DISCOURS V
Conseils à la jeunesse.
Souviens -toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse , avant que les jours mauvais arrivent, desquels tu dises : Je n'y prends point de plaisir. Ecclésiaste y chap, 12, 5^.3.
O ouriENs-Toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse , et avant que les jours maui^ais arrivent , desquels tu dises : Je ny prends point de plaisir. Jeunes gens , héritiers de la terre ; jeunes gens , r espérance et Tornement du monde , c'est à vous aujourd'hui que je m'adresse. Suspendez votre course , et arrêtez un moment votre char de triomphe pour écouter et pour méditer les préceptes d'un Sage et ses commandemens sacrés : Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse ; voilà le premier enseignement de Salomon, et le second est renfermé dans les dernières paroles de notre
texte : Avant que les jours mauvais vieu" nen/: , desquels tu dises : Je n y prends ■point de plaisir.
Nous approfondirons Tune etTautre de ces instructions ; et , en vous annonçant notre dessein , nous croyons déjà remarquer Timpatience ou la distraction des jeunes gens , et nous croyons leur entendre dire : Que veut-on de nous ? que nous demande-t-on ? Nous entrons à peine dans le monde ! laissez-nous connoitre les séductions qu'il présente; laissez -nous en jouir. Il sera tems de nous occuper de pensées plus sérieuses , lorsque la terre aura moins d'intérêt pour nous , et lorsque rage ou la maladie nous aura séparés des plaisirs semés sur notre passage ; des plaisirs dont Ta ttrait enchanteur est connu de nous seuls , et que seuls aussi nous savons recueillir.
Jeunes gens, voilà votre langage : mais ces plaisirs qui vous charment , ce bonheur qui vous enivre, toutes ces délices de votre âge dont vous êtes épris, comment sont - ils à vous y comment vous appar-
tîennent-îls ? Avez- vous crëë les bîens dont vous êtes environnés ? avez - vous formé les sens mystérieux qui vous permettent d'en jouir ? avez -vous été les compositeurs d'aucune de vos facultés ? avez -vous été les auteurs de vos jours , et les propagateurs de votre ardente vie ? étiez-vous ^nfin avant vous - mêmes ? Montrez les titres primitifs de votre autorité, de votre orgueil ou de votre superbe confiance; montrez-les, si vous en avez aucun : mais vous êtes , comme nous, entre la naissance et la mort, incontestables sceaux de votre dépendance. Ah l vous le savez , quoique vous n'y pensiez jamais. Vous ne pouvez rien de par votre puissance : vous tenez tout d'un Maître généreux ; vous tenez tout de sa munificence ! Vous le savez , et vous demandez du tems pour y songer ; vous demandez du tems pour vous en souvenir , et pour offrir à votre tienfaiteur un tribut de reconnoissance.
Réveillez - vous , jeunes gens : sortez de votre indifférence ; et, au sein des plaisirs €t des joies de votre âge , rendez un culte
à celui qui est Tunique source de toutes les félicites.
Ah ! n en doutez point, la jeunesse est le meilleur tems de la vie pour s'approcher de TEternel et pour le servir. C'est aux âmes sensibles , c'est à elles sur-tout que Tespérance appartient ; et c'est en aimant qu'on se forme une première idée de la nature divine et de sa sublime essence.
Quelle est de plus l'époque de la vie où l'on se livre avec franchise , avec enthousiasme , à l'admiration , au sentiment du beau ? n' est-ce pas la jeunesse ? On marche alors en avant , et l'on ne connoît pas l'attiédissement qui nait de l'habitude.
On n'est pas fait encore aux merveilles du monde , et l'on peut à leur aspect s'élever avec ardeur vers la cause première de tant de phénomènes et de magnificence. Ah !
qu'une indifférence philosophique, cette présomption de notre siècle, sied mal aux jeunes gens ! Ils auront du tems assez pour se laisser faner et dessécher par d'arides raisonnemens. Qu'ils sentent.
qu'ils s'émeuvent , à Fâge où Tame est dans son printems , où le bonheur la vivifie ; et que leur premier essor soit dirigé vers la reconnoissance.
Quoi ! parmi ces momens où tout se marque , où tout s'imprime en vous avec des traits de flamme , ny en auroit - il aucun, jeunesse fortunée, n'yenauroitil aucun pour F Auteur et le Dispensateur de tous les biens ? Méconnoîtriez-vous le .Maître de la nature, dans Fâge où les qualités brillantes qui forment votre apanage sont une sorte d'instinct et semblent relever immédiatement de la puissance divine. Et les plus remarquables entre ces qualités , la générosité , le courage , le dévouement à la gloire et à Famitié , n'ont-elles pas un caractère d'élévation qui semble en rapport avec une grandeur inconnue ? L'abandon de soi-même n'est pas un sentiment terrestre : son impulsion secrète est le signe d'une autre relation , d'une autre espérance ; le signe d'un vaste système où notre intérêt du
moment n'est qu'un point dans Tordre universel. Ainsi, qu'un égoïste , replié sur lui-même et par son caractère et par une longue habitude , ne soit jamais ramené vers une méditation religieuse , on peut le concevoir ; mais le jeune homme , qui est jeté sans cesse hors de lui-même, qui répand son ame sur tous les objets sensibles, qui vit d'émotions, oublieroitil de rendre un culte au Dieu de la nature, au souverain Ordonnateur du magnifique univers ? Nous lui adresserions les belles paroles de Salomon : Soutiens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeu-' nesse , avant que les jours mauvais arrivent , desquels tu dises : Je ri y prends point de plaisir.
Ah ! qu elle est touchante la piété au milieu de nos belles années ! Elle n'est pas , comme dans la vieillesse , le résultat d'un repentir , ou le rachat d'une vie entièrement dévouée aux erreurs et aux vanités du monde. La piété du jeune homme semble inspirée par l'amour pur de la Divinité ; mais , en la supposant
due à une méditation prëmaturée, les sacrifices dont elle seroit le modèle auroient plus de mérite que les nôtres.
En effet , lorsqu'un jeune homme est libéral , généreux , charitable , lorsqu'il donne avec abondance, c'est à de longues privations qu'il se soumet ; et s'il est fidèle à ses engagemens , s'il l'est envers une épouse , envers un frère , envers un ami , ce n'est pas qu'il ne puisse commencer encore de nouvelles relations ^ ce n'est pas qu'il ne puisse nouer avec d'autres un échange d'affections et de services ; enfin , s'il a du courage pour le bien , s'il immole ses goûts et son repos à l'accomplissement de ses devoirs, ce n'est pas, comme l'homme âgé, des jours éteints à demi qu'il dévoue au culte de la morale; c'est à des plaisirs sans fin, c'est à une plénitude d'espérances ou de séductions que son imagination croit renoncer.
Ah ! qu'il sied à la jeunesse, toute rayonnante encore de vie et de bonheur , de rendre des actions de grâces à l'Auteur
( 1^7 ) de la nature ! qu'il lui sied , avec son front superbe et ses regards animés, de paroître aux premiers rangs parmi les adorateurs de TEternel ! qu'il lui sied , au tems où elle est encore la reine de la terre , de s'agenouiller devant le maître du monde ! et qu'il seroit imprudent à elle de différer cet hommage jusqu'à l'âge où, disgraciée à son tour par la succession des années , et rebutée des nouveaux venus , elle se retirera , de force , vers les promesses de la Religion et les perspectives de la piété !
•Vous dites : les préceptes de la Religion sont pénibles , ils condamnent à des privations ; et vous voulez avoir votre part des plaisirs de la jeunesse.
Votre part! eh ! qui pourroit avec autorité vous en demander le sacrifice ? Notre Religion est un hommage à l'Eternel , au Dieu qui a multiplié les biens sur la terre et qui les a destinés pour nous , et pour nous chacun selon notre âge , selon nos facultés , nos soins et notre travail. Cette Religion vous inviteroit donc à en jouir ,
Si , par une fausse interprétation de son esprit, ou par une austérité fanatique, vous vouliez fuir les hommes, habiter un antre sauvage , et déserter le beau théâtre où la faveur du ciel vous a placés. Soyez heureux de mes bienfaits ; voilà ce que vous dit r Auteur de la nature : mais , pour atteindre à ce but , n abusez de rien , soyez sages, soyez tempérans , et sur-tout soyez justes , afin de prévenir les désordres qui sont T effet inévitable des rivalités hostiles* Vous demandez votre part des plaisirs de la jeunesse : la morale religieuse veut aussi que vous layez cette part ; mais elle en marque les limites ; elle vous enseigne vos droits et les droits de vos compagnons , afin que rien ne se perde, afin que chacun recueille en paix ce qui lui appartient, ce qui lui est dévolu par Tordre social ; elle avertit les jeunes gens qu'ils ont plusieurs âges à parcourir, et qu'ils doivent joindre la prévoyance à Taveugle ardeur de leur âge. Ah ! sans doute , elle n'est point leur ennemie , cette morale religieuse dont ils craignent
d'entendre
d''entendre les leçons ; elle n'enlève pas de la terre un seul fruit, un seul épi, un seul beau jour , un seul moyen de félicité : mais elle règle les partages , elle prévient les usurpations ; elle dirige , pour ainsi dire, la marche des vœux, des souhaits et des convoitises ; afin qu'au milieu du système social , près des bornes fixées par la nature elle-rnéme , chacun atteigne au degré de liberté compatible avec Tharmonie générale. Elle fait plus encore ; et , considérant Thomme d'une manière isolée, elle le défend de lui-même ; elle lui prête des forces contre ses aveugles emportemens , contre ses passions déréglées ; elle est son conseil , son ami, son excellent ami.
Oui , jeunes gens , vous n'aurez jamais un meilleur guide que la morale , et la morale animée et sanctifiée par la Religion; vous n'en aurez jamais un meilleur, quand vous borneriez vos recherches au bonheur de la terre.
Ne fuyez donc pas nos temples, et venez avec nous y bénir l'Eternel. C'est