D I S C O U R S III
Sur la Providence,
Car mes pensées ne sont pas vos pensées , et mes voiesnesontpas vos voies, a dit TEternel. Esaïe , chap. SS , f. 8.
ES hommes doivent se défier de leurs lumières ; les hommes doivent se montrer réserves et circonspects , lorsqu'ils se permettent de juger les décrets de la Providence : car mes pensées ne sont pas vos pensées y et mes voies ne sont pas vos voies , a dit VRterneh
Les réflexions que nous offrirons sur ces belles paroles , auront un rapport immédiat avec les enseignemens retracés dans notre précédent discours.
Nous avons montré que la morale étoit essentiellement fondée sur la connoissance des perfections de Dieu , sur la connoîssance des perfections d'un maître ^o«^ les yeux sont trop purs pour voir le mal.
( ee )
Vous aurez remarqué peut-être qu'en approfondissant ^ comme nous lavons fait, une vérité première dans Tordre des vérités religieuses, nous avons gardé le silence sur une objection importante ; rriais nous nous étions proposé de la traiter séparément, et nous le devions, puisqu elle se trouve unie à un vaste sujet , à ridée que nous pouvons nous former de la Providence divine.
^ On dit, on le'répète : Comment croirîoris-nous à la peinture qui nous est faite des perfections de TÊtre suprême, à son ambur pour la vertu , à sa haine du çrîme ? comment y croirions-nous , lorsque nous voyons sans cesse le triomphe des médians et le malheur des justes ? Ou ïç Roi' dés cieux n'a point dé puissance , ou il détourne ses regards, de la conduite 4es liomniés, appréciant avec' îndifférerice le bien et le mal, la sagesse et la déraison. Voilà le langage de Timpiété ; ypilà Targument dont se saisissent les hommes sans principes, sans mœurs, et que ridée d'un surveillant inquiète j voilà
(67) Targument aussi qui jette dans le doute plusieurs âmes honnêtes , mais craintives, et trop souvent en défiance de leur jugement , de leur instinct , de leurs premiers senti m en s.
Méditons en commun sur une difficulté digne sans doute de notre attention. Hélas ! il en est plusieurs dans le système du monde moral , comme dans le système du monde physique , qui peuvent embarrasser notre esprit ; car T objet de nos études est immense , et Tétendue de nos facultés est bornée. Elles disparoissent cependant ces difficultés , elles s'affoiblissent du moins sensiblement , lorsqu'on chercjie rinstruction de bonne -foi, et qu on désire sincèrement d'affermir sa confiance aux idées religieuses, idées sî fécondes en vérités simples , et la source en même tems de nos plus précieuses consolations.
L'intervention continuelle de la Providence au milieu des actions des hommes ; la prompte récompense des unes, la.
punition subite des autres ; cette intervention, toujours agissante, seroit incompatible avec le système universel que Dieu s est proposé dans sa haute sagesse : elle seroit une sorte d'atteinte à la beauté de notre nature morale ; elle seroit encore destructive de nos plus chers intérêts.
Voilà les grandes vérités que nous aurions à examiner , avant d'accuser la Justice divine , avant de nous livrer à d'aveugles murmures. Soutenez ici votre attention.
Dieu a voulu placer au milieu de ses œuvres, des êtres intelligens et libres : cette superbe conception , ce dessein magnifique de la part du souverain Auteur de la nature , a dû régler et dominer , pour ainsi dire , toutes les autres dispositions émanées de sa sagesse.
La libertédel'hommen eût point existé, n eût existé du moins qu'imparfaitement, s'il eût subi une punition , s'il eût joui d'une récompense, à mesure qu'il se seroit éloigné ou rapproché des lois de la morale. Guidé alors dans toute sa conduite par des motifs instans et décisifs , sa raison,
(69) sa prévoyance , lui seroient devenues inutiles. L'avertissement de la douleur, ou Tappel à un plaisir prochain , auroient fixe toutes ses déterminations; et son esprit eût été soumis à des lois aussi impérieuses que son être physique. Ce n'est point là le système que Dieu s'est proposé dans la formation de Thomme moral , de rhomme intelligent, de l'homme libre.
Nous lui demanderions d'agir dans un sens différent de ses hautes pensées, si nous attendions sans cesse au milieu de nous l'intervention de son pouvoir suprême. Ce seroit alors un autre plan , une autre architecture , s'il est permis de s'exprimer ainsi ; et cette combinaison n'auroit pas pu s'accorder avec la dignité que le Maitre du monde vouloit donner à notre nature. On pourroit presque le dire , ce seroit aspirer au rang d'automates , que de solliciter des récompenses et des pucitions soudaines, et de ne laisser a^nsî aucun champ, aucun espace à ractii)n de la liberté, au jeu de la raison et delà prévoyance, O Etemel I nos voi^ ne sonù
pas vos voies y nos pensées ne sont pas vos pensées I
Voyons maintenant comment le même ordre de choses que nous semblons regretter , seroit destructif de nos plus précieux intérêts.
Notre vie sur la terre n'est que d'un instant ; mais la perspective de lavenir , une espérance vague , indéterminée, animent y embellissent notre rapide passage. Nous nous voyons environnés de l'éternité, et nous sommes doués d'un esprit qui s'étend à une distance infinie ; d'un esprit qui franchit les plus grands intervalles. Nous avons ainsi, même sans le secours de la Religion , une confiance plus ou moins affermie dans le retour ou la continuité de notre existence. Or cette confiance, si douce, si précieuse, seroitelle la même , si , par des punitions et des récompenses soudaines, notre sort étoit complété sur la terre ? Ah ! nous ne voudrious pas que cette vie fut notre unique apanage ; nou§ désirons qu'elle soit
un commencement dans notre destinée ^ et nous devons aimer le système qui Toffre sous cet aspect à nos regards. Nous sommes ainsi liés à Tavenir par les objections même que nous trouvons à faire au présent.
Bénissons donc notre Dieu d'avoir mis
le dernier but loin de nous , si c'est à ce
prix seul que nous sommes libres , si c'est
à ce prix seul que nous acquérons un
mérite. Et rendons hommage aux lois de
sa Providence, à cette belle ordonnance
morale, toujours en rapport avec la dignité
de notre nature , toujours en rapport avec
les espérances qui charment notre cœur
et l'associent aux jouissances de notre
imagination. Respectons les mystères que
nous ne pouvons pénétrer. Nous sommes
les créatures , et non les conseillers du
Très-haut ; nous sommes l'œuvre de ses
mains , et non les agens de sa force , ou
les régulateurs de sa puissance.
Fixons, arrêtons nos regards sur les grandes vérités qui nous rendent certains de la. bontérde- nol;re souverain Maître,
et recherchons leur abri ; retirons - nous vers elles quand notre foible raison ne peut ni tout expliquer ni tout entendre. Ce sont les hauteurs des cieuxj quy feroiS'tu ? Cest une chose plus profonde ijue les ahymes , cjuy connoi trois- tu ?
En développant, comme nous venons de le faire , la contradiction formelle qui existeroit entre le beau système du monde moral et Fintervention immédiate de la Providence au milieu des actions des hommes , nous nous sommes proposé un but cher à votre cœur , et digne , sous tous les rapports , de Fintérét des fidèles. Nous avons voulu repousser les objections dont se servent les hommes irréligieux pour supposer à TEtre suprême un sentiment d'indifférence au bien et au mal.
Vous vous garderez, sans doute, de donner à nos réflexions une étendue qui en dénatureroit et Tesprit et le sens. Dieu n'a pas voulu rendre vaine la liberté , il n'a pas voulu rendre inutile Tintelligence de rhomme , en se montrant à chaque
(73) instant le rémunérateur ou le vengeur de nos actions et de nos pensées. Mais on s'aveugleroit volontairement si Ton refusoit de reconnoître l'amour de TEtre suprême pour la vertu, et sa haine du crime, Il apparoît , ce sentiment , non pas dans un jugement instantané qui nous travestiroit en esclaves , mais dans le plan général auquel la race humaine est unie : il apparoît, ce sentiment, dans les rapports habituels de la morale avec le bonheur ; rapports que les exceptions seules obscurcissent à nos regards.
Les gens de bien , dites - vous , sont malheureux , et les méchans triomphent.
Oui, quelquefois; mais la société, Tensemble de la vie, nous présentent un autre spectacle. Venez à notre aide lorsque nous soutenons cette vérité ; venez à notre aide, hommes vertueux , vous qui avez été fidèles aux lois du devoir ; vous qui avez respecté les droits des autres, et qui n'avez point enté votre intérêt sur leur dommage ; vous qui avez fait du bien selon vos forces, et qui avez aimé Dieu dans
(74) votre prochain , venez à notre aide , et parlez-nous du bonheur dont vous avez joui lorsque vous rentriez en paix audedans de vous-mêmes , et lorsque vous cherchiez avec confiance les regards de TEtre suprême. Parlez-nous du bonheur dont vous avez joui lorsque vous trouviez toujours un guide dans la morale , et que vous ignoriez ainsi les tourmens de Tincertitude et les persécutions du remords.
Dites-nous si vous avez jamais regretté les avantages qu^auroit pu vous procurer une action mal-honnéte , et si Testime que vous avez recueillie ne vous a pas mieux servis dans vos calculs personnels que la fraude ou l'injustice n'auroient pu le faire ?
Mais nous n'avons pas besoin de vous interroger : la sérénité qui règne sur votre visage, et qui peint si bien le repos de votre ame ; cette sérénité , Tapanage du juste , répondroit seule à tous nos doutes. Vous ave.' été jeunes avec pureté , vertueux à fâge mur ; et vous entrez dans la vieillesse environnés de souvenirs qui vous donnent de la confiance et vous prêtent
(75) iîe la dignité. Ah ! que cette dernière empreinte d'une belle vie a d'expression pour nous; elle marqueroit seule la récompense attachée à Tobservation rigide et soutenue des principes de la morale. L'homme vertueux a connu , comme d'autres , les traverses de la vie; il éprouva de même ou les persécutions de la haine , ou les traits de la calomnie : mais on ne l'a point abattu, on n'a jamais troublé sa piété. Il a dit au fond de son cœur : Mon droit est auprès de V Eternel y et mon œiwre est auprès de mon Dieu,
Qu ELLE est différente la destinée des hommes d'un caractère opposé; ce sont eux-mêmes que nous appellerions en témoignage : et n'en doutons point ; si , parvenus au terme de leur carrière , ils jetoient un regard sur le tems qui n existe plus pour eux ; s'ils le considéroient fixement, et s'ils nous racontoient leurs pensées, ils diroient presque tous qu'en abandonnant le culte de la Religion et de la vertu, ils n'ont fait aucun profit en bonheur. Ils
(76) ont quelquefois obtenu , par des voies rëprëhensibles , Tobjet de leur ambition; mais les jouissances qu'ils se promettoient se sont flétries , et le mécontentement d'eux-mêmes leur est resté. Qu'ils l'avouent ; ils ont considéré avec envie la marche assurée de l'homme de bien , et ils regrettent les sacrifices qu'ils ont faits à des illusions. Ah ! si nous pouvions , disent-ils, recommencer la vie; si nous pouvions faire usage de notre expérience , nous ne quitterions pas la sagesse : cette sagesse , c'est la morale.
Tel seroit encore le langage intérieur de tous les hommes , même de ceux qui ont le moins de reproches à se faire aux regards du monde. Hélas ! en est-il qui n'aient pas à joindre le souvenir d'un revers au souvenir d'une faute! Les peines attachées à la violation de nos devoirs deviendroient une vérité commune et générale , si les hommes ne résistoient pas à l'aveu de leurs foi blesses ; s'ils ne dissimuloient pas leurs repentirs; s'ils ne renfermoient pas au-dedans d'eux-mêmes.
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et sous le scellé de leur amour-propre , les instructions acquises parleur expérience; instructions quelquefois sévères , et que nous ne dévoilons jamais en entier, même à nos plus intimes confidens , tant nous avons le goût , le besoin , Thabitude, de nous parer aux yeux des autres. N'en doutons point ; si nous pouvions connoître ou suivre de près les actions de ceux qui accusent la Providence , et qui la dénoncent comme indifférente au bien et au mal ; si nous pouvions parcourir le registre de leur conscience et les feuillets c[u'ils passent eux-mêmes , nous remarquerions peutêtre que les disgrâces douloureuses d'un ambitieux ou d'un ardent ami des bonneurs, du pouvoir et de la fortune, se lient par un rapport immédiat, ou par un enchaînement prolongé , à une faute , à un premier pas , dont une observation plus rigide de la morale les auroit préservés.
Oh ! non ; ce n'est pas le système du monde qui est en discorde , ce n'est pas son Auteur qui se méprend ; mais quand Xious pourrions tout expliquer par nos
(78) torts et par nos foi blesses , nous échappons à la vérité , et nous sommes séduits par un négociateur rusé qui cherche h nous égarer : ce négociateur , cet intermédiaire, c'est nous-mêmes ; défenseur toujours prêt à nous excuser et à rejeter sur la destinée le résultat de nos erreurs et de nos passions criminelles.
Nos réflexions sur la connexion fréquente du malheur des particuliers , avec Tusage qu'ils ont fait de leur intelligence et de leur liberté y s'appliqueroient de même aux sociétés politiques. L'histoire , toujours tardive dans ses instructions , ne nous transmet qu'une partie des élémens propres à former notre jugement; mais nous voyons, enFétudiant, que de grandes fautes en morale , ou de la part des nations, ou de la part des gouvernemens, ont été souvent Torigine première des adversités éclatantes dont les annales du monde ont conservé la mémoire.
Demanderoit - on , pour embarrasser
notre foi , quel étoit le mérite des vaia-
^queurs, et de quelles vertus ils avoient U
(79) se renommer ? Nous répondrions qu'ils pouvoient être de simples instrumens dans Tordre de la Providence ; et qu au sein même de leurs triomphes , ils songeoient aux disgrâces dont ils étoient menacés ; et quelquefois , devenus oppresseurs , ils n apercevoient , au faite de leur pouvoir, que la profondeur des abymes dont ils se trouvoient environnés.
Ne les avez-vous pas vus, ces désolateurs de la France, ces tyrans sanguinaires, ces monstres cachés sous nos traits? Hélas!
étoient-ils pour nous le fléau du Seigneur; ou devons-nous uniquement leur apparition à la corruption du siècle et au cours inconnu des passions , qui sont une dépendance de notre nature? Ils disoient avec triomphe : Le crime nous réussit , et nous seuls en avons découvert la puissance ; nous savons employer avec habileté la violence et Thypocrisie : nous avons asservi le peuple à des mots auxquels nous ne croyons pas nous - mêmes , et nous Tavons habitué à nous chercher des victimes ; nous avons sacrifié Tinnocence selon
nos goûts et notre caprice ; nous avons fait coniparoître devant nos tribunaux abominables les femmes et les enfans, les malades et les vieillards ; et là , nous les avons tenus attaches comme des brebis aux portes d'une boucherie. Nous avons invoqué la justice pour ravir le bien d'autrui ; la liberté , pour multiplier les chaînes et pour interdire les plaintes ; riîumanité , pour arroser de sang les places publiques. Ils disoient encore :
Nous avons mis en mépris tous les devoirs , et nous avons offert à la dérision toutes les vertus ; le père a désavoué son fils , le fils a paru comme accusateur de son père ; et , pour allumer toutes les haines , nous avons encouragé le mensonge , récompensé la calomnie , et salarié le faux témoignage. Enfin , nous jouant du ciel autant que de la terre, nous avons renversé les autels de la Religion, et nous avons chassé des lieux saints les adorateurs du Maître du monde. Nous avons fait tout cela , ont dit les impies, et les foudres du ciel ne nous
ont
ont point frappes, et la lumière du jour ne s'est point obscurcie. Le Dieu des vengeances ne songe point à nous ; il nous laisse vivre en triomphe au milieu de nos victimes, et il n'a point brisé le couteau destiné à nos sacrifices. Chaque jour , au contraire , notre force s'est accrue , notre autorité s'est élevée ; et cette grande nation , que nous appelions nos concitoyens par moquerie , s'est agenouillée devant nous.
Us parloient ainsi dans leur aveuglement, ces hommes devenus célèbres par tant de crimes ; ils parloient ainsi , et le plus haut période de leur orgueil a été l'heure de leur défaite et le signal de leur écrasement. Ils ont été renversés , maudits , et foulés aux pieds ; et leurs derniers momens ne leur ont présenté qu'un désert ; aucun regard de pitié , aucune parole de consolation , n'ont adouci les tourmens de leur conscience , n'ont calmé leur épouvante sur l'avenir, n'ont suspendu la rage qu'excitoient en eux une humiliation si honteuse, un abaissement^ /. 6
si prëcipîtë. Enfin , ils ont disparu de la terre , aux cris de joie de la nation dont ils avoient été les tyrans , aux Cris de joie de tous les peuples auxquels ils avoient offert un spectacle d'horreur. Quelle fin ! quelle chute !
Ce résultat d'un règne si passager, peut-il faire dire à personne , que le sort des méchans est heureux , que leur destinée est digne d'envie ? Et si nous avions le courage de fixer encore un instant nos regards sur ces hommes , dont le triomphe sembloît une exception à Tordre éternel de la Providence , nous jugerions leur mort moins affreuse pour eux que leur vie. Le calme , le repos leur étoit inconnu ; et poursuivis par des pensées dévorantes, ils étoient leurs démons et portoient Tenfer avec eux. Ils avoient rempli , refoulé leur ame de crimes et de crimes, et leur nature en étoit forcée; leur nature perverse ne pouvoit y suffire. O justice du ciel î que vous avez été prompte ; que vous Tavez été , mênid pour nous qui apprécions le tems à une
sî petite mesure; même pour nous , possesseurs d\in seul de ces instans qui se détachent de la durée des siècles, qui passent avec la rapidité de Téclair , et qui tombent à flots de Téternité !
Oui y le méchant fait une œuvre qui fe trompe. Cette belle expression des livres saints n'eut jamais une application plus évidente et plus précise qu'aux jours funestes et à répoque désastreuse dont nous venons de vous rappeler le souvenir.
J'ai vu le méchant terrible et verdoyant comme un laurier vert : mais f ai pusse ; et voilà, il nés t plus.
Ils sont tombés , ces hommes si puissans; ils ont péri, ces tyrans de la France, ainsi que les premiers compagnons de leurs forfaits ; et le châtiment qu'ils ont subi , la mémoire qu ils ont laissée, serviront d'épouvante aux êtres de leur espèce , si jamais la nature en reproduisoit de ■semblables.
Ici néanmoins, je vous entends , ou je lis dans votre pensée. Voilà pour les
bourreaux , dîtes - vous ; maïs leurs victimes , leurs innocentes victimes , quelle protection ont-elles reçue du ciel ? Elles ont en vain réclamé l'assistance du souverain Maître du monde. Leurs pères, leurs enfans, leurs épouses éplorées, ont en vain tendu vers lui des mains suppliantes , ont fait en vain retentir les airs de leurs cris pitoyables : nul secours n'est venu, nul bras libérateur ne s'est déployé, et Ton a consommé tous les sacrifices.
Pleurez , familles infortunées ; pleurez , vous en avez le droit ; vos larmes ne seront point injurieuses à TEternel , et il répandra sur vous ses consolations : nous Ten prions du moins, nous Ten conjurons de toute la puissance de notre ame. Mais vous qui, avec r esprit seul, et quelquefois iavec un sentiment d'indifférence, insultez à la Providence et voudriez la faire comparoître devant votre tribunal pour demander une explication de ses décrets; vous qui êtes ainsi , qu'attendez -vous d'un ministre du Seigneur , et quel discours vous adressera- t-il , à Touïe de vos
accusations et de vos murmures? Contes* tera-t'i/ SL\ec \ous au nom de TEternel? Non; il vous dira que les lois générales de la Providence , ces lois tutélaires , ces lois abondantes en bienfaits, doivent en imposer à vos doutes et à vos inquiétudes. Un instant qui embarrasse votre esprit, cet instant pris dans Timmensité des tems, ne peut altérer les sentimens d'admiration , de reconnoîssance et de respect dont nous sommes pénétrés chaque jour de notre vie , dont nous sonmies pénétrés en apercevant le rapport constant des merveilles de la nature et des œuvres célestes avec le bonheur de la race humaine. Nous n'avons pas été appelés à connoitre dans toute son étendue le vaste enchaînement du monde moral , et nous ne pouvions pas Fëtre , puisque cet enchaînement déborde la vie présente, ainsi que nous vous le rappellerons bientôt. Loin donc qu'il nous soit permis de faire usage d'une exception pour inculper Tordre universel ^ c'est à nous d'interpréter cette exception dans le sens des grandes choses qui , par une
(86) harmonie frappante et par leur invariable uniformité , ne peuvent ja'ma-is "cesser d'être le principe véritable , le principe ëlëmentaire de nos opinions et de notre confiance. Ah! sans doute, en considérant les preuves éclatantes , les preuves innombrables de cette Providence tutélaire , nous aurions le droit de répondre à ceux qui nous adressent leurs murmures, à ceux qui fixent toute leur attention sur une époque particulière, et' qui nous en demandent compte, nous aurion^s le droit de répondre : Allons adorer hotre Dieu ; allons sur la niontagne sainte , raconter, célébrer ses grâces infinies et ses bontés éternelles.
Non, vous ne serez point effrayés, vous dont le cœur est affermi par la piété ; vous ne serez point effrayés d'une eixception apparente aux idées que vous avez conçues de la Providence divine. Le système général établi par l'Etre suprême n'est point ébranlé ; il subsiste en son entier; et si votre esprit, avide de tout expliquer , de tout entendre , s'inquiétoit
(87) de ses doutes ou de son ignorance , vous vous rappelleriez ces belles paroles de notj'e texte : Mes pensées ne sont pas Tos pensées , et mes voies ne sont pas vos voies y a dit ï Eternel.
Vous Taurez remarqué sans doute ; c'est uniquement en arrêtant vos regards sur les œuvres connues du Dieu de l'univers , que nous avons tâché d'affermir votre foi dans sa Providence. Cest du passe, c'est du présent, que nous avons tiré nos preuves ; et l'avenir, ce tenis sans mesure , reste là tout entier pour compléter vos motifs de persuasion.
Il y a dans ce tems qui vient après nous , dans ce tems sa^is mesure > des moyens de compensation pour les distributions dont vous vous plaignez. Vous reconnoissez un Etre suprême , et vos murmures l'attestent; car voudriez-vous adresser des reproches à une aveugle nécessité ? Laissez donc faire à celui qui abonde en puissance. Nous ne voyons que les bords de ses voies ; mais une
heureuse pensée ne nous quittera point/ Les conceptions du Dieu fort ne sont pas terminées, sa volonté n'est pas anéantie au moment où nous disparoissons de la terre. Il étoit avant son système; il le suit , le maintient ; il Tachevera. H appellera les justes à lui, et les regardera d'un œil favorable; il leur réserve une place, qui sera Je second degré de leur destinée , qui les dédommagera des traverses attachées à leurs premiers pas. Et alors , selon Texpression des Livres saints , ce sera le tems de chaque chose.
Considérons donc la vie , ce qu elle est en effet , Fouverture d'une vaste scène dont le dernier ternie nous est inconnu ; et ne jugeons pas un commencement comme une œuvre complète. Quelquefois la justice se consomme sous nos yeux ; cfuelquefois elle tarde ; et quelquefois elle est gardée pour les assises solennelles du Roi de la terre et des cieux. Heureux les hommes dont la cause sera portée à ces grands jours ! heureux s'ils ont aimé Dieii, s'ils l'ont servi, s'ilsonteuconfiance
(89) en leur Juge! Et Dieu dit a Noë : Entre toi et toute ta maison dans t arche j car je tai vu juste devant moi en ce teins.
Nous avons vu de nos jours une révolution qui nous a paru semblable à un déluge ; et nous aurions pu dire avec Moïse , en parlant par image , que toutes les fontaines du grand ahyme s'ètoient rompues , et que les bondes des deux s étaient ouvertes. Un juste , entre plusieurs , avoi't frappé vos regards ; il étoit élevé sur le trône , et tous les symboles de la grandeur , tous les rayons de la gloire environnoient sa personne ; mais sur-tout il aimoit le bien , il cherchoit à le faire , et il rapportoit à son Dieu le pouvoir dont il étoit dépositaire. Vous Favez vu dans l'abandon, poursuivi par ses ennemis , en proie à leur aveugle fureur ; et vous avez attendu jusqu'au dernier moment sa délivrance. Vous avez cherché des yeux Tarche sainte qui pou voit lui servir d'asyle ; elle n est point venue : et quand vos espé-
C 90 ) rancesonteté trompées, vous avez murmuré contre la Providence , et vous avez osé Taccuser dans votre cœur et dans vos discours. Y pensiez-vous ? Ali ! que n avezyous imité Tinnocente victime ! elle étoit environnée des horreurs de la mort , que son ame continuoit à bénir le nom de l'Eternel. Oui; celui qui faisoit tant de pertes en quittant la vie, se confioit à son Créateur ; et jamais une incertitude ne vint le troubler ; jamais du moins il ne se permit un murmure contre le souverain Dispensateur des événemens. Ah ! n'en doutons point, il Taura trouvée cette arche de^ salut que vous réclamiez pour lui ; il Faura trouvée , non pour se mettre un moment à couvert des méchans en passage sur la terre, mais pour arriver au séjour de Téternelle paix. Ne la voyez-vous pas la barque du;Seigneur qui vient chercher les justes au moment où la mort les a séparés de leur séjour d'épreuve ; la voilà qui sillonne le tenis , cet océan sans bornes , et qui va de mondes en mondes y prendre les élus du Dieu de Funivers, Nous le
(90 reconnoissons , à notre souveraîn Maître, les cieux et les abymes vous sont ouverts pour rdconipenser ou pour punir ; et les petites gradations qui marquent ici - bas votre Justice et votre Providence , sont imperceptibles dans l'immensité de vos plans , dans la succession infinie de vos répartitions et de vos décrets.
Ah ! vous nous Tavez bien dit : vos pensées ne sont pas nos pensées , et vos voies ne sont pas nos voies. Dieu de bonté, fartes grâce à notre impatience , à nos discours inconsidérés^ à nos criminels murmures. Voici, nous serons plus sages ; et renonçant à nos censures orgueilleuses , nous ferons un meilleur usage du plus beau de vos dons, de cette raison que nous tenons de votre magnificence. Oui, nous respecterons vos voies ; nous nous humilierons devant vos pensées , et nous adorerons votre providence éternelle : El/e a soin des lis des champs qui ne sèment ni ne moissonnent. Comment nous abandonneroit-elle , nous qui avons été appelés à çonnoitre les merveilles de votre puis-
sance et la grandeur de votre bonté ? Nou5 sommes Fœuvre de vos mains , et nous serons encore vos enfans par notre amour, par notre reconnoissance , par une confiance exempte de doutes. C'est à votre voix que les ténèbres du néant se sont changées pour nous en clarté ; et ce sera de même , par votre volonté toute-puissante , que les notions vagues et tremblantes des habitans de la terre se fixeront un jour et deviendront pour eux une science certaine. Tems heureux que nos vœux appellent ; époque de lumière et de gloire , pouvonsnous Tespérer, pouvons-nous Fattendre ?
Ce sera le sujet de notre premier discours : revenez le méditer avec nous, et demandez humblement à TEtre suprême d'animer votre piété , d'affermir votre foi , afin que ses promesses vous touchent et que sa parole vous soit agréable. Ah ! puisset-il nous aider à verser dans votre ame de nouvelles consolations ! puisse- t- il nous aider à vous parler dignement et avec une sainte autorité , du dernier ac^ complissement de sa Providence, de cette
(95) \îe future où un compte nous sera demandé , un compte dont nos craintes où nos espérances sont déjà le présage ; nos agitations , nos remords , le formidable signal.
O Dieu ! soyez avec nous ; et si votre justice nous effraie , que votre bonté , votre inépuisable bonté , nous donne la paix. Et à ceux que vous aimez , laissezleur espérer que s ils ont semé quelque^ fois avec larmes , ils moissonneront avec chants de triomphe. Etre des êtres ! Dieu de charité ! ne nous rejetez pas ; et vous souvenant de notre foiblesse , daignez nous tendre une main secourable.
Nous ne sommes rien sans vous , rien que par vous ; et dès notre naissance, dès nos premiers pas dans la vie , nous sommes l'expression et le type de votre Providence. C'est elle qui nous garde et qui nous rassure ; invoquons son secours , mais attendons ses jugemens avec espoir et avec patience. Le Maitre du monde, présent à tous les tems , présent à tous les lieux, nous entend, nous écoute; il
nous répondra quand il le voudra ; et comme nos voies ne sont pas ses voies , et nos pensées ne sont pas ses pensées , de même aussi nos espaces ne sont pas ses espaces , et nos momens ne sont pas ses momens.
DISCOUKS IV.
De r immortalité de Varne.
ha poudre retourne clans la terre comme elle y avoit été , et l'esprit retourne à Dieu qui Ta donné. Ecclésiaste , chap. % , f,Z.
JNous venons vous entretenir aujourd'hui du premier, du plus grand de vos intérêts; d'un intérêt devant lequel la fortune, les honneurs, la gloire du monde, ne sont rien. Toutes ces vanités périssent avec vous , et souvent leur ruine précède la vôtre ; souvent elles nous délaissent au milieu de cette vie d'un moment que nous avons à parcourir : mais l'esprit retourne à Dieu qui Ta donné; et c'est là le texte que nous avons choisi pour méditer avec vous sur l'immortalité de l'ame; sur cet immense avenir qui doit attirer toute notre attention et remplir toutes nos pen^ sées. ODieu, c'est en tremblant que votre serviteur regarde le sujet dont il doit parler
(96) au peuple quî Tentoure , aux fidèles qui viennent chercher dans votre temple des paroles de consolation. Ah ! faites qu'ils s'en retournent avec espérance ; faites qu ils s'en retournent pénétrés de confiance dans les éternelles bontés de leur souverain Maître et dans sa puissance infinie ! Qu'un rayon d'en-haut les éclaire , et répande dans leur ame une douce lumière ! que la grâce du ciel leur inspire d'avance ce calme , ce repos , heureux avant-coureurs de tous les sentimens religieux ! Alors f entendis une voix du ciel qui me disait^ écris : Heureux sont dèsà-présent les morts qui meurent au Seigneur ; oui y dit r Esprit j car ils se reposent de leurs trasfaux^ et leurs œuvres les suivent.
C'est dans les Livres saints , écrits avant la Révélation , que nous avons choisi notre texte : V esprit retourne à Dieu qui Ca donné. Cette parole est de Salojnon ; et nous voulons développer la vérité qu'elle atteste , sans recourir en ce jour
au
(97) au langage solennel du Nouveau Testament ; ainsi nous déduirons nos preuves , des perfections de TEtre suprême et de notre propre nature. Ce seroit intervertir Tordre et la succession des idées, que d'en appeler de prime abord aux déclarations et aux promesses de la Religion chrétienne : elle viendra, cette Religion, augmenter , affermir nos espérances ; et nous lui rendrons cependant un hommage à Tavance , si nous cherchons dans nos sentimens les plus élevés , le type ou la première trace du plus important de ses dogmes. Et n est-ce pas de tous les tems que Dieu s'est révélé à Thomme, puisque, dès Torigine du monde , il a déployé dans r univers le spectacle de sa puissance, les miracles de sa sagesse , les signes éclatans de sa bonté ?
Entrons dans le sujet que nous nous proposons de traiter.
Dieu nous rappellera-t-ilà lui, quand notre passage sur la terre sera terminé , ou nous rejettera-t-il de sa présence après
(98) nous avoir aimés ? nous éteindra -t- il dans le néant après nous avoir ornés d'une portion de ses attributs, après nous avoir permis de le connoître et de Tadorer ? et le dernier trait de sa puissance sera-t-il la vie ou la mort ?
Quel doute et quelle alternative ! et il s'agit pour nous de Téternité.
Suivons notre route , et cherchons les vérités ou les vraisemblances qui doivent fixer notre jugement
Dieu peut-il faire que notre arae soie immortelle ? Dieu le voudra-t-il ? Voilà les questions que nous sommes obligés d'examiner ; et la première fixera d'abord notre attention.
Si nous n'avions pas été les témoins de la déclinaison de nos forces physiques et de l'engourdissement de nos sens, jamais l'homme en pleine vie n'auroit eu la prévoyance ou le soupçon de sa mort, tant la prolongation de l'existence est une idée plus simple que sa discontinuité. Pourquoi donc regarderions-nous comme une
(99) disposition surnaturelle, comme un résultat impossible, la conservation de notre ame , la perpétuité de cette autorité spirituelle dont le terme , s'il en est un , échappe à nos observations ? Dira -t- on que notre ame est matérielle , et qu elle doit suivre la destinée de Tétre corporel dont elle est la souveraine ; qu'elle doit avec lui s'évanouir ou se disséminer, se changer en poussière ?Mais où estlliomme mortel qui Ta vue, cette ame ? où est riiomme de génie qui Ta connue autrement que par les facultés miraculeuses dont elle est douée ?
Nous appelons Famé un esprit , et nous ne 1* honorons pas encore assez. Plus clair-voyans , peut-être nous lui trouverions un rapport avec TEssence divine.
Ah ! que ne pouvons -nous un moment nous séparer de nous-mêmes pour contempler en simples observateurs ce foyer de tant de pensées , ce principe moteur de tant de volontés efficaces ! Nous nous prosternerions alors devant une existence mystérieuse , dont les attributs sont si
merveilleux. Mais , occupés à diriger ver» un but nos facultés spirituelles , nous ne donnons pas un moment à Tadmiration du majestueux pouvoir dont nous avons reçu rinvestiture du Roi de la terre et des cieux. Nous sommes le plus étonnant des phénomènes, et nous n'y pensons jamais ; ou si nous le faisons, c'est avec distraction , souvent avec dédain , quelquefois même avec injure. Oui, vous vous insultez vous-mêmes, vous qui, sur la foi périlleuse de prétendus philosophes, assimilez votre ame à une matière organique , et qui mettez en doute jusqu'à votre liberté dont vous avez cependant un sentiment si réel. Ah ! cessez de vous montrer les disciples ou les imitateurs de ces hommes tellement égarés par une fausse vanité , qu'ils sacriHent la gloire de leur plus belle prérogative au mérite de la singularité , et au petit honneur d'un petit système.
OEuvre magnifique du Dieu fort ! ame sublime ! ils ne parviendront point à vous avilir : vous portez l'empreinte de votre Auteur , les signes de sa puissance ; et
parce qu il est éternel, vous serez Immortelle. Sans doute l'instrument qui vous a été confié sur la terre est périssable : mais vous êtes distincte de lui ; et comme TEtre suprême reste le même au milieu des modifications diverses de ses mondes et de ses créatures , vous qu'il a formée à son image, ame intelligente et spirituelle ^ vous subsisterez après la séparation des élémens matériels qui ont été soumis à votre empire. Et déjà ne voyons-nous pas, que, si notre pensée s'obscurcit ou devient pénible lorsque notre corps s'affoiblit, le sentiment du zno/ demeure en son entier ? Ce sentiment singulier n'est suspendu que pendant le sommeil , et suspendu même imparfaitement ; mais il renaît ensuite, et il règne en observateur et en maitre au milieu des combats de notre esprit contre nos sens. Nous éprouvons même qu'il pourroit subsister abstraitement , et sans aucune de nos facultés physiques.
Il y a donc tout-à-la -foi s liaison et séparation entre notre être matérid et cette
Puissance spirituelle qui combine , pr(^voit , médite et réfléchit ; de même qu'il y a liaison et séparation entre notre faculté pensante et notre volonté; de même enfin qu'il y a liaison et séparation entre notre système intellectuel tout entier et le sentiment intime de nous-mêmes; entre toutes les parties de notre organisation , et ce nous , ce mol , placé au centre , et le chef pour ainsi dire de notre République individuelle.
Encore un moment de votre attention y avant de terminer une méditation métaphysique que nous n'aurions pu écarter sans négliger une partie essentielle de notre sujet.
La trame du sentiment intuitif qui compose notre identité , qui constitue en quelque manière la possession de nousmêmes , cette trame est formée par le souvenir ; et, en Tadmettant , nous serions nous encore dans un autre corps ; nous serions nous encore avec de nouvelles facultés spirituelles. La continuation de ce souvenir suffiroit donc pour
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Consacrer notre immortalité. Dîroit-on cependant de cette continuation, qu'elle est au-dessus des pouvoirs du souverain 'Auteur de la nature ? Quelle démence ! Et si nous osions appliquer les mots de plus ou moins aises , plus ou moins diffi- , ciles , à des miracles qui passent notre entendement, nous dirions que la perpétuité de souvenir , nécessaire pour main- ' tenir notre être individuel, seroit un phénomène inférieur de beaucoup en apparence à la création de notre esprit , à la formation première de tout ce qu'il y a d'admirable dans notre existence»
Prenons-y garde ; le doute sur l'immortalité de l'ame n'est introduit , n'est favorisé , que par le doute sur l'existence d'un Etre suprême ; car si l'on étoit pleinement convaincu qu' un Dieu créateur a fait sortir l'univers du néant , qu'il en est l'ordonnateur et le soutien , comment disputeroi t-on sur aucun des degrés de sa toutepuissance ? // a dit , et la chose a eu son être; il a parlé , et la chose a comparu. Ah ! si vous croyez à ces paroles , si vous /
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recevez Yidée sans bornes qu'elles présentent, pourquoi rejetteriez -vous la vérité annoncée dans notre texte : La poudre retourne dans la terre comme elle y avoit été , et V esprit retourne a Dieu qui Va donné ?
Nous venons d'examiner notre sujet dans ses rapports avec la Puissance divine : étudions-le maintenant d'une autre manière , et en cherchant à nous former une idée juste des intentions de TEtre suprême , une idée juste , s'il est permis de s'exprimer ainsi , de ses vues et de ses projets sur nous.
Nous nous proposons encore , en remplissant cette tâche, de prendre uniquement notre raison pour guide ; et de nous tenir ainsi , comme nous l'avons annoncé, hors du cercle lumineux tracé par la Religion révélée.
Quels sont les premiers élémens de nos recherches sur les desseins de l'Etre suprême ? quels sont les premiers secours offerts à Thomme de tous les tems et de
( io5 ) tous les pays, pour asseoir sa croyance ou ses conjectures dans une question sî vaste et si profonde ? C'est, il nous semble, laspect des œuvres de la divinité; 1 étude de nous-mêmes ; de nous , êtres les plus distingues entre les êtres ; et pardessus tout , une méditation attentive sur les perfections du Maître du monde.
Nous jugeons, nous croyons Dieu d'une puissance sans bornes , en contemplant les phénomènes innombrables dont Tunivers est le glorieux assemblage. Nous sommes remplis de confiance dans sa bonté, en observant que toutes ses œuvres ont un rapport avec la félicité des êtres animés. Enfin , nous croyons à la grandeur de ses conceptions , à la hauteur de ses pensées , en voyant le système entier de la nature empreint d'une majesté qui saisit notre admiration et nous remplit d'étonnement.
C'est en nous rappelant ainsi les perfections de l'Etre suprême , c'est en nous les représentant de tous nos moyens, que nous pourrons juger avec vraisemblance
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de ses projets sur la race humaine , et de la part qu'il nous a faite dans Tordre universel dont il est TAuteur.
Remarquons d'abord une vérité importante , et qui exige de votre part un peu d'attention. Tout semble annoncer que dans le plan du Créateur il y a deux systèmes distincts : l'un a pour but le maintien uniforme des espèces ; l'autre , la perfection progressive des individus ; el rhomme seul dans sa nature appartient à ce dernier système. Il est bien classé dans une espèce, comme les plantes et les animaux, mais son mérite distinctif est individuel ; car il n'est pas soumis aux lois toujours égales de l'instinct ou de la végétation. Il est doué d'intelligence ; il jouit de la liberté ; et , selon l'usage qu'il faic de ces nobles facultés , il devient plus ou moins moral , plus ou moins parfait ; enfin, il y a d'homme à homme de telles différences, que, sous le rapport de l'esprit et du sentiment, chacun d'eux paroit un être particulier.' Peut-être même que la plus grande beautë
( IÛ7 ) de riiomme tient à des qualités person* nelles ; car ce n'est point en commun avec son espèce qu'il s'améliore , qu'il se perfectionne , qu'il étend ses lumières et qu'il prend possession de l'avenir par la force de son génie. Nous croirons donc avec vraisemblance que Dieu , en traçant la carrière des hommes , en réglant leur durée , ne les a pas réduits à cette rotation dévies, de morts et de renaissances qui forme dans la nature la perpétuité des espèces ; mais il les a rangés sur une autre ligne ; et après les avoir appelés à cette variété d'actions et de pensées qui dérive de la liberté, après avoir regardé leur marche, leurs progrès vers la perfection, il fera leur sort , un à un, dans les tems éternels dont il dispose.
Et déjà, ne nous a-t-il pas donné des arrhes deTimmortalité, en offrant l'avenir à notre prévoyance , en permettant à notre imagination de le ^parcourir ; et plus que tout , en nous pénétrant d'une ardente espérance ? Ces beaux attributs de notre ame ne seroient-ils qu'une illu-
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sîon ? ne seroîent - ils , avec ce monde ^ qu'une apparition théâtrale ? Tant de facultés merveilleuses seroient - elles un vain ornement , et , pour ainsi dire , un simple cothurne, que les générations se passeroient les unes aux autres ? Et cette suite de fictions, cette scène mouvante, nous la réunirions à Tidée d'un Dieu de vérité et d'un Dieu qui peut tout !
Guidés par notre respect, considérons autrement le Maître souverain de l'univers : ce qu'il nous laisse entrevoir , il nous le destine ; ce qu'il nous a permis d'espérer, il nous le tient prêt. Il n'est aucune illusion, aucune fausse apparence dans les vœux de nos sens , et tous ont un terme effectif ; pourquoi serions - nous trompés par nos désirs les plus sublimes, par les convoitises et par l'attente de notre esprit? Enfin, tout est en communication dans la nature; comment nos espérances, comment nos pensées intérieures n'appartiendroient-elles qu'à elles-mêmes ?
Faites encore avec nous une obser-
( 109 ) vatîon importante. Nous sommes au milieu d'un système physique où tout est complet , où tout semble achevé. Les fiphères célestes suivent avec une roulante parfaite la route qui leur est tracée ; les plantes et les fruits de la terre obéissent de même, et toujours uniformément, au principe de végétation qui les anime; toutes les forces de la nature ont le degré d'action qui leur est propre ; et les divers ëlémens , par leur admirable harmonie , répondent exactement aux vues du Créateur; enfin, les animaux, renfermés dans les limites de leur instinct , y font leur tâche aussi , et l'acquittent en son entier. Tout semble donc autour de nous avoir atteint son but , ce but fixé par le souverain Auteur des mondes et de l'univers.
L'homme seul, avec une carrière immense offerte à ses regards , n'y fait durant sa vie que des pas incertains : il voit un terme, il voit la perfection , et il n'y arrive jamais; jamais, à son jugement même , et de son propre aveu. Est-ce en effet sous le rapport de la morale et de la vertu qu'il s'examine
et se considère ? II s'adresse des reproches ; il vit de regrets ; et rarement à la fin du jour est-il en pleine paix avec sa conscience; Quelquefois ses passions Font détourné de sa route , et plus souvent ses foiblesses ont ralenti son courage. Il se repent , il forme des projets d'amélioration : mais il les assigne au lendemain, et ce lendemain ressemble encore à la veille. L'homme donc , sous le rapport de la morale , a toujours à gagner, a toujours des progrès à faire.
Enfin , à côté d'un monde physique , où tout est complet , oii les moyens sont en accord avec le but , le monde moral nous paroit dans une sorte de confusion : mais les caractères de beauté dont nous le voyons empreint , suffisent pour nous apprendre qu il est la plus grande œuvre de TEternel , et que toutes les autres y sont subordonnées ; ainsi , n'en doutons point, letems l'achèvera. Et jusque-là soyons contens, soyons glorieux d'être les héros du système conçu par notre Dieu , et dont il n'est permis qu'à nous sur la terre
de chercher le secret et d'approfondir le mystère.
Le dernier but est encore pour nous à distance , mais un jour nous le connoi- ^ trons ; et pourtant c'est avec ce but , avec ce magnifique terme, que notre ame immortelle est dès-à-présent en rapport et en harmonie : dès-à-présent ; vérité impor* tante et sur laquelle nous arrêterons ua moment votre attention.
Examinez Thomme avec nous dans son essence morale , dans les développemena de son esprit. Il observe, il étudie, il rassemble des connoissances ; et malgré ses travaux, malgré tous ses efforts, sa vie entière ne paroi t qu'un commencement, ne semble qu'un apprentissage ; et en regardant ce singulier tableau, on est toujours entraîné à chercher dans un avenir inconnu la suite du présent et son interprétation. Ah ! si j'avois su, si je pou vois savoir ! voilà le langage secret de tous les hommes , soit qu'ils s'occupent de leurs intérêts personnels , soit qu'ils se livrent à des méditations plus générales.
Ils sont en mouvement continuel, ils sont toujours en marche ; et le point de repos , le point d'arrivée, qui n'est pas sur la terre , doit exister ailleurs. Oui , il y a dans nos facultés morales quelque chose qui passe ce monde. Et déjà, ne voyonsnous pas que tout a été fait pour l'avenir dans notre organisation spirituelle ? ne voyons-nous pas que nos sens seulement ont le présent pour consigne; mais que tous les plaisirs , toutes les jouissances de notre esprit , tiennent ou au moment qui va suivre, ou au moment que notre imagination a placé dans un plus grand éloignement ? Ainsi , lorsque nous travaillons avec courage , c'est que notre attention se livre alternativement ou à l'espoir de vaincre une difficulté prochaine , ou à l'attente d'un salaire , ou simplement à la perspective du repos dont nous jouirons au terme de notre entreprise, à la fin de notre tâche.
Ainsi , c'est toujours l'avenir qui occupe notre pensée; c'est lui qui devient, pour ainsi dire, le siège de notre existence
morale J
morale ; notre esprit n'est au pre'sent qu en apparence. II en est de même des triomphes de notre amour-propre ; car la louange ne nous rend heureux qu'en réveillant en nous Tidée de notre supëriorité , idée à laquelle des avantages vagues ou lointains sont attachés dans notre opinion. Il en est de même encore de la conquête et de l'accumulation de l'argent. Il en est de même des promotions aux honneurs et aux dignités; enfin, de tout ce qui est plaisir d'imagination et de perspective.! Ainsi cet esprit dont nous sommes investis, cet esprit qui compose notre essence et notre autorité, cet esprit qui doit retour-^ ner à Dieu qui Va donné j est dès cette terre une image, un signal de l'avenir ; et il appartient évidemment à un autre règne que notre organisation matérielle.
O Eternel ! vous n'avez pas voulu que nous eussions sur notre propre nature des notions plus éclairées ; mais l'ignorance où nous sommes tenus , cette ignorance , rapprochée de la vaste étendue de nos découvertes, a quelque chose de mystique; /. 8
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et en nous préparant à la foi religieuse , elle doit élever notre pensée à ce Dieu tout-puissant, seul ordonnateur , seul dépositaire des miraculeux secrets au milieu desquels nous sommes placés, et dont nous faisons nous-mêmes partie.
Nous avons osé fixer un moment nos observations sur tout ce qu'il y a de plus fin dans la métaphysique de notre constitution morale. Nous voulions y chercher un renseignement, un indice de plus sur notre destinée future. Nous allons maintenant vous montrer un signe plus visible de la réalité de nos espérances ; et c'est encore dans notre propre nature que nous croyons le trouver. Ne nous refusez pas votre attention lorsque nous vous entretenons d'un si haut intérêt.
Qui de nous ne connoît pas ce sentiment intérieur présent à toutes nos actions , à toutes nos pensées , et auquel nous avons donné le nom de conscience; tribunal redoutable où nous comparoisson$ nous-mêmes devant nous-mêmes;
( ii5) magistrature suprême placée en nous et au-dessus de nous , et peut-être le plus merveilleux phénomène de notre nature spirituelle? Je le demanderai maintenant ; cette conscience, notre juge sévère, auroit-elle une fausse mission , un pouvoir usurpé ? Non sans doute ; et pourtant sa voix imposante , son auguste langage , seroient évidemment en disproportion avec les questions que nous aurions à résoudre , si nos spéculations et nos pensées avoient pour tout espace le cercle étroit de la vie. Certes le juge seroit trop grand, le tribunal trop majestueux pour un si petit district. Qu'alors même il seroit aisé de refuser son hommage et son obéissance à cette autorité intérieure , et de disputer son titre ! on entreroit du moins en controverse avec elle ; on opposeroit à ses préceptes le triomphe des médians , les revers des justes ; et Ton se joueroit de ses condamnations.
C'est au nom de Tavenir que notre conscience nous intimide, et c'est à notre ame impérissable qu elle s'adresse : sa
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patente lui vient d en-haut ; c'est du Dieu des tems qu'elle Ta reçue , et c'est de lui qu'elle tient le courage et la force dont elle a besoin pour être respectée.
La conscience de l'homme est encore, sous un nouveau rapport, le signe et le présage d'une seconde vie. C'est elle, c'est notre conscience qui nous avertit de bonne heure du mérite de la morale, et qui nous entraîne au culte de la vertu dans tous les momens où nos passions nous laissent à nos sentimens naturels. Enfin , c'est elle qui nous porte à réunir l'idée d'un Dieu et Tespoir de lui plaire , à notre respect pour les droits des autres hommes , et à notre bienfaisance envers nos semblables.
L'impression rapide, involontaire, que fait sur notre ame le récit d'une action généreuse , n'est inconnue de personne , pas même des méchans ; car ils ne sont devenus tels que par degrés , et souvent ils ont commencé par rendre hommage aux lois morales et religieuses : ils étoient jeunes alors ; et nouvellement engagés
dans la carrière de la vie , ils conservoient encore l'empreinte de la nature. Mais c'est au fond des cœurs restés fidèles à leurs premiers penchans que la vertu se peint avec des caractères cëlestes , et qu'elle nous paroit un gage de Timmortalité. Ah ! vous que le hasard ou votre destinée auroit appelés à connoitre un Etre de choix parmi les hommes et dont les perfections auroient frappé vos regards ; une personne remarquable par la pureté de ses mœurs et l'innocence de ses pensées ; une personne animée de la plus douce et pourtant de la plus sérieuse piété ; en adoration devant son Dieu, et n'aimant pas moins sur la terre tout ce qu'elle de* voit aimer; pleine de reconnoissance pour r Auteur de ses jours, et cherchant à l'exprimer par des œuvres de compassion envers l'infortune; sage et modeste dans les succès, patiente et résignée dans les revers, indulgente envers les autres, et sévère pour elle seule ; enfin , toujours émue, toujours craintive en réfléchissant aux foiblesses inséparables de la nature
humaine , et ne reprenant un heureux courage qu'après avoir saisi par la foi les espérances religieuses , après s'être fait une image vivante des inépuisables bontés du Maître du monde : ah ! si le hasard ou votre destinée vous avoit appelés à connoitre , à contempler un Être si parfait , si préparé pour un céleste séjour et par ses espérances et par ses vertus angéliques , comment pourriezvous croire à la fausseté d'un si beau signe de Timmortalité de Famé , et comment pourriez-vous adopter fépouvantable système d'une destruction sans retour? Non, non ; vous direz , vous répéterez avec le Sage : La poudn' retourne dans la terre d'où elle est sortie ; mais V esprit retourne à Dieu qui Va donné.
Et que seroit-ce encore si un homme dont les qualités morales attiroient votre hommage , n' avoit connu de la vie que ses traverses ; s'il étoit accusé , poursuivi par la haine ; s'il succomboit sous les atteintes de la calomnie ; si , toujours bon , toujours juste, il étoit entraîné dans les
( 1^9) Tëduîts obscurs destinés à la vengeance des lois ; s'il y restoit sans amis et sans défenseurs ; s'il përissoit enfin , victime des méchans, et la proie sanglante du crime ? Ah ! croiriez-vous que nulle réparation ne lui fut destinée ? croiriez-vous qu'une sentence exterminatrice , rendue au nom de la tyrannie , fût son dernier jugement ? croiriez-vous que le monde, ce chef-d'œuvre d'harmonie, eût été formé pour devenir le théâtre du désordre moral ? et en est-il de plus grand que Tinjustice ? croiriez-vous enfin que favenir fût sans correspondance avec le passé ? Non, TEternel est toujours l'Eternel et le Tout- puissant : le Dieu de l'univers ne reculera point devant des pygmées cjui insultent à ses lois , et qui veulent être inhumains quand il est pitoyable, haineux quand il pardonne , despotes absolus quand il a daigné nous donner la liberté pour guide , et destructeurs de tout quand il a tout créé. Laissez , laissez venir le jour des éclaircissemens ; et vous saurez avec certitude qu'il n'est
rien d'incomplet dans les œuvres du Seigneur : laissez venir le jour où TEternel , ami de la justice et de la bonté , interrogera cet esprit ^ cette ame immortelle qui doit retourner à lui ; et sa parole alors, qui fera trembler les uns, qui consolera les autres , sera pour tous les êtres intelligens une instruction solennelle , et Téclatante explication de ce magnifique univers.
La nature de notre esprit , le mystère de notre conscience , le culte involontaire que nous rendons aux idées de morale , l'oppression fréquente des gens de bien , et, par-dessus tout, la bonté , la sagesse , la puissance infinie de TEtre suprême ; voilà les principales considérations qui nous ont servi à diriger ou à soutenir votre croyance au dogme précieux de Timmortalité de famé.
Nous devons maintenant vous présenter un nouveau motif d'espérance. Nous le cherchons, nous le trouvons encore en nous-mêmes, dans cette nature sublime où tant de phénomènes sont réunis, et
OÙ nous distinguons Tempreinte de la Divinité mieux que dans aucune autre de ses conceptions magnifiques.
Nous aimons ; nous savons , nous désirons aimer: et ce sentiment, inaltérable en nous , répand une grande lumière dans la route que nous suivons; c'est un guide de plus pour atteindre à la connoissance de notre avenir. Et d'abord, rendons hommage au Maître du monde de ce qu il nous a fait part du premier de ses plaisirs. Oui , le premier sans doute ; car s'il n'avoit pas aimé, auroit-il multiplié, comme il Ta fait, les êtres animés, et les auroit-il doués de tant de sensations fortunées ? Ah ! soyez à jamais béni , ô notre Dieu , pour avoir daigné dire en nous créant, Qu'ils aiment et qu'ils soient aimés; pour avoir daigné nous appeler à cette prérogative suprême de l'ame , dont le charme est inépuisable , et qui semble nous approcher de vos perfections adorables.
Une réflexion s'offriroit à nous , si nous voulions examiner, étudier avec l'esprit ,
Ce sentiment qui nous transporte dans un objet chëri , et qui place en luî tous nos intérêts. N'est-ce pas là Timage d'une seconde vie ? n est - ce pas une transformation de l'amour de nous-mêmes, de cette nature imparfaite, dans une plus pure et plus indépendante de nos liens personnels? n est-ce pas enfin le symbole de la continuité du nous avec une nouvelle essence? L'idée est trop vague pour être soumise à l'appréciation d'un raisonnement méthodique ; mais notre imagination ne la rejette pas, et nous avons besoin de plus d'un sens moral pour pénétrer avec nos seules forces dans les mystères qui sont devant nous.
Laissons-là néanmoins , quand nous le pouvons , les aperçus métapliysiques , et considérons dans toute sa simplicité le sentiment c|ui ouvre notre ame à de nouvelles espérances. Nous aimons; nous savons , nous désirons aimer ; et le plus souvent nous y sommes contraints par une autorité inconnue , par un empire indéfinissable. Nous vivons alors en entier
dans Tobjet de notre tendresse et de notre prédilection. Tout autre intérêt s éloigne de nous , et nous devenons ou nous croyons être étrangers à nous-mêmes.
La mort , la terrible mort , est-elle venue briser Tidole de votre cœur ; elle n a pu vous enlever ce profond souvenir qui vous retrace à chaque instant Tobjet de votre culte. Il n existe plus en notre présence Tami que nos regrets poursuivent ; il échappe à nos regards , mais nous communiquons avec lui par la pensée ; il n'est plus sur la terre , et nous lui parlons , notre ame le cherche , notre ame le trouve encore; et s'élançant dans l'avenir , elle voit, par Tespérance , le terme de ses vœux, ce lieu de réunion où toutes les pertes seront réparées , où toutes les larmes seront taries. O Dieu , qui, en éloignant de nous , selon votre volonté , cette tendre mère, cet enfant chéri, ce mari fidèle , cette épouse adorée , nous avez toutefois permis de garder dans notre cœur leur vivante image , ce n'est pas sans motif que vous Tavez fait ; vous vouliez ,
généreux Protecteur, nous laisser un gage de vos dispositions futures , de vos intentions bienfaisantes. Confiez-vous, âmes sensibles , à cette garantie ; ce n est pas d'une illusion queTEtre suprême se seroit servi pour adoucir vos peines : il est le Dispensateur, le Dépositaire éternel des réalités ; que pourriez-voiî3 craindre ? et pourquoi voudroit-il associer une fiction à tout ce qu'il y a de plus beau dans notre nature morale , à Famour et à la fidélité ? N'est-ce pas avec ces sentimens , ces émotions sublimes , que nous adorons notre Dieu, que nous sommes près de lui, nonobstant son infinité ? Aimons , aimons toujours , et nous revivrons. Sortons de nous-mêmes par un mouvement de tendre affection , et nous croirons appartenir à une autre existence; et nous découvrirons à l'avance cet asyle hospitalier qu'un Dieu d'amour et de bonté promet aux âmes sensibles. Ah ! nous vous y trouverons ^ vous que nous pleurons , vous qui nous avez assigné ce rendez-vous et par vos der^ nières paroles et par vos derniers regards*
Kous n en serons pas rejetés ; ce sont les Anges d'un Dieu de miséricorde qui en défendent Fenceinte. Non , vous ne nous avez pas dit un éternel adieu , lorsque vos forces abattues ont expiré sur un sein fidèle , lorsque cette vie d'un jour s'est évanouie dans nos bras. Votre ame immortelle est retournée vers son Créateur , plus épurée que jamais ; elle est peut-être aujourd'hui , par ses invocations et par ses prières , notre soutien , notre meilleure assistance. O notre Dieu ! nous n'oserions vous dire , à l'aspect de tous les biens dont vous avez enrichi la terre ; nous n'oserions vous dire, donnez -nous- les encore : car un jour , un seul jour , étoit déjà trop pour nos droits; mais en nous permettant d'exister dans un autre, vous avez , en quelque manière , ennobli les vœux que nous formons pour une seconde vie , et nous ne craignons point de vous les adresser.
Ah ! vous avez aussi de pareils vœux à former, vous, âmes tendres, âmes aimantes , et qui n'avez jamais pu trouver
( 126 ) sur la terre une association digne de la délicatesse de vos sentimens. Consolezvous, vivez dans Tespërance ; il y aura pour vous un avenir où la perfection de votre nature trouvera son accord.
O Dieu ! quand arrivera-t-il ce tems que vous avez caché dans les secrets de votre sagesse ; ce tems de bonheur et de gloire, et où les justes que vous aurez élus entoureront votre trône et célébreront vos louanges ? Ah ! qu'il vienne le jour du Seigneur; qu il vienne , et que nos cœurs s y préparent en rejetant les pensées mondaines, ou en les soumettant aux lois de la morale. C'est alors que nous pourrons dire avec hardiesse : O mort ! où est ton aifful/ion ? 6 sépulcre ! où est ta victoire ? La poudre retourne dans la terre comme elle y a\foit été ; mais V esprit retour ne à Dieu qui Va donne, A Dieu qui Ta donné , à Dieu qui le rappelle , non pour Fanéantir, mais pour Tunir à de nouvelles destinées. V homme est de race dis^ine ; belles paroles de St. Paul. Soyons donc remplis de confiance. L'ame qui a
( 1^7 ) connu son Créateur, n'est point de ces œuvres qui doivent périr. L'ame qui a connu son Créateur ! ô Dieu, que tant d'honneur soit, par votre bonté, par votre miséricorde , le commencement d'une plus grande gloire ; le commencement , le présage de cette immortalité bienheureuse , l'objet constant de nos vœux et de nos espérances ! Pénétrons - nous de ces douces pensées , et n'oublions jamais que , pour en être consolés , pour Tétre eu tous les tems, en toutes les circonstances, nous devons aimer Dieu , Thonorer , le servir et nous rendre dignes de ses regards ^ dignes de le prier, dignes de ses bienfaits et de ses récompenses. Ce sont là les souhaits , les tendres souhaits que nous formons pour vous ; veuille le Dieu des cieux les entendre et les exaucer !