DISCOURS IV
Des sentlniens de respect dus à la vieillesse.
Lève-toi devant les cheveux blancs , et honore le vieillard ; et crains ton Dieu. Je suis l'Eternel. Léifitique , chap, 19, }^. Sa.
I j E précepte sacré que notre texte renferme, et les devoirs qu'il nous impose, s'unissent, à Taide des réflexions les plus naturelles , non-seulement aux premières idées de morale , mais encore aux instituts politiques, aux dispositions conservatrices du gouvernement social. Nous traiterons , sous ce double rapport , le sujet qui doit occuper aujourd'hui votre attention religieuse.
Vous avez intérêt à cette méditation , vous qui , jeunes encore , formez déjà des vœux pour une longue vie ; vous qui , la veille , appelez le lendemain ; et ce lendemain , le jour qui le suit ; vous
(95) quî désirez avec impatience de marcher en avant , de faire un nouveau pas dans la carrière où vous êtes entres. Vous ne pourrez être exaucés sans arriver à l'âge où Ton n'obtient plus des égards par sa force et par sa puissance ; san^ arriver à ce terme où les mœurs et les lois deviendront votre unique défense contre Tesprit indépendant de vos successeurs , coni re les pensées dédaigneuses des brillantes cohortes qui viendront , à leur tour, qui viendront, comme vous, prendre possession de la terre.
Nous aurons aussi des conseils à donner à la vieillesse : nos cheveux blancs nous le permettront, notre sujet nous le commande ; et nous montrerons que ^ pour attirer le respect des jeunes gens, pour être honoré d'eux , pour jouir des consolations qui appartiennent à Tâge avancé , on a des devoirs à remplir , on a des règles de conduite à observer.
Et nous tous indistinctement , nous serons reconnoissans envers la Religion, qui vient constamment au secours de la
(96) foiblesse, qui nous ordonne d'honorer le vieillard , et qui, pour en imposer aux jeunes gens orgueilleux de leur âge, leur fait entendre ces mots , Je suis P Eternel y et rapproche ainsi leur règne ëphémère de Texistence infinie et d'une idée sans bornes ; d'un tems sans commencement et sans fin.
C'est une belle idée de morale, que la recommandation faite aux jeunes gens d'honorer et de respecter la vieillessa Ils en avoient besoin : leur âge est celui des distractions ; et ils vivent avec une telle force dans les passions qui les dominent, que leur propre avenir devient souvent pour eux un étranger ; et les vieillards , dont l'intérêt n'est pas le même , dont le calcul est différent , leur paraissent d'une autre race. Ils puisent; le tems sans mesure y pour me servir de la belle expression d'un moraliste moderne (^) , et ils ne songent pas que
(•) M.nie Necker. Réflexions, sur le dli^orce.
bientôt
(97) t3Îentôt il n'existera plus pour eux ; que pour eux aussi il aura son terme.
Et si nous le regardons en arrière ce tems , nous serons effrayés de la rapidité de son cours : nous vous parlons , et il marche; nous vous parlons , et il a passé. Fixez-le, jeunes gens, si vous le pouvez; mais vous ressaierez en vain : renoncez donc à la vanité que vous donne une possession éphémère.
C'est un instant qui vous sépare de nous ; c'est un instant qui sépare les générations les unes des autres; un ins* tant dans la vaste durée des siècles, un instant dans Timmensité qui nous envi-»
ronne. Venez donc traiter avec nous de pair à pair , et ne rejetez pas ces dépouilles de Fexpérience que les vieillards vous apportent ; elles ne sont pas inutiles à ceux qui se présentent aux premières barrières de la vie, et qui , avec la volonté de tout envahir , ont pourtant le besoin de tout connoitre. Jeunes gens, on vous demandera bien peu pour les conseils qu'on est prêt à vous donner ; on n'attend
( 98 ) de vous que des (égards : et quand votre présomption vous dëtermineroit à refuser cet échange , un sentiment de reconnoissance vousprescriroit, vousçommanderoit d'honorer la vieillesse.
Nous avons rappelé dans notre discours précédent la dette sacrée des enfans envers leurs pères ; aujourd'hui nous avons à retracer les obligations de tous les hommes indistinctement envers leurs devanciers dans la carrière de la vie ; les obligations même d'une génération entière envers la génération qui précède.
Il est sans doute des exceptions à ces principes généraux : mais vous les verrez comme nous ; et nos réflexions, exemptes de censures particulières , doivent s'appliquer uniquement au cours habituel et à Tordre commun de nos relations sociales.
Je demande au cultivateur si l'héritage dont il jouit n'a pas été préparé, fécondé par le travail de ses pères; je lui demande si d'âge en âge le versement continuel de jaouveaux engrais et de nouvelles terres
( 99 ) ïi^'a pas rendu productif un sol autrefois stérile, et qu il voit couvert aujourd'hui de resplendissantes moissons : je lui demande si les granges où il met ses grains en réserve , où il les accumule d'un air de triomphe , ont été construites de ses mains , ou de ses épargnes ; si les canaux divers qui arrosent et fertilisent ses prairies ont tous été son ouvra ge , ou le résultat de son industrie ; si ces vieux ceps , Thon* neur de sa vigne , datent du jour de sa possession ; s'il a planté ces arbres qui entourent son habitation et s'élèvent au* dessus d'elle ; ces arbres majestueux , mais qui plient maintenant sous le poids de leurs propres richesses.
Hélas ! je le vois ce vieillard , à qui vous devez peut-être la plus grande partie de tous ces biens ; il recueille à l'écart et sur un banc isolé les rayons du midi ; il présente à leur chaleur vivifiante ses mem* bres engourdis et son front dépouillé* C'est là qu'il voit passer les chariots oii ses lils ont entassé les fruits de leur récolte et les trésors de l'année. Les bœufs
( loo ) qu'il a nourris ont peine à traîner , à faire avancer ce riche butin ; et déjà Ton ne songe plus à lui. Il n est plus que le vieux bon-homme, pour me servir d'une expression vulgaire : il est hors du tems présent ; il est marqué du moins comme tel ; et les nouveaux venus , tous gens de Tavenir par leurs espérances , n'ont aucun tems à donner à des services passés.
Que dirons-nous à ces ingrats? Lèi^etoi dei^ant les chei^eux blancs et honore le vieillard j et crains ton Dieu. Je suis VEterneL
Je sors des habitations du paysan ; et promenant mes regards dans les villes, je demande aux heureux citadins , ou à la plupart d'entre eux , si au milieu de toutes les douceurs de l'aisance , au sein du luxe et de sa mollesse , leur pensée s'écarte jamais d'eux-mêmes : je leur demande s'ils songent une seule fois que les vieillards, dont ils remarquent à peine l'existence, ont été les artisans d'une portion àià^ richesses de la société ; s'ils songent
une seule fols que raccumulatîon de ces richesses est le résultat d'une succession de travaux auxquels ils n ont pas concouru. Non , sans doute , ils n y songent point; toute leur attention est dirigée sur la fonction de propriétaire et de rentier, dont ils se sont trouvés investis par héritage , et qu'ils exercent si commodément. Leurs regards sont concentrés dans Farrondissement de leur fortune et de leur bien-être ; leur intérêt ne s'étend pas plus loin ; et les vieillards ne sont pour eux que des détenteurs trop persévérans d'un capital ou d'un revenu dont la race nourvelle est pressée de jouir. Qu'ils sont à plaindre ces vieillards au milieu des principes du jour Ml s'en faut peu qu'on ne leur demande explication de leur longue vie, et qu'on ne les cite au tribunal des opinions nouvelles , comme des particuliers indiscrets ou des débiteurs en retard* Ce n'est pas uniquement l'avidité des richesses qui nous rend ingrats et injustes envers nos prédécesseurs ; Tamour de la gloire et de la célébrité exalte souvent
au même degré les sentimens personnels.
Voyez cet homme à talens, cet écrivain distingué ; il est ambitieux de se faire un nom ; et, tout occupé d'obtenir la louange de ses contemporains, il n'a garde d'indiquer l'origine de ses idées ; il n'a garde de montrer leur lignage et leur descendance directe des pensées d'un ancien : il veut que l'honneur lui en appartienne en entier, sans rétribution et sans partage ; et qu'aucun aveu , aucune redevance , ne viennent lui rappeler ses obligations.
Eh quoi ! dans une autre carrière, et même aux premiers rangs du théâtre , n'apercevroit - on pas des hommes qui pourj^oient nous servir ici de nouvel exemple? Les guides des nations et leurs législateurs, ces augustes sénats qui, par leur existence abstraite et collective, supporteroient avec si peu de peine le joug de la reconnoissance , ne cherchent - ils pas quelquefois à s'aifranchir de ce sentiment envers les âges antérieurs ? On peut le croire , en les voyant rejeter les leçons du tems passé ; en les voyant dé-
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daigner, mëpriser rexpërience. On vou* droit alors leur adresser les paroles de Moïse ; et Ton seroit en droit de leur dire dans un sens figuré : Lè^e-toi de^ %yant les cheveux blancs et honore le "vieillard y et crains ton Dieu, Je suis {Eternel.
Considérons maintenant notre sujet sous un autre point de vue. Le respect des enfans pour leurs pères , le respect des jeunes gens pour Tâge niùr et pour la vieillesse, sont, dans la conception de Tordre social , des sentimens nécessaires , et que les lois politiques ont le plus grand intérêt à entretenir.
Les amis , les fauteurs de la tyrannie peuvent seuls désirer que la soumission dérive uniquement de la crainte ; et la morale , des cliâtimens. Ils peuvent seuls désirer qu'un lâche asservissement soit Tunique garantie de la paix intérieure et de la tranquillité publique. Que leur importe à eux cette surveillance tutélaire représentée dans la société par Tautorité
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des pères et la suptématîe de Tàge ? Ils veulent , ils aiment le despotisme ; et le despotisme devient indispensable lorsque le gouvernement doit tout régler , tout contenir , sans aide et par la seule force de son action ; car , dans un grand Etat , il faut que cette action soit violente, souvent même impétueuse , pour atteindre d'elle-même du centre a la circonférence. C'est donc une instruction politique que ce commandement religieux : Honore ton père j honore le vieillard y et lève^ toi devant les cheveux blancs ; car on ne peut écarter , on ne peut détruire une seule autorité morale , une seule autorité fondée sur les sentimens naturels, sans y voir succéder un accroissement proportionnel de l'autorité du gouvernement i; de cette autorité artificielle , et dont il est si facile d abuser. Quel échange pour la liberté ! quel échange pour le bonheur !
L'autorité des pères , l'ascendant de l'âge, ont encore pour titre précieux d'accoutumer , de préparer de bonne heure les hommes aux sentimens d'égards j da
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créer en eux Tidëe du respect, cette îdé0 si ancienne parmi les nations , cette idée adhérente en quelque manière à l'organisation sociale ; cette idée mère en politique ; cette idée mère , je le répète encore, cette idée mère en politique , qui a rendu tant de services , et que Fessai d'une opinion contraire rendra plus recommandable encore.
Comparons en imagination deux pays différens. Dans l'un la nature auroit instruit les enfans à respecter leurs parens , à honorer l'âge avancé; et dans l'autre ce précieux instinct n'existeroit pas , ou des mœurs barbares l'auroient étouffé. Tout homme capable de réflexion apercevroit dans l'instant , que dans ce dernier pays où il n'y auroit aucun gardien naturel , aucune surveillance domestique de l'ordre et de la morale, il faudroit multiplier les regards et les précautions de la police ; il faudroit investir le gouvernement d'un pouvoir exécutif plus rapide, et donner à la vengeance des lois un caractère plus effrayant.
Cependant avec ces supplémens, avec de tels sacrifices imposes à Tesprit de liberté , on ne remplaceroit jamais dans ses heureux effets l'autorité paternelle ^ lautorité de fâge et Thabitude générale des égards et des gradations. Quelle différence entre T empire du despotisme , cet aveugle ouvrage des hommes, et les supériorités naturelles qui annoncent une si haute conception , et que la Divinité même semble avoir marquées de son sceau î Aussi , lautorité fondée sur le respect est douce à tous les cœurs ; elle semble en accord avec nos idées de morale , et en y déférant nous sommes contens de notrs!^ mêmes. Nous savons d'ailleurs qu'il est une succession immuable à l'autorité de l'âge , à l'autoriré paternelle. Les tributs de respect que paie le jeune homme , il les obtient un jour ; et cette promotion est indépendante de l'intrigue et du crédit populaire.
Ah ! combien vous auriez de reproches à vous faire , ou combien vous vous tromperiez , vous qui , jaloux de tous les pouvoirs
( 107 ) dont vous n'auriez pas été Torigine , n'en laisseriez subsister aucun , même au-dessous des autorités que vous auriez instituées. Sans doute , le glaive de ces autorités se promeneroit alors plus facilement ; mais la crainte deviendroit le sentiment habituel d'une nation. La crainte ! quel élément pour le moral de la vie !
Voyez dans les oeuvres divines Texemple que vous devez suivre , le modèle qu'il faut imiter. Le Créateur a pris soin d'unir, dans les rapports des enfans avec leurs pères , le respect à Famour et la soumission à la reconnoissance. Où trouverezvous une expression plus juste des devoirs politiques ? où trouverez - vous une idée plus précise dès; relations entre le peuple et ses guides suprêmes ? Oh ! qu il y a plus de science dans un des traits épars, dans un des traits innombrables de Tordonnance du monde , que dans les laborieuses conceptions de tous les législateurs de la terre. Silence donc aux exaltations de lorgueil , et gloire à V Eternel de la part des hommes !
. Une réflexion encore semble naître deg idées précédentes. N'est-ce pas un nonveau motif pour les jeunes gens de se montrer respectueux envers la vieillesse , que de voir les rapports établis par la nature entre les différens âges , que de voir ces rapports former un système harmonieux où tout est dessiné, où tout est nécessaire ? L'enfance , ce premier type de notre foiblesse , Tenfance est environnée de be- ,soins ; et la jeunesse , qui lui prête seacours , apprend un nouvel amour en parvenant au rang de père. L'âge mûr dirige cette jeunesse dans la carrière du monde , et l'empêche de se livrer aveuglément à l'ardeur impétueuse de son imagination ; enfin le vieillard est là, qui , prêt à obéir au son de la dernière retraite , avertit les compagnons dont il va se séparer , qu'il est un terme a leur route , et qu'il est tems pour eux d y songer.
Eh quoi ! le mépriseriez -vous ce vieillard , comme s'il étoit d'une autre race ? Il est vous , il est vous-mêmes ; mais il se trouve à la lin du voyage que les un^
( i<^9 ) tommencent , que les autres ont fait a moitié, et que tous voudroient prolonger. Il n est distinct de vous que par le changement de ses intérêts ; et s'il est courbé, s'il est vaincu , c'est par le tems , qui vous subjuguera, qui vous vaincra de même.
Il marche ce tems , il marche sur vous : mais vous n'avez pas encore assez grandi pour que sa faux vous moissonne. Et c'est là votre sujet de triomphe !
Cependant, ce vieillard que vous regardez en pitié , ce vieillard qui vous paroît sur le penchant de la vie , est peutêtre plus élevé que jamais par la nature de ses intérêts et le genre de ses pensées. Oui , si vous pouviez pénétrer dans la retraite où la fuite de ses illusions le ramène ; si vous pouviez assister à ses méditations solitaires, un spectacle imposant viendroit souvent frapper vos regards.
Vous verriez peut-être un homme qui, placé par son âge entre le ciel et la terre , érige un tribunal au fond de sa conscience; un tribunal devant lequel il fait passer les principales actions de sa vie ;
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et là , devenant lui-même son accusateur et son juge , il se demande raison de ses fautes ; il les recherche , il les examine , il les condamne avec sévérité. lien voit, dans la durée de sa carrière , que les autres n'ont pas aperçues ; et à mesure qu'il fait le compte de ses voies , il s'avoue à lui-même combien il a été trompé dans ses calculs et dans ses espérances ; il reconnoit que lambition lui a donné de fausses promesses , et qu il a été conduit de prestiges en prestiges par Tamour des plaisirs, de la gloire et de la fortune. Cest ainsi qu'un vieillard purifie son cœur en revenant sur lui-même, en se livrant à une méditation morale et religieuse ; et tandis qu'au-dehors et aux yeux des autres , il porte les signes de la dégradation et de la caducité , son ame est régénérée , son ame est toute nouvelle.
Nous voyons en lui dans ce moment-là une amélioration de notre être moral réunie à laffoiblissement de notre être physique ; et cette circonstance , cette époquti de notre nature semble noua
annoncer une seconde épreuve ; elle est peut-être un symbole, une première lueur du renouvellement d'existence auquel nous sommes destinés. Non , ce n'est pas à une fleur défaillante , ce n est pas uniquement au frêle et dernier soutien d'une éternelle poussière , que la Religion veut ramener notre respect , en nous ordonnant d'honorer le vieillard , en nous adressant les paroles de notre texte ; ses vues s'étendent plus loin cjuand elle nous dit : Lè^e-ùoi devant les che<^eux blancs^ et crains ton Dieu ; je suis V Eternel, Je suis l'Eternel ! Oui , vous l'êtes, ô notre Dieu ! notre souverain Maître ; et vous seul vous savez ce que vous voulez faire de l'homme ; vous seul vous savez ce qu'est le vieillard , ce qu'est le mourant, ce que nous sommes tous dans l'immensité de vos conceptions. Nous ignorons où et comment toutes les parties du vaste plan s'enchaînent , s'interrompent , se rejoignent encore ; nous ignorons ce que sont les âges au milieu d'un tems qui n'a point de commencement , qui n'aura point
de terme , et près de la Toute-puissance ^ près de celui qui a dit : Je suis V Eternel* Disparoissez devant ces images de Finfini , vaines prétentions , toutes si passagères ; disparoissez , et qu'un triomphe d'un moment ne donne pas aux jeunes gens un orgueil ridicule. Encore un peu de tems , et ils seront pressés par leurs successeurs ; encore un peu de tems , et ils arriveront aux bancs du théâtre où se placent les rois détrônés.
Et vous que la Religion nous ordonne d'honorer , ne contrariez pas des intentions si sages , en oubliant vos obligations, en vous négligeant au milieu des hommes. Il est un plan de conduite qui appartient à votre âge et dont vous ne devez pas vous écarter. Le respect auquel vous avez droit n'est pas sans conditions ; et nous savons tous que les relations sociales sont assujetties par leur nature à un échange d'égards et à des lois réciproques.
Vous laisserez aux jeunes gens un libre passage dans la carrière de l'ambition et
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sur les routes de la gloire. Toutes les disputes d'amour-propre , toutes les rivalités avec eux vous sont interdites ; et ce n est plus dans la carrière des vanités du monde que vous pouvez espérer de marcher les premiers.
Les jeunes gens , qui ne se refusent à aucun triomphe , aiment à voir un homme d'un âge avancé s'essayer encore à imiter la grâce et les manières faciles ; et ils encouragent ses illusions, ilàapplau-^ dissent à ses tentatives ; mais c'est pour avoir autour d'eux des émules qu'ils vaincront au mornent oti ils le voudront.
Il est une époque de la vie où il faut s'abstenir desiornemens qui annoncent l'espoir ou le dessein de séduire encore par des avantages extérieurs ; et les femmes , plus soupçonnées que les hommes de vouloir prolonger l'empire de la beauté^ ne doivent faire aucune méprise de tems ni de saison; ne doivent jamais risquer une prétention contestée, et s'exposera perdre ainsi le degré de respect dont elles sont sures à tous les âges. Et lors mémo //. 8
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qu'elles rëduîroient leur intérêt et leur ambition au désir de plaire, elles doivent encore être détournées de prendre dans leur automne les signes et les couleurs de leurs jours de triomphe. Cest rappeler aux autres les dons qu'on a perdus ; c'est presque se faire suivre d'un simulacre de perfection auquel on ne ressemble plus.
Quelle politique !
Il est pour nous , il est pour tous une ambition propre à chacune des périodes que nous avons à parcourir ; et à mesure que notre nature physique se dégrade , le moral de notre être devient notre unique fortune. Il faut s'y attendre , il faut s'y préparer ; et, sous ce rapport , l'éducation du vieillard commence dès ses jeunes années. Il est néanmoins des défauts particuliers à l'âge avancé, et qu'on n'apprend pas à vaincre de bonne heure. L'humeur change souvent vers le soir de la vie : les pertes successives qu'on a dû subir , le délaissement graduel auquel on est exposé , les infirmités , les douleurs ; enfin , l'impression que fait sur notre esprit
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rapproche de la mort , de cet événement lugubre et toujours si nouveau pour chaque individu; ce sont là des circonstances dont la réunion peut altérer notre caractère ; et quelquefois on a besoin de se surveiller pour échapper à une métamorphose complète. Vieillards infortunés, que pourrons-nous vous dire, si vous n'avez point de Religion ; si Tidée d'un Dieu ne sert pas à vous affermir ; si la piété ne sème pas T espérance sur la route qu'il vous reste encore à faire ? Mais, avec ces doux sentimens , vous réfléchirez dans la solitude, que vous avez parcouru la carrière de la vie ; que vous êtes à sa fin , comme d'autres le seront dans peu après vous , et comme Fa voulu la loi de la nature ; que vous êtes à la fin de cette vie , digne sans doute d'être aimée par un homme vertueux et sensible ; que vous êtes à sa fin ; mais que le Dieu de l'éternité est debout dans l'univers , et qu'il vous regarde encore.
Voilà comment le vieillard trouve au fond de son cœur des consolations ; voilà
comment il peut conserver de la sërénîtt? au milieu de ses peines. Ah ! s il est des hommes qui , vers le déclin de Tâge , tiennent encore au monde des mêmes liens que dans leur jeunesse ; s il en est d'occupés seulement à supputer les pertes d'une vie sensuelle , nous détournons d'eux notre pensée. Qu'ils ne s'attendent pas au respect , en dédaignant les convenances et les devoirs de leur âge ; et ils ne l'obtiendront pas non plus en se mêlant sans mesure aux plaisirs de la jeunesse. La bonté envers les autres, la bonté parfaite, doit former leur caractère ; mais ce n'est pas à eux qu'il sied de vivre d'indulgence., Il est même un ornement absolument nécessaire à la vieillesse , c'est la dignité dans les formes et dans les manières; non pas celle qui repousse les autres , ou qui les intimide , mais la dignité qui, simple et sans affectation , conserve à l'âge ses droits et sa prééminence. Aucune exagération n'est permise aux vieillards : on veut que tout soit en eux mesuré comme le tems dont ils ont encore à disposer ; et
("7) ils ne doivent s'unir qu avec tempérance aux intérêts d'un monde dont ils ne tarderont pas à se séparer.
Une vaste perspective leur est encore ouverte ; mais c'est loin des hommes et dans la retraite qu'ils peuvent en jouir : ils voient , au milieu de la société , les biens qui vont leur échapper ; ils apercevront dans la solitude , et à l'aide d'une méditation religieuse , les biens plus précieux dont l'avenir est dépositaire. O qu'elle est belle encore et digne de respect la dernière fortune du vieillard 1 II commence à s'élever au-dessus de la vîej il s'avance des ténèbres vers la lumière , et des foi blesses de l'homme vers la perfection céleste. Rendons hommage à son rang , rendons hommage au vieillard \ il est entre le monde et l'éternité.-
Ah ! qu'il soit bien avec lui - même ; que les espérances de la piété ne fuient point de son cœur ; et il verra sans effroi les signes précurseurs de son grand passage. Et s'il étoit isolé sur la terre , s'il y avoit perdu ce qu'il aimoît^ il se réjouiroit
peut-être en approchant de la seule chance qui fait la consolation et le courage des sentimens malheureux.
O Dieu ! qui n'oubliez aucune de vos créatures , et qui les avez classées dans votre vaste plan avec une science dont nous ne pouvons mesurer la profondeur , vous n'abandonnerez point Thomme aux jours de sa vieillesse ; et il retrouvera son Seigneur dans la nouvelle patrie où ^ selon Tordre de la nature, il sera bientôt appelé.
Heureux les fidèles qui, laissés encore quelques momens sur la terre , auront acquis le droit , par leurs vertus , de recommander à la bonté protectrice de TEternel , Tun un père chéri , l'autre un généreux guide; tous, un prince ou un magistrat qui auroit sacrifié ses années au service de l'Etat et au bonheur public.
Heureux aussi les vieillards qui seront accompagnés dans leur dernière routepar les bénédictions de la reconnoîssance ! et heureux, entre tous, l'ancien pasteur de cette église , si , vous souvenant de son zèle , vous priez le Seigneur de le recevoir
dans sa grâce ! Ah ! combien de fois il a prie pour vous ! il le fait encore de sa voix affoiblie ; et levant au ciel ses mains tremblantes , il demande à FEternel qu il répande sur vous la paix et la félicité ; il lui demande, et avec ardeur, avec toute Feffusion de son ame , de vous maintenir dans ses voies , et de vous rendre dignes par sa bonté , par son aide efficace , de lui présenter un jour avec confiance Taveu de vos pensées et le compte de vos actions !
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