‹ Cours de pathologie interneChapitre 10 sur 232 · DE L’ENTÉRITE · texte numérisé non relu

DE L’ENTÉRITE

Dans les appareils des sécrétions, le tissu cellulaire n’est que fort rarement altéré. 11 en est de même des membranes séreuses. Le foie est à peu près constamment sain. M. Louis l’a trouvé quelquefois ramolli. Je ne connais pas d’observation de lésion de la vésicule du fiel. La bile peut être modifiée dans sa quantité et dans sa qualité. Quelquefois les reins sont le siège d’altérations diverses. Les parotides et le tissu cellulaire qui les entoure sont assez souvent altérés, et c’est dans cette maladie qu’apparaissent fréquemment ces tumeurs connues sous le nom de parotides.

Dans les appareils de la vie de relation. Si l’on devait conclure des désordres fonctionnels aux lésions anatomiques, aucune maladie ne devrait offrir plus d’altérationsdans les cen- Ires nerveux que la fièvre typhoïde, car aucune ne donne lieu à autant de symptômes du côté de ces appareils. Il en est tout autrement, et l’on peut poser en principe, que dans cette maladie, il n’y a pas de symptôme nerveuxqui ne puisse se manifester sàns altération appréciabledu cerveauet de ses dépendances. Quand on trouve des lésions anatomiques des centres nerveux, elles sont si peu graves et si peu constantes qu’on n’en peut tirer aucune conséquence raisonnable.

De tout ce que nous venons d’exposer, il résulte que l’altération des glandes de Peyer et de Brunner est la seule altération constante; que c’est elle qui caractérise la maladie, et que c’est à elle que doivent être rapportés les divers désordres fonctionnels qu’elle présente.

Causes. Tout est obscur dans l’étude des causes de la fièvre typhoïde. Les recherches nombreuses qui ont été faites à ce sujet, dans ces derniers temps, n’ont amené que ce résultat, savoir : que la fièvre typhoïde n’est pas commune à ious les âges. C’est de vingt à trente ans qu’on l’observe le plus fréquemment. Après trente-cinq ans, elle devient de plus en plus rare, et pendant la vieillesse, elle disparaît complètement. Il faut bien distinguer l’état adynamique auquel succombent souvent les vieillards , de la fièvre typhoïde. Vous ne trouverez jamais l’altération des glandes de Peyer à l’ouverture des vieillards qui auront succombé à la fièvre adynamique. On ne l’a jamais observée, non plus, audessous de l’âge de douze ans. On peut donc conclure que la dothiénentérie est une maladie de la jeunesse.

On a attribué une grande influence à la mauvaise nourriture ou à l’alimentation insuffisante, comme cause de la dothiénentérie. Cette influence n’a été reconnue que dans un petit nombre de cas ; dans une infinité d’autres, la maladie a sévi sur des sujets qui se nourrissaient bien. Les écarts de régime , les passions tristes, le séjour dans les amphithéâ-

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1res de dissection ont été accusés aussi de la production de cette maladie. Je n’ai jamais pu constater l’efficacité de ces causes, et j’ai observé la maladie sur des individus d’une conduite fort régulière, et qui n’avaient jamais disséqué. Ces causes, quand elles existent, ne doivent être considérées que comme secondaires; elles ont cependant de l’importance, quant au pronostic, qu’elles rendent toujours favorable.

La cause la plus efficace, pour la production de la fièvre typhoïde , est l’arrivée nouvelle à Paris. Le plus grand nombre d’observations de malades affectés de cette maladie, porte sur des individus qui n’étaient à Paris que depuis quelques semaines ou quelques mois. Tous les observateurs sont unanimes sur ce point.

Cette affection atteint les individus de tous les tempéraments et de toutes les constitutions. Une constitution robuste n’en met pas à l’abri; elle sévit, au contraire , avec plus de violence et se termine d’une manière plus souvent funeste chez les individus qui se trouvent dans ces circonstances.

Cette maladie est-elle contagieuse? MM. Bretonneau et Gendron , et quelques autres médecins ont soutenu la contagion de la dothiénentérie. lis ont cité des faits nombreux à l’appui de cette opinion. Sans les contester, je puis affirmer, et je suis ici fortifié, par l’opinion de tous les médecins de Paris, que je n’ai jamais rien vu qui puisse me faire croire à la contagion de cette maladie. Tout, au contraire, me force à admettre que , si la fièvre typhoïde est contagieuse à Tours et dans d’autres localités, elle ne l’est certainement pas à Paris.

La dothiénentérie règne quelquefois épidémiquement; elle peut revêtir toutes les formes et exercer de grands ravages.

Symptômes. Nous devons étudier ceux fournis par les voies digestives et ceux que présentent les autres organes.

1 0 Symptô mes fournis par les voies digestives. La muqueuse buccale présente les mêmes modifications que dans la gastro-entérite aiguë. Dans le plus grand nombre des cas, elle est rouge , quelquefois recouverte d’un enduit muqueux ; d'autres fois, d’une matière comme crémeuse. Dans quelques cas, elle présente une exhalation de sang, qui tend à se coaguler et qui produit alors des croûtes jaunes ou noires. Cet enduit ne paraît que vers la fin de la maladie. Ce symptôme n’est pas d’ailleurs lié d’une manière spéciale à l’affection qui nous occupe. On le rencontre dans toutes les maladies gastro-intestinales et il dépend des conditions dans lesquelles les fonctions de l’innervation et de l’hématose s’exécutent chez les malades.

Ici encore, comme pour la gastro-entérite

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aigue, la langue peut présenter toutes les variétés dans la couleur, dans les enduits dont elle est recouverte, dans l’humidité ou la sécheresse, dans son volume, sa forme. Au début de la maladie, la langue est sèche et collante; elle est tantôt couverte d’un enduit jaunâtre dans toute son étendue, tantôt elle est rouge vers sa pointe et sur ses bords, qui présentent de chaque côté un petit liseré blanc. A une époque plus avancée de la maladie, elle devient tout à fait sèche, elle se raccornit et se couvre d’une croûte noire et épaisse. Rien n’est aussi variable que les modifications que peut subir la langue dans le cours des fièvres typhoïdes ; on se tromperait fort si l’on fondait toujours son pronostic sur l’état de 'cet organe. Chez certains individus, elle devient sèche et quelquefois noire, pour le moindre mouvement fébrile; chez quelques autres , elle n’éprouve que de légères modifications, alors qu’ils sont en proie à une fièvre typhoïde des plus intenses.

L’appétit présente plusieurs modifications. Dans les cas les plus nombreux, plus ou moins longtemps avant de prendre le lit, les malades ont perdu l’appétit, et avec cette perte d’appétit coïncident le plus souvent un malaise général, une céphalalgie plus pu moins vive. Ce sont là ordinairement les prodromes de l’affection. Chez quelques malades, l’appétit se conserve jusqu’au moment où ils sont pris de fièvre. Pendant la maladie il y a anorexie complète. Dans la convalescence, il peut arriver que l’appétit revienne tout de suite , ou bien longtemps après la disparition des autres symptômes. Chez certains malades, quoique tous les phénomènes morbides aient entièrement disparu, la moindre alimentation fait naître un mouvement fébrile occasionné sans doute par la grande susceptibilité de la muqueuse intestinale, qui n’est pas encore renlféc dans son état normal.

La soif est très-variable dans celte maladie. Quelques malades éprouvent une soif vive ; chez d’autres elle ne se fait pas sentir.

Les vomissements et les nausées se montrent plus fréquemment au début delà maladie, que dans une période avancée. Ces phénomènes dans la plupart des cas, ne se lient en aucune manière avec l’état de l’estomac; car on les observe dans les conditions anatomiques les plus opposées de cet organe.

Si l’on était toujours fondé à juger des lér sions fonctionnelles par la gravité des lésions anatomiques , on serait en droit , à priori, d’admettre l’existence de vives douleurs, dans la fièvre typhoïde. Il n’en est pas ainsi, dans beaucoup de cas, elle manque complètement; dans d’autres cas, elle ne se montre que

d’une manière fugitive ; ce n’est enfin que dans les cas les plus rares, qu’elle est vive et soutenue.

Quand elle existe, elle peut avoir son siège, soit dans tout l’abdomen , soit dans quelques points seulement , comme à l’épigastre, vers la région iléo-cœcale, aux environs de l’ombilic et dans le trajet du colon.

Quand la douleurse fait sentir dans tout l’abdomen, elle peut avoir son siège dans les viscères intérieurs, ou sur la peau des parois abdominales, ou dans les muscles subjacents. Ou reconnaîtra ces différents sièges de la douleur, en ce que, il faut une pression assez forte pour l’exaspérer, dans le premier cas ; tandis que la pression la plus légère suffit pour la produire dans le second. Dans ce dernier cas, la douleur coïncide ordinairement avec d’autres phénomènes nerveux.

On peut trouver aussi une douleur due à un épanchement de sang dans les muscles des parois abdominales, et spécialement dans les muscles droits. Elle est quelquefois très-vive à la moindre pression et peut simuler une péritonite.

La modification desévacualionsalvines, soit en plus, soit en moins, est un des phénomènes les plus constants de la fièvre typhoïde. La diarrhée est de ces modifications la plus fréquente; elle peut commencer à différentes époques de la maladie ; dans un grand nombre de cas, elle se manifeste plus ou moins longtemps avant les autres symptômes, quelquefois l’invasion de la diarrhée et des autres symptômes est simultanée. Chez certains malades la diarrhée ne survient qu’après l’invasion de la fièvre; chez quelques autres, on ne l’observe que pendant la convalescence. Quand la diarrhée est le premier symptôme de la maladie, elle peut être continue ou n’apparaîlrequepar intervalles ; quand elle fait invasion en même temps que la fièvre* elle survient alors tout à coup, sans que les malades aient aperçu la moindre altération dans leur santé ; elle est souvent alors très-considérable. Si elle ne se montre que plusieurs jours après l’invasion, elle succède alors le plus ordinairement à une constipation plus ou moins opiniâtre. Chez les uns, elle s’établit peu à peu, chez les autres elle est très-considérable dès le début. ‘Elle persiste souvent dans la convalescence, et c’est toujours une circonstance fâcheuse.

La constipation s’observe bien plus rarement que la diarrhée ; elle persiste quelquefois pendant toute la durée de la maladie, quelle que soit sa terminaison.

La nature des selles est fort variable et n’indique pas toujours la gravité de l’altération intestinale. Quelle que soit cette altération, les selles peuvent être constituées par une sérosité jaunâtre ou verdâtre, par de la bile,par un mucus abondant, par une matière noirâtre ou d’un

DE L’ENTÉRITE FOLLIEULEUSE.

gris de cendre, quelquefois mêlée à du sang, dans d’autres cas par du sang pur en quantité plus ou moins considérable. Dans quelques cas , les malades n’éprouvent qu’une évacuation de ce genre ; dans d’autres, elle se renouvelle plusieurs fois et les malades ne tardent pas à succomber. On voit certains malades, cependant, qui guérissent après avoir éprouvé de ces évacuations de sang abondantes.

Le météorisme est un des phénomènes les plus fréquents de la fièvre typhoïde ; on l’observe surtout vers la fin de la maladie, et son apparition est souvent une circonstance fâcheuse. Le siège du météorisme est surtout dans le colon ; fine peut être expliqué par aucune altération cadavérique.

2° Symptômes de l’appareil circulatoire. Les troubles de la circulation sont constants, quoique très- variables. Les battements du pouls sont tantôt forts, tantôt faibles. Quelquefois ils conservent leur état habituel. Dans la généralité des cas, le pouls est fort et plein au commencement de la maladie, et fi s’affaiblit et se déprime à mesure que l’état adynamique se prononce. Quelquefois, cependant , on observe que le pouls est très-fort, tandis que les malades sont dans un étal complet de prostration. 11 peut aussi présenter, dans la journée, des alternatives de force et de faiblesse. Dans l’immense majorité des cas, fi est plus fréquent que dans l’état normal. Cette fréquence peut varier de 90 à îoo, 120, 130, 1 40 pulsations par minute. Quand il présente cette dernièrefréquence, le pronostic doit être défavorable. La fréquence du pouls peut se présenter à différentes époques de la maladie ; c’est ordinairement par là qu’elle débute. Cette fréquence peut disparaître ou persister. Quelquefois c’est un ralentissement remarquable du pouls que l’on observe. Il peut être l’indice de la prédominance des symptômes nerveux qui auraient leur point de départ dans l’encéphale; il a été observé aussi plusieurs fois, dans la dothiénentérie, et toujours il a été d’un fâcheux augure.

La chaleur de la peau est presque toujours en rapport avec la fréquence du pouls ; elle est âcre et mordicante , et , chez la plupart des malades, ces phénomènes augmentent le soir.

Chez plusieurs malades, le début de la maladie est marqué par un frisson, remplacé par la chaleur. Quelquefois ce frisson revient périodiquement, tantôt tous les jours, tantôt tous les deux jours. A ce frisson succède une forte chaleur, suivie souvent d’une sueur plus ou moins abondante.

Dans quelques cas, les malades présentent non plus un frisson, mais un véritable refroidissement de la peau, soit total, soit partiel, qui tantôt persiste jusqu’à la mort, tantôt est suivi du rétablissement de la chaleur.

Dans quelques cas, enfin, les malades pré-

sentent, dans le cours de la fièvre typhoïde surtout dans une période avancée , de véritables accès de fièvre , sous le type tierce ou quotidien.

Les sueurs sont rares dans la dothiénentérie , et la peau estordinairement sèche. Quand la peau reste légèrement humide, c’est un signe favorable.

De tout ce que nous venons d’exposer, il résulte que l’on pourrait ranger les malades atteints de dothiénentérie en deux sections : i° ceux chez lesquels les désordres de la digestion précèdent la fièvre; 20 ceux chez lesquels les désordres delà circulation précèdent tous les autrês.

3° Symptômes de l’appareil respiratoire.

Ils ne sont pas en rapport avec l’intensité et la gravité des lésions cadavériques. Au début de la maladie , la toux est fréquente. Il y a expectoration d’une mucosité transparente , sur laquelle on observe quelquefois des stries sanguinolentes. En même temps les malades se plaignent de la sensation d’une brûlure ou d’un déchirement dans la poitrine , derrière le sternum. D’autres éprouvent des douleurs erratiques, tantôt sur un point de la poitrine, tantôt sur un autre ; quelques-uns manifestent une véritable oppression.

La percussion ne fournit aucun signe dans la plupart des cas. 11 ri’en est pas de même de l’auscultation qui, dans un grand nombre de cas, fait entendre des râles divers , dus soit à la présence de mucosités dans les bronches, soit à un engorgement de la muqueuse de ces conduits. Quelquefois l’auscultation démontre l’existence d’une véritable pneumonie qui survient ordinairement à une époque avancée de la maladie; qui peut rester latente ou bien donnerlieu aux symptômesordinairesdecettemaladie , en aggravant prodigieusement ceux de la dothiénentérie. Dans quelques cas, pendant la convalescence , les malades continuent de tousser , ils dépérissent, tombent dans le marasme , et présentent tous les phénomènes qui caractérisent la phthisie pulmonaire. Il s’est formé chez eux des tubercules qui se sont ramollis.

4° Symptôpnes fournis par divers appareils. Le tissu cellulaire s’infiltre quelquefois ou devient le siégé de collections purulentes. On n’observe la péritonite que quand il y a perforation de l’intestin. Alors elle peut se traduire par une douleur très-vive , ou bien ne donner lieu à d’autre symptôme qu’à une prostration rapide. On n’observe aucun symptôme du côté des organes biliaires. Nous avons déjà parlé de la présence des parotides qui s’observe , dans quelques cas, à la fin de la fièvre typhoïde. Les anciens considéraient ce phénomène comme critique. Je crois que c’était une erreur , et que, dans la plupart des cas, il ajoute à la gravité de l’affection.

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Les altérations de l’urine ne sont pas caractéristiques dans cette maladie. Il en est de même de l’odeur de souris que présentent les malades; on la trouve dans d’autres affections. Elle est due au défaut de propreté dans lequel on lient les malades qui urinent dans leur lit.

5° Symptômes fournis par les appareils de relation . i° Par les centres nerveux. Au début delà maladie, les malades peuvent présenter les.cas suivants : ils peuvent n’avoir aucune apparence d’un désordre fonctionnel des centres nerveux ; ils peuvent en éprouver de légers, comme céphalalgie , éblouissements, tintements d’oreille, défaillance, lassitude, faiblesse, etc. ; ces symptômes nerveux peuvent coïncider ou non avec des désordres digestifs , ils peuvent les précéder ou en être précédés. II peut en être de même à l’égard des symptômes de l’appareil de la circulation. Enfin des symptômes nerveux très-graves, comme le délire, la stupeur, le coma peuvent paraître dès le début et comme d’emblée; mais cela arrive rarement.

Dans le cours de la maladie, ces symptômes nerveux présentent des différences très- remarquables. Ils sont tantôt légers tantôt trèsintenses.

La céphalalgie se montre dans la pluralité des cas. Elle est un des premiers symptômes. Elle siège le plus ordinairement à la région sus-orbitaire. Elle est tantôt légère , tantôt fort intense; elle dure ordinairement de huit à dix jours.

La stupeur est aussi un des premiers phénomènes de la maladie. La figure des malades porte l'empreinte de l’apathie, d’un hébêtement tout à fait caractéristique. Cette stupeur dure plus ou moins longtemps et sa disparition est un indice favorable.

L’intelligence se trouble quelquefois tout à coup et au plus haut degré; quelquefois ce trouble ne s’établit que graduellement. Le délire s’accompagne parfois d’une grande agitation ; quelquefois , au contraire, il est tranquille, portant tantôt sur toutes les idées, tantôt sur une seule. Le délire présente d’ailleurs des formes et des nuances qu’il est impossible de décrire.

Dans le plus grand nombre des cas , il y a somnolence : elle s’observe plus tôt que le délire, et elle est souvent remplacée par lui. Elle présente des degrés divers, depuis un léger assoupissement jusqu’au coma le plus profond. Quelques malades présentent cet état que l’on appelle coma vigil, c'est-à-dire , qu’ils paraissent être endormis , tandis qu’ils entendent tout ce qui se dit autour d’eux.

2® L’action musculaire peut être augmentée ou diminuée. Quelquefois elle est comme anéantie, les malades sont dans une prostration extrême et dans un éta t corn plet d’im mobilité. On en voit cependant qui, au milieu de cet

anéantissement apparent des forces musculaires, se lèvent tout à coup, s’échappent de leur lit. et s’enfuient. Ces cas doivent rendre très-réservé sur les expressions de faiblesse ,

. car elle n’est souvent qu’apparente.

3° Par les organes des sens. L’ouïe est dans quelques cas affaiblie. Cetaffaiblissementpeut paraître aux diverses époques de la maladie. La vue est tantôt abolie , tantôt seulement pervertie. L’odorat n’offre rien de particulier; mais il importe d’examiner ici la valeur symptomatique de l’hémorrhagie de la muqueuse nasale.

L’épistaxis est Irès-fréquentedansles fièvres typhoïdes. Elle peut se montrer à leur début, pendant leur cours, ou vers leur terminaison. Elle peut coïncider avec les signes d’une congestion cérébrale ou bien avec les prodromes de l’état adynamique. Elle se manifeste quelquefois à la suite d’abondantes saignées et se renouvelle aussi souvent qu’on insiste sur les évacuations sanguines. Tahtôt elle coïncide avec une amélioration dans la maladie, tantôt, et c’est le cas le plus fréquent, elle se manifeste en même temps qu’un aggravement dans tous les symptômes. Quelques malades n’ont qu’une épistaxis, quelques autres en ont plusieurs.

La sensibilité de la peau peut être abolie, exaltée ou rester à l’état normal.

Chez un grand nombre de malades la peau se couvre d’éruptions diverses. Éludions-les avec soin.

Les pétéchies se montrent, dans la majorité des cas, du huitième au quinzième jour. Elles apparaissent le plus fréquemment sur la partie inférieure et moyenne du thorax et sur la partie supérieure de l’abdomen. Dans quelques cas elles recouvrent la totalité de ces deux cavités; plus rarement on les observe sur les membres. Ce sont des taches ordinairement rosées, et dont la couleur, plus ou moins foncée, nous a semblé toujours coïncider avec une atteinte plus ou moins profonde de l’économie. Leur nombre est très-variable; quelques malades n’en présentent que sept ou huit; chez quelques autres celte éruption est presque confluente. Leur largeur varie depuis celle d’une piqûre de puce jusqu’à celle d’une lentille. Elles sont généralement arrondies. et quoique leur saillie ne soit pas appréciable à la vue, on la reconnaît cependant en passant légèrement le doigt au-dessusd’elles.

Les sudamina sont de petites vésicules, ordinairement très-nombreuses, occupant surtout le col, les aisselles, les flancs, les aînés, formées par le soulèvement de l’épiderme, sous lequel est amassé un peu de sérosité transparente. Ces vésicules sont à peine apparentes et se rompent souvent sous le doigt. On observe une desquamation de l épiderme * à la place qu’elles ont occupée. Elles apparais-

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sent ordinairement du huitième au douzième jour; leur existence n’est pas constante.

Une remarque importante à faire au sujet des phénomènes morbides que peut présenter la peau, c’est la facilité avec laquelle elle s’ulcère ou se gangrène dans cette maladie. Dans tous les points, où pendantqueïque temps elle subira une pression , vous verrez se former des escarres, à la chute desquelles auront lieu des ulcérations qui s’étendent toujours en profondeur. C’est surtout au sacrum et au grand trochanter quece phénomène s’observe le plus ordinairement. Quelquefois une amélioration notable semble suivre la formation de ces escarres; ne vous fiez pas à cet amendement; la mort en est presque toujours la terminaison inévitable.

C’est aussi sur les malades en proie à une fièvre typhoïde, que l’on remarque cette tendance de la gangrène à s’emparer des plaies, des vésicatoires et des piqûres de sangsues. Cela s’observe principalement sur les malades qui sont déjà dans un état adynamique, et on doit considérer ce phénomène comme du plus fâcheux augure.

Nous venons d’analyser le groupe dessymptômes qui constituent la fièvre typhoïde, de passer en revue les lésions anatomiques et les lésions fonctionnelles qu’elle présente. Essayons d’en réunir les éléments, de la reconstruire, pour ainsi dire, et d’en présenter un tableau, qui ne pouvant s’appliquer à tous les faits particuliers, à toutes les individualités morbides, s’applique cependant à la grande majorité des cas.

L’individu qui est sous l’imminence d’une fièvre typhoïde éprouve, pendant quelques jours avant l’invasion de la maladie, un malaise général, des lassitudes spontanées, des douleurs vajgues dans plusieurs parties du corps, une céphalalgie plus ou moins intense. Il n’a plus d’appétit, il est triste, et tourmenté par des pressentiments sinistres. Les digestions se font mal, il a ordinairement de la diarrhée. Ces prodromes, qui n’existent pas toujours, sont suivis d’un frisson; dès lors la fièvre est allumée, la maladie a pris son cours. La diarrhée augmente * une douleur plus ou moins vive se fait sentir au ventre , la physionomie s’altère, la bouche devient pâteuse, la langue est collante et se couvre d’un enduit ordinairement jaunâtre; le ventre se ballone, le pouls est fréquent, la chaleur de la peau est âcre, le malade a des épistaxis plus ou moins fréquentes; il tousse; ses urines, rares, sont colorées et fétides. Tels sont les symptômes ordinaires du premier septénaire.

Vers le huitième jour, l’abdomen et la poitrine se couvrent de taches typhoïdes. Avec l’apparition de ces taches coïncident des accidents plus graves; la stupeur de la figure se caractérise ; les conjonctives sont rouges, la

bouche sèche, la langue dure, et couverte, ainsi que les lèvres et les dents, d’un enduit brunâtre (fuliginosités). La diarrhée augmente dans la plupart des cas, et les selles sont involontaires et inaperçues. La vessie peut se paralyser , le météorisme devient considérable; le délire s’empare du malade ;ce délire est tantôt tranquille, tantôt furieux; il y a soubresauts des tendons, quelquefois des convulsions. Le malade est par fois plongé dans une somnolence qui peut n’être qu’apparente , ou bien réelle et profonde. Le pouls, faible et dépressible, conserve une grande fréquence. La peau présente une chaleur mordicante. Dans quelques cas , le pouls s’abaisse au-dessous du rhythme normal ; tous les indices d’une prostration générale et profonde se manifestent, des escarres se forment au sacrum et ailleurs, la chaleur diminue, la peau se couvre d’une sueur froide et visqueuse , la figure devient hippocratique, et le malade succombe. Cette terminaison funeste peut avoir lieu, soit par une perforation intestinale, soit par une pneumonie intercurrente.

Quand la maladie doit se terminer heureusement, la stupeur se dissipe peu à peu, l’intelligence revient, un sommeil tranquille succède au coma, la bouche devient humide, le ballonnement du ventre diminue, la diarrhée cesse, le pouls revient à son état normal, la figure maigrit et prend une expression naturelle.

Peut-on dire que l’intensité de ces désordres fonctionnels soit en raison de la gravité des désordres organiques? Plusieurs personnes ont soutenu la négative dans tous les cas. Je crois qu’on est allé trop loin, et que, quand on observe attentivement, on ne peut nier que souvent on ne remarque un rapport exact entre les lésions anatomiques et les lésions fonctionnelles. Il est vrai de dire aussi que les cas où ce rapport n’existe pas, sont pareillement fort nombreux

La dothiénentérie a une durée commune de vingt à trente jours. La mort est fréquente dans ! le deuxième et troisième septénaire, elle est rare avant cette époque, et peut survenir beaucoup plus tard.

La convalescence de cette maladie est, dans la plupart des cas, longue et pénible. Le moindre écart de régime fait naître un mouvement fébrile, et l’on a souvent la douleur de voir périr des malades qui étaient entrés en convalescence et chez lesquels un excès d’alimentation a déterminé une rechute.

Récapilulonsles principales circonstances de i cette maladie qui peuvent faire porter un diagnostic certain. Jeunesse, céphalalgie, diarrhée, stupeur, délire, somnolence, pétéchies, sudamina, épistaxis, hémorrhagies intestina- ' les, toux, escarres, fuliginosités de la bouche, [ météorisme ; tels sont les symptômes carac-

MALADIES DU TUBE DIGESTIF

téristiques qui doivent faire distinguer cette maladie.

La nature de la dothiénentérie a été fortement controversée. Considérer cette maladie comme une inflammation pure et simple me paraît peu fondé. Sans doute que l’élément inflammatoire prédomine dans la lésion des follicules intestinaux ; mais il prédomine aussi dans la variole, et personne aujourd’hui ne pense à la ranger dans la classe des phlegraasies simples de la peau; de même que cette dernière maladie et quelques fièvres éruptives, il faut l’envisager comme une inflammation spéciale, portant son action, là sur la muqueuse de la peau, ici sur la muqueuse intestinale.

Traitement. Ici divergence complète d’opinions. Les uns n’admettent que les anti-phlogistiques, les autres que les toniques. Ceux-ci préconisentles révulsifs, ceux-là les purgatifs ; d’autres associent ces moyens divers. Quelques-uns rejetant sur la nature les hasards d’une terminaison heureuse, ou les chances plus probables d’une fin funeste , se contentent de la diète et de quelques boissons adoucissantes. Remarquez qu’à l’appui de ces traitements si opposés vous trouverez des faits qui semblent concluants. Au milieu de ces opinions diverses cherchons à apprécier avec exactitude leur valeur respective, et rejetant les doctrines exclusives, éludions les modifications qu’une thérapeutique rationnelle imprime à la maladie.

La saignée générale convient dans les sept ou huit premiers jours de la maladie , quand la fièvre est forte, le pouls fréquent et plein.

Il importe cependant de ne pas saigner aussi abondamment que dans les autres phlegmasies ; il faudra se borner à une, deux et rarement trois saignées. Les relevés, faits dans ces derniers temps, démontrent que la saignée pratiquée dans ces circonstances exerce une heureuse influence sur la maladie. L’application des sangues à l’anus ou derrière les oreilles, sera utile quand les malades éprouveront des douleurs à l’abdomen, ou que la céphalalgie sera intense. On donnera en même temps des boissons acidulés, des lavements mucilagineux, des bains ou des demi-bains. On pourra placer des compresses froides surlefront,des cataplasmes chauds ou sinapisés aux extrémités. La diarrhée sera combattue par de l’eau de riz et des lavements d’amidon.

Quand l’état adynamique succède à celle première période, il ne faut pas hésiter à donner les toniques. Parmi ceux-ci, le quinquina doit jouer le principal rôle. On l’administre surtout sous la forme d’extrait sec ou mou, à la dose d’une ou deux onces par jour, dans une potion aromatique. On pourra aussi le donner en décoction ou en macération, édulcoré avec un sirop. On pourra substituer aux 1

boissons de quinquina des infusions de sauge et de camomille.

Dans cette période de la maladie, vous administrerez avec avantage une limonade vineuse , ou bien, par cuillerées, des vins de Bourgogne ou de Bordeaux, même des vins plus énergiques du midi de la France ou d’Espagne.

Quand la fièvre typhoïde présente la forme ataxique, les secours de la thérapeutique sont complètement incertains , et nulle indication ne paraît améliorer l’étatdes malades. On s’est quelquefois bien trouvé de l’application répétée de vésicatoires sur le front. Les faits de ce genre sont si peu nombreux, qu’il est sage de ne rien conclure à leur égard.

M. Chomel, guidé par les idées théoriques de M. Clanny , qui rapporte les fièvres typhoïdes à une altération du sang, consistant dans la disparition de l’acide carbonique qu’il contient, a voulu essayerl’eau de Seltz en boisson, conseillée pour rendre au sang l’acide carbonique qu’il a perdu. Cette substance qui parut d’abord exercer une grande influence sur la maladie, échoua complètement plus tard. M. Chomel a fait aussi des expériences sur les chlorures, soit en boissons, soit en lavements, soit en lotions. Nous les avons essayés nousmême, et plusieurs fois un amendement notable, suivi de guérison, a coïncidé avec l’administration deeemédicament.Ondonnedans chaque pot de tisane quinze à vingt gouttes de chlorure de soude, huit à dix gouttes dans les potions et vingt-huit à trente gouttes dans les lavements. On doit aussi arroser, avec ce même liquide, les cataplasmes dont on couvre l’abdomen.

Les purgatifs, dontles Anglais font un trèsgrand usage, viennent aussi d’être préconisés en France, par M. Delaroque,quiassureguérir, par ce moyen, la totalité, pour ainsi dire, des malades. Nous les avons aussi essayés, et leur administration a coïncidé tantôt avec une terminaison heureuse, tantôt avec une fatale (i).

On a aussi préconisé le calomel , que l’on donne à doses d’autant plus élevées que la maladie est plus grave.

On n’a pas tout fait, quand on a administré quelques médicaments aux malades; le traitement hygiénique est aussi fort important,

(1) M. Piédagnel a lu dernièrement à l’Académie de Médecine, une note sur l’emploi des purgatifs dans la fièvre typhoïde. Ce médecin a traité, par cette méthode , 134 cas de fièvre typhoïde. Sur ce nombre, il y en a eu 115 guéris et 19 morts.

Il divise ainsi ces 134 cas :

Fièvre typhoïde simple . . 69, guéris 69, morts 0.

— — ataxique . . 16, — 7, — 9.

— — adynamique 49, — 39, — 10.

De ce tableau il résulte que ce sont les fièvres typhoïdes légères qui guérissent par les purgatifs, résultat également obtenu par d'autres médications.

DE LA GASTRITE CHRONIQUE

et c’est dans ces maladies surtout qu’un air pur et souvent renouvelé , qu’une température médiocrement élevée, que la propreté des malades sont nécessaires. La convalescence devra être surveillée avec le plus grand soin et le régime alimentaire prescrit avec les plus grandes précautions.

Quand les épistaxis sont assez abondantes pour donner de l’inquiétude, on fait aspirer de l’eau très-froide aux malades , ou bien on a recours au tamponnement des fosses nasales. Contre les hémorrhagies intestinales, on prescrira les boissons à la glace, l’eau froide en lavements, des applications froides sur le ventre, et les médicaments astringents, comme l’eau de Rabel et le ratanhia.

Les ulcérations qui succèdent aux escarres doivent être pansées comme les plaies simples (1).

Les perforations intestinales qui surviennent pendant le cours d’une dothiénenterie sont au-dessus des ressources de l’art. Cependant MM. Stokes et Graves, médecins irlandais, ont annoncé des succès obtenus contre les péritonites qui succèdentaux perforations, par l’emploi de l’opium à hautes doses. Celte médication employée à Paris, a échoué dans deux cas. Ce n’est peut-être pas une raison pour y renoncer entièrement, car par les moyens ordinaires, les malades sont voués à une mort certaine.

Si la pneumonie qui vient compliquer la dolhiénentérie survient vers le début, alors que les malades ne sont pas encore entièrement affaiblis, on doit lui opposer les évacuations sanguines. Elles seraient inefficaces et même nuisibles dans la période adynamique.

Il en est de même de l’érysipèle, complication fâcheuse de la fièvre typhoïde, qui n’est arrêtée dans sa marche par aucune médication.

Les parotides qui se forment dans le cours de la fièvre typhoïde doivent être traitées par les antiphlogistiques. Quand la suppuration est évidente, 8n doit donner issue au pus le plus tôt possible, sans cela il fuserait dans les parties voisines ,;en donnant lieu aux plus graves accidents.

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Caractères anatomiques. Les caractères anatomiques de la gastrite chronique peuvent être les mêmes que ceux de la gastro-entérite aiguë, ou bien lui être propres. Les lésions qui appartiennent à la gastrite chronique

(1) M. Cayol conseille de faire , dès le début d’une fièvre typhoïde , des lotions toniques et astringentes sur tous les points où se forment ordinairement des escarres. La peau ainsi fortifiée, cède plus difficilement à la pression qui entraîne les excoriations.

sont : i° une couleur grisâtre et ardoisée de l’estomac; 2° la décoloration complète de la muqueuse avec ramollissement; 3° une induration remarquable de cette membrane; 4° une hypertrophie générale ou partielle, égale ou mamelonnée. Cette altération se présente surtout vers la portion pylorique ou vers la grande courbure de l’estomac. On y rencontre quelquefois des végétations pédiculées qui varient par leur forme et leur grandeur; 5° l’hypertrophie peut ne porter que sur les follicules qui offrent alors l’aspect des petites tumeurs; 6° elle peut être bornée j aux villosités qui apparaissent alors à l’œil I nu , comme lorsqu’on les examine au micro- ! scope; 7° l’ulcération de la muqueuse, soit | dans son tissu , soit dans ses follicules, ulcération qui est susceptible de se cicatriser.

Ces altérations diverses peuvent être bornées àla muqueuse ou bien s’étendre aux autres tuniques; celles-ci à leur tour peuvent être affectées, et la muqueuse rester saine. Il arrive quelquefois que le tissu cellulaire sousmuqueux s’infiltre et prend un développement considérable ; dans ce cas la membrane musculeuse s’atrophie, d’autres fois elle s’hypertrophie et semble ne former avec le tissu cellulaire sous-muqueux qu’une membrane fibreuse. Quand les choses en sont à ce point , il peut arriver que , les tissus restant altérés, la membrane muqueuse guérisse ; mais , à leur tour, ils peuvent irriter la muqueuse qui s’ulcère et qui laisse voir, à la mort, un fond d’un aspect cancéreux. Ces lésions sousmuqueuses ont leur siège de prédilection à la portion pylorique ou au grand cul-de-sac de l’estomac.

Causes. Les causes delà gastrite chronique sont à peu près les mêmes que celles de la gastro-entérite aiguë; elles agissenlseulement avec moins de promptitude et avec moins d’intensité. On peut dire aussi qu’elles exercent leur action sur des individus qui se trouvent dans d’autres dispositions; elle succède fréquemment à la gastro-entérite aiguë. L’influence des aliments excitants et irritants est ici plus efficace que dans la gastro-entérite aiguë; aussi rencontre-t-on souvent cette affection sur des sujets qui ont fait longtemps abus de la bonne chère , et , comme la goutte , elle est le partage de ceux qui jouissent de toutes les aisances de la vie. Un grand nombre de ces gastrites chroniques reconnaissent pour cause des influences nerveuses trop vives ou trop longtemps prolongées , comme les affections morales tristes ou les excès d’études. La masturbation produit, chez les jeunes gens en proie à cette funeste habitude, une névrose qui détermine une véritable gastrite ! chronique. Elle peut aussi survenir sans cause | appréciable, et comme par une espèce de prédisposition. On l’observe quelquefois sur des

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familles entières , qui l’ont reçue et qui la transmettent par voie de génération.

La gastrite chronique est surtout fréquente de trente-six à quarante ans , on l’observe cependant aussi chez de jeunes enfants et sur des sujets de dix-huit à vingt-cinq ans, surtout chez les jeunes filles délicates qui ont le teint pâle et le système musculaire peu développé.

Symptômes. Ils sont locaux et généraux , continus ou intermittents. On voit des individus qui digèrent bien pendant l’été, mais qui, pendant l’hiver s’ils mènent une vie sédentaire et s’ils ne se garantissent pas bien surtout de l’humidité, éprouvent des symptômes de gastrite chronique très-marqués, qui disparaissent dans des conditions opposées.

Les désordres des fonctions digestives sont très-variables. L’appétit est ordinairement augmenté, et il faut se garder de le satisfaire; dans d’autres cas, il est diminué ou bien les malades n’appètent que des excitants qu’il faut leur refuser. Il en est d’autres où les malades éprouvent un dégoût complet pour toute alimentation. Quelquefois les symptômes de gastrite chronique sont précédés d’une voracité extrême, qui s’apaise ou continue quand ces symptômes paraissent. Quelques malades désirent des aliments, qu’ils rejettent dès qu’ils les ont goûtés; quelques-uns éprouvent des tiraillements, qui cessent aussitôt qu’ils ont pris quelque nourriture, pour reparaître ensuite avec plus d’intensité; d’autres, au contraire , éprouvent du soulagement après avoir mangé. On en voit chez qui le besoin de manger ne se fait pas sentir, mais qui éprouvent des faiblesses ou des défaillances. Il en est qui ont l’appétit dépravé ou le pica.

La soif est quelquefois nulle; d’autres fois c’est le symptôme prédominant, et alors les malades urinent en proportion de la boisson qu’ils prennent. L’on a quelquefois confondu cette abondance d’urine avec le diabètes.

Les matières rejetées par l’estomac sont gazeuses ou liquides ; à l’état gazeux , elles constituent les vents, les aigreurs, les rapports, selon qu’elles sont ou non inodores. Ces gaz peuvent se former avant ou pendant le repas, et en si grande quantité que la respiration en est quelquefois gênée. Ils sont plus fréquents après le repas. Chez quelques malades, une diète prolongée les fait momentanément disparaître (i). Les rapports ont, dans certains cas, un goût aigre, âcre; ils font éprouver une sensation brûlante; quelquefois ils ont une odeur d’œufs pourris ; ils peuvent déterminer la régurgitation.

(i) J’ai connu un malade qui était dans une condition tout opposée; l’abstinence complèted’aliments solides était, chez lui, causedudévéloppement d’une quantité énorme de gaz. A. L.

Les vomissements , comme les nausées , peuvent être continus ou intermittents, et, dans ce dernier cas , ces phénomènes peuvent être le résultat de l’influence nerveuse. Ils ont lieu à toutes les heures de la journée , le malin à jeun comme après le repas. Les matières vomies peuvent être constituées par une mucosité filante, sans saveur et quelquefois âcre et brûlante. Cette mucosité peut être vomie sans que les aliments le soient. Quelquefois du sang est rejeté vers la fin de la gastrite chronique : c’est alors un signe de mort prochaine. Quelquefois cependant ce vomissement de sang a lieu au début; c’est dans quelques cas, le premier signe qui révèle la maladie. Les aliments sont quelquefois rendus en masse, d’autres fois il n’v en a que quelques-uns. Ils peuvent être rendus immédialement après le repas, ou après un temps plus ou moins long; ce cas arrive quand il y a obstruction ou engorgement squirrheux du pylore. On voit alors l’estomac distendu descendre plus ou moins bas, et dans quelques cas jusqu’au niveau de la crête iliaque. Chez quelques malades les vomissements durent autant que la maladie ; chez quelques autres ils n’ont lieu qu’au début, chez d’autres, au contraire, qu’à la fin.

Ladouleurn’est pas un symptôme constant; elle peut manquer, quelle que soit la gravité des lésions qu’on remarque après la mort. En général, elle existe continue ou par intervalles. Quelquefois elle se fait sentir brusquement, détermine alors un refroidissement subit de la peau , des convulsions , et après avoir été intense, disparaît sur-le-champ. Sous l’influence de cette douleur , il peut arriver que la peau se colore en jaune , comme dans l’ictère ; c’est à ce phénomène qu’on a donné le nom de colique hépatique, sans que cependant le foie soit altéré. La douleur épigastrique que l’on désigne sous le nom de colique d’estomac, de crampe d’estomac, est souvent considérée comme une affection purement nerveuse. Cette manière de voir est juste dans certains cas, mais il n’est pas moins vrai que dans beaucoup d’autres , elle coïncide avec la gastrite chronique, et qu’elle cesse avec elle. Quand la douleur est continue, elle est ordinairement peu vive ; elle l’est beaucoup plus, au contraire, quand elle revient par intervalles , qu’elle ait pour causes, soit l’ingestion des aliments, soit des affections morales vives. Son siège est très-varié , et nous ne pourrions à ce sujet que répéter ce que nous avons dit pour la gastro-entérite aiguë.

Tous ces phénomènes peuvent exister simultanément, ou bien ne se manifester que par intervalles ,ce qui fera croire aux malades qu’il s’opère chez eux un retour àla santé; ce qui fera qu’ils ne réclameront les secours de

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l’art que lorsque la maladie sera devenue incurable.

La gastrite chronique offre moins de symptômes généraux que la gastrite aiguë. 11 est rare que les centres nerveux soient influencés. Chez quelques malades, cependant, une céphalalgie, plus ou moins violente, accompagne la douleur à l’estomac. On en voit qui présentent quelques altérations des sens; ils entendent ou voient moins bien que dans l’état normal. 11 y en a qui, pendant tout le temps de la digestion , sont en proie à des idées bizarres; l’hypochondrie est souvent une conséquence de la gastrite chronique. Quelques malades éprouvent, pendant toute la durée de la maladie, une démangeaison à la peau, qui suit toutes les phases de la gastrite, diminue ou augmente avec elle.

Un des phénomènes symptomatiques les plus constants dans la gastrite chronique, c’est la constipation; elle diminueou augmente, selon que l’état de l’estomac s’améliore ou empire.

La langue peut rester à l’état naturel, elle peut être plus pâle , et ce cas se rencontre quand il y a induration de l’estomac. Quelquefois elle est rouge sur toute la surface , ou à la pointe et sur les bords. En l’examinant avec attention on voit que les papilles sont rouges et saillantes ; il est cependant plus ordinaire de les trouver pâles. La langue peut être'humide, ou sèche et râpeuse ; elle se trouve surtout dans ces derniers états le malin au réveil. Quelques malades éprouvent un surcroît de sensibilité à cet organe, ils se plaignent surtout d’une sensation de chaleur. La bouche est amère, pâteuse, sèche; des aphthes s’y développent; dans quelques cas, les gencives s’altèrent, les dents se couvrent de tartre, la salivation est augmentée etla salive devient acide.

La circulation n’est souvent pas dérangée. Les malades peuvent succomber sans avoir éprouvé de fièvre; elle existe quelquefois, mais seulement par intervalles, et coïncidant avec les exaspérations de la maladie. Il n’est pas rare de voir des malades chez lesquels le pouls s’accélère le soir, ou après le repas. Pendant la digestion, la face est ordinairement rouge, et le reste de la peau pâle. Mais quand la maladie fait des progrès , la peau devient de plus en plus blême et jaunâtre, ce qui annonce un état squirrheux de l’estomac. La peau est souvent le siège d’affections dartreuses , dont la guérison est liée à celle de la gastrite chronique.

L’appareil respiratoire n’est pas souvent influencé par la gastrite chronique. Quelquefois cependant les malades éprouvent de la toux qui augmente avec la maladie. Ils sont, dans certains cas, sujets à des étouffements qui peuvent provenir d’autre cause que de l’accumulation de gaz, phénomène que nous avons déjà noté.

Les sécrétions bilieuse et rénale ne sont pas en général modifiées dans celte maladie ; il n’en est pas de même de celle de la peau, qui est ordinairement sèche. Quand les malades suent, les sueurs sont altérées. Dans quelques cas rares, l’anasarque survient vers la fin de la maladie.

Marche. Elle varie. La gastrite chronique peut être continue avec exacerbation, elle peut rester stationnaire, ou présenter ces deux états alternativement.

Durée. Cette maladie est toujours lente et de longue durée. Quelle que soit l’acuité de ses symptôrpes, si la maladie dure longtemps, on doit admettre une gastrite chronique par sa marche, et aiguë par ses symptômes, et une gastrite chronique par sa marche et par ses symptômes.

Terminaison . Elle se termine par le retour à la santé ou par résolution, par ulcération, par induration , cancer et perforation. Elle passe souvent de l’état chronique à l’état aigu.

Pronostic. Il doit varier suivant l’intensité et l’ancienneté de la maladie, suivant, les lésions organiques qu’elle a opérées, suivant la constitution, l’âge et la force du sujet.

Les variétés de la maladie dépendent des lésions anatomiques qu’elle laisse après elle. Ces lésions peuvent n’être qu’un simple érythème ou bien une altération de texture qui détermine le ramollissement et le cancer de l’estomac.

Traitement . Le traitement de la gastrite chronique doit être emprunté aux moyens thérapeutiques et aux moyens hygiéniques.

Les moyens thérapeutiques agissent sur le système circulatoire, sur la peau, sur les intestins ou sur l’estomac lui-même.

1° Sur le système sanguin. Les évacuations sanguines doivent être pratiquées au moyen des sangsues ou des ventouses scarifiées ; rarement au moyen des saignées générales. On ne doit employer les sangsues que lorsque la maladie reprend une marche aiguë, ou quand il y a exaspération des symptômes. On doit les poser à l’anus ou au creux de l’estomac. Dans d’autres circonstances, ellesseraient nuisibles en agissant sur le système nerveux, si le malade est très-faible; et elles pourraient réveiller des sympathies fâcheuses comme les douleurs, les nausées, les vomissements.

2° Sur la peau. On peut faire usage de cataplasmes sur l’épigastre et l’abdomen; de fomentations de guimauve et de pavots, s’il y a vive douleur ; de bains tièdes , soit avec l’eau simple, soit avec de l’eau tenant en dissolution de l’amidon ou de la gélatine, ou de la décoction de racines de guimauve etde graines de lin. Vous trouverez des malades qui ne peuvent digérer que dans le bain ; c’est^à eux surtout que cette médication est favorable en déterminant une réaction salutaire. En sor-

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tant du bain on peut, pour augmenter cette réaction, frotter les malades avec une flanelle imprégnée de quelque liqueur alcoolique, et puis les mettre dans un lit dans lequel on fera des fumigations avec des baies de genièvre. On peut aussi administrer des bains chauds aromatisés avec des plantes ou contenant du sulfure de potasse ou du savon dissous. Il ne faut employer ces moyens que tout autant qu’ils n’augmentent pas la sécheresse de la peau, ou qu’ils n’irritent pas le système nerveux. Les bains de vapeur sont, dans quelques cas, administrés avec avantage, il en est de même des eaux minérales de Baréges, de Saint-Sauveur, de Cauterets, d’Aix en Savoie. Si ces bains excitent trop, on peut les mitiger avec de la gélatine, et il est toujours bon de le faire au début. On emploie aussi les bains salins, artificiels ou naturels, comme ceux de Plombière , les bains d’eau de mer, de Vichy (source de l’Hôpital, pour produire une irritation légère , source de la Grille, pour en produire une plus forte) . On peut produire une rubéfaction à la peau en la frictionnant avec de la flanelle sèche ou imprégnée d’alcool, soit avec une brosse , soit avec de la teinture de cantharides, ou bien encore avec la pommade suivante :

2J- Huile d’olives § ij.

Ammoniaque liquide. . . . 3 ij-

Camphre Q. S.

Les malades qui se plaignent d’un froid constant aux pieds, devront se faire fortement frictionner les membres abdominaux. On pourra appliquer avec avantage des ventouses sèches à la région épigastrique. Dans quelques cas, il est bon d’entretenir un point de suppuration par des visicatoires fixes ou volants, les moxas, les cautères. Les emplâtres de poix de Bourgogne et de tartre stibié, les frictions faites avec une pommade stibiée sont aussi, dans quelques cas, employés avec succès. On s’est bien trouvé , dans certaines circonstances de placer un séton sur l’épigastre. Mais tous ces moyens, quelquefois avantageux, sont d’autres fois inutiles et souvent dangereux.

3° Sur les gros intestins. Pour provoquer des évacuations alvines , on doit employer des lavements d’abord avec de l’eau simple ou émolliente, puis avec de légers laxatifs comme l’huile et le lait, une décoction de pruneaux, du petit-lait; on peut y ajouter un peu de miel mercurial. On administre aussi des purgatifs, tels que l’huile de ricin, la magnésie qui , séjournant peu dans l’estomac, ne peuvent pas augmenter son irritation.

4° Sur l’estomac lui-même. C’est surtout aux émollients qu’on a recours, et qu’on varie autant qu’on le peut. Ainsi, l’on ordonne l’eau de gomme; l’eau de poulet, soit pure, soit avec un peu de cerfeuil ; l’eau blanchie avec du lait

ou édulcorée avec le sirop de gomme ou de guimauve. En général , on se trouve mal du petit-lait et des émulsions. Quand la gastrite chronique dure depuis très-longtemps et que longtemps aussi on a insisté sur les boissons mucilagineuses , il faut recourir aux substances aromatiques, comme l’infusion de camomille, de tilleul, de thé, l’eau gazeuse de Seltz, l’eau de Vichy (source de l’Hôpital), quelques amers pour arriver par gradations à l’extrait de quinquina et au sulfate de quinine. On peut aussi donner des préparations ferrugineuses, mais avec beaucoup de prudence.

Quand un symptôme prédomine, on doit lâcher de le calmer ; ainsi , quand la douleur est très-vive, on fait usage de fomentations d’eau de morelle , de jusquiame , de frictions sur l’épigastre avec l’acide acétique. Pour le vomissement , on peut mettre un vésicatoire sur l’épigastre, faire usage de l’eau de Seltz; appliquer de la glace ; on peut aussi essayer des frictions éthérées. Quant aux gaz , dont la présence cause souvent une sensation fort pénible, l’on arrête leur développement en faisant avaler de l’eau chaude bien sucrée, avec quelques-goultes d’eau defleurs d’oranger. On fait usage aussi de pastilles contenant du carbonate de soude et une poudre inerte (pastilles de Vichy).

Parmi les moyens hygiéniques employés dans le traitement de la gastrite chronique, l’alimentation tient le premier rang. Quand la maladie n’est pas très-ancienne, il faut prescrire une alimentation douce et de facile digestion. Mais si l’affection vient à se prolonger, les malades se fatiguent du même régime alimentaire, et il faut alors le varier autant qu’on le peut. Quelques légers excitants, de temps en temps, comme le bouillon de bœuf, ou un peu de mouton grillé, rompent la monotonie d’un régime longtemps soutenu. Dans quelques circonstances, il est nécessaire de suspendre tous les aliments , puis de recommencer par le lait, le meilleur des médicaments doux, dont on varie l’administration pour le faire supporter aux malades qui s’en dégoûtent quelquefois. On peut le couper, soit avec de l’eau, soit avec des infusions mucilagineuses , quelquefois avec une infusion aromatique, comme celle de feuilles d’oranger. Si le lait de vache ne peut être supporté , il faut recourir au lait d’ânesse qui. se digère mieux. Il existe, au reste, des différences trèsgrandes relativement au degré de tolérance de 1, 'estomac des malades pour les aliments. Tel supporte très-bien des soupes au beurre, au riz, à la semoule ou à la fécule, tel autre ne peut les digérer. Celui-ci s’accommode fort bien de l’eau de poulet, celui-là ne peut supporter que des herbes et des légumes. L’un appète et digère les aliments gras, l’autre les maigres. Les viandes blanches et les poissons

DE L’ENTÉRITE CHRONIQUE

sont en général bien supportés. Quelques malades, cependant, digèrent mieux les viandes plus énergiques , comme le mouton grillé. On ne doit cependant les prescrire qu’avec beaucoup de précaution. Il faut recommander aux malades de ne recommencer un second repas que lorsque la digestion du précédent sera entièrement terminée. S’ils éprouvent des faiblesses, des tiraillements de l’estomac, on pourra , sans inconvénient, ne pas trop résister à leurs désirs. Ils devront ne pas manger trop de pain et ne jamais satisfaire complètement leur appétit.

La boisson des malades doit , dans la plupart des cas , être de l’eau pure , ou légèrement rougie par du vin de Bordeaux. L’eau sucrée et l’eau de Sellz sont administrées avec avantage. Il ne faut pas, en général, donner les boissons trop froides.

Les malades doivent porter des vêtements de flanelle sur la peau , et conserver leurs pieds chauds dans des bas de laine. Ils doivent être assez couverts, mais éviter l’excès de chaleur qui nuit à la digestion. Ils feront un exercice modéré , se livreront à l’équitation, à la natation, surtout aux bains de mer. Quand les malades sont trop faibles pour supporter ces exercices , il faudra les faire promener en voilure. On en rencontre qui répugnent à toute espèce d’exercices, qui ne se trouvent bien que dans leur lit, et qui ne digèrent que là.

On devra, si cela est possible, habiter un climat tempéré , dans un air pur et sec , et rechercher l’exposition au sud ou au sud-ouest.

Les émotions vives et les passions tristes ont une grande influence sur la gastrite chronique. On devra les éviter avec le plus grand soin , ainsi que les travaux intellectuels trop prolongés. Certains malades désirent la solitude , d’autres , au contraire , recherchent les plaisirs d’unédouceconversation; il faut avoir pour eux beaucoup de complaisance, satisfaire leurs désirs, quelquefois même leurs caprices.

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