III. i
rejette toutes les cérëmonîes superstitieuses, tous les sacrifices fastueux ; et c'est à un culie simple , à une adoration de cœur et d'esprit c[n elle nous invite.
Enfin , si vous examinez de quelle manière la Religion chrétienne règle notre conduite au milieu de la vie sociale et dans les relations d'homme à homme , vous verrez de même une ressemblance exacte entre l'esprit de ses commandemens et les vues d une raison supérieure. Il n existe en effet aucun principe de morale publique, aucun principe de morale privée, qui ne soit consacré dans l'évangile, dans ce précieux dépôt des plus belles et des plus utiles instructions.
Nous excéderions les bornes prescrites à nos discours, si , nous laissant eritrallier par un sentiment d'admiration , nous voulions développer tous les traits caractéristiques de la Morale chrétienne. Nous rappellerons seulement quelques préceptes généraux , où Tesprit de notre Religion est fortement empreint, et où , dans le même tems , une parfaite simplicité
( 195) est le seul ornement des plus hautes^ pensées.
Nommons au premier rang la charité , ce commandement nouveau , dont l'observation nous est imposée avec tant d'énergie par Jésus-Christ et par ses apôtres ; la charité , que nous nous sommes habitués à considérer comme une vertu privée , et qui pourtant a des rapports immédiats avec deux grandes vérités politiques.
JXous sommes obligés de rappeler ici quelques idées déjà développées dans nos précédens discours ; mais nous nous borrons à les indiquer.
Que deviendroit, sans la charité, le système des propriétés; ce système inséparable de Tordre social ? Il paroitroit injuste ; il le seroit peut-être , et l'on auroit peine à le soutenir: car la charité seule, la charité publique et particulière , vient au secours des hommes dénués de patrimoine , lorsque l'âge ou la maladie détruiç
( ^96 ) leur unique fortune , le travail , et I^ travail repris , recommencé chaque jour^i
C'est , de plus , la charité , cette vertu chrétienne , qui a préparé l'abolition de Tesclavage. Il falloit , en brisant un joug dur et honteux, assurer la subsistance de cette immense partie de la populatioa entretenue par des maîtres ; et Ion auroit couru trop de hasards, si, en jetant tout-à-coup dans la société tous les hommes c[ui vivent de salaires , on s'étoit remis de leur sort au résultat incertain des échanges libres ,* mais la difficulté s'est évanouie dès que Tesprit de charité, éveillé par la religion , a secouru les victimes defautorité des propriétaires. Qu'on fit disparoitre cet esprit du milieu de nous , il faudroit, ou se rendre indifférent au malheur de la classe laborieuse de la société , ou rétablir Tancien patronage, avec tous les sacrifices de liberté qui en étoient une condition.
Ainsi la charité, que le christianisme a préchée par-tout avec tant de force, n étoit pas uniquement l'expression d'une
( 197 ) tonte parfaite ; elle repr^sentoît encore un devoir politique , un devoir qui , dans une vaste reunion de pauvres et de riches , devenoit nécessaire au maintien de Tordre»
Une autre remarque fixera votre attention , lorsque vous étudierez le mérite particulier de la doctrine chrétienne.
L'indulgence et la miséricorde sont nécessaires à notre nature individuelle, autant que la bienfaisance et la charité paroissent essentielles à notre nature sociale; car nous sommes nés ibibles, et nous avons besoin tous les instans , besoin entre nous d'un mutuel support : aussi voyez comment Tindulgence et la miséricorde sont le sujet continuel des exhortations évangéliques.
Quelle philosophie! et quel vaste aperçu dans ces seules paroles : Que le plus just^ de vous lui jette la première pierre.
Et notre législateur, notre guide, étend plus loin ses regards, lorsque, seul parmi les instituteurs de Thomme et des nations, il attache un mérite particulier à larepen-
( 198 ) tance , à un sentiment nouveau et qui n'a point de rapport avec ces purifications artificieuses ^ soumises à de honteux mystères, et dont les annales du paganisme nous ont transmis le souvenir.
La repen tance chrétienne est un acte du cœur, un acle simple et pur, auquel tous les- hommes peuvent aspirer; et cependant, combien son effet a d'importance dans notre ëtat social ! Pourrionsnous vivre ensemble , le pourrions-nous sans un joug de fer, si Thomme, dès sa première faute, n'apercevoit aucun moyen de rédemption , aucune espérance de paix avec lui-même? Il croiroit de bonne heure que tout accès aux récompenses de la vertu lui est fermé, et il ne chercheroit plus que les jouissances du vice. La Religion pou- Voit seule le reprendre à elle, le rattacher à la morale et lui inspirer un nouveau courage ; elle a su le faire , et c'est par le System e admira ble de la repen tance qu'elle à rempli ce but.
Ces préceptes que nous venons de rap-
( '99 ) peler, sont des enseignemens partiVnliVrs au diristianisme ; et lorsque notre le^gislateur se renferme dans le cercle des opinions connues , il est encore remarquable par lautorité de son langage.
Est -il rien de comparable à la manière dont il rapproche les sentimens de riiomme envers la divinité, des sentimens de rhomme envers ses semblables : Ta aimeras ton Dieu de tout ton cœur^ de toute ton aine et de toute ta pensée. Voila le premier et le grand comman-dément ; et voici le second qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-incme. Il n y a point de com^ Tnandemens plus grands que ceux^ là.\ Quelle étendue dans cette instruction , et en même tems c|uelle beauté !
Chrétiens qui nous écoutez , remarquez sans cesse le signe dfstinctif des leçons de votre excellent Maître. 11 nous élève aux vérités sublimes par des paroles douces et pénétrantes; et c'est par Fémotion de notre cœur qu*il attire Thommage de notre esprit. Aimez Dieu , nous dit-il;
cest le premier commandement ; et voici le second qui lui est semblable : Aimez votre prochain comme vousmêmes. Heureux mortels ! c'est en vous aimant et en vous secourant qu'on plaît à TEtre suprême. Heureux bienfaiteurs î c'est Dieu qui veut vous récompenser ; c'est Dieu qui prend à lui la reconnoissance de Tinfortuné dont vous aurez adouci la situation, dont vous aurez calmé les peines.
Réfléchissons, avec admiration , que toutes nos pensées religieuses ont été fixées par les paroles contenues dans le précepte dont nous venons de vous rappeler la mémoire. Les hommes ont été livrés à toutes sortes d'erreurs, et d'erreurs dangereuses, quand ils ont cherché d'euxmêmes à conoitre la nature de leurs relations avec l'Etre suprême ; quand ils ont voulu rendre un culte à la Divinité , et manifester avec éclat leurs craintes ou leur reconnoissance. Guidés alors par leur imagination , ils ont eu recours aux actes de superstition les plus extravagans
et quelquefois les plus condamnables.* Mais ils sont rentres dans les voies de la raison, à la lumière d'une Religion qui nous a instruits des vérités primitives, les seules dignes de notre croyance et de notre respect ; à la lumière d'une Religion qui nous a dit : Aimez Dieu , aimez votre prochain. Il ri est point de plus grand commandement que ceux-là.
Aimez Dieu , un seul Dieu ; c'est-àdire, ayez présens à votre esprit ses bienfaits ; élevez votre ame à lui pour le prier dans vos adversités, et pour lui rendre des actions de grâces dans vos momens de bonheur.
Aimez votre prochain ; c'est-à-dire, secourez vos compagnons de vie de tous les moyens qui sont en votre pouvoir.
Voilà la Religion , la Religion d'esprit et de vérité que Jésus-Christ nous â donnée.
Continuons à observer les principaux caractères de cette Religion, sublime également et par sa profonde sagesse et par
son admirable simplicité. Lame éprouve, dans cette méditation , une Jouissance semblable aux douces affections dont elle est pénétrée en étudiant les majesiueusea beautés de la nature.
Et d'abord , est-il une seule vertu que la Religion chrétienne n'ait par recommandée? la justice , la candeur, la bonne foi ,' la compassion , l'indulgence , la générosité, le sacrifice de soi-même, le pardon des injures, et toujours la charité. Connoissez-vous de mérne un sentiment intérieur, doux et consolant, qu'elle nait pas cherché à nous inspirer? la confiance en Dieu , Tespoir en ses promesses, le courage repris par le repentir, le calme à laide de la prière, et jusqu'à cet amour pour notre souverain bienfaiteur , dont elle nous compose un mérite.
C'est Jésus-Christ , c'est lui-même , qui a dit, en parlant d'une femme coupable : Ses péchés lui sont pardonnes , car elle a beaucoup aimé. Parole sublime , parole remarquable entre les plus
( noZ ) belles de Tëvangile ! A quel mortel auroit-il pu venir en pensée que Famour rendu à la Divinité tenoit un si haut rang parmi les devoirs et les titres de Tlionime? Le législateur d'un peuple ne les voit , ces devoirs et ces titres, que dans les actions : et la créature isolée , si elle eut osé mettre un prix à ses sentimens intimes , un prix devant TEternel, n'eût songé qu au respect et à la crainte dont elle se seroit sentie pénétrée. Il y a donc un caracière supérieur à notre nature dans cette touchante promesse : Ses péchés lui sont pardonnes^ parce quelle a beaucoup aimé. Et Jésus- Christ , inspiré par Tesprit divin , pouvoit seul nous annoncer, nous aider à sentir que Tamour parfait de TEtre suprême est un instinct céleste , et le plus bel ornement, le plus noble attribut d'une ame spirituelle..
Il est un autre mystère également nouveau , également admirable, et qui nous a été enseigné dans Tévangile. Les hommes , soumis à des lois diverses , et cher-
chant hors d'eux-mêmes une régie de con* duire , dévoient être agitf^s par des incertitudes ; leur crainte ou leur tranquillité dëpendoit , en quelque manière , du degré de pénétration des spectateurs et des juges dont ils étoient environnés. J ésus fixe nos opinions , en nous avertissant de Tautorité de la conscience ; en nous apprenant qu'il est au-dedans de nous un tribunal prêt à nous accuser ou à nous absoudre, et seul représentant de la justice divine , de cette justice clair-voyante qui assiste à nos intentions , à nos projets, à nos pensées les plus secrètes.
Et rien n'est plus remarquable dans les enseignemens de notre Religion , que ce règne spirituel dont elle a jeté les fondemens ; et le plan en est d'autant plus digne d'admiration, qu'il a été conçu et suivi dans un tems et au milieu d'un peuple où tout étoit en extérieur et en apparat. Là, s'élève le magnifique temple de Jérusalem , où toutes les richesses du monde sont répandues; et Jésus-Christ nous invite à servir Dieu en esprit et en
vérité. Là, c est avec publicité, c est avec ostentation, quon distribue ses aumônes; et Jésus-Christ commande que Ton fasse le bien en secret , et que la main gau'» che ignore ce que donne la droite. Là , c'est à rétendue numérique des libéralités qu on apprécie la charité ; et lapite apportée par la veuve^^'i Foffrande que Jésus-Christ distingue. Là, c'est par des macérations et des holocaustes que Ton espère obtenir la réinission de ses fautes; et Jésus-Christ fait d 'pendre cette grâce d'un repentir secret, d'un sentiment de contrition , d'un regret véritable. Là , plusieurs font le recensement des actions éclatantes, ou des sacrifices d'intérêt qui peuvent leur inspirer de la confiance ea se présentant aux regards de l'Eternel ; et Jésus-Christ accorde le premier rang à la pécheresse , dont les erreurs sont pardonnées , parce quelle a beaucoup aimé. Enfin , tandis que des nations entières se glorifient d'avoir connu plus particulièrement les préceptes de la morale et les çommandemens divins , . Jésus-
Christ élève par-dessus toutes les autorités , Fautorité de la conscience ; et il dit ces mémorables paroles : Que ceux qui nont point la loi sont la loi à eux^ mêmes.
Cest en réunissant les forces de la raison à toute la puissance de la foi , que le christianisme , se répandant sur la terre , a réformé les mœurs des nations barbares , a mis un terme à leurs cruautés dans la guerre, à leurs abominables sacrifices , à leurs supplices féroces : la voix de Thumanité par-tout entendue , les fers des esclaves furent brisés , et Ton vit les différentes autorités domestiques soumises graduellement aux lois et à la surveillance des gouvernemens. Enfin, tandis que les vertus des anciens étoient toutes en dehors, toutes théâtrales et dévouées aux grands intérêts de la communauté , la Religion de Jésus-Christ , seule distinguée par son affection envers les hommes, est venue mettre un prix aux vertus privées , aux qualités individuelles , à nos
rapports les plus secrets avec nos sem-» blables. Quel service elle nous a rendu : O paroles dignes de souvenir, paroles déchirantes : Ils mont Lai sans causel
Nous allons maintenant consîdérernotre sujet sous un autre point de vue , et ce sera la seconde partie de notre discours.
Ils m ont haï sans cause. Vous à qui ce reproche s'adresse ; nous lisons dans votre pensée , et nous entendons votre langage. Vous dites aux défenseurs de la Religion chrétienne , et avec un air de dédain , avec un ton de supériorité , vous leur dites : Cette Religion est-elle vraie? Cest-là toute la question entre vous et nous.
Non, ce n'est pas là toute la question, ce ne Test pas ; car si dix-huit siècles d'existence avoient consacré dans le inonde une Religion , Tappui de la mo-* raie et la source de tant d'espérances con* solatrices , il faudroit la respecter. Oui , au milieu des doutes auxquels oa pour-
roit.se lîvrer, îl seroit imprudent sous le rapport de rordre social, dur et cruel sous le rapport du bonheur individuel , de discréditer tout-à-coup une telle Religion, et d'employer pour y réussir Tascendant des philosophes , la subtilité des rhéteurs , les insultes des orateurs satiriques , et , comme un moyen plus efficace, l'autorité puissante du gouvernement. Nous vous fermons donc toute espèce d'issue , puisque le scepticisme , ou le manque de foi , ne suffisent pas à votre justification.
Tout peut se faire et se défaire , excepté l'antiquité. Ainsi , quand une opinion utile au monde est revêtue du sceau du tems, c'est une mauvaise pensée que de vouloir la détruire , et une mauvaise action que d'employer son esprit à une telle entreprise.
Cette réflexion paroitra d'autant plus raisonnable, qu'il est hors de la puissance des hommes de ranimer, après deux mille ans , la force d'aucun témoignage; et en admettant ( cette expression nous
esp
lest ici nécessaire ) , en admettant la réa* iité des miracles qui ont servi à établir ia foi des premiers chrétiens, on emploie* roit pour contester ces miracles les mêmes argumens, les mêmes précisément dont on fait usage aujourdhui.
Mais si les nombreux martyrs , qui ont scellé de leur sang la croyance dont ils faisoient profession , vivoient à une époque peu éloignée de la naissance du. christianisme , les hommes des âges sui* vans ont acquis des motifs de confiance qui appartiennent à la distance oi^i ils ëtoient, comme nous, des faits historiques contenus dans Févangile.
Eux seuls , en effet , ont pu être certains du succès général et progressif de la Religion chrétienne ; et eux seuls , comparant un si grand succès aux foibles moyens des premiers apôtres , ont pu le considérer comme un événement sarna-^ turel.
Eux seuls encore ont pu rendre un juste hommage à une Religion dont le système dut offenser long-tems Tesprit su-
perstîtieux des peuples où cette Relîgîoiï fut annoncée.
Et eux seuls aussi, ëclaire's parle teins et par Texpérience , ont pu découvrir toutes les beautés d'une morale qui , destinée à réprimer les passions , devoit les avoir pour ennemies.
Reprenons ces idées.
Vous le savez ; ce n'est pas un despote ou un conquérant redoutable , puissant par ses armées et par le bruit de ses vengeances, qui a secondé , qui a fait réussir les premières prédications de la Religioa chrétienne. Ces prédications furent con* fiées à des hommes obscurs , sans autorité, sans crédit, et mus uniquement par un sentiment de persuasion. Ils n'avoiént rien à donner ; ils ne promettoient rien pour ce monde : et le renoncement à soimême étoit une vertu qu'ils exigeoient.
«Voilà les apôtres d'une Religion à laquelle , par degrés, tant de peuples se sont soumis. Quelle disproportion , quelle distance entre l'œuvre et les agens , entre l'effet et la cause! Un zèle fana-
tique ne servit pas même de secours aux premiers disciples de Christ : ils enseignoient avec douceur une Religion douce; ils annonçoient avec onction des lois d'amour et de bonté. Une protection céleste a donné de Taccent à leur voix tiniide , de lascendant à leur langage simple : une protection céleste a béni leurs efforts , a préparé leur triomphe. O puissance divine ! c'est vous qui nous Tavez donnée cette Religion dont le succès est un prodige ; c'est vous qui nous Tavez donnée cette R.eligion dont la beauté nous étonne , dont l'esprit est magnifique , dont chaque parole est parfaite ; cette Religion enfin , dont l'idée n'a pu appartenir à aucun homme.
La morale évangélique renferme en elle-même des signes éclatans de sa divine essence^ et nous avons du vous rappeler cette vérité dès la première partie de notre discours.
Ah ! sans doute ; plus vous étudierez les saintes paroles destinées à l'instruc-
tîon des fidèles, et plus vous rendrez au If^pislateur des chrétiens un culte d'amour et de reconnoissance : Vos sentimens religieux s'accroîtront , si vous cherchez dans la morale évangélique Tauguste empreinte de son auteur. Alors, après avoir admire la bonté suprême qui règne dans toutes les leçons de notre Seigneur , vous rendrez encore hommage à F esprit de modération qui donne à ces mêmes leçons lin caractère si particulier. Et remarquons qu-e Tesprit de modération étoit une sorte de phénomène , au milieu d'un peuple cil toutes les actions étoient fastueuses , où tous les devoirs étoient exagérés par une habitude de crainte ; et où les idées religieuses elle - mêmes n'avoient point de £ens fixe , à cause de leur mélange avec toutes sortes de superstitions.
C'est au milieu d'un tel peuple que Jésus-Christ , s' éloignant de tous les excès, apposoit dans ses enseignemens des limites aux vertus même. Jeûnez , mais priez ; croyez, mais agissez; craignez, mais espérez ; gémissez de vos fautes , mais re*
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prenez de la confiance avec le repentir ; adorez Dieu , mais aimez vos frères ; remplissez vos devoirs, mais soyez indulgens envers les autres ; observez le jour du repos , mais ce jour là frites encore des actions charitables; confessez f Eternel devant les hommes , mais élevez-lui dans voire cœur un autel et un temple. Rendez à César ce qui est a Ccsar, et à Dieu ce cjul est à Dieu., . . Rt jnalheur a dous Pharisiens qui payez la dixme de la memhe , de la rhue et de toutes sortes d'herbes , tandis que vous négligez la justice et V amour de Dieu. Ce sont-la
LES choses qu'il FALLOlT FAIRE, SANS nÉAx\- MOIJNS NÉGLIGER LES AUTRES.
Contemplons encore , sous d'autres rapports, Tesprit de modération répandu par-lout dans les instructions de f évangile ; et souvenons-nous que cet esprit, dans sa perfection, est un signe caractéristique de force et de sagesse.
Jésus-Christ, rempli de la plus tendre compassion pour les indigens et les opprimés , s'occupe sans cesse de leur sort ; et
cependant il ne cherche point à les élevef contre les riches et contre les puissans; loin de faire servir son ascendant à leur inspirer un sentiment d'irritation, il les adoucit, il les calme, en leur montrant la vanité des clioses humaines et en les éclairant sur les iJhisions de Tenvie. Le législateur des chrétiens ne bouleverse pas les rapports établis dans le monde social , en exagérant les droits ou les devoirs d'aucune classe de citoyens ; il ne dit point que les hommes soient égaux; qu'ils le soient en fortune , en esprit , en moyens de gouverner ou de servir TEtat ; qu'ils le soient ni qu'ils puissent l'être : mais il leur montre que les sentimens les plus simples sont la véritable route du bonheur, et que Marthe a choisi la bonne part qui né lui sera point ôtée. Il leur montre que la piété , ses douces consolations , ses magnifiques espérances , peuvent rendre impercepiibles les différences d'homme à homme et détat à état, qui forment nos petites gradations ; il leur montre que la vertu, la -sagesse, le repos de la coût
science, sont des biens préférables aux vaines faveurs de Topinion , aux dons fictifs qui servent de mise dans les futiles jeux de notre ambition.
Voyez de même avec admiration, en continuant de rendre hommage à Fesprit de notre Religion , voyez comment Jësus- Christ, en élevant nos âmes aux idées le» plus sublimes , et dirigeant sans cesse les regards de Thomme vers la Divinité , ne Ta point affranchi de ses devoirs envers la société : il a relâché nos liens terrestres ; mais il n'a pas voulu les rompre : il n'a pas voulu faire de nous dts anachorètes , des êtres uniquement dévoués à une méditation oisive; mais nous apprenons de lui comment un sentiment Religieux , dans sa pureté , dans sa vérité , s'unît aux choses du monde , et nous dispose aux condescendances que Tamourpropre des autres exige de nous.
Ah ! si nous pouvions douter que la modération , dont toutes les paroles . et toutes les instructions de Jésus-Christ portent le caractère, ne lut le signe distinctif
d'une snpénorit(^ de lumières, jetons alors un regard autour de nous, nous verrons peut-être comment en politique on a tout perdu par un esprit diffërejit. 11 n'est aucune maxime qu'on n ait outrée, qu'on n'ait fait sortir de sa ligne ; et souvent Texagération d'une vërilé devient plus funeste qu'une erreur absolue : car on n'en revient qu'avec peine et tardivement, tant la proximité d'une vérité , dont on a toutefois changé Fessence par une ex^ tension dangereuse, entretient une longue illusion.
Nous appliquerions aisément cette remarque aux idées qu'on s'est formées de> Ja liberté, de l'égalité, di^s droits de l'homme , et de plusieurs autres principes politiques , mais nous nous écarterions trop de notre sujet. Nous pouvons néanmoins , en y rentrant, mettre un moment en parallèle les moyens dont nos chefs de secte se sont servis pour subjuguer les esprits , et les moyens adoptes par le législateur des chrétiens pour donner de la confiance à ses enseignemens et leur prêter de l'autorité.
On a voulu de nos jours accre?clîter les opinions nouvelles , en leur donnant une autorité sans bornes, et en les annonçant comme des vérités d'une application universelle. On a demandé la foi ; non celle de 1 évangile , qui n'est rien sans la cha-» rite, mais la foi qui s'exprime par des violences fanatiques ; la loi que des lois de sang commandent , et dont le despotisme et ses satellites deviennent le soutien.. C'est avec tant d'efforts, c'est avec ces rigueurs qu'on a créé une Religion poli-* tique , toute composée de haines et de jalousies , et dont aucun pronostic n'annonce la durée. Et Jésus-Christ , avec un esprit de modération inaltérable , avec la raison la plus douce , avec des paroles toutes d'affection , a posé les premières bases de cette Religion d'amour et de charité que dix-huit siècles avoient respectée. Eh quoi ! voulez-vous aussi vou» en aller ? Voilà tout ce qu'il dit à ses dis- ' ciples , dans un momezit où leur zèle parolt se ralentir.
Et vous , vous que je signale une der-
nîêrefoîs; toujours armes au milieu de vos sectaires vous parcourez leurs rangs de vos sombres regards , prêts à les traiteren coupables, si , fatigués de leur rôle, ils cessoient de tenir haut Tétendard de leur enthousiasme.
O Jésus ! puissant même par votre seule sagesse ! quel spectacle miraculeux vous présentiez au monde , par cette Religion où le langage de la bonté parfaite, ce langage en apparence sur les limites de la fbiblesse, a néanmoins subjugué la terre ^ résiste encore aujourd'hui aux cris tumultueux de nos hordes féroces, et fera taire ces cris au moment déjà désigné par la sagesse divine : O notre Seigneur ! quel spectacle miraculeux vous avez offert au monde, lorsque vous prépariez la soumission des esprits et la sainte ardeur de la foi , en préchant une Religion toute de paix et de charité ! Quel spectacle miracuH leux vous avez offert au monde , lorsque, sans combat, sans armes , sans pompe et sans char de triomphe , vous avez fait plus que des conquérans; lorsque des
paroles , à jamais remarquables par leur, simplicitë , ont suffi pour transmettre votre gloire aux âges les plus reoi>lës' ; et lorsque, loin de tracer votre nom en lettres de sang sur un champ de bataille , vous avez vu venir la mort sans faste, sans murmure , sans vouloir associer personne aux douleurs de votre généreux sacrifice. Ah ! sans doute , entre les diverses paroles de Jësus - Christ avançant vers le terme de sa carrière mortelle , celles - ci retentissent encore dans tous les cœurs, sensibles : Maintenant , disoit-il en élevant ses regards vers le ciel, maintenant mon ame est troublée. Koilh , mon heure est venue, O mon Père ! éloignez, s'il se peut , cette coupe de moi ; mais ijue votre volonté soit faite , et non pas la mienne, O Jésus , votre ame fut troublée ! elle le fut à Tapproche d'une fin cruelle, et qui devoit sceller vos touchantes promesses et vos sublimes instructions. Votre ame fut troublée ! elle le fut pour la cause des hommes ; et c'est pour eux , pour nous , que vous avez souffert.
'Ah ! pourrons-nous ici rappeler sans émo* tion les paroles et l'application de notre texte : I/s mont haï sans cause.
liëlas ! de quel ami Ton veut nous séparer. Qui viendra donc nous donner les consolations dont notre cœur a besoin, et qui pourra le faire avec la même onction et avec la même autorité ? Qui nous montrera mieux que lui, mieux que notre divin guide, les routes du bonheur ? Et qui rendra plus distincts à nos yeux ces signaux d espérance placés loin de notre vue ? Hélas ! nous sommes fbibles, et notre raison , dans ç^e.s» momens d'assurance , cherche encore un appui : il nous a ëtë donné cet appui parla Religion révélée , dont les lois s'accordent avec notre conscience, les promesses avec notre attente , et les pensées sublimes avec tout ce qu'il y a de plus parfait dans notre nature.
Non , ce n'est pas sans motif que cette Religion nous a été transmise avec respect par nos aïeux , et que nous-mêmes nous lavons comptée dans notre héritage comme notre bien principal. Ce n'est
pas sans motîf que nous rappelions avec solennitë les ëpoques célèbres et les ëvénemens miraculeux dont le souvenir consacroit notre reconnoissance ; ce n est pas sans motif que tant de nations avoient rapporte leurs calculs chronologiques à IVpoque où une lumière nouvelle a voit éclaire la terre. Un hommage universel devoit être rendu au Bienfaiteur des hommes, à r Auteur de la plus parfaite morale, n'eût-il réuni en lui aucun des caractères surnaturels que nous adorons par la foi. QuVlIe ëtoit belle cette ère des Chrétiens , cette ère , d'une régénération complète ! qu'elle étoit vénérable , et qu'elle Test encore ! Elle nous rappeloit la connoissance épurée que nous avions acquis© de la Divinité ; elle nous rappeloit la haute et sublime idée que nous avions conçue de notre ame et de son essence immortelle ; elle nous rappeloit ces heureuses images d'un magnifique avenir , qui se sont perpétuées dans nos cœurs à la faveur bienfaisante d'une doctrine céleste ; elle nous rappeloit encore le nouveau pacte
fait entre les hommes par la charité et par la communion de leurs sentimens fraternels ; elle nous rappeloit; enfin la destruction de tant de principes inhumains, de tant de coutumes barbares qui avoient si long-tems asservi des peuples, renommés aujourd'hui par leur civilisation. Aussi , d'âge en âge et depuis dixhuit siècles , l'ère chérie des Chrétiens a voit été respectée ; et il appartenoit à Tesprit novateur qui s'est signalé parmi nous si diversement , il lui appartenoit d'y substituer l'époque où tant de passions ont régné dans le monde , et y oiit produit tant de maux.
O liberté ! qui devez remplacer dans nos fastes le plus précieux de nos souvenirs , pourriez -vous acquitter les engagemens qu'on a pris en votre nom ?
pourriez - vous soutenir les triomphes qu'on vous a décernés de si bonne heure ? Une si grande tâche seroit au-dessus de vos moyens, fussiez- vous telle qu'on vous a dépeinte à nos yeux. Et auriez-vous même aucune force sans la morale , sans
cette lëgîslatîon incomparable dont Tère chrétienne nous rappelle le divin auteur? La morale vient d'en-liaut , et cette extraction lui est nécessaire pour nous commander. La liberté , au contraire , celle que nous célébrons, est Touvrage de nos mains ; et Ton y reconnoit le caractère de notre génie présomptueux.
Aussi , fragile en naissant , elle le fut encore en essayant ses forces , et le sera de même en changeant de forme. Comment donc auroit-elle assez de vigueur pour être et demeurer ce point fixe , immuable , auquel , sous le nom d'ère , le poids des siècles est suspendu ?
O Dieu ! qui nous voyez faire ; ayez pitié de nous , et ne confondez pas ce peuple avec des hommes devenus novateurs par inquiétude et par vanité; avec des hommes incapables de créer, et dont Tesprit n'est qu'un instrument de destruction : mais daignez entendre ces voix innombrables qui redemandent fautorité de la Religion. Que veulent- ils donc ceux qui se montrent si contens de
Tavoir ébranl(^e ? Ils auroient acquis ded notions particulières , des notions favo* rables à leur système , qu'au moins ne devroient-ils pas se présenter à nous comme des meSvSagers de bonnes nou- " velles ; qu'au moins ne devoient-ils pas affecter un ton de légèreté , et prendre un air nioqueur pour détromper , c'est leur mot , pour détromper des hommes heureux par leur confiance.
Quelle est en effet cette confiance des chrétiens ? Ils croient qu'une révélation, une intervention delà Providence divine a confirmé les conjectures de notre raison , les lois de notre conscience , et les espérances des âmes sensibles J ils croient que la charité est entre les vertus agissantes la pins agréable à l'Etre suprême ; ils croient qu'il y a un retour ouvert à la miséricorde divine, un retour assuré par la repentance ; ils croient que le juste est l'être chéri du ciel ; et que sa destinée n'a pas cette vie d'un jour pour hmite; enfin, ils croient qu'ils doivent aimer, aimer sans cesse le Dieu de
l'univers,
r univers , lauteur de leur existence , le maître des tenis à venir. Ah ! sans doute , une Religion qui vient affermir Thomme dans ces principes est une Religion digne de notre respect , comme aussi une Religion de bonté , une Religion consolatrice ; et Ton juge mal le bonheur en s efforçant de prouver aux véritables chrétiens que leurs opinions sont vaines et leurs espérances chimériques.
Hommes ambitieux de fixer sur vous les regards de la terre ; hommes inquiets du triomphe de vos systèmes , vos sentimens secrets ne sont que trop connus ; votre amour-propre est irrité des hommages rendus à la plus parfaite des législations morales ; il s offense encore de l'encens religieux qu'on offre à son auteur. C'est donc vous seuls que vous nous donnez à admirer et à célébrer ? Quelle détresse !
Disciples de la foi chrétienne, vous avez plus que jamais besoin de courage;
car on vous attaque , on vous fait la guerre aujourd'hui avec des armes invisibles ; et nous qualifions ainsi ces dédains , ces mépris , qui n ont point de consistance , point de forme précise , et qui échappent à toute espèce de lutte. Ne vous en laissez point imposer par des signes fictifs de supériorité. Ne voyezvous pas qu'ils sont portés par une foule de sectaires, par une foule d'imitateurs sans aucune idée à eux ? Et dans le nombre de ces imitateurs, plusieurs renonceroient à leurs ornemens philosophiques, à leur tiare empruntée , si Ton vouloit, à quelqu 'autre condition , les tenir pour hommes d'esprit. La vérité est, que les répétiteurs et les maîtres n'ont aucun secret à nous apprendre ; et qu'ils auroient eux - mêmes besoin d'assistance pour se tirer du labyrinthe de leurs doutes
N E concevez donc aucune alarme ; ( nous le disons aux chrétiens assemblés dans ce temple ) vos opinions chéries , un moment ou un tems délaissées, re-
prendront dans le monde le rang qui leur appartient. Ne laissez point affoiblir votre zèle , et sur-tout ne soyez jamais honteux de votre croyance et de votre piëtë. Voyez votre Religion dans ses grandes beautés , dans ses beautés simples et majestueuses , afin d'être mieux en état de Fadmirer et de la défendre, i Elle a préparé vos premiers sentimens ; elle a été votre guide dès vos- jeunes années , et vous la retrouverez , dans l'âge avancé , votre meilleure amie et votre plus sûre consolation. Oui , considérez-la cette Religion dans ses rapports continuels avec la destinée de l'homme : elle le prend dans Teiifance , elle le conduit pas à pas à travers les écueils de la vie ; et par de sublimes idées , elle l'attache à l'infini ; et sur cette terre où il passe , elle lui présente déjà le spectacle de Féternité.
La Religion chrétienne , dans son esprit et dans sa pureté, ne nous donne aucun enseignement qui ne soit en accord parfait avec les aperçus de notre
raison , avec les rësultats d'une mëdîtation élevée , avec les pronostics mystérieux de notre s.entinient intime. Ne faisons donc qu'un faisceau de la Religion naturelle et de la Religion révélée. Consentons à être embrassés de ce double lien ; consentons à être heureux sous leur autorité mutuelle, et acceptons tant d'espérances qu elles nous donnent en commun. O Dieu qui voyez nos pensées et qui connoissez notre foiblesse , daignez soutenir la piété de vos serviteurs ! Les voici qui demandent du secours pour aller à vous , et pour être dignes de célébrer vos louanges. Daignez leur inspirer cet esprit religieux qui touche et qui console ; cet esprit qui nous rappellera vos bienfaits , et qui nous pénétrera de reconnoissance. Ah!
puissions-nous dire dès aujourd'hui : Je sais h qui fai cru. Puissions-nous, à nos derniers momens , répéter les mêmes paroles , et dire avec persuasion , avec calme , avec repos , avec une tendre confiance : Je sais à qui fai ci^u. Je le sais : 6 mon Dieu !