‹ Cours de morale religieuse (volume 2)Chapitre 6 sur 11 · N' OUBLIONS · texte numérisé non relu

N' OUBLIONS

N'oublions jamais , en réflëchîssaiîÈ sur le pouvoir de riiabitude , n'oublions jamais que nous sommes des êtres iQi-« blés, et que nous avons besoin de. tons les genres d'assistance pour marcher avec sûreté dans la route de la morale.^ Et lorsque nous faisons le recensement de nos devoirs , lorsque nous considë-^ rons leur nombre et leur diversité , noua ne pouvons nous défendre d'une craintive émotion. Oui , dans cette courte vie, où nos forces ne sont entières que peu de mbmens , nous tomberions dans un funeste découragement, s'il ne nous étoit pas .permis de nous jeter dans les bras d'un protecteur ,i s^il ne nous étoit pas permis d'implorer à chaque instant sa bonté toute -puissante. Ah ! loin de notre pensée le moindre murmure ! nous sommes , ô notre Dieu ! les adorateurs de votre sagesse : mais nous seroit-il défendu d'avertir les hommes qu'une administration grande et difficile leur ek été confiée, et qu'ils doivent veiller contî-? nuellement sur eux- mêmes J que rîea

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n est indifférent, non pas seulement pour acquitter leurs obligations , mais encore pour se préparer de bonne heure à la vertu ? Ils doivent être leurs propres censeurs , Car ils se connoissent mieux que personne ; et il ne faut pas qu'ils attendent le moment où ils seront déjà mécontens d'eux-mêmes, le moment peut-être où ils commenceront à être pervertis : il ne faut pas qu'ils attendent ce moment pour remonter à l'origine des principes de morale et des sentimens généreux.

Il est déjà trop tard , et l'intérêt de cette étude est passé. Ce n'est pas un homme dégradé de noblesse qui s'occupe à rechercher les premiers titres de sa maison.

' FtJYEz, fuyez sur - tout les sociétés dangereuses. Hélas ! vous n'êtes pas de force pour résister à l'impression lente et successive des mauvais exemples. On iie éait jamais bien , ni comment , ni pai? jôù cette- impression commence ; et les plus habiles ignorent par quel ascen-

dant , par quelles voies elle agît sur notre esprit et sur notre caractère. Car une impression > même la plus marquante et la plus pernicieuse par ses effets , n est pas un acte d'hostilité vi-* sible , une agression qui paroisse hors de nous , tant elle s'unit à notre nature par ties nuances insensibles ; et, quoiqu'elle soit la cause et le mobile de nos nou* velles dispositions, nous ne distinguons pas Finstant où son autorité s'exerce , où son empire se développe. La société des hommes dépravés est pour nous , au moral , ce qu'est pour nous au physique l'influence d'un air corrompu ; une action puissante , mais obscure , et dont les gradations échappent aux regards de l'ob* servateur. Jiiiui ^in^p

Une vie habituelle , au milieu d'une société où l'on traite seulement la morale à la manière du monde , est encore dangereuse. Considérons cette vérité. ' ftv *fî

Les hommes, en commerce continuel d'observations , et possesseurs par hérî* tage de tant de lumières , ont reconnu

d'eux-mêmes , que , par-delà nos devoirs absolus , il existoit encore des vertus recommandables. Us ont invente le mot de délicatesse pour étendre les idées de justice; le mot de Jranc /lise , pour ajouter un ornement de plus à la vérité ; le mot de générosité , comme si la justice , la bienfaisance et la charité ne leur s'uffisoient pas ; le mot d'honneur sur-tout , pour substituer aux règles de la morale une législation plus rigoureuse , mais dépendante de Fopinion.

Alors les gens du monde, parvenant aisément à confondre la morale religieuse avec tout ce qu'ils y ont ajouté , forment de Tensemble un code mobile , dont ils deviennent les interprètes, et qu'ils soumettent à toutes sortes d'exceptions. Ils montrent par fois des scrupules plus forts que les devoirs religieux ; mais ils renversent ensuite arbitrairement leur doctrine, et ils parviennent ainsi à ne rien laisser de fixe dans l'esprit et le cœur des jeunes gens, qui les écoutent.

Sans doute , il faut se mêler aux autres : l'état social nous y oblige ; et les hommes , appelés par leur fortune et par leurs talens à une grande diversité d'intérêts , ne sauroient s'en dispenser. Mais^ on doit chercher , dans ses réflexions habituelles , un moyen de défense contre les principes du siècle; et si l'on se lasse , autour de vous , de marcher sur la même ligne , si l'on y fait et défait les opinions une à une , il faut que de tous vos soins vous gardiez votre cœur plus que toutes choses quon garde.

Ah ! combien d'obstacles vous aurez à combattre ! Veuille le Dieu des cieux vous regarder dans sa faveur, vous aider et vous soutenir.

Notre tâche est presque remplie.

Nous vous avons suivi dans la route de la vie , avec l'espérance de vous être utiles ; et voilà le terme de cette route qui se présente à nos regards. Nous restons encore près de vous, afin de vous en parler , afin d'en adoucir à vos yeux.

la sombre perspective. La vie na point de défense , quand il faut descendre au tombeau : voilà le sujet que nous nous proposons de ni éditer avec vous dans notre prochain discours. Ah ! sans doute , nous vous y avons déjà prépares ; car les leçons de morale et de piété , ces leçons destinées à Fhomme maître encore de ses forces , le disposent à voir venir sans trouble un moment redouté de plusieurs , extraordinaire pour tous , où Tétre sensible voit disparoitre lek monde devant ses yeux ; moment unique , et que nous ne connoissons sur aucun récit parfait , car les dernières pensées du mourant s enfuient avec lui, INTous restons près de vous pour le considérer ce moment ; pour nous montrer , jusqu'à la fin, votre consolateur et votre ami. Ah ! nous le savons , c'est nous que le tems presse ; mais jusqu'à présent nous n'en sommes point affligés. Tous les événemens appartiennent au Seigneur ; nous et nos jours sommes à lui. Et si nos (le:rnières paroles calmoieat vos inquié-*

( i5i ) tudes ; sî elles vous donnoîent de la paix, si elles vous étoient encore bonnes , noua bénirions TEternel , et nous lui rendrions des actions de grâces.

( i5^ ) DISCOURS IX.

Sur la Mort.

La vie n*a point de défense , quand il faut aller au tombeau, ecclésiastique, chap. 41 , ^. 6.

JLa mort ! . ► . . la mort !. . . . Quel nom je viens vous prononcer ! la mort.... Tout fuit, tout disparoît devant elle. Quelle image sombre et terrible je vais offrir à votre pensée ! Le printems a colore nos campagnes, la terre s'est parée d'un éclat nouveau ; les fleurs , les plantes , les arbrisseaux, nos jardins , nos prairies , tout s anime , tout s'embellit. La mort ! . . . . Et vous ne verrez plus un si beau spectacle ; et vous n'assisterez plus au retour solennel des magnificences de la nature ! Le mouvement continuel du monde social attire vos regards , irrite votre curiosité ; vous vous y réunissez par les différentes prétentions de Torgueil ou de la yanité ; vous faites du plus petit intérêt

une grande inquiétude, du plus foîble désir une forte passion : vous êtes enfin dans tout le sérieux de la vie. La mort !.. . . Et ce monde , avec qui vous croyez avoir fait une alliance éternelle , ne sera rien pour vous , comme vous ne serez rien pour lui : et pas un grain de votre poussière ne s'animera aux mots à' ambition y de succès y de gloire et de célébrité; à ces mots qui , hier encore , exaltoient votre sentiment, faisoient bondir toutes vos pensées. La mort ! . . . . Et vous serez un corps glacé , sans action et sans parole , et que l'immensité des sables de la terre appelle et revendique.

Hélas ! et qu'elle est sur-tout effrayante cette dernière perspective ! les plus doux liens , les plus tendres affections vous rendent heureux ; et votre cœur palpite aux noms si puissans de père ou de mère, d'épouse ou d'époux , de fils ou de frère : vous croyez qu'avec des sentimens si vifs, si continuels , et qui placent votre vie hors de vous , aucune fin , aucune interruption ne&l possible. La mort !.. . ,'

( i54 ) rinexorable mort ! ... Et vous n'entendrez pas même les cris de douleur , les plaintes lamentables des amis que vous aurez quittés, et qui vous redemandent, vous rappellent en vain. O mort , le roi des épou^fantemens , que vous avez été bien nommée ! Dieu de bonté, Dieu d'espérance , ah ! nous vous chercherons!

Pourrions-nous, sans vous, sans vos consolations, regarder l'avenir ?

Entrons plus particulièrement dans le sujet que nous nous sommes proposé de traiter. Une division naturelle guidera notre méditation.

La mort est inévitable. Quelle influence cette vérité doit-elle avoir sur notre conduite ?

La mort s'approche; la mort vient, elle arrive , elle est là : comment la recevrons-nous ?

Voilà les deux points de ce discours.;

La fragilité de la vie et sa courte durée, sont une des vérités les plus connues, et ,

( i55) par un singulier contraste , une des vérités les moins présentes à notre pensée. Ainsi , par une disposition de la Bonté suprême , un voile heureux est placé entre le sentiment de notre existence et Taspect effrayant d'une fin prochaine.

La vie n'a de relation avec la mort que par un acte de notre esprit , la réflexion et la prévoyance. Loi sublime, et parfaitement en accord avec le but de la création ! car, pour former des êtres actifs, il falloit qu'ils crussent à un lendemain , qu'ils y crussent avec fermeté , et que cette foi composât leur instinct ; il falloit que leurs craintes , jetées dans la vague , pussent être repoussées par leurs distractions journalières : et le système entier de l'homme moral eut été changé , si l'empire de la mort avoit été signalé d'une manière plus frappante et plus solennelle ; si l'on eût vu paroitre , à de certaines époques , un ange de ténèbres venant dans nos cités et dans les campagnes y marquer ses victimes , et les inarquer pour tel jour , pour telle heure ,

et pour tel moment. Grâces au cîel , cet avant-coureur funeste , ce messager d'ëpouvante n existe pas; et, à la faveur d'une douce illusion, il nous semble long-tems que la mort ait besoin d'une sorte d'assentiment de notre part pour nous enlever à la terre : nous avons peine à reconnoître son autorité suprême, en faisant la revue de toutes les armes défensives qui nous ont été données contre elle.

La vieillesse nous désabuse : mais , avant les avertissemens de cet âge , le sage est éclairé par les lumières de sa raison. C'est à l'homme religieux sur-tout qu'il appartient d'unir habituellement et sans peur l'idée de la mort à la jouissance de la vie ; c'est à lui qu'il appartient d'étudier avec calme les devoirs imposés à notre courte existence , et les lois appropriées aux conditions invariables de notre nature.

On diroit que le tems nous a été donné à l'essai, tant est petite la part dont nous pouvons disposer. Employez-la donc, cette

( i57) part^ selon rintention de celui qui peut la renouveler et T accroître à sa volonté; selon rintention de celui qui est le souverain Dispensateur de Féternité des an-* nëes. Ah ! combien chaque moment , actuellement dans notre dépendance , nous semblera précieux, si nous le considérons comme une occasion de plaire au Maître du monde ! Et c'est-là ce que nous pouvons espérer , ce que nous devons attendre , en faisant du bien selon nos moyens et selon nos forces ; en assujettissant notre conduite aux lois de la morale , et en acquittant avec persévérance nos devoirs généraux envers les hommes , et nos devoirs particuliers envers nos amis , nos parens et notre patrie.» Et où seroient-ils vos titres à une nouvelle carrière , à une seconde vie , où seroient-ils, si vous consumiez dans la paresse les jours dont fadministration vous est confiée? Vous n'auriez eu d'activité que pour la recherche des plaisirs sensuels ; demanderiez -vous detre réveillés du tombeau pour reprendre le

cours de vos lâches convoitises? L'homîne qui méprise son ame , ne peut espérer d'être élu pour le séjour céleste , pour ce séjour de pureté sublime que les anges du Seigneur habitent. C'est par un bel usage des facultés de notre esprit, c'est par un sentiment profond d'amour et de respect pour la morale , ce lien du ciel à la terre, que nous pouvons rapprocher nos foibles conceptions et nos timides espérances de Fidée majestueuse de T éternité.

Marchons donc vers la perfection dont notre être est susceptible; et le chemin, c'est l'emploi du tems, l'emploi sage et louable , et tel que votre raison , votre simple raison pourra vous l'indiquer, pourra le décrire, si vous daignez seulement la consulter.

Le tems est pour l'homme un sol fé?cond ou stérile selon qu'il le travaille , selon qu'il le cultive , selon qu'il l'ensemence avec attention et avec choix.

Que jamais l'indolence ne nous gagne :

car nos efforts ont un terme comme notre

vîe; etsî nous atteignons Tâge où notre activité cesse , où nos moyens de perfectionnement, de réparation même, n'existent plus,nous regrettons alors amèrement les momens dont nous n'avons pas su profiter : nous voudrions à tout prix les racheter ; mais ils sont loin de nous, ils sont passes pour ne revenir jamais.

L'homme ne sauroit prolonger sa vie , mais il peut l'augmenter ; et celui-là le fait réellement qui se donne en entier aux instans dont elle est composée ; qui s'y donne avec tous les sentimens dont il est susceptible , avec toutes les pensées auxquelles il peut atteindre; fuyant ainsi l'exemple de ces Sybarites , dont l'inutile existence est partagée éiitre la végétation de l'ennui et la domination d'un unique intérêt , d'une passion tyrannique. Ah! si le tems s'enfuit comme lom* hre qui ne s arrête point ^ qu'il emporte avec lui l'empreinte de vos travaux , de vos soins vigilans , de vos bonnes actions ; marquez-vous , pour ainsi dire , sur ce tableau mouvant et sans fin qui va se

dérouler aux regards d'un Juge suprême, du Dieu de réternité.

La mort est inévitable : et au nom de cette vérité , nous venons de vous exhorter à faire un bon emploi du tems. La mort est inévitable ; et au nom de cette même vérité , nous devons maintenant vous recommander la tempérance dans tous vos sentimens d'ambition. On diroit , en voyant au milieu de nous une ardeur inquiète pour le$ honneurs, la gloire et la fortune, que ce sont-Ià des biens de longue durée. On croiroit sur-tout , en observant la marche et la politique des princes de la terre , des conquérans et des héros du. monde ; en remarquant leurs insatiables vœux , qu'ils sont, par exception , les possesseurs certains d'un grand espace dans le domaine du tems : et pourtant ils niêurent comme nous; et bientêt ,leu^&; débris inanimés se mêleront, sar^s orgueil et sans insolence , à l'obscure poussière du plus obscur des citoyens.; Yoilà leur condition , voilà leur destinée. Sans

Sans doute , on ne peut pas dire à Thomme, Pourquoi travailles-tu ? pourquoi te lèves-tu dès Faube du jour ? et pourquoi la veille te voit-on occupé du lendemain ? La vie n'est-elle pas trop courte pour la peine que tu prends , pour les soins que tu te donnes? Nous avons vu , en méditant avec vous sur le travail , que Thomme y étoit appelé par les lois de son être , par les rapports de sa nature avec Tordre des choses. Mais si le travail nous est commandé par nos besoins , et si les lois sociales ont sagement secondé les directions de la nature, il ne résulte pas de cette vérité que des vœux ambitieux , sans arrêt , sans me^ sure , ne soient déraisonnables et répréhensibles , ne soient en contraste évi*dent avec la brièveté de notre séjour sur la terre.

Ainsi , nous dirons, et aux avares occupés d amonceler de l'argent sur de Targent , et aux poursuivans passionnés des honneurs , de la gloire et de Fautorité ; nous leur dirpns avec Job, qiie T homme

est de courte vie ; quil est comme une JleuVj puis il est coupé ; quil s'enfuit comme Vomhre qui ne s'arrête point.

Oui, nous le leur dirons, afin que resserf es , comme ils le sont , par des lois indestructibles , dans un espace ëtroit et compassé, ils ne se méprennent pas dans leurs vastes projets , et ne les fassent pas déborder sur le néant.

Ah! s ils haïssent les limites, si leur àme est envahissante du présent et de l'avenir , qu'ils spéculent pour Téternité, qu'ils travaillent pour elle. Alors ils chercheront à plaire à celui pour qui le tems est sans succession, pour qui le tems est un seul jour. Alors ils chercheroiit à plaire à celui qui, peut les reprendre aux portes du trépas , et les continuer dans une autre demeure.

Cessez, leur dirons-nous encore, cessez de regarder la vertu comme un état de sacrifice et de restriction ; et apprenez ou souvenez-vous qu'elle seule a force et puissance au-delà du règne présent ; qu'elle seule est le type de cet arbre de vie dont

( i63 ) les branches s ëlèvent et s' étendent plus loin que notre vue , plus loin même que les perspectives d'une ardente imagination. Nous fuyons comme C ombre qui ne s arrête point ; mais, créatures de TEterliel , nous tenons à Finfini par cette glorieuse investiture. Ah ! ne dégradons pas , n'altérons pas nous-mêmes Tœuvre du Dieu suprême , afin qu il la reconnoisse, le jour, encore incertain, où nous retournerons à lui ; afin qu'il dise de ses enfans : ce Je les ai éprouvés dans cette courte vie que je leur avoisconfiée ; et j'ai vu qu'au milieu des intérêts terrestres , ils ont craint de m'offenser; ils ont eu leurs regards tournés vers moi , et ils m'ont aimé. Voici , je leur donne rang dans la promotion de mes élus , et je les appelle à mes récompenses M.

O vanités du monde ! disparoîssez devant la moindre lueur de la faveur céleste, devant la plus légère espérance de plaire à notre Dieu, Ah! s'il nous attend après cette vie, s'il nousaitend pour nous rapprocher de lui , seriez -vous effrayés des

( i64) lois de la nature , et redouteriez - vouaf d'entendre les paroles de notre texte , ces paroles expressives : La mort na point de défense quand il faut descendre au tombeau ?

Oui, la mort est inévitable : il y a un tems de planter j un tems d' arracher ce qui est planté ^ et a toute chose sous le ciel son terme. Oui , la mort est inévitable : jeunes et vieux, riches et pauvres, cette vérité n'a point d'exceptions. Et heureux les hommes qui , éclairés , animés par une foi religieuse , voient arriver sans peine le terme de leur première station ; oui , c'est le nom qu'ils donnent à leur pèlerinage sur la terre. Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père, disoit Jésus-Christ à ses disciples ; et cette maison , c'est l'univers entier.

Justes , aimés du Seigneur , vous parlerez de la mort sans crainte ; car elle ne sera pour vous qu'un changement d'habitation : et celle que vous quitterez est peut-être la moindre de toutes. O mondes innombrables qui remplissez à nos yeux

rinfinî de l'espace ! communautés inconnues des créatures de Dieu ; communautés de ses enfans éparses dans le firmament et rangées sous ses voûtes ! que nos louanges se joignent aux vôtres : nous Ignorons votre condition, nous ignorons votre première , votre seconde , votre dernière part aux générosités de TEtre suprême ; mais en parlant de la mort et de la vie , du tems passé , du tems à vehîr , nous atteignons , nous touchons aux intérêts de tous les êtres intelligens et sensibles , n'importe les lieux et les distancée qui les séparent. Familles des peuples > familles des nations ^ assemblages des mondes , vous dites avec nous : Gloire aii Maître des cieux , au Roi de la nature , au Dieu de F univers ! gloire , hommage à celui qui peut, à sa volonté, ou créer ou détruire ; qui peut transformer la stérilité en abondance, Tombre en réalité 5 et la mort elle-même en éternelle vieJ

liES sentimens dont nous n'avons pu nous défendTe en terminant, comme nous

Vjsnons de le faire , la première partie de ce discours , nous opt déjà rapprochas des reflexions qui appartiennent au dernier pbjet de notre méditatiop.

Vous vous rappellerez la division que nous nous sommes proposé de suivre, et que nous vous avons ^nnonçëe.

JLa mort esSt i^ëyitable. Qt^plle influence çefte vérité doit-elle avoir sur notre conduite ? C'est le sujet que iious venons de traiter.

La mort s'approche, la mort vient, elle est là , comment la recevrons-nous ? C'est Texamen que nous allons faire ; y pourrons-nous suffire ? Mais Fîntérêt est ci grand, si commua à tous, qu'il réveille|:a vqs propres pensées , et fixera , nous p'eu doutons point, votre attention la plus sérieuse.

Nous voudrions en vain le dissimuler :

la mort, cet événement si connu d'une manière générale , si peu de l'individu , toujours prêt à échapper aux instructions que sa propre expérience ne lui a pas

( i67) données ; la mort cependant qui vient interrompre nos intérêts et nos affections ; la mort qui nous discontinue , la mort qui nous finit , est une époque dont l'approche nous étonne et dont le moment nous épouvante. De tristes avant-coureurs , de lugubres signes nous l'annoncent ; et r image de notre destruction , cetta effrayante image , reste seule éclairée pour nous au milieu des ténèbres qui nous environnent.

Faut-il le dire encore : le monde ne paroit jamais plus attrayant ^ jamais plus; digne de regrets qu au moment où Ton doit le quitter. Pauvres humains qui le trouviez une œuvre imparfaite , il va disparoitre à vos yeux ; et votre opinion change , et vous revenez sur tous vos jugemens.

Votre imagination erroît sans cesse audelà de vos jouissances r Theure est venue où elle vous tourmente d'une autre manière, où elle embellit tous les biens quevous allez perdre. Vous éleviez des doutes sur le prix de ces biens J et à cette heure ,

le sage est prêt à vous censurer, en voyant Festîme exagérée que vous en faites.

Vous aviez dit : Pourquoi ces froids rigoureux ? pourquoi ces chaleurs excessives ? Et vous dites , en soupirant : Hélas î il n'y aura plus de saisons pour moi.

Vous aviez dit : Pourquoi ce travail ? pourquoi cette fatigue? Et vous dites main-* teant : O repos , triste repos ; voilà donc ma destinée !

Vous aviez dit : Pourquoi ces rivalités? pourquoi ce tumulte social ? Et vous dites aujourd'hui : Je n'assisterai donc plus à ces mouvernens , à ces variétés de scène qui captivoient mon intérêt et piquoient ma curiosité.

Vous disiez encore : Pourquoi ces insupportables différences de rang et de fortune , qui mettent une distance entre d'autres et moi ? Et, prêts à vous séparer de la terre , vous donnez le nom de sou^ s^eraiïi bonheur aux douceurs de la vie domestique et aux soins d'un petit nombre d'amis. / :

^ Enfin, vous étiez tourmentés par Ten-

( i69 ) Vie ; ce sentiment se développoît en vous sous toutes les formes : et aujourd'hui, si Ton peut vous en croire , votre regret est d'être forcés de renoncer aux plus simples faveurs de la nature , à cet air pur et vivifiant que le printems ramène , aux longs et majestueux jours de Tété, aux riches fruits de l'automne , à tous les plaisirs que vous comptiez pour rien , ou dont vous avez été si constamment distraits.) Vous voyez la toile qui se baisse entre le monde et vous, et vous dites avec émotion : Un moment , un moment encore ;

un moment ! Mais vos désirs sont

vains, vos vœux sont inutiles ; cette toile ne s'arrête point , et il n'y a plus pour vous ni lueur ni spectacle. Ce monde que vous rappelez , ou que vous voulez suivre , ce monde reste le même : il garde sa magnificence; mais vous ne pouvez plus ni le voir ni fentendre.

Plaignons Thomme étranger aux:

consolations de la piété ; la mort est pour lui funivers qui s'écroule, et tous ses

souvenirs deviennent ses ennemis* Ah!

sans doute , novis pe lui refuserions pas des paroles de paij^ , si nous en pouvions, trouver aucune ef|icace hprs des enseigneniens, hors des espérances de la Religion» Oui, notre esprit , animé par la charité ^ ne rejetteroit aucqn des moyens propres à adoucir ses peines»

Nous lui dirions , dan3 le stérile langage de la Philosophie rpoudaine, nous lui dirions : Qu'est-ce doi^c que la mort pour vous effrayer si |brtement ?

Elle va vous replacer où vqqs étiez avant de iiaître ; et puisque 1^ qécessité seule VQMS paraît la loi dç iVftivars , puisque ^QU^ pe reeoiiiioissez dans la nature aut ciui guide; d«s choses , aui^'un patroîi de^ etrps sensibles, n'éte^-vous pas heureujç dp pouvoir échapper à Faveugle empire d'une aveugle destinée ? Fuyez > fuyez sans regret un monde QÙ> selon vous> aucune plainte ne correspond à une puissance intelligente , à u|ie puissance suprême, douée de compassion et de bonté..' Vous ayez appris , durant votre séjour

sur la terre, ce quëtoit la douleur, la terrible douleur : vous êtes sans garantie contre elle , si la nëcessité , cette abstraction qui ne s'ëmeut de rien , qui ne peut rien entendre , est l'explication de toutes les existences.

Voyez encore , pour vous aider à suppqrter Tidée de la mort , que chaque jour la vie perdrpit pour yous dp spn enchantement : le nombre des plaisirs dont elle est composée a des rapports de pro^ portion avec notre durée ; et la jeunesse seule, à la faveur des table^uîf quune ardente imagination lui présente, accepteroit le don de la perpétuité ; mais Tâge avancé a besoin de croire k Uïi prochain terrpe , a besoin méipe de le crain^ dre pour s'éblouir, sur le$ froi4^3 JQuisr sances qui restant à la vieillesse. Accoutu? mez-vous donc à l'union de la mort et de la vie J et ^ouniettez-vou^ aw lois de la nature , n'importe le jtjgeTnpUt que vous porteriez sur l'Auteur ou ]a, cause de ces lois.

Enfin, malheureux de plusieurs ma-

nîéres , vous êtes jaloux de vos successeurs j vous enviez leur sort ; et , si vous le pouviez , vous feriez fermer après vous le spectacle du monde. Hélas ! ne savezvous pas que ces successeurs , vos survivanciers et les héritiers de la terre, touchent eux-mêmes au terme de leurs jouissances ; tant est petit Tespace qu'ils ont encore à parcourir. Ils vont vous suivre , ils vous joindront bientôt ; et c'est un point imperceptible sur Téchelle du tems, qui vous sépare d'eux.

Dirions - nous encore aux hommes isolés par leurs opinions , et que rapproche de la mort épouvante ; leurs dîïions-nous que la destinée ( pour me Servir un moment de leur propre langage ) dissimulera doucement à leurs yeux les horreurs du trépas; que peutêtre elle affoiblira leurs sens, et les enlèvera par degrés à l'amour du monde et à la corinoissance d'eux-mêmes. Oui , pour vous aussi que la Religion n'a pu toucher , pour vous qui n'êtes pas des nôtres, il y a des lois de bonté dans

( 173 ) Tordre universel auxquelles vous participerez.

\ Mais que faisons-nous ? et ne sommes* nous pas égares par un faux zèle , ou par une aveugle charité, lorsque nous songeons dans ce temple aux alarmes des incrédules , et que nous leur adressons des paroles de consolation? Est-ce là, nous demandera-t-on peut-être , est-ce Ik le devoir d'un Ministre du Seigneur ? O Dieu! nous le croyons ; car ils sont encore vos enfans, ces hommes dont les yeux sont fermés à la lumière de la vérité; ils sont encore vos enfans , ces hommes qui par aveuglement se refusent aux: espérances du ciel descendues sur la terre, et dont les âmes sensibles s'emparent avec tant de délices. Oui , ils sont encore vos enfans , ces hommes qui n'ont jamais connu le calme et le repos de la piété : ils s'éloignent, ils se retirent de vous ; mais l'orgueil des petits ne pourra pas changer l'inaltérable compassion de la puissance infinie..

( 174) Ah ! s'il existe de tels hommes autour de nous et dans le cercle soumis à nos regards et à notre direction ; s'il en existe, comme flous le craignons, n'avons-nous pas à demander grâce et pour eux et pour nous ? Sommes-nous sûrs de leur avoir fait entendre , quand il en étoit tems , le langage dé la persuasion ? Noa soins n aUroient-ils pas manque de prudence , ou nos instructions de force et: d'énergie ? Rendez , ô Dieu ! leur esprit accessible à la liiniière dé la vétité. Faîtes guils s' éveillent y et que leur coeur s'émeuve'aux paroles consolantes de la Religion ; et s'il leur falloit encore un peu de tems pour se préparer à la mort qui les menace et dont l'aspect les épouvanté, daignez , ô Dieu de bonté! leur accorder ce tems.

Notrâ le savons : ces hommes qui se suffisoiént à eux-mêmes dans les beaux jours delà vie, n'ont plus là même confiance lorsque rhorizorl se couvre, lorsque les adversités , l'âge ou la maladie

(175) les obligent à se séparer de leurs compagnons de triomphe , de leurs amis de plaisirs. Nous irons à eux au nom du Seigneur , et nous leurs dirons qu'ils peuvent encore se reptendre à la foi dont ils ont affecté de s'affranchir ; qu'ils peuvent encore entrer en communication avec TEtre suprême : et si nous sommes appelés à les avertir que la vie na point: de défense quand il faut descendre au tombeau^ nous adoucirons leurs derniers momens y et spectateurs de leurs combats , tristes témoins de leurs angoisses, jlious animerons par notre ferveur les dispositions religieuses que la fuite deà vanités du monde leur inspirera ; et sans nous lasser, sans jamais céder à aucun découragement, nous défendrons, nous plaiderons auprès d'eux la cause de leur bonheur.

Nous ne craindrons point de remplir cette fonction de charité sous les regards de TEternel. La douce bienveillance, la bienveillance universelle, est un des caractères de la Religion ,* et nous avons

tous puîsé dans les instructions évangé^ liques les sentimens que nous professons, et qui doivent servir de guides à notre conduite. Mais notre affection tendre est a vous, et à vous seuls, adorateurs iidè' les de TEternel en tous les momens de votre vie. Nous vous sommes unis et par les devoirs de notre ministère et partons les liens de la sympathie ; car vous aimez le Dieu que nous aimons ; et tous nos sentimens se confondent lorsque vous venez dans ce temple rendre au Maitre du monde un culte solennel. Le spectacle de votre pieté rëpand un heureux calme dans notre ame, et nous espérons que vous entendrez sans terreur, quand il en sera tems, les paroles dont nous avons fait aujourd'hui Tobjet de notre méditation, ces paroles si redoutables à d autres : La mort na point de défense quand il faut descendre au tombeau.

Vous connoissez les lois de notre destinée ; vous vous y soumettrez avec courage : vous savez quil est un terme à

notre

notre séjour sur la terre ,* maïs la Relîf gion nous apprend que ce terme est la commencement d'une nouvelle existence.

La main puissante qui vous a tires du nëant , ne vous abandonnera point : vou3 êtes Tœuvre de l'Eternel , vous faites partie de ses vastes desseins; et ce n'est pas pour cette vie d'un jour, pour cette lueur d'un moment > qu'il a réuni dans TEtre intelligent tant de merveilles. Ne le voyons-nous pas : l'homme orné des plus riches dons, n'est pas encore à sa place ; et tout annonce en lui une plus grande fin que son apparition, son rapide passage sur un des mondes en mouvement dans l'espace. Il n'est-là que pour apprendre ; il n'est-là que dans la route des connoissances , et sur le chemin de la perfection. Oui , si nous l'étudions , si nous écartons le voile qui cache a nos yeux son essence primitive , ce voile com-i posé de ses erreurs et de ses vices , nous découvrons en lui des marques de grandeur et les signes éclatans de sa haute naissance. Ses regards ont été mis en

( 178 ) rapport avec Timmensité des cîeux ; soft esprit , avec la vaste étendue du tems ; son imagination , avec les choses inconnues ; son ame , avec tout ce qui est beau; sa raison et son jugement , avec la foiblesse de ses moyens physiques ; ses devoirs encore 9 avec Tordre universel ; ses sentimens , avec le besoin et le bonheur d'aimer J ses espérances enfin, avec un éternel avenir.

Ah! ne craignons pas la mort; il ne lui appartient pas d anéantir ce que TEternel a créé, ce qu'il a formé sur un modèle si magnifique, que , pour exprimer cette vérité , les Ecrivains sacrés ont cru pouvoir dire : Dieu a fait P homme à son image. Quelles paroles ! y pourf ions-nous rien ajouter ?

Ne craignons point la mort qui vient nous détourner d'être en entier au monde j qui vient nous avertir de passer outre. • Ne craignons point la mort ; elle est pour notre foible entendement une messagère mystérieuse des sublimes volontés du Gréateur.

Notre naissance fut un miracle , et chacun de nos jours un phénomène uni à d autres phénomènes, tous incompréhensibles. Pourquoi donc le terme de notre première station , ce sommeil prolonge auquel on a donné le nom de inorty seroit-il à lui seul une idée simple et dont l'explication nous auroit été confiée?

Aussi , nous le dirons , nous le confesserons , il nous faut la Religion pour achever et pour fixer la confiance qui nous vient de Tesprit. Oui ; la Religion, notre astre moral, sera toujours pour les cœurs sensibles la lumière inaltérable, la clarté pénétrante ; et seule elle nous communique cette émotion douce et persuasive, qui animant notre ame toute entière , semble y régner comme une autorité céleste.

O Religion , si majestueuse dans vos principes , et si bonne , si parfaitement bonne dans toutes vos relations avec notre foiblesse ! Religion , la consolatrice des hommes , faites briller aux regards du mourant les sublimes espérances dont

VOUS êtes Tauguste dispensatrice. Interprète des volontés et des intentions du Maître du monde , vous êtes pour nous entre le ciel et la terre : donnez vos paroles de paix aux fidèles qui nous écoutent; qu'ils les reçoivent de vous à leur dernier moment , et que leur cœur s en pénètre.

Hélas ! ils en auront besoin ; car , à cette époque où la terre fuira devant leurs yeux , et ou le courage manque aux plus affermis, ils rentreront dans leur conscience ; et , faisant la revue de leurs actions, ils diront peut-être : La paix n est que pour le juste ; elle ne nous appartient pas. Ah ! qu'ils entendent de vous , qu ils entendent alors ces paroles du Seigneur : Ainsi je vous dis quil y a de ta joie devant les anges du ciel pour un seul pécheur qui s^ amende.

Oui ; le repentir , ce sentiment inventé par la Bonté céleste ; ce sentiment sans ressemblance avec aucun autre, et qui reprend avec lui toute notre vie , fait d'un pécheur ua homme nouveau.

'Ah! sans doute, la fin du juste est la mort désirable ; mais peu d'entre nous y peu d'entre nos anciens , en ont été les ténioiuvS. Où est -il cet homme qui se présenteroit sans crainte aux regards de l'Eternel ? Où est -il cet homme qui a aimé Dieu sans distraction ; qui Ta servi dès sa jeunesse ; et qui , atteignant un âge avancé , ne trouve dans ses souvenirs aucun sujet d'inquiétude? Où estil cet homme , moral en toutes ses actions , sans jamais songer à la louange et aux récompenses de l'opinion ? Où est-il cet homme si rare parmi les hommes , cet être si digne de nous servir à tous de modèle ? Où est-il ? où est-il ? Ah! s'il existe au milieu de nous , que nos respects l'environnent ; et demandez, vous ferez bien , demandez d'assister à sa mort comme au plus beau des spectacles : armez-vous seulement de courage, afin de le suivre attentivement sur le lit d'épouvante dont il ne se relèvera point. 11 le prévoit , il en est certain ; et la sérénité règne dans ses regards , et sort

( i82 ) front semble environné d'une auréole céleste; il dit avec FApôtre : Je sais à qui fai cru ; et cette confiance , lorsque ses forces s'éteignent , anime encore ses traits. Il contemple déjà sa nouvelle patrie; mais sans oublier, par effort , celle qu il va quitter : il est à son Créateur et à son Dieu , sans rejeter loin de lui les sentimens qui ont charmé sa vie.

Cest une épouse fidèle, qui, selon les lois de la nature, doit, entre les siens, le suivre la première : il la console ; il essuie ses larmes ; il lui donne rendezvous dans ce séjour de félicité qu'il ne peut se peindre sans elle. Il lui retrace les jours heureux qu'ils ont parcourus ensemble ; non pour déchirer le cœur d'une sensible amie , mais pour accroître leur confiance nmtuelle à la Bonté céleste. Il rappelle encore à la compagne de sa fortune , Famour si tendre qu'il eut toujours pour elle; non pour animer des regrets qu'il voudroit adoucir , mais pour jouir de la douce idée que deux vies ont tenu à la même tige, et que, par

( i83) leur union , elles deviendront peut - être une défense, une garantie de plus , dans cet obscur avenir où la pitié d'un Dieu su* préme est le dernier refuge de nos penséesi Hélas ! peut-on se former une juste image de toutes les émotions qui pénètrent une ame aimante, au moment où une vaste solitude se présente à nos regards ; au mor» ment où les sentimens, les intérêts dont on a subsisté pendant le cours de sep belles années, vont s'évanouir pour ja-* mais ? Ah ! vous qui devez survivre à cet être semblable à vous, que le 'Ciel Ivôu]^ avoit donné pour soutien; à cet' être qui ëtoit tout pour vous, et dont les regards vous disent un effrayant adieu : vous nû refuserez pas de placer votre main sur un cœur défaillant , afin qu'une dernière palpitation vous parle rencore , lorsque tout autre langage n'existera plus. Et vous blâmerions-nous , amis fidèles v si ^vèiap aviez désiré que vos cendres se confond dissent , que vos dépouilles mortel! e3 Ins-t sent réunies dans le même asyle. Dieu de tonte, réveillez-les ensemble; ou si ruii

des deux seulement a mënté cette faveur, si Tun des deux seulement doit être du nombre des élus , que lautre en apprenne h. nouvelle; que Tautre aperçoive la lumière des anges au moment où le sort des heureux sera proclamé , afin qu'il ait encore un moment de joie avant de retomber dans la nuit .éternelle.

Ah ! nous nous égarons peut-être lorsque nous essayons de décrire les derniers jours de l'homme sensible , de Thomme qui voit la mort s avancer à grands pas^ qui M voit prête à le séparer de tous les objets de son affection.

Use ranime et reprend un moment de force, afin que ses dernières paroles servent d'instruction à ses enfans. Il leur dit,: Né vous leifray^ez: point d'assister à la fin prochain^ de votre' père , de votre ancien ami. .Ces:t par une loi de la nature qui! quitte avant vous cette terre où il est VÊUU le premier. Il vous montrera du cou- 3Fagë , et pourtant il s'éloigne de vous avec douleur. Il eut souhaité sans doute de vous aider plus long-tems de son ex-

périence, et de faire encore cfuelques pas avec vous à travers les périls dont votre jeunesse est environnée ; mais la vie na point de défense quand il faut des^^ cendre au tombeau. Vous irez seuls maintenant , seuls au milieu d'un monde d'où je vais disparoître. Puissîez-vous recueillir avec abondance les biens que la Providence y à semés ; mais n'oubliez jamais que ce monde lui-même est une patrie passagère ^ et qu'une autre plus durable vous appelle. Nous nous re verrons peut-être ; et quelque part, sous les regards de mon Dieu , j'offrirai pour vous en sacrifice et mes vœux et mes larmes. Aimez Ta i Religion qui- a tant de pro* messes ; aimez la Religion , c^ derniei: traité d'alliance entre les pères et les en^fans , entre la mort et la vie^.. . . Approchez-vouîé de moi!. ..que je :Vous aperçoive encore, et que la bénédiction d'un serviteur dé Dieu soit si^r vous. . ... Il liieurt. .... il n'est plus. . . . . O ! les anges du ciel, recevez son ame, et laissez» nous sur la terre le souvenir de ses actions,

le souvenîr de ses pensëes , le souvenir de ses espdrances. Heureux les hommes qui meurent au Seigneur, car ils se reposent de leurs travaux , et leurs oeuvres les suivent.

Nous venons de vous entretenir d^unej mort qui perd de son effroi , qui peut même devenir douce en la supposaut accompagnée d'une confiance religieuse \ mais il faut se préparer insensiblement à cette issue de la vie , afin qu'elle ne viennne pas se montrer inattendue et vous surprendre par b^ç^^ terreurs.

Nous reconnoissons même qu'on ^ besoin d'un double et d'un triple courage pour se soumettre à une mort étra^igère à l'ordre de la nature, à une mort effrayante par toutes ses circonstances , et dont les ëchafauds, élevés au milieu de nos places publiques , nous ont offert long-tems l'épouvantable appareil. Cette mort , qui suit immédiatement une sentence inexorable, et le mélange , alors si ardent , des sentie mens de la vie à l'attente prochaine de la

( i87) disparition de son être ; cette pompe de riiomme orné encore de toutes ses pensées et qu'un instant va briser ; Tëloignement des siens, Tirnage confuse de leur désespoir; enfin le plus inconnu des événe-* mens, auquel on se trouve livré sans aucune assistance et au milieu d'une vile cohorte de gens curieux de nos douleurs ; une telle situation rassemble tout ce qu'il y a de plus terrible dans les peines morales. Malheur aux puissans qui n'y prennent pas garde ! malheur aux hommes en autorité quand ils prononcent légèrement une condamnation capitale , une condamnation sans recours!

Ah ! quand est-ce donc que la politique respectera davantage les lois de la nature , ces lois si saintes et les pre* mières de toutes? Vous avez beau l'oublier en votre pleine vie : la mort , la mort est une grande chose; mais c'est dans le mystère de nos sentimens et de nos pensées qu'elle est telle sur-tout. Ce mystère sera connu de chacun de nous à son tour ;

et s'il n ëtoît pas individuel , s'il pouvoît être mis en communauté comme tous les autres intérêts dont notre état social se compose y nous serions étonnés peut-être de tous les sacrifices que nous y ferions. [Vivez au moins comme devant mourir , et préparez-vous de bonne heure à un événement inévitable. Oui ; de bonne heure mettez -vous en force dans votre conscience, afin de pouvoir dire à cette mort redoutable, afin de pouvoir lui dire avec un courage religieux , avec le triomphe du chrétien : O niort^ où est ton aiguillon ? é sépulcre , où est ta victoire ?

REUNISSEZ les réflexions que nous -Venons de vous présenter, aux idées plus douces dont nous vous avons entretenus dans notre discours sur Timmortalité de Tame, car les deux sujets sont insépambles. Et pourrions-nous trop vous le redire : songezf toujours, songez que la mort nous vient sur la terre de la même autorité qui nous a donné la vie, qui nous Ta donnée gratuitement , qui nous Ta donnée dans

Sa bienveillance. Nous comprenons celle* ci ; nous entendrons Tautre un jour. Une mère vertueuse qui a marché devant vous; une épouse que vous pleurez ; des enfans peut-être qui vous ont précédés,se tiennent déjà prêts pour vous expliquer le mystérieux avenir dont vous êtes inquiets. Ils en ont obtenu la permission de TEtre suprême. « Ici, vous crieront-ils; ici, cher » ami , cher époux , cher et tendre père; 53 ici, vers ce beau lieu, vers cette lumière 3) éclatante , est la première demeure des » justes en quittant la terre : venez , nous 33 savons que vous êtes appelés , nous 33 avons vu votre nom sur le livre de vie ; 33 venez , reconnoissez notre voix , et cé- 33 lébrez avec nous le Dieu de gloire ; venez 33 vous unir à nos hymnes sacrés ; venez 33 vous unir à nos joies célestes et à nos 33 bénédictions éternelles. ... 33

Ouï; tel est le langage qu'entendront peut-être un jour les élus du Seigneur , et tel est le cortège qui vient au-devant d'eux. Ah! si votre cœur s'émeut, s'il délaisse un moment les choses visibles pour

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les invisibles, elles vanités de la terre pour les trésors du tems et pour nos intérêts à venir, prions notre Dieu, prions l'Auteur de toute espérance d'animer en nous les sentimens religieux qui peuvent seuls nous offrir rirnage et la réalité de la félicité parfaite.

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