème autour d'un astre plus gros qui l'attire! Tout cela se meut par raison et par mesure; tout cela concourt à une harmonie où la Terre devient presque imperceptible.
Et nous-mêmes, que sommes-nous sur ce globe?
Nous y régnons, à coup sûr; mais que nous sommes loin encore de le posséder ! Une inondation, un trem-
blement de terre, et voilà des populations, des nations anéanties!
Comment croire que l'univers soit fait pour nous seuls? L'homme y tient sa place et une place éminente, sans nul doute : mais Celui qui gouverne l'immense machine dans un coin de laquelle nous nous agitons, a bien d'autres soucis encore que cette pauvre race mortelle! Nous devons respecter son œuvre en nous; mais nous devons encore la respecter au dehors, travailler pour l'ensemble, concourir à l'harmonie universelle, et faire rayonner autour de nous le bien qui règne dans nos cœurs.
) En d'autres termes, pour être tout à fait bons, I il faut que nous sachions noua dévouer à quelque I chose de plus grand que nous, à la famille d'abord, à I la patrie ensuite, puis à l'humanité, enfin au Bien universel, qui n'est que l'ordre réalisé en tous les êtres de l'univers.
L'intérêt de l'individu s'efface, quand il s'agit d'une nation, ou d'une société. Voilà pourquoi le soldat meurt la joie au cœur, sentant qu'il fait vivre son pays; voilà pourquoi l'homme qui se dévoue à soulager les pauvres, à instruire les ignorants, à découvrir les vérités par lesquelles avance la science, celuilà vaut mieux que l'homme irréprochable mais solitaire qui a vécu enfermé dans sa vertu égoïste, sans jamais se sacrifier pour une cause plus large et plus haute que son propre bien.
Si l'on demande maintenant comment peut s'ex* ^mer ce deuxième commandement de la loi, nous répondrons par un seul mot : «Malntévcaaenaeat. L'Mttéfôt c'ë^ Is lendanoe à tout ramener à soi, nm