‹ Cours de morale et opuscules en vers et en proseChapitre 40 sur 44 · PETITION D'UNE JEUNE INFORTUNÉE · texte numérisé non relu

PETITION D'UNE JEUNE INFORTUNÉE

Si la raison ramène la justice , Mettez un terme à ma captivité. Quel criminel souffrit pareil supplice ? Quel innocent Tavoit moins mérité ?

Mon existence est mon crime peut-être»

Ali ! si c'est moi que l'on eu doit punir , Pour expier l'instant qui me rit naître , Lassez-vous donc de me faire mourir !

Si le Destin , qui régla ma naissance , Sur mon état eût consulté mon choix , J'aurois passé ma paisible existence Sous la chaumière ou l'ombrage des bois.

Aux douces loix que la nature impose , J'aurois borné ma gloire et mes plaisirs ; A moins qu'un jour la couronne de rose, A dix-huit ans n'eût tenté mes désirs.

A mes parens je serois encor chère ,

Ma main peut-être auroit fermé leurs yeux :

Entre mes bras , mon respectable père j

M'auroit souri dans ses derniers adieux. |

Mais , en naissant , au trône condamnée , T&'i vu mon front ceint du bandeau mortel : Pour m'immoler le sort m'a couronnée , Et mes parens ont consacré l'autel.

Ah ! pénétrez dans ma sombre demeure ! Le jour, la nuit , dans ce morue désert , Mon cœur flétri souffre seul , en une heure , Ce qu'en cinq ans tous les miens ont souffert.

Mes bourreaux même , en voyant mes alarmes , Sembloient me plaindre et presque s'attendrir ; Mais la terreur leur défendoit des larmes , Et me fermoit leurs cœurs prêts à s'ouvrir.

Je savois bien qu'aux princes de la terre Le Ciel jaloux refusoit l'amitié; Mais j'jgnorois qu'au sein de la misère Il les privât même de la pitié.

Ah ! délivrez une tendre victime Que la douleur va bientôt consumer.

J'irai chercher uu a^yle, où sans crime On puisse encore et me plaindre et m'airaer !

l6o POÉSIES

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