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contrer. Je le trouve assis sur un tronc d'arbre , la tête penchée , la bouche entr'ouverte , les yeux cernés et baignés de pleurs. Dans sa douleur immobile ,"il paroît anéanti.
J'approche , je m'assieds près de lui , je le piesse dans mes bras. — «Ehbien ,mon ami.''... « — Eh bien ! je sens plus que jamais que j'ai « tout perdu. — Perdu ? Eh quoi ! perd - on «ses amis, parce qu'ils sont en voyage? — « Non. — Eh bien ! elle est en voyage aussi. — «Je ne tarderai pas à la rejoindre , je la suis. — Arrête ! elle ne t'a point quitté. Crois -tu « que cette arae si tendrement unie à la tienne, « puisse jamais s'en séparer ? Ne sens-tu pas « au contraire que depuis qu'elle est libre , « elle s'est attachée à toi , qu'elle te suit par- « tout , qu'elle plane sans cesse sur ta tête a comme un ange conservateur .'' Si tu n'étois « plus sur la terre , si ta Julie te regrettoit « comme tu la regrettes en ce moment , si ton « ame enfin se trouvoit libre la première , en • faveur de qui useroit-elle de sa hberté ? Ne « seroit-ce pas en faveur de Julie ? ne voleroit- ^ elle pas sur son sein , sur ses yeux , sur sa « bouche , comme le zéphyr sur les fleurs ? f Crois-moi , mon ami , les âmes de nos amis *« peuplent l'air qui nous environne; en les -pleurant, nous les respirons; elles descen-
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« dent au fond de nos coeurs ; elles nous pénè- « trent et se confondent avec notre ame , jus- « qu'au moment où celle-ci , dégagée de ses B liens , va rejoindre avec elles ce principe « immense de vie et de lumière , dont nous « sommes autant d'émanations passagères. Eh! « mon ami , ne vois-tu pas que tout vit , que « tout aime, que tout s'unit dans la nature ? « Le parfum si doux de ces fleurs n'est autre « chose que l'émanation de leur amour. Ces « arbres majestueux qui nous ombragent se « tendent de loin leurs rameaux , et s'unissent « malgré la distance qui les sépare ; les vents « sont les messagers de leurs hyménées. Ce « ruisseau porte aux plantes qui se baignent « sur sa rive , l'amour des plantes qui fleuris- « sent à sa source. Oui, tout vit, tout aime, o tout participe à ce foyer de vie éternelle , « d'où jaillissent nos âmes comme des milliers « d'étincelles. Qui sait même si, confondus un « jour avec nos amis , nous n'animerons pas « avec eux l'herbe , les arbres et les fleurs ? « Qui sait si nos amitiés ne renaîtront pas sous « ces formes nouvelles ? Qui sait enfin si , lis « ou roses , nous ne formerons point des liai- <r sons aussi pures que la rosée qui les fécon- <« dera ?
« Nos pères se forgeoieut un élysée éternel
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« et monotone. Le mien est plus passager , « mais aussi plus intéressant et plus naturel. >• Si , dans un vallon solitaire , je rencontre « deux fleurs isolées , je me dis : Ici peut-être « sont renfermées les étincelles de deux jeunes « époux : affranchis des chagrins de la vie hu- « maine ^ ils croissent paisiblement ensemble « dans cet élysée champêtre ; ils y renouvellent <« leurs doux épanchemens , ils s'épanouissent « au même rayon de l'aurore, et se nouriissent « de la même rosée. Ils ne finiront demain • qu'avec leurs amours , ou mourront ensem- «< ble aujourd'hui sur le sein pur d'une ber- « gère. Voilà , mon ami , voilà notre véritable «élysée; voilà l'élysée des vrais amis. Va, " nous vivrons toujours , et toujours nous « vivrons pour nous aimer. »
Ces rêveries consolantes repaissent son imagination. A mesure qu'il se livre à leur illusion , ses pleurs tarissent , son front se calme ; on diroit que sa bouche va sourire. Dans cet état je le ramène lentement , sans le distraire. Après un léger repas , je le conduis jusqu'à son lit, et je l'embrasse tendrement. Alors, tout plein du bonheur idéal que je lui ai présenté, il me serre dans ses bras avec un doux transport : « Oui , mon ami , s'écrie-t-il , oui , je « sens que nous ne nous séparerons jamais. —
« Ah ! sans doute , lui dis-je , nous nous quit- « tons ce soir pour sommeiller , demain nous « nous éveillerons pour nous réunir : voilà , « mon ami , l'image de notre existence éter- « nelle. A demain, a
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