DISCOURS VI
Sur les devoirs des Ministres de la Religion (*).
Il lui dit encore une seconde fois : Simon , fils de Jonas , m'aimes-tu ? il Ini répondit : Oui , Seigneur; tu sais que je t'aime. Eh bien, pais mes brebis. »S. Jean , chap, aa, 3^^.26.
Une douce affection , une bonté parfaite, sont le caractère distinctif des instructions de notre Seigneur Jésus -Christ ; et ce caractère est empreint d une manière marquante dans les paroles de notre texte : Simon , fils de Jonas y rn aimes- tu? Oui y Seigneur; tu sais que je taime. Eh bien , pais mes brebis. Voilà le vœu que forme notre divin Guide; voilà le témoignage de reconnoissance qu'il demande. Il veut
(*) On a supposé que ce Discours étoit prononcé dans une ville de Suisse , et à l'époque solennelle où l'on admet an ministère de la Religion les jeunes gens qui se vouent à cet état.
multiplier après lui les consolations; il veut qu'on aide les hommes à connoitre les voies du salut , et qu'on leur inspire Famour de la vertu , le zèle de la pieté , le courage de la foi.
C'est à vous que sont adressées les touchantes paroles de Jësus-Christ ; à vous les pasteurs de ses brebis; à vous qui devez annoncer au peuple les devoirs de la morale et les vérités religieuses ; à voua qui avez pour honorable fonction de préparer Tenfance à bien vivre, et la vieillesse à bien mourir ; à vous enfin qui êtes parmi nous les augustes dépositaires des plus douces espérances et des plus précieuses consolations. Simon , fils de Jonas y niaimeS'tu ? Oui, Seigneur; tu sais que je tainie. Eh bien, pais mes brebis.
Pasteurs révérés dans Israël, voilà votre mission, voilà votre titre. Et, compagnons de vos travaux, témoins journaliers que nous sommes de vos vertus religieuses , nous pouvons le dire et nous le dirons; votre exemple , mieux que nos discours ,
instruira ces jeunes gens prêts à s'enrôler aujourd'hui dans la milice du Seigneur.
Mais, selon nos usages, nous devons dans cette solennité leur rappeler les devoirs auxquels ils s'engagent , et Timportance du sacerdoce qui va leur être confié. O Dieu ! répandez sur eux votre bénédiction ; ils apprendront , comme nous Ta vous fait , la vérité de cette parole remarquable des livres saints : Paul plante , Apollos arrose ; mais Dieu seul donne VaccroiS" renient.
Disciples de la Religion , appelés par votre choix ou par une inspiration secrète au ministère de Tévangile, vous êtes à tems de renoncer à la haute vocation que vous voulez embrasser; et vous devez le faire , si les obligations qu elle impose offraient votre courage , ou vous paroissent au-dessus de vos forces. Nous allons essayer de les retracer : accordez - nous votre attention.
La partie éclatante des fonctions attri-
053) buëes aux ministres de Féglise, est la prédication. Ils ont le droit de parler aux fidèles rassembles dans nos temples; et , seuls parmi les citoyens > ils jouissent de cette prérogative. On ne peut ni les interroger, ni les interrompre ; et le respect silencieux qui les environne leur rappelle lautorité ^acrëe dont ils sont revêtus.
Ce n'est pas à de foibles humains qu'il appartient de réunir les moyens et les talens nécessaires pour répondre au gré de leurs vœux, à une si grande circonstance , mais ils doivent s'y préparer par rétude et par la méditation ; et ils ne perdront jamais de vue qu'une parole instructive, un raisonnement solide, un langage sensible, peuvent animer le zèle de la piété , donner à la morale de nouveaux amis, et calmer les regrets d'une ame affligée. Quel motif d'émulation ! Quelle carrière ouverte devant vous !
Laissez les gens du siècle parcourir toutes les vanités , sans apprendre jamais d'elles où est le bonheur : votre but est fixe , votre place marquée. Toutes vos
( i54 ) •pensées doivent être dëvoue'es aux progrès de la morale et au triomphe de la Religion : certes la tâche est belle, Fambition glorieuse. Oui, que les ministres du Seigneur laissent à d'autres le désir d' accroître leurs richesses , et d'être distingués par r éclat de leur luxe et par sa vaine pompe. Qu'ils laissent à d autres le désir d'être aperçus des premiers dans les rangs conventionnels de la société.
Qu'ils laissent à d'autres le désir et le vœu passionné de Tautorité ; de cette autorité qui ne peut commander aux plaisirs et au bonheur , d'arriver , et moins encore d'être stationnaires auprès d'elle. Qu'ils laissent même h d'autres, et sans envie, la jouissance de ces chants de victoire entonnés au milieu de tant de victimes. Ce n'est point là notre part; la renommée n'a rien à faire à nous ; la fortune non plus y ni les honneurs mondains , ni les vanités futiles. Ce n'est point là notre part ; mais nous en avons une d'un plus grand prix , car elle est toute en devoirs , et ne nous sera point ôtée.
Explîquons-nous davantage.
Il faut , au milieu des sociétés politiques , un principe d'ordre ; et au soin de rhomme un motif de consolation , un sujet d'espérance. Ainsi , le culte de la morale, le culte de TEtre suprême , sont pour les créatures intelligentes le premier des intérêts ; et toutes les idées de bonheur public et de bonheur particulier s'y rapportent.
Voyez maintenant si vous n'avez pas une noble part , même aux choses du monde , vous qui devez enseigner au peuple la morale et la Religion , la morale qui , dans sa parfaite autorité , rendroit les lois inutiles ; et la Religion , le supplément nécessaire au sort de l'homme, et qui, joignant Favenir au présent, adoucit ainsi les peines de la vie , et manifeste à nos regards l'inépuisable bonté de notre divin protecteur.
Oui, ou il n'y a rien de réel dans les spéculations de l'esprit , ou votre mission est grande , et digne de votre propre respect ; et gardez- vous de la croire rabaissée
par les opinions licencieuses quî se sont répandues dans le monde. C'est alors , au contraire, que les ministres delà Religion doivent concevoir une plus haute idée de leur vocation , car ils sont appelés au bon combat ; ils sont appelés à résister avec courage à l'invasion des nouveaux principes : et nous ne soupçonnerons pas que vous puissiez jamais être troublés ni par les discours présomptueux des esprits forts , ni par les ridicules moqueries de leurs ridicules disciples. Ah ! si vous vouliez défendre avec timidité la Religion et Jésus-Christ , si vous vouliez aussi vous en aller ^ ne vous placez pas dans hos rangs , ne venez pas dire ici : Oui , Seigneur j tu sais que je t^aime.
Le courage pourtant que nous vous demandons , est un courage paisible et sur de lui-même.
L'irritation, les paroles dures ou amères , ne peuvent convenir aux ministres du Dieu de bonté. Vos opinions seront fixes, vos principes immuables, et vous
( i57 ) les annoncerez avec autorité ; maïs vous ne mettrez point le despotisme de l'enseignement à la place de la douceur et de la patience : et , toujours indulgens pour la foiblesse humaine , vous n'oublierez point qu'un langage sensible est le meilleur second de la raison.
Ce langage sensible ne sera point en opposition avec la dignité qu'il vous appartient de revêtir ; car nous ne connoissons rien de plus haute origine que les émotions du cœur ; et vos fonctions vous paroitront chaque jour plus imposantes , si , pénétrés d'une tendre affection pour les hommes, d'un amour respectueux pour TEtre suprême , ces deux sentiment vous guident et vous inspirent.
Parlez donc avec confiance ; et que la louange de l'Eternel ne languisse point; dans votre bouche. Parlez avec confiance; car , en préchant la morale religieuse , vous entretiendrez les hommes, non-seulement de leur premier intérêt , mais encore de la plus grande chose en ellemême; et ce qu'il y a de mystérieux dans
cette vérité , donne à ses défenseurs une apparence encore plus auguste.
Vous cultiverez avec soin Fart d'instruire et de persuader; mais nulle prétention vaine n'altérera la pureté de la seule ambition qui vous soit permise; et modeste , même sur vos talens , vous aurez d'habitude une parfaite simplicité , mais telle cependant qu'on ne puisse la prendre pour un aveu, pour une défiance de rinfériorité de votre état dans l'ordre social ; car il est beau cet état ; il Test entre tous ; et vous devez en soutenir rhonneur par votre opinion.
Pénétrez- vous sur -tout des sentimens les plus nobles et les plus élevés, lorsque vous montez à cette chaire pour y entretenir les fidèles et de l'Eternel et de sa grandeur ; et que , dès vos premiers accens , dès vos premières paroles , à la vue presque de votre maintien , on soit déjà rappelé aux idées de respect : veillez sur vous-mêmes, afin que l'habitude et la répétition régulières de nos assemblées ne vous entraîne pas à considérer l'exercice
(^59) de votre ministère comme une action commune. Recueillez-vous par une méditation solitaire , avant de venir dans le temple du Seigneur , avant de commencer a parler au nom du Maître du monde.
Joignez enfin , s'il est nécessaire , le courage à la dignité. Il est des époques dans la vie des nations où. les exhortations ordinaires ne sont pas suffisantes. Des opinions funestes se sont répandues ; on fait parade des principes les plus dangereux ; et la corruption des mœurs a fait en peu de tems des progrès effrayans.
Redoublez d'efforts pour résister à l'impétuosité d'un torrent qui va tout renverser; et , s il falloit vous prononcer hautement, s'il falloit dire à Israël ^es forfaits et à, Jacob ses iniquités , si vous y étiez forcés au nom du bien public , au nom de la Religion , qu'une politique personnelle ne vous arrête pas ; car il vaut mieux plaire à Dieu quaux hommes ; et ce précepte sacré est , pour vous sur-tout , la première loi.
Mais , grâces au ciel , de telles circons-
tances sont rares ; et sur-tout dans Theureux pays que nous habitons, où la morale est encore en honneur parmi les hommes, où les passions ardentes de l'ambition et de la vanité n'ont pas un théâtre assez vaste , pour prendre ce mouvement accéléré qui bouleverse tout devant lui ; et où, de plus, il ny a pas assez de richesses pour compenser les grandes fautes, ou pour aider à les supporter.
Resserrons donc nos réflexions dans les limites qui appartiennent à notre situation politique.
C E n est pas à nous , foîbles de talens que nous sommes , à vous donner les leçons sur Fart oratoire; mais nous vous inviterons à le considérer comme difficile, afin que vous en fassiez une étude attentive , et que vous ajoutiez chaque jour de nouvelles observations à vos premiers aperçus.
' Et comment ne seroit - il pas difficile cet art qui doit servir à émouvoir et à persuader ; qui doit transformer la pensée
dans
dans une puissance active , et trouver le point de contact entre des spiritualités ; qui doit indiquer la route ëthërée de la parole à F entendement , de la parole aux impressions sensibles ; qui doit exercer sur les âmes une autorité mystérieuse, une domination inexplicable ? Enfin comment ne seroit-il pas difficile cet art qui doit imiter , et, s'il se peut, égaler Tinstinct du génie ?
Il n'est rien de si fin dans nos sciences que la métaphysique de Fart oratoire ; mais c'est uniquement Tesprit et Tapplication de cet art qu'il vous importe d'étudier ; et les enseignemens , les exemples des grands maîtres seront vos premiers guides.
Vous apprendrez d'eux que la clarté , la méthode ^ et l'observation des nuances dans le développement des idées et des sentimens , sont les premières conditions de l'art que vous allez exercer.
Un prédicateur doit attirer et fixer Tattention ; et il ne parviendra qu'imparfaitement à ce but , s'il laisse subsister de$ //. IX
( i62 ) obscurités dans sa composition. Comment seroit-on en entier à ce qu'il va dire , si Ton travailloit encore à s'expliquer ce qu'il a dit ?
Il faut que ses auditeurs le suivent sans fatigue , autrement ils prendront Thabitude de la distraction ; et si leur esprit est une fois ailleurs , Torateur alors ne s'adresse plus qu à des absensj et les beautés même répandues dans un discours sont comme perdues.
Elles le seroient également si, faute d'être amenées par des gradations et des nuances , elles paroissoient trop subitement et avant que Tattention y fût préparée. Ces gradations, ces nuances, sont donc nécessaires et à la clarté et a l'effet des pensées les plus brillantes.
Gardez-vous de ces exclamations, de ces mouvemens d'enthousiasme auxquels un auditeur ne peut ni s'associer , ni se rendre. Il falloit l'y disposer , et vous ne l'avez pas fait ; il falloit exercer une autorité sur lui par un sentiment réel , et vous avez employé des tournures animées
lorsque vous n étiez pas encore vousmêmes entraînés par votre sujet. Et Ton. pourroit encore vous reprocher d'user et d'émousser inutilement les expressions pénétrantes , les expressions destinées à de grands effets.
La méthode s'applique à la marche même du discours : elle sert à ranger dans un ordre graduel et distinct les diverses parties d'un sujet , et les réflexions qui s'y rapportent : elle trace une route aux pensées du compositeur, et l'empé^ che 4e s'égarer , en lui montrant plus visiblement son point de départ et le but auquel il doit tendre. Enfin , la méthode facilite aux autres la conception du plan général soumis a leur attention ; et , dans ce sens , elle est une des conditions essentielles de la clarté et du genre de mérite auquel on attache la première importance.
Ne la confondez point cependant , cette clarté, avec la vulgarité des pensées, des tournures et des expressions. Sans doute ,
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on se fait entendre lorsqu'on dît en termes communs des choses communes ; mais c'est un foible avantage quand on n ëveille pas l'attention, quand on n'est pas écouté.
Que vous ayez à parler aux hommes de leur argent , de leurs affaires domestiques , de leur ambition , de leurs intrigues, rien ne les détournera de vous prêter une oreille complaisante ; et aucune trivialité peut-être ne les rebuteroit , si elle étoit employée à flatter leur amourpropre, à célébrer leurs louanges. C'est avec d'autres dispositions qu'on écoute les prédicateurs ; car ils sont appelés , par leur ministère , à censurer les vanités mondaines. Leurs discours ont bien pour sujet les intérêts les plus précieux aux hommes; mais ils doivent inspirer la conviction de cette vérité , ils doivent en faire ïiaitre le sentiment. Ainsi , nulle négligence dans l'emploi des moyens ne leur est permise ; et nulle autre aide ne leur est doniiée que la Religion même dont ils eont les ministres et les interprètes.
C'est à eux donc sur-tout qu il importé d'éveiller Tattention , de commander à Fesprit, de saisir et d' émouvoir le cœur. Heureux les orateurs que la nature a bien doués, car elle est le meilleur maître : niais il est aussi des lots que Fétude et! le travail obtiennent ; et la chance en est ouverte à F émulation et à la volonté soutenue.
L'art d'écrire s'acquiert comme tous les autres arts ; la science des effets , comme toutes les autres scieficés ; et quelquefois une ame ardente, une ame élevée, trouve sans effort les expressions nobles et sensibles. On croiroit alors que les molles ondulations de la parole viennent d'ellesmêmes embrasser notre pensée.
Pénétrez - vous donc des touchantes beautés de la Religion. Aimeî; Dieu dans ses œuvres magnifiques ; aimez-le dans le merveilleux spectacle qu'il offre à vos regards ; aimez-le sur-tout, aimez-le dans ses bienfaits et dans ses soins paternels ; et, le cœur épris de reconnoissance, parlez alors, de vous-mêmes et selon vous-
( i66 ) mêmes , parlez avec confiance ; et votre langage s animera , et une sainte inspiration vous donnera l'autorité nécessaire pour être entendus avec respect , et pour apparoitre au milieu des fidèles ce que vous êtes en effet , les ministres du Seigneur, les premiers adorateurs de l'Eternel , les interprètes de ses volontés ; et ce que vous êtes encore , des amis pour riipmme juste, des consolateurs pour l'affligé ; et pour le pécheur lui-même , pour le pécheur repentant, des messagers de bonnes nouvelles.
O qu'ils sont continuels et sublimes les rapports de l'orateur moraliste et religieux avec les intérêts des hommes ! Où sont-ils les mortels appelés comme eux , appelés par leur devoir même, à s'avancer contre les vices du siècle , à leur faire la guerre, et à préparer le triomphe et les récompenses de la vertu ? où sont-ils ? Les prendrons-nous parmi les favoris de la fortune et de l'ambition ? c'est à eux que vous aurez à parler. Les prendrons-nous parmi le.§ puissans de, la terre ? c'est à eux, à
( i67 ) eux-mêmes que vous aurez à parler , que vous aurez à le faire au nom de la Religion. Connoissez donc la grandeur de vos fonctions ; connoissez votre destinée , et que tout en vous s'émeuve et s'anime pour y bien répondre.
Vous ne dédaignerez point dans vos études et dans vos réflexions le mérite de la récitation ; mérite secondaire , et néanmoins d'une importance réelle. La nature, en permettant aux hommes de se transmettre leurs sentimens , n'a pas réduit à un seul moyen T exercice de cette faculté magnifique : elle a voulu que les tons et les accens de la voix, les regards et les expressions diverses de la physionomie , vinssent aider la parole et la rendre plus pénétrante. Il semble même que les dons du ciel, les premiers en rang , aient tous un accompagnement et un cortège destinés à nous en rappeler la dignité. La pensée a le sien dans l'imagination et ses riches pompes; et le discours récité, dans les embelHssemens que nos organes lui prêtent.
( ^68 ) Ne vous glorifie^z donc point d'une honorable simplicité , vous qui , appelés à inspirer aux hommes une ardente piété, «ne foi consolante , négligeriez volontairement Tune ou Tautre partie de Tart oratoire. Tout ce qu'il y a de plus sublime dans notre nature devient la simplicité, au moment où Ton se propose un grand but, au moment où Ton doit parler de TEternel, et le célébrer dans son temple.
Il existe une correspondance remarquable entre les règles de la composition et les règles de la déclamation. Il faut de la clarté , de Tordre et des nuances dans la composition d'un discours : il faut , en le récitant , les mêmes qualités ; une prononciation nette et distincte , un ménagement méthodique de ses forces, un usage progressif de ses moyens ; et toujours des gradations faciles dans les tons , afin d'être en rapport sans aucune contrainte avec les variétés du sujet, avec les nuances des sentimens et des idées, afin d'éviter sur-tout ces impru-
( i69 ) 9ens contrastes entre le noble calme des réflexions instructives et les exclamations, les jets affectes de la voix ; ou entre les niouvemens sensibles de Fëcrivain , et la monotonie languissante du prédicateur. Cependant , et plus que tout, le point de rapprochement entre les principes de la composition et les règles de la déclamation , c'est la vérité parfaite des sentimefis auxquels l'orateur s'abandonne.
Oui , que votre ame , s'élevant à l'Etre suprême, se pénètre d'un saint respect ; que votre cœur aimant se remplisse d'une ardente charité envers les hommes ; enfin, que votre piété soit constante, habituelle', qu elle soit à- la -fois et douce et courageuse : et alors, entraînés par un même sentiment , vous obtiendrez les effets qui dépendent d'une parfaite concordance dans les diverses parties de Fart oratoire.
Il y aura pour vous d'autres moyens d'acquérir de Tascendant sur l'esprit et le cœur des hommes ; et ces moyens vous conduiront à des jouissances plus pré'»
cîeuses encore que les succès de la prédication.
Il faut que vous soyez aimés , que vous soyez estimés , que vous soyez considérés , au milieu des fidèles dont vous deviendrez les guides , au sein du troupeau dont vous serez les tendres et vigilans pasteurs. Les pauvres et les affligés vous attendent , et leurs regards se dirigent vers vous : vous consolerez les uns ; vous aiderez les autres à se faire entendre des heureux en fortune , et vous leur servirez de médiateurs. Vous vous enquerrez , non pas légèrement , mais avec une attention détaillée , de la situation d'une famille indigente , de ses moyens , de ses ressources ; et vous irez , en personne , fléchir en sa faveur le cœur du riche. Vous irez de même à Thomme public , et vous lui parlerez ; vous le ferez, s il est appelé par sa place à secourir des deniers de TEtat la misère particulière. Vous ne craindrez point de quêter au nom de la Religion et de la charité; vous remplirez ce devoir avec onction , avec
( 170 sagesse; maïs vous aurez la noble confiance qui convient au missionnaire du Seigneur et au médiateur d'une bonne œuvre. Vous assurerez le succès de vos généreuses sollicitations , si Ton voit , si Ton se persuade que vous ne cédez pas à un sentiment de complaisance ou de foiblesse , mais que vous avez pris une connoissance éclairée des besoins dont votre zèle charitable s'occupe et s inquiète.
Le pauvre, cependant, ne sera pas le seul parmi les infortunés à qui vous aurez des services à rendre. Le malade vous appellera ; le mourant vous souhaitera ; et, au milieu même des beaux jours de la vie , une famille accablée par des revers inattendus sollicitera peut-être vos consolations. Allez , allez à tous , et faites-leur connoître les promesses de la Religion , les dédommagemens de la piété. Entrez dans cette obscure chaumière , où un vieillard attend de vous les dernières paroles de paix qui frapperont son oreille : hélas ! les dernières qu'il entendra sur la
( 17^ ) terre ! Que vos sens ne se rebutent point à Faspect de sa triste demeure ; car les regards de FEternel y pénètrent , et les rayons de sa gloire n'en sont point repousses. Oui y vous pouvez y entrer ; car le lieu sera sanctifié par les larmes du juste et par votre charité : et si vous deviez trouver , non pas un juste achevant sa carrière et déjà prêt à louer avec vous la miséricorde divine, mais un pécheur en proie à ses regrets , un pécheur effrayé de la mort et de ses approches, entrez -y de même et avec plus de zèle encore ; car vous pourrez calmer les angoisses d'un infortuné , vous pourrez jeter quelques gouttes de rosée sur ses plaies ardentes ; vous pourrez lui parler du Dieu puissant et bon y dont ses égaremens Font éloigné ; vous le rappellerez à F espérance ; vous réconcilierez dans son cœ tir le passé avec Favenir ; et vous lui apprendrez ^m^// y ^ de la joie devant les anges du ciel pour un seul pécheur qui s'amende.
Elles sont si graves les fonctions dont vous êtes chargés auprès d'un mourant ,
( 173 ) auprès de son lit de douleur ; elles ont un caractère de sainteté si particulier, que nous croyons devoir nous attacher encore un moment à cette sérieuse pensée.
C'est un homme dans une situation jusqu'alors inconnue pour lui , que vous irez visiter ; étudiez sa peine, et répondez à ses besoins et à son attente. Les images du monde lui sont encore présentes ; et ce monde dans peu n'existera plus pour lui. Les objets de son affection l'environnent , et la mort est là qui lui commande de leur dire un dernier adieu. Hélas!
l'avenir même le trouble , et ses regards vous demandent de calmer ses inquiétudes, d'animer sa foi et ses espérances. Prenez dans vos mains son ame tremblante , et que vos tendres ménagemens lui donnent de la paix. Ne lui reprochez point ses regrets , ne lui en faites pas un crime ; il est père , il est époux ; et les ^entimens d'affection que Dieu nous a donnés, sont une de nos routes pour aller à lui. Suivez ces émotions , et qu'elles vous servent à rendre plus pénétrantes vos
( 174 ) consolations religieuses. Ah ! l'idée d'un Etre suprême ne fut jamais éloignée d'un cœur qui sut aimer. Recueillez les dernières dispositions, les dernières pensées dont vous aurez la confidence, et dirigezles vers la seule perspective qui reste à riiomme mourant, vers cette céleste patrie qui demeure inaltérable au milieu des débris du monde terrestre.
Vous aurez une plus grande tâche , une tâche pénible , lorsque vous serez appelés auprès d'un être incertain dans sa foi , ou dont fesprit ne put jamais s'éloigner des vanités auxquelles il adresse encore en mourant d'indignes regrets. Ces vanités ont composé durant sa vie son unique intérêt , et il n'a jamais su ce qu'il étoit pour féternité , ce qu'il étoit aux regards de la justice divine. Vous n'avez que peu de momens pour l'élever aux consolations de la piété : ne vous découragez point , et que les difficultés animent votre zèle. Vous ne pouvez lui adresser le même langage qu'à un homme ému par des sentimens doux et aimans ; c'est un mon-
( >75 ) daîn que la mort arrête au mîlîeu de ses convoitises. Dësabusez-le de ces biens qui Font trop attire; dites-lui qu'ils sont périssables pour d'autres de même que pour lui ; et quand vous Taurez aidé à se détacher de ses honteux liens , quand vous y serez parvenus , dites-lui, dites-lui que le Dieu de la terre et des cieux est encore son Dieu, et qu'il reçoit, aux portes même du trépas , les élans d'un cœur inquiet , d'un cœur affligé de ses longues erreurs, et dont la contrition est vraie , la repentance sincère. Vous devez être sévères quand les hommes marchent dans la vie ; mais au terme de leur carrière, et lorsque leurs sentimens deviennent leur dernière action , Dieu vous pardonnera l'excès même d'une indulgente charité.
Hélas ! je le pense du moins. Mais n'est-ce pas moi qui ai besoin de trouver grâce devant l'Eternel , pour avoir si rarement annoncé T éclat de sa colère et la grandeur de ses vengeances ; pour avoir semé l'espérance encore plus que l'effroi au milieu du troupeau dont je suis le
pasteur ? Mais comment pouvoîs-Je, 6 mon Dieu ! entretenir votre peuple , et Tentretenir sans cesse , des rigueurs de votre justice , lorsque je ne pou vois jamais assez parler d^ vos compassions et de votre bonté ? Que d'autres dépeignent avec les couleurs de la vérité cette union terrible de la douleur à Téternelle durée : j'ai choisi pour ma part, d'inspirer la crainte de déplaire à F Auteur de nos jours, à notre souverain bienfaiteur ; j'ai choisi pour ma part, de montrer que tous les triomphes , toutes les richesses , toutes les joie« du monde doivent s'évanouir à nos yeux , près du danger d'être ingrats envers notre Père céleste , près du plus léger risque d'ctre mis à l'écart dans ses gratuités.
Disciples de la foi , et bientôt , comme nous, ministres du Seigneur, nous sommes bien éloignés de nous offrir en rien pour modèles : mais dans ce jour de solennité, dans ce jour où nous vous initions à lia prédication de l'évangile , à l'instruction de la loi charitable de Christ,
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nous répandons devant vous nos sentît mens et nos pensées , afin que vous y preniez ce qui vous paroitra bon.
Ne nous lassons point d'étudier les obligations sacrées des ministres de la Religion. Remarquons en ce moment comment elles touchent , elles s'attachent aux deux extrémités de la vie des hommes. Nous venons de le dire ; le vieillard , le mourant , attendront de vous des consolations ; et , en même tems , vous enseignereai à la jeunesse les vérités destinées à diriger sa conduite et à fixer son bonheur. Oui , vous serez les premiers qui lui parlerez de Timportance de la vertu , et de Tantique alliance établie entre la morale et la Religion. Vous Tassocierez, cette jeunesse , aux sublimes espérances de la piété ; vous lui apprendrez à aimer le Dieu de la terre et des cieux , à Tadorer , à le servir; et c'est vous qui l'introduirez dans la communion des fidèles et dans les parvis du Seigneur.
Est-il asse;5 beau le devoir que vous
(■'78) avez à remplir dans rordré social ? II vaut mîeùx que des droits ; et Ion en jugeroit ainsi 9 si nous le sentions nous-mêmes , et si nous remplissions nos fonctions d'une manière conforme à leur importance et à leur gravité. Ah ! sans doute, il y a des reproches à nous faire ; puisque avec tant de moyens propres à nous gagner le respect des hommes , nous n'y réussissons pas tous, nous n'y parvenons qu'imparfaitement.
Ne perdez jamais de vue que rien n'est indifférent dans votre conduite ; car elle doit être en accord absolu avec vos enseignemens ; et vos enseignemens , vous le savez , doivent respirer la plus pure morale. Devenez tous , par vos réflexions et par votre esprit religieux , autant de modèles des vertus sociales et des vertus domestiques. Jouissez des plaisirs qui appartiennent à ces vertus ; soyez bons maris , bons pères, et zélés amis. Jouissez encore des plaisirs qui appartiennent à la piété ; l'admiration des œuvres de l'Eternel , les douceurs inappréciables d'une conscience
(179) paisible , les émotions d'un cœur pënëtrë d'espérances. Jouissez de ces plaisirs; mais écartez-vous des jeux de l'intrigue , des jeux de l'ambition et de la vanité. On pourroit s'y livrer avec moralité, que vous seriez dans la nécessité d y renoncer, puisqu'ils exigent un homme tout entier ; et votre vie sera pleine de devoirs , que vous seuls êtes appelés à acquitter. Il faut que vous soyez distincts des hommes du monde, si vous voulez conserver sur eux l'autorité spirituelle qui vous est attribuée ; il faut que , rapprochés de la société par tous les usages indifférens , vous soyez à part, vous soyez remarquables par la décence et la gravité de votre ton et de vos manières ; il faut que, jeunes encore , vous paroissiez déjà les hommes de l'avenir , les enseignes de l'espérance, et les guides fidèles dans leurs sentimens religieux. Oui , jeunes encore , voilà ce que vous pouvez être , si votre esprit se représente la majesté des devoirs d'un ministre de la Religion.
Mais c'est aux hommes avancés dans
( ï8o ) leur carrière qu'il appartient essentiellement de faire ressortir Tautorité pasto-» raie : et , pour vous rendre cette vërité plus sensible , qu'une supposition nous soit permise. Nous appelons , et nous montrons à vos regards , au milieu de ce temple et à cette chaire que nous occupons un moment, nous y appelons, nous y faisons paroitre un vieillard vénérable et tel que Téglise en a plusieurs dans son sein : vous connoissez Temploi de son tems ; ses heures sont destinées à visiter les malades , à consoler les affligés , a intercéder pour Tindigence auprès de la richesse , à pacifier encore les inimitiés domestiques , à préparer le cœur des jeunes gens à Tamour de Tordre et de la Religion. Voilà ce qu il a fait , ce vieillard vénérable , pendant la semaine qui vient de s'écouler; et, le jour du Seigneur, il a rassemblé ses forces afin d'exhorter les fidèles de tout âge et de tout état à aimer , à bénir TEternel ; afin de prier avec eux , afin de présider à leur culte , et d'animer leur reconnoissauce. Sa piété es t empreinte
( i8i ) dans tous ses traits : on reconnoh à son premier aspect la sérénité de son ame et sa confiance dans la bonté de TEtre suprême. Ses regards s'élèvent vers le ciel , et retombent sur vous avec affection. Il ne vous trompa dans aucun âge ; et ses cheveux blancs , qui l'avertissent de la fin prochaine de sa vie , semblent une nouvelle garantie de sa vie, semblent une nouvelle garantie de la sincérité de sa foi , de la vérité de ses sentimens. Ah ! nul art ne lui sera nécessaire pour toucher des cœurs sur lesquels il agit déjà par sa seule présence. Toutes les émotions vont , pour ainsi dire, au-devant de ses paroles ; et Ton voit alors que la plus brillante éloquence n'égale pas en pouvoir ^ l'ascendant de la vertu.
Telle est la puissance dont vous serez mis en possession par le tems; voilà les honneurs que recueilleront vos dernières années; et voilà l'ambition qui doit vous occuper. Ah , quelle récompense vous attend ! Elle sera toute en amour , en
( i82 ) estime, en respect, en reconnoissance ; et riiomme n a rien de plus grand en lui, rien de plus précieux à donner.
Cependant , et nous en gémissons, on voit diminuer chaque jour le nombre des aspirans aux plus honorables des fonctions. Et lorsque nous recherchons lô motif de cette indifférence , lorsque nous en demandons la cause, on nous répond que fambition a- pris un autre cours; que Ton ne voit plus du même œil dans le monde le ministère de la Religion; enfin, que Topinion du moment n'y encourage point. L'opinion du moment ! et dites donc aussi, dites, si vous Tosez, dites la mode du jour, O sublime raison ! raison de tous les tems ! quelles autorités Ton oppose à vos lois ! Ainsi la mode , Topinion , ne veulent plus qu'on se destine au culte de TEternel : voilà ce qu'on nous déclare. Quel langage! Et pourroit-on se défendre d'un sentiment d'indignation envers des hommes qui, si petits, en imposent encore par leurs formes dédaigneuses ;
( i83 ) t&nvers des hommes qui veulent renouveler tous nos objets d'estime , et qui , de leurs foibles mains , s efforcent de déraciner les plus grandes idées Sociales ? Us ne veulent pas , nous dit - on , qu'on se destine au culte de TEternel ; ils ne veulent pas qu'on enseigne la morale religieuse. Quelle hardiesse et quelle démence ! Que savent-ils donc de particulier sur notre nature et notre destinée ? est-il venu des nouvelles des hauteurs des cieux que Ton n ait pas eues depuis des milliers de siècles, et depuis le tems où Thomme mortel adore une Puissance infinie ? ou bien , ces hauteurs se sont elles abaissées ; et la créature , pour la première fois, s'est - elle mise au rang du Créateur ? enfin, Thomme est -il devenu Tégal de TEtre suprême ? la crainte du Dieu fort n est-elle plus de saison? O folles pensées! Laissons-les, laissons-les ; car le mépris ne les éloigne pas encore assez de nous; le mépris ne garantit pas entièrement du J)énible sentiment qu'elles inspirent. ^ Jeunes gens qui vous sentez du cou-
rage dans Tesprit, nous vous appelons au secours de la Religion. Venez vous offrir pour combattre les erreurs et les vices du siècle ; venez vous offrir pour résister au torrent de l'impiété ; venez vous offrir pour faire du bien chaque jour 9 et pour entrer de plus près en communication avec TEtre des êtres.
Nous vous le promettons ; votre vie sera douce, vos espérances magnifiques, vos consolations certaines; venez, la moisson est grande , et il y a peu d'ouvriers ; venex, et nous répéterons devant vous les paroles de notre texte : // lui dit encore une seconde fois : Simon ^fds de Jonas , 711 aimes- tu? Ouij Seigneur; tu sais que je t'aime. Eh bien , pais mes brebis.
Touchantes paroles qui ont servi à notre engagement , et qui serviront au vôtre. Il n y a point là de haine , point de guerre, point d'embrasement, comme dans les affaires du monde; tout est en affection et en charité : M'aimes - tu ? Oui y Seigneur; tu sais que je t'aime^ Eh bien , pais mes brebis.
Fidèles qui nous écoutez , vous êtes aussi les brebis dont le Seigneur s'inquiète. Réunissez- vous à nos vœux, afin que vous ayez toujours pour guides des hommes agréables à TEternel ; des hommes véritablement pasteurs du troupeau qui leur est confié ; des hommes qui répandent sur vous les consolations dont laReh'gion est l'abondante source; des hommes qui préparent vos enfans^ qui disposent leur tendre nature au respect de la morale et au culte du Maître du monde ; des hommes qui soient au milieu de vous des anges de paix , et qui vous attachent à la vertu par Fonction de leurs paroles , et par l'exemple imposant d'une vie sans tache.
C'est de TEtre des étre6 , du Dieu parfait en justice, parfait en bonté, que les ministres du Seigneur attendent leur récompense ; mais vous ne leur refuserez pas les consolations qu'ils peuvent recueillir dans ce monde : vous les aimerez , vous les respecterez, et vous aurez pour eux, vous le devez du moins , vous aurç?i
( i86 ) pour eux de la reconnoissance, et un sou-» venir peut - être , un tendre souvenir , quand ils ne seront plus.
O Dieu, vous voyez devant vous de nouveaux serviteurs, de nouveaux apôtres de vos lois , et dont vous nous avez permis de guider et d'ëclairer les vœux. Daignez animer leur zèle ; daignez soutenir leur courage. Us entrent dans la carrière en des jours de tribulation : leur pays, leur patrie, appellent des consolateurs. Hëlas ! estelle encore en grâce auprès du Dieu de paix , cette Helvétie qui jouissoit depuis tant de siècles des douceurs du repos ? O tems si près de nous , où nos monts ne retentissoient que des chants heureux de nos pâtres tranquilles ! ô tems si près de nous , où les louanges adressées au Dieu des cieux , à des époques solennelles , for* moient le seul bruit éclatant qui rësonnoit par-tout dans nos contrées ! C'est la guerre et ses clameurs , la guerre et ses foudres terribles qui se font entendre aujourd'hui ; et nos ëchos sont étonnes d'avoir à répéter des paroles de mort et de destruction.
( i87 ) O tems si près de nous, qu'êtes -vous devenus ?
Ils étoîent le modèle de nos antiques mœurs , ces hommes distingues parmi les nôtres , et dont nous déplorons les malheurs. Ils n'avoient encore haï personne , lorsque des ennemis ont paru dans leurs retraites ; et ils étoient prêts à faire un accueil hospitalier aux premiers qu'ils aperçurent. C'ëtoit un affranchissement systématique qu on venoit leur apporter , et ils remercioient le ciel soir et malin de la liberté réelle dont ils étoient en possession : c'étoit à de la gloire qu'on les appeloit ; et leur obscurité faisoit leurs délices: c'étoient enfin de beaux jours à venir qu'on leur annonçoit ; et Ton a dévasté leurs campagnes, on a brûlé leurs chaumières ^ on a fait un sacrifice des en fans sur le sein de leurs mères ; et les vieillards , frappés également d'un fer homicide, ont été interrompus par la mort dans la bénédiction qu'ils donnoient à leur famille. Ni Tâge, ni le sexe, et aucune prière, aucune larme, n'ont pu désarmer, n'ont pu fléchir
une soldatesque emportée. Et plusieurs des victimes , ô comble de malheur ! plusieurs , étrangères au langage de leurs ennemis , et ne sachant ce qu'on vouloit d'elles , ont péri dans la croyance qu'elles étoient devenues Tobjet de la vengeance du ciel irrité. Non , non ; vous vous êtes trompées , victimes infortunées ; et déjà vous êtes dans le lieu où toutes les vérités se découvrent, et où les compassions d'un Dieu de bonté viennent au secours de Tinnocence.
Cantons malheureux , dont les tristes plaintes ont déchiré notre cœur , jouissez au moins , dans votre désastre , de Tintérét des nations ; de cet intérêt honorable qui s'adresse à vos vertus comme à votre infortune. Ah ! chez ce peuple même dont les violences guerrières vous ont fait tant de mal , vous auriez trouvé des secours en abondance , si votre noble fierté vous eût permis de les rechercher.
N'en doutez point aussi; entraînés une fois, et après cinq siècles d'un calme parfait , dans le cours de ces événemens inouis
( î89 ) dont la terre entière s'est ëpbuvàntée ; n'en doutez point , de pareils jours ne reviendront jamais. Restez donc fidèles à vos mœurs , à vos habitudes , à vos sentîmens hospitaliers ; et ne changez point vos idées justes et simples , contre les rafiinemens politiques des gens à vanité qui voudroient faire sur vous Fessai de leur esprit. Enfin , que vôtre caractère , cette grandeur morale ^ continue à vous distinguer des autres nations de l'Europe , comme la nature vous en a séparés par votre site et par vos montagnes.
Tels sont les vœux que nous adœssons à TEtre suprém-e ; et^ près de tacul: de malheurs qui émeuvent notre compassion , il est précieux pour nous de cotisacrer en ce jour de nouveaux ministres de paix et de charité. C'est à l'ardeur de leur ^èle que nous recommandons nos plus respectables devoirs. Leur âge leur permet de nous surpasser en force. Qu'ils fassent de leurs facultés un vertueux usage. O qu'ils seront heureux s'ils peuvent annoncer avec succès une Religion
consolatrice ! ô qu'ils seront heureux si > au milieu de la patrie et sous les regards du Dieu de bonté, ils paroissent les premiers là où il y aura des larmes à tarir, des espérances à annoncer , des paroles douces à faire entendre ! Entrez donc dans votre jioble carrière ; entrez-y ,, jeunes Lévites , et devenez T exemple d'Israël. Priez le Seigneur , et il bénira vos efforts ; priez le Seigneur , et il vous placera sous son papillon; priez le Seigneur , et à la fin de.vdô travaux il vous appellera dans le séjour céleste pour y recevoir le prix qu il a réservé aux adorateurs de ses lois , aux hommes qui auront traversé la vie en faisant du bien. Puisse notre présage , et le souhait, le tendre souhait qui Taccompagne, être un jour accomplis !