ALLÉGORIE
Le Cygne et la Colombe élevoient dans leur sein
Une innocente Tourterelle.
Bientôt un Tourtereau survint , Qui sur des bords lointains fit son nid avec elle,
La Colombe et le Cygne alloient toujours priant
Pour le couple jeune et fidèle , Qui chaque jour alloit multipliant.
Cependant survient un orage.
Le Cygne est menacé : la Colombe fuyant ,
Avec lui se met en voyage ,
(*) M. D.... , ami de l'auteur , avoit épousé à Rambouillet nne fort aimable personne , élevée par le curé et sa sœur , ses oncle et tante. Les jeunes époux vinrent demeurer à Paris en 1792. Le curé, menacé à Rambouillet , vint demeurer chez eux avec sa sœur. Eu 1795 , les habitans redemandèrent leur curé. Les époux restèrent à Paris , retenus par leur état et leur jeune famille. Ce fut à cette occasion que , dans le souper d'adieux, M. Dem.... leur récita cette allégorie.
Et trouve au milieu des roseaux ; Le nid hospitalier que les deux Tourtereaux
Avolent bâti sur le rivage.
Là , tandis que les noirs Autans
Répandoîent l'effroi sur la terre , Les bienfaiteurs , les époux , les enfans , Oubllolent , en s'aimaut , la grêle et le tonnerre ; Et lorsque le Zéphyr eut épuré le jour ,
Les habitans du uld trouvèrent
Que l'orage avolt été court.
Mais l'absence du Cygne attristoit le séjour Qu'animoit autrefois sa voix harmonieuse,
Bientôt les oiseaux d'alentour Le prièrent de rendre à leur contrée heureuse
Ses accens de paix et d'amour.
n cède à leurs désirs : la Colombe plaintive Le suit de loin , et dit , en prenant son essor : « Quoi ! mes enfans , faut-il nous séparer encor I
« Ah ! revolez sur l'autre rive ,
« Et ne nous quittons qu'à la mort ! »
a Oui , reprirent les Tourterelles , o Sur ce rivage attendez-nous :
« Nous vous jurons de revoler vers vous , u Quand nos petits auront des ailes ».
i6a POÉSIES