DISCOURS VIL
Sur la Résignation,
Besoin absolu de la Keligion dans plusieurs agiotions.
Les consolations du Dieu fort sont-elles trop petites pour toi ? Job , chap, 16,7^. 11.
JliN mëditant avec vous sur le plus se'^ rieux des objets, sur les peines de la vie, nous avons d'abord examine le genre et rétendue des secours que nous pouvions attendre du simple exercice de notre ïaîson. Nous devons aujourd'hui vous indiquer une assistance plus certaine ; nous devons , en attirant vos regards vers la Religion , vous montrer la source des meilleures consolations.
L A raison , unie à nos penchans , à nos goûts, à nos passions , à tout ce qui compose notre essence , voit son autorité
sans cesse combattue : elle n atteint d'ailleurs que par F éducation au degré de force dont elle est susceptible ; et des lois immuables, des lois inhérentes à Tétat social , soumettent cette éducation à des habitudes différentes , et la rendent inégale entre les hommes.
I.a religion a d'autres caractères : elle agit sur nous par inspiration ; elle vient à nous , siiijple comme son Auteur, telle au moins dans sa pureté; et c'est à nos sentimens qu'elle commande. L'idéed'un Dieu protecteur se présente à tous les hommes indistinctement , à tous de la même manière ; et , au sein de Tinfortune , l'élévation de nos pensées vers la cause intelligente de notre existence est une action tellement dans la nature , qu'elle paroit le résultat d'un instinct moral , ineffaçable sceau de nos rapports avec TEtre suprême. Mortel* , foi blés mortels ! vous refuserez- vous à reconnoître r autorité de cet instinct sublime , et chercherez-vous à vous soustraire au lien mys^ térieux qui vous unit à la Puissance éter-
( io3) nelle? Voyez s'il est autour de vous une relation plus auguste ; s'il en est qui donne à votre être, à votre vie, une plus magnifique apparence : voyez, et prononcez.
Nous avons montré qu'un sentiment religieux étoit le véritable appui de la morale. Rappelons aujourd'hui qu'il est lé seul adoucissement à de certaines peîîles : nous indiquerons ensuite comment il est en notre pouvoir de l'entretenir et de le fortifier.
Nous parvenons , avec le secours de là réflexion et de la sagesse , à diminuer un grand nombre de chagrins , à leur opposer même une résistance efficace; et c'est ainsi que nous pouvons être affranchis des tourmens de la vanité ,. de l'envie , de l'ambition, de 1 avarice, et de toutes les passions que les hommes ont faites.
Mais il est des momens où il nous faut autre chose que nos propres forces ; il est des momens où la douleur semblo
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braver Tasslstance de notre raison , on elle semble nous dire : Qu'as-tu dans ta puissance pour lutter contre moi ? Me voici près de ce lit oii tu cherches en vain le repos ; où des feux dévorans circulent dans tes veines ; où des pierres anguleuses se sont attachées aux tissus dëHcats de ta vive existence ; où tes muscles , devenus indociles , refusent d'obéir à ta volonté. Appelle ta raison J qu y fera-telie ?
Me voici près de ce tombeau qu'un époux, une mère, ou un fils vertueux ^ viennent arroser de leurs larmes : ils ont perdu leur ami , leur compagnon , leur soutien; et, par un sentiment dont aucune distraction n'adoucira Tamertume, toute leur vie est dans ces cendres qu'ils ne peuvent ranimer. Elle n'est plus!.... il n'est plus !... Voilà leur seule pensée. Que la raison vienne à leur secours ; qu'elle vienne lutter contre moi; qu'y fera-t-elle ?
Me voici sur cette route où une famille proscrite par des lois inattendues, porte
( io5) ses pas au hasard dans une terre étrangère : elle naquit dans la richesse ; elle n'a plus rien : elle est avide de pitié ; et tous les asyles lui sont fermes par la crainte qu'inspirent ses oppresseurs : elle va de ville en ville , ou de cabane en cabane, et les enfans manquent de force pour suivre leur père ; leurs efforts , leur soumission , leurs vœux^Tinnocence de leurs regards, livrent au désespoir une tendre mère ; et , pour tous , le souvenir de leur état passé, de cet état dont un seul instant les sépare, est un poignard qui les déchire. Que la raison seule vienne à leur secours ; qu'elle vienne, lutter contre moi ; qu'y fera-t-elle?
C'est la douleur qui parle , et nous lui prétons un langage : nous l'avons periSonnifiée , afin de fixer davantage votre attention.
Me voici , dit-elle encore , me voici sur les bords sablonneux d'une plage à demi déserte : un soleil brûlant dévore la végétation , et les animaux venimeux y sont en guerre avec l'homme. On y dépose,
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on y jette des infortunés pâlîs dans Ie« prisons , et on leur permet de vivre encore quelques instans , loin de leur patrie^ plus loin peut-être encore de son souvenir^ et le coeur ulcéré des injustes passions dont ils sont la victime. Que la raison vienne à leur secours ; qu'elle vienne lutter contre moi ; qu y fera-t-elle ?
Me voici près de cet être long - tems aimé, long-tems révéré : il avoit mis sa confiance dans la pureté de sa vie y. dans Tinnocence de ses actions et de ses pensées : il voit la calomnie déchirer tout-àcoup sa réputation ; on le force de corn paroi tre devant des juges qui veulent le trouver coupable ; il entend sa condamnation ^ et de farouches soldats le traitent avec audace et avec mépris ; ils Tentrainent à la mort ^ et, sur les bords de Féchafaud , il veut , mais en vain , faire entendre sa voix ; cette consolation lui est ôtée ; et il se voit seul , seul, devant les appareils d'un infâme supplice. Que la raison vienne à son secours ; qu'elle vienne lutter contre moi ; quy fera-t-elle ?. . . Arrêtez, 6
( Ï07 ) tloiileiir ! c'est assez des paroles que nous venons de prononcer en votre nom : arrêtez, et finissez votre insultant trîomplie. Ce n'est pas la raison seule (jue nous vous opposons ; c'^st une arme plus puissante, une arme que nous tenons de la Bonté céleste : c'est la Religion. INous combattrons avec elle, et nous vaincrons; et la douleur s'évanouira devant nos riches espérances ; et son aiguillon s'émoussera contre le bouclier de notre foi. O Dieu ! nous nous réfugierons dans votre sein , et nous y retrouverons le courage. Nos regards seront fixés sur cette Puissance dont Tunivers est Tempreinte ; et nous croi-^ rons qu'ayant commencé notre bonheur, vous n'abandonnerez pas votre ouvrage.
Nos regards seront fixés sur votre règne éternel, et nous ne nous laisserons pas abattre par cette autorité d'un instant qu'exerce sur nous la souffrance : nos regards sero a t fixés sur votre admirable sagesse; et, témoins du magnifique système au milieu duquel nous sommes placés ; nous attendrons sans murmure
r explication des peines ëparses dans la vie : et certains que Favenir , dont seuls parmi les êtres créés nous avons le présage , certains que cet avenir est une portion de notre destinée , nous opposerons à nos maux T espérance ; et aux doutes inséparables de notre foiblesse, les religieux sentimens qu'une main souveraine, une main bienfaisante a gravés au fond de nos cœurs. Nous n'interrogerons point notre Dieu sur ses hauts faits ; nous ne demanderons point de connoître ce qu il a voulu nous cacher : mais nous n'éteindrons pas la lumière dont nous sommes environnés. Miracles de bonté ! miracles de puissance ! miracles de sagesse ! prodiges de toute espèce ! voilà ce qui s'offre à nous, et dans la nature physique et dans la nature morale. Ne contrarions pas notre esprit lorsqu'il s'essaie à tirer de tant de merveilles des réflexions consolantes ; ne combattons pas notre instinct lorsqu'il nous ramène sans ceSvSe à l'idée d'un Dieu suprême , Famé éternelle de l'univers ; à cette idée si grande , et de laquelle ,
( 109 ) qu'on nous passe une expression commune , de laquelle on peut tout faire pour le bonheur.
Lies consolations du Dieu fort sont*»
elles trop petites pour toi ? Ne méritons pas ce reproche : mais plus elles sont efficaces ces consolations , plus nous devons nous occuper avec suite et avec constance des moyens propres à entretenir en nous un sentiment religieux. Nous destinons à cet important sujet la seconde partie de notre méditation.
Eclairez , ô mon Dieu ! le ministre de votre parole. Il veut dire comment on peut se préparer à vous connoître et à vous servir ; comment on peut s'approcher de vous par la pensée ; comment une simple émotion vous annonce aux âmes tendres et pures ; comment Fétre foible et timide que tant de craintes environnent , acquiert dans un recueillement solitaire le courage de la piété , Fassurance dont il a besoin pour faire au Maitre des cieux le récit de $es peines.
(uo) Il n est rien dans la nature qui ne puisse crëer en nous un sentiment religieux. L'idée d'une cause intelligente nous est par-tout retracée. Ordre admirable, effets éclatans , harmonie dans les grands mouvemens, juste proportion dans les pins petits rapports, finesse dans les détails , majesté dans Fensemble, variété continuelle dans les formes et dans les jets extérieurs , immobilité dans les lois secrètes et générales ; et quand on étudie le motif et le but d'une si belle œuvre, nulle autre explication que la bonté , la sagesse et la toute-puissance ; enfin Tinlini pour espace , et Féternité pour durée. ' O Roi du monde ! 6 Créateur des choses ! eh quoi , nous ne vous verrions pas au-dessus de tant de merveilles ; nous ne vous verrions pas au centre , au commencement , aux limites inconnues de tout ce qui est ! Mais comment T homme entrera-t-il en communication avec un Etre à une si haute distance de lui ? comment Tosera-t-il, lorsque nous tremblons en paroissant devant un des princes de la
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terre ? Ah ! laissons faire à la bonté de cet Etre qui nous a rapprochés de lui , qui nous a formés pour Tainier autant que pour le craindre. Déjà nous ne sommes point étonnés de la confiance que la Religion nous inspire : nous nous y livrons comme par instinct ; et la créature mortelle, la créature d'un jour, s'élève comme d'elle-même à la contemplation de la Divinité, et s'enhardit à Tadorer et à la prier.
On parle avec surprise des sympathies établies par la nature entre les enfans et les pères. Il en est une plus frappante et plus générale ; cette disposition innée dans riiomme qui le détermine à invoquer, dans tous ses périls , une assistance inconnue. Il a le sentiment secret que sa foible puissance n'est pas le dernier terme des forces protectrices ; et , fut- il privé d'une éducation religieuse , il croiroit que ce vaste ciel où tant de feux étincellent , est le majestueux séjour du Dieu de l'univers ; et que notre pensée , si belle dans son essence et dans sa pureté , esc
écoutée et reçue avec bienveillance par notre Créateur et notre Père.
Mais voici la Religion qui fixe nos idées et qui les affermit. Elle nous invite à prier cet Etre suprême vers lequel un heureux instinct nous attire ; elle nous apprend à le nommer VEternel notre Dieu, Elle nous dit de n être pas effrayés de sa puissance infinie, de cette puissance toujours unie à la plus parfaite bonté. Et , entre^ plusieurs enseignemens des livres saints, écoutez ces paroles, qui, dans un style figuré , expriment avec force la vérité que nous vous annonçons.
C'est du Prophète Elie que Moïse nous parle ; d'Elie en exaltation devant TEternel sur la montagne sainte. . Et TJoici : un vent impétueux qui fendoit les montagnes et hrisoit les rochers , alloit de\^anc VEternel; mais VEternel
nétoit point dans ce vent Apres ce
vent, il se fit un tremblement; mais VEternel nétoit point dans ce trem^
hlement Aprhs le tremblement
apparut
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apparut le feu ; mais V Eternel rCètoit
point dans ce feu Après le feu ^ on
entendit un son subtil et doux ; et il arriva que sitôt quElie [eut entendu , il enveloppa son visage de son manteau^ et il sortit de sa retraite ; et voici , une voiœ lui fut adressée et lui dit : Quelle affaire as-tu , Elie ?
Nous n'avons pas besoin de faire ressortir rinstruction qui nous est donnée dans ce passage de FEcriture. Les ouragans , les tempêtes , les feux dévorans, les secousses de la terre et tous les fléaux dévastateurs , annoncent la toute -puissance de TEtre suprême ; mais on ne voit sa parfaite image que dans la compassion ,e.t la bonté. Quelle affaire as- tu, Elie? O douces paroles que nous voudrions graver dans vos âmes ! ô douces paroles que nous vous invitons à retenir !
Quelle affaire as-tu , Elie ? O notre Dieu , combien nous en avons au pied de votre trône! Nous avons à vous demander grâce de nos fautes ; nous avons à implorer votre miséricorde ; nous avons ///. 8
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à solliciter votre consolation dans no* pertes , votre pitié dans nos souffrances ; nous avons à vous prier pour nous, pour nos enfans, pour les objets premiers de notre tendresse. Ah! combien nous éprou^ vons le besoin d'être entendus, d'être écoutes par un généreux Maître.
Quelle affaire as-tu. Elle? O vertueux Israélite , que nous envions votre sort ! Vous aviez aimé Dieu , vous Taviez servi, vous aviez marché dans ses voies, et vous avez pu contempler sans frayeur les éclats de sa puissaiice ; la foudre a sillonné les airs sans vous émouvoir , et la terre s est ébranlée sans que vous ayez été détourné de votre méditation religieuse. Vous attendiez le Dieu de bonté , et votre confiance n'a, point été trompée ; et vous avez ouï ces paroles d'affection : Quelle affaire as^tu^ Elie ?
Ici, je me tourne vers vous , qui refusez de vous associer à nos sentimens religieux ; vers vous qui veillez en ennemis sur nos espérances, et qui les épiez,
(ii5) pour ainsi dire , afin de les attaquer et de les blesser une à une ; afin de les détruire entièrement, si vous en aviez le pouvoir. Plus terribles que les vents du midi dont le souffle dessèche les plantes nutritives , vous animez votre langage pour réussir à discréditer et à perdre les opinions les plus salutaires. C'est ainsi que, sur la prière, affectant un air de mépris , vous demandez à connoitre et ses moyens et ses succès. Vous viendriez, dites-vous, assidûment dans nos temples, et vous y célébreriez des premiers les louanges de TEternel , s'il écoutoit , s'il exauçoit vos requêtes. Ingrats ! n'a-t-il rien fait pour vous? A cette condition encore, vous prieriez le soir, vous prieriez le matin : nous le croyons. Vous trouveriez que cette manière d'atteindre à vos souhaits seroit la plus commode et la plus simple de toutes.
On ne doit accorder aucune attention à de pareils discours ; mais vous méritez plus d'égards , vous qui , respectant les lois dont Tordre universel se compose ,
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Considérez ces lois comme immuables ^ et refusez alors de croire h Tefiicacité d'aucune prière.
Nous ne pouvons, avec les seules lumières de la raison , pénétrer dans les profondeurs où la nature des choses , son interprétation , ses premiers secrets sont cachés. Tout est abîme entre le ciel et la terre, entre notre science et Flntelligence divine. Cependant , nous n'apercevons aucune contradiction entre un système de lois générales et notre croyance i\ r efficacité des prières : et cette contradiction est tout ce que nous avons à écarter pour entretenir notre espoir ; car les autres difficultés sont résolues par la puissance infinie du souverain Ordonnateur de Tunivers. Or , il est évident , il BOUS est manifeste , qu'un système de lois générales peut subsister avec des exceptions ; et le tableau des constitutions sociales eut suffi pour nous rendre cette vérité familière.
- Pourquoi donc supposerions-nous que TEtre suprême , en jetant , comme il Fa
fait , tant de variété dans les choses créées , en les distinguant par des nuances innombrables , et en alliant encore un système moral à un système physique , ait renoncé pour toujours à ses volontés spontanées ; ait réduit ainsi luimême le développement de sa puissance à un seul acte et à une seule pensée? Et verrions-nous plus de beauté dans Tœuvre du monde , admirerions - nous davantage son Auteur , s'il avoit tout assujetti à un seul mouvement , s'il avoit tout ordonné d'une seule fois? Y songezvous , esprits supérieurs qui voulez changer toutes nos opinions ; esprits abondans en idées nouvelles , mais dont aucune ne console ? Ce mécanisme simple et absolu , seul digne, selon vous, d'un pouvoir créateur sans bornes et sans limites; ce mécanisme simple et absolu , comment l'accorderiez - vous avec Flntelligence ? comment l'accorderiez-vous avec notre liberté, qui n'auroit alors dans les cieux aucun modèle ? Vous voudriez , par l'effet éternel d'une éternelle loi , rendre
inutile et sans but T éternité de la Sagesse, Tëternité de la bonté, Téternité du libre arbitre. Que deviendroient en vos combinaisons les perfections divines ? Ah! la Religion nous instruit mieux que vous ne le faites : elle nous montre la majesté des grandes lois qui régissent T univers ; mais elle nous montre aussi le Créateur toujours près de sa créature , toujours attentif aux besoins et aux foiblesses de rhomme , toujours présent à nos sentimens et à nos pensées , et accédant ou se refusant aux vœux de la terre , selon ses desseins, selon ses pensées, selon qu'il le croit bon : mais comme sa volonté est impérissable , comme il ne la dépose jamais, nous pouvons implorer sa bonté tous les jours de notre vie.
C'est ainsi que le raisonnement prête son assistance à la Religion ; et nous trouverions ces deux guides toujours en accord , si nous ne voulions pas faire du raisonnement un instrument de parade; si nous ne lui demandions pas de nous faire singuliers ou remarquables, au lieu
de souhaîter seulement qu il nous mène à la vërit^.
Cest en nous entretenant avec vous des peines de la vie, que nous avons appelé vos réflexions sur la prière et sur les consolations dont elle est la source ; mais , dans Tesprit qui nous a conduits , nous devons donner à cet acte religieux une plus grande attention. Nous pouvons en effet , sans former aucun vœu particulier, sans adresser aucune demande à FEtre suprême, élever notre ame à lui , et trouver dans une méditation solitaire une assistance à nos maux, et quelquefois un calme sublime.
Ah ! sans doute , il faut vous plaindre, vous qui demandez au monde de guérir les blessures dont votre cœur est atteint. Vous n êtes pour lui qu'un acteur , et il vous dit de passer , pour faire place à d'autres. Quelle différence pour vous, si. les émotions de la piété vous étoient connues ! Une douce confiance vous approcheroit du Dieu consolateur ; vos sentimens
entreroîent en communication avec sa bonté ; et votre pensée , en traversant lazurdes cieux pour aller à lui, se purifieroit et deviendroit plus digne de Tasile où elle cherche à se réfugier. Est-il une ame sensible , qui , pénétrée d'une douleur séante à une belle nature , d'une douleur dont le ciel peut entendre parler ; est-il une ame sensible qui n*ait alors éprouvé le charme d'une confidence se-r crête au Dieu parfait, à l'Etre suprême qui a formé notre destinée, qui nous a dit d'aimer, et qui ne rejette point les larmes dont il connoît la sincérité ? O mon Dieu ! si vous n'étiez pas auprès de l'infortuné que des regrets consument ; s'il ne pouvoit pas se précipiter dans le vague de votre puissance, et redemander à votre compassion l'ami qu'il a perdu; si, du sépulcre où est tout son bien , il ne pouvoit pas élever ses regards vers les hauts îieux où reposent toutes les espérances; que deviendroit-il ? que deviendroit-il ?.... Ah ! tout se trouve , pour les cœurs malheureux , dans une méditation religieuse;
et la terre dîsparoît elle-même devaiït cette foi vive qui avance les tems inconnus , et qui les embellit de la pompe cëleste et de tous les rayons de la Grandeur divine.
Merveille encore plus grande ! c'est de ■Dieu même que Thomme , certain de ravoir offensé, reçoit un soulagement. Il offre son repentir ; il F offre de nouveau ; il Foffre sans cesse ; et le moment arrive où il se croit pardonné. Un sentiment , long-tems inconnu, s'élève alors dans son ame ; et il se dit qu'il y a paix entre lui et son Dieu.
O douces émotions de la piété ! venez dans toutes nos peines nous apporter vos consolations. Voilà notre raison qui se décourage, qui semble s'éloigner de nous; venez prendre sa place. Venez , douces émotions de la piété , messagères du ciel , venez nous occuper de TEtre suprême , nous faire vivre avec lui , nous instruire à Taiiner, et nous élever aux plus sublimes pensées, aux plus magnifiques espérances, par un sentiment religieux plus péné-
trant que Tesprit , plus clair- voyant que le génie.
RÉFLÉCHISSONS encoie un moment sur ce recueillement^ sur cette méditation solitaire que nous recommandons à rhomme malheureux, à Thomme sensible. N'attendez pas les jours d'affliction pour vous y livrer ; ne les attendez pas pour établir au fond de votre cœur une communication secrète avec TEtre suprême.
Il ne faut pas que dans le moment où vous aurez besoin de chercher dans son sein une consolation , il soit pour vous un ami nouveau , un ami dont la pensëe ait été loin de vous dans vos prospérités. Ce sont les actions de grâce de la reconnoissance qui servent d'introduction naturelle aux prières de l'infortune. Ainsi , dès votre jeunesse, songez à l'Eternel votre Dieu; songez -y lorsque votre cœur est encore pur , lorsque votre innocence se plait aux regards du Seigneur. Vous conserverez -peut-être toute votre vie l'impression de ces premiers sentimens ; et vous vous y
reprendrez , lors même que les intérêts <lu monde vous en auroient distrait pour un teras.
Heureux les hommes sensibles dont Tame est naturellement en sympathie avec les idées religieuses , avec ce culte d'amour et de respect que nous devons offrir à notre divin bienfaiteur ; et heureux aussi les hommes dont lame expansive leur rend nécessaire un confident , un appui ; car bientôt , avertis par de tristes épreuves , ils le chercheront dans ce séjour de paix et de perfection où il n'y a point de trahison, point d'infidélité, point d'inconstance; dans ce séjour où l'Etre des êtres , au milieu de sa gloire , ne se cache point de l'affligé, où il n'est point importuné de ses larmes , et où il y a de la joie parmi les ailles du ciel, lorsqu'une créature mortelle , une seule , obtient un titre à la miséricorde divine.
Cherchez donc l'Eternel avec confiance ; mais en vous élevant à lui , que ce soit dans l'abandon d'une ame véritablement émue. Aimez , et vous prierez bien.
Une méditation solitaire ne doit pa^
être une œuvre de commande, toujours
soumise à de certaines heures , et dont
quelques pages écrites déterminent le
inode et fixent la durée. Laissez-vous aller
aux mouvemens de votre cœur , et prenez^
les pour guides. L'Etre suprême, dont
ridée nous impose un respect sans bornes,
nous permet cependant de dire de lui
quil est notre ami , notre meilleur amL
Nous pouvons donc lui adresser nos sen-
timens sans ordre, sans méthode, et à
mesure qu'un événement, une circons»-
tance particulière , ou nos dispositions
naturelles, animent notre reconnoissance,
et prêtent à notre piété un nouveau degré
de ferveur. Un succès marquant a béni
vos travaux ; vous , ou quelqu'un des
vôtres^ venez d'échapper à un danger :
que vos regards se tournent vers le ciel ;
que votre pensée, s'arrête sur l'assistance
continuelle de la Providence divine.
Nous éprouvons de différentes manières notre foiblesse , et nous ne pouvons nous défendre avec certitude ni des
erreurs de notre esprit , ni des souffrances de notre corps : notre situation changea tous les momens ; et heureux aujourd'hui, demain Taffliction reparoîtra , pour faire place encore au repos. Que notre ame , dans toutes ces transitions de la vie y s'unisse par un retour religieux à TEtre éternel , à TEtre immuable qui a le secret de notre existence et le secret de notre destinée. Ainsi , Tavenir et le présent , les choses inconnues et les choses connues, entretiendront notre piété. Nous verrons dans le tableau mobile de nos sensations , comme dans les vicissitudes du monde , le Dieu dont la puissance enceint tout ce qui est J et nous aurons sans cesse Toccasion d'entrer en communication avec lui , le besoin de nous placer sous sa protection , et de nous serrer contre sa bonté. Ah ! non pas seulement le matin lorsque nous renaissons à la vie ; non pas seulement à la fin du jour lorsque le sommeil va nous dépouiller de nos armes , nous songerons au Seigneur , à. notre gardieai fidèle ; mais une peine.
un plaisir , une crainte , une espe'rance ; toutes ces impressions qui marquent nos momens , nous appellent à une cause hors de nous , et peuvent devenir un sujet de recueillement ou d'émotion religieuse. Enfin, la nature et ses beautés nous en présentent d'autres ; et par-tout, de majestueux secrets, d'incompréhensibles phénomènes nous invitent à la réflexion. Ah ! si l'idée d'un Dieu, si son culte , si la confiance en sa bonté, sont les sentimens qui nous préparent le mieux à la patience dans nos afflictions, c'est en ouvrant les yeux à la lumière que nous pouvons commencer ce cours d'instruction.
Que seroit-ce encore, si en nous livrant à des méditations salutaires, à ces méditations qu'inspire la piété , nous devenions meilleurs , nous devenions plus dignes de la vie immortelle ? C'est bien alors que nous entendrions le sens et la vérité des paroles de notre texte : Les consolations du Dieu fort sont-elles trop petites pour toi ? Et toutefois ,
( 1^7 ) chaque moment où Thomme , sans quitter les devoirs auxquels sa vocation l'appelle, se distrait, par la pensée, du tumulte du monde ; chaque moment où il se comtemple à T écart , où il se juge en étranger , il gagne quelque chose en tempérance ; car la réflexion , qui range les illusions à leur place , et qui les sépare de la vérité , devance pour nous F expérience , et régale par fois en services.
Les consolations du Dieu fort son t^ elles trop petites pour toi ? Nous rappelons encore une fois cette belle expression , nous la répétons au moment où nous allons terminer notre discours.
Nous vous avons entretenus deux fois des peines de la vie ; et en cherchant , comme votre Pasteur , comme votre ami , à vous inspirer un sentiment de résignation , jamais nous n avons autant regretté Tinsuffisance de nos moyens et les bornes de notre talent. Hélas ! que n'estil en notre pouvoir de verser à chaque instant des consolations dans le cœur
de rhomme affligé ! que n est-il ennotte pouvoir d'essuyer une de ses larmes !
Mais notre force n'est pas dans notre sagesse ; elle est toute entière dans la Re-* ligion dont nous sommes les interprètes- Nous disons donc aux infortunés : qu ils viennent ; qu'ils viennent entendre les conseils de cette Religion sainte et s'instruire de ses bienfaisantes promesses. Ils apprendront les miséricordes de TEternel et ils ne perdront pas Tespérance. Allez à lui, vous qui cherchez des consolations; allez à lui sans autre guide que votre piété , et vous serez accueillis. Allez à lui, et le moment arrivera où il entendra la voix de vos larmes* Le moment ar* rivera où vous direz dans le langage de l'Ecriture : hes douleurs se sont éloignées , et a la fin le trésor de ï imniorta-* lité s'est montré.
Que votre ame , dans la solitude , s'élève au saint des saints, au seigneur des seigneurs ; et , s'il vous voit ému , s'il sait que vous l'aimez , il vous dira peutêtre : Quelle affaire as-tu , Elie ?
Priez-le
( 129 ) Prîez^le sur-tout avec confiance ^ vous qui êtes petits sur la terre ; car il ne brise point le roseau cassé , et il n éteint point le lumignon qui fume encore.
Osez de même vous adresser à ses compassions > vous , les grands de ce monde, quoique Tinfortune seule et la perte de votre autorité vous aient rendus religieux ; osez-le , puisque TEternel est bon , et quil y a de la joie datant les anges du ciel pour un seul pécheur qui s'amende.
Enfin, tous ensemble, nous chercherons TEternel ; nous lé chercherons avec une ardeur nouvelle en ces jours de malheur, en ces tems de calamité. Hélas î ce ne sont plus des étires isolés , mais des nations entières qui font entendre leurs gémissêmens. O Dieu ! vous le Savez , la crainte et l'épouvante régnent parmi les hommes , et la terre est couverte d'un voile funèbre. Vos voies ne sont pas nos voies , et vos pensées ne
( i3o ) sont pas nos pensées ; mais , nous Tespérons , nous le croyons , le jour n est pas loin où vous reprendrez en pitié la race humaine ; le jour n'est pas loin où Forgueil des médians cessera , où leurs triomphes s évanouiront. Et ne le voyons-nous pas, Talliance n'est pas rompue entre rhomme et le Dieu parfait ; entre la terre elles cieux magnifiques. Le soleil n'a pas reçu Tordre de détourner ses rayons de nos campagnes; ni les saisons , de changer, d'interrompre leur cours. Le printems vient encore à son heure marquée , et les beautés de la nature reparoissent avec lui. O terre ! ô terre désolée ! c'est à vous aussi qu'on peut dire : hes consolations du Dieu fort sont'-elles trop petites pour toi? Enfin , à nous qui nous affligeons des malheurs publics , et aux victimes infortunées de ces malheurs, il n'a pas été défendu d'invoquer le Dieu de paix, le Dieu de miséricorde. Espérons donc , espérons ; et prosternés au pied du trône céleste , disons , l'Eternel Va donné y afin de consacrer notre re-
(loi )
connoissance ; V Eternel la 6té^ afin de nous préparer à une religieuse patience. Et toujours , toujours, ï Eternel soit béni, t Eternel soit béni.