FIN DE LOUIS XIV
v^UAND le soleil, au bout de sa carrière , Pâlit, décline et s'éteint par degrés , De ses rayons les traits décolorés Dardent au loin sa mourante lumière.
Tel , survivant à sa famille entière , Sous ses lauriers par la douleur flétris , Et de son trône étayàat les débris , Louis , avant de fermer la paupière , Offroit aux yeux de l'univers surpris Les souvenirs de sa splendeur première ; Et renonçant à ses vastes projets , Après avoir ramené la victoire , Il recueilloit , pour réparer sa gloire , Quoiqu'un peu tard , l'olive de la paix ; De sou crédit il ranimolt encore L'heureux commerce à sa voix renaissant. Des bords lointains , d'où s'élève l'aurore , 11 recevoit l'iiommage du Persan.
Admiré, craint, même en s'affoiblissant , Ses ennemis , dans la vigueur de l'âge , Trembloient eucoP d'éveiller son courage, Et respectoient le lion vieillissant.
Mais si son nom , sou repos , sa vaillance ;
l52 FRAGMENS
Etolent au loin chéris et redoutés ,
Dans son palais ses jours étoient comptés.
D'un foible enfant , seul espoir de la France ,
Et du berceau sur le trône porté ,
Les courtisans , briguant l'autorité ,
Se disputoient le règne en espérance.
Déjà Pliilippe , issu du sang des rois , Faisant valoir son génie et ses droits , Saisit de loin le sceptre qu'il réclame. Enfant proscrit d'une amoureuse flamme , Le froid Du Maiue invoquolt à la fois Et la nature et la faveur des loix , Et son épouse , adroite enchanteresse , . Dont l'art puissant dégnisoit sa foiblesse. Mais l'Jieure approclie où l'arrêt du trépas Va terminer ces illustres débats.
Le roi se meurt ; soudain ciiangeant d'idole , Des courtisans l'essaim part et s'envole ; Chez Orléans tout court se prosterner, A son lever , en pompeuse visite , Guerriers , prélats , ministres et leur suite , D'un deuil flatteur viennent l'environner ; Pour tout le jour le prince les invite... Mais le monarque à midi ressuscite > Et monseigneur reste seid à dîner.
Tendres amis , pauvres gens que nous sommet Ce procédé nous eût fait frissonner ; Philippe en rit , il connoissolt les hommes Le courtisan , dans ses mœurs , est pareil A cette fleur qui , regardant l'aurore ,
DU XVlIie SIECLE. lOD
Puis le midi , puis le couchant encore , Naît , vit et meurt en cherchant le soleil. Tant que le calme en ses veines brûlantes
Règle le pas dés artères plus lentes ,
Et de sou teint ranime la langueur ,
Près du malade à l'envi se déploie
Sur tous les fronts un faux air de bonheur ;
Mais il retombe ; une fausse douleur
Laisse entrevoir une perfide joie.
De la régence en secret partisan ,
Harlay renaît , et Le Tellier expire :
Le janséniste observe le présent ,
Sur le passé le jésuite soupire ;
Du Maine pleure , Orléans va sourire ; C'est dans les yeux de sa cour qu'il faut lire
Le bulletin d'un prince agonisant.
Mais de Louis l'heure fatale sonne !
Plus de retour ; l'univers l'abandonne.
Maintenon fuit sous les murs de Saint-Cyr. De ce héros , dont le moindre désir RetentJssoit aux deux pôles du monde , La voix plaintive , à son dernier soupir , Implore en vain un cœur qui lui réponde ! A ce silence , un long et morne effroi Vient redoubler l'horreur qui l'environne : FoJble , expirant , il appelle... — Personne!...— Et voilà donc le dernier jour d'un roi ! Ah ! plus heureux sous le chaume paisible , Le laboureur , patriarche des cliamps , Enviroiiné des pleurs , des soins touchans