DE LA DOUDÉNITE CHRONIQUE
Cette affection est beaucoup plus rare que la précédente , les causes et les lésions anatomiques sont les mêmes.
Les symptômes en sont souvent obscurs , et les troubles de la digestion, quand ils existent, ne se montrent 'que trois ou quatre heures après le repas.
M. C. Broussais , qui a fort bien décrit cette affection, admet trois périodes ou plutôt trois formes de cette maladie.
1° Gette forme est caractérisée par une douleur éprouvée dans la région pylorique. Il y a chaleur, douleur plus ou moins vive, mais seulement quand l’individu a fait un repas un peu copieux.
2° Les phénomènes sont les mêmes, mais les douleurs sont plus prononcées et ont lieu après un repas ordinaire.
3° Les phénomènes sont alors continus et souvent accompagnés de vomissements; l’appétit peut persister , mais il y a souvent anorexie.
La duodénite entraîne assez souvent, comme complication , l’affection du foie.
Le traitement est à peu près le même que celui de la gastrite chronique.
de l’entérite CHRONIQUE ( ENTERO-COLITE ).
Nous comprenons sous ce nom l’inflammation chronique de l’intestin grêle et du gros intestin.
Caractères anatomiques. Elle se traduit assez souvent par des lésions semblables à celles des précédentes maladies, elle en a aussi qui lui sont propres , comme la coloration noire des villosités. Souvent aussi les follicules se tuméfient et il en résulte une entérite folliculeuse chronique. La seule différence qui la sépare de l’aiguë , c’est qu’ici les follicules isolés s’affectent plus souvent que les follicules agminés.
L’ulcération est une terminaison fréquente de ces lésions. Elle affecte trois formes différentes : i° Les unes occupent le diamètre longitudinal des intestins et siègent sur les follicules agminés ; 2° les autres le diamètre transversal et affectent le plan même de la muqueuse; 5° d’autres sont arrondies et siègent dans les follicules isolés. Elles s’étendent en largeur et en profondeur au point de perforer les tuniques intestinales , ce qui entraîne une péritonite aiguë ou chronique qui détermine des adhérences avec quelques points des parois intestinales qui , venant à se perforer à leur tour, forment un anus contre nature. Il n’est pas rare de voir des tubercules intestinaux sur le bord des ulcérations. Parfois les ganglions mésentériques s’engorgent et forment une dégénération appelée carreau , affection commune chez les enfants.
Symptômes. Souvent les malades n’éprouvent qu’un simple sentiment’de gêne; d’autres fois, c’est une véritable douleur ici aiguë, là sourde , fixe ou mobile. Elle se fait surtout sentir après le repas , elle s’exaspère sous l’influence d’émotions morales , d’exercices violents, de secousses de voiture, etc.
Si l’inflammatiomsiége au jéjunum , il y a constipation; si, au contraire, au gros intestin , il y a diarrhée ; et dans ce cas les selles sont colorées en jaune ou vert, ou peuvent être constituées par des matières de couleur argileuse. La présence du pus ou de fausses ! membranes dans les déjections alvines , est un ' indice d’un danger imminent. La fréquence | des selles est d’ailleurs variable , quelques ma- ! lades ne vont à la garde-robe qu’une fois dans
MALADIES DU TUBE DIGESTIF
les vingt-quatre heures , d’autres y vont trèssouvent.
Dans un degré avancé de la maladie, souvent le ventre est considérablement ballonné, ce qui contraste avec l’émaciation générale. Les parois abdominales sont, au contraire, quelquefois affaissées. .
La langue est plus rarement modifiée que dans la gastrite chronique , elle est plutôt pâle que rouge, comme dans celle-ci. Il n’est pas rare de voir les malades conserver leur appétit , mais le plus grand nombre le perdent à mesure qu’ils approchent du terme fatal de la maladie. Les désordres sympathiques sont les mêmes quedans la gastrite chronique , la peau est remarquablement sèche.
Dans quelques cas , une petite toux sèche apparaîtchez les malades atteintsde marasme, et ils meurent avec tous les symptômes de la phthisie. C’est qu’en effet il y a deux grandes variétés d’entérite chronique, celle où il n’y a qu’entérite simple , et celle où l’entérite n’est qu’un symptôme ou une complication de la phthisie pulmonaire.
Durée. La durée de cette affection est illimitée. On voit des malades vivre de longues années pendant lesquelles, de temps en temps, surviennent des rémissions complètes, qui font croire à une guérison définitive, puis le moindre écart de régime les replonge tout à coup dans une nouvelle crise de la maladie.
Traitement. Comme celui de la gastrite chronique, il se compose de moyens thérapeutiques et de moyens hygiéniques.
Quand la maladie prend une forme subaiguë, l’application de sangsues à l’anus ou sur les parois abdominales est indiquée 5 les révulsifs ne conviennent que quand la phlegmasie est complètement chronique. Quand la diarrhée est très-abondante , on prescrit des lavements émollients auxquels on ajoute le laudanum.
Les moyens hygiéniques sont les mêmes que ceux que nous avons indiqués dans le traitement de la gastrite chronique. Une condition essentielle dans l’alimentation , c’est que les aliments ne laissent pas de résidu. Aussi faudra-t-il proscrire les légumes et se borner aux jus de viandes , aux gelées végétales etanimales. On ne négligera pas non plus les boissons toniques, les amers, les vins généreux, etc.
3e Ordre. — Anémies du tuee digestif.
On donne ce nom à un état morbide consistant dans la diminution du sang contenu normalement dans les vaisseaux capillaires du tube digestif.
Celte affection est rare dans la portion sousdiaphragmatique de ce tube ; elle est aussi peu connue.
L’anatomie pathologique nous apprend que
I la surface interne de l’estomac et des intestins présente quelquefois une grande pâleur sans autre altération appréciable. Mais souvent aussi à cette pâleur se joint une altération de consistance, c’esl-à-direleramollissementdes tuniques de l’estomac.
L’anémie du tube digestif est primitive ou consécutive à une phlegmasie chronique qui passe de l’état sthénique à l’état asthénique. Elle a été principalement observée chez les enfants.
Les symptômes qui traduisent cet état, pendant la vie, sont peu tranchés; on a observé des vomissements , de la diarrhée , un affaiblissement progressif porté jusqu’au marasme, et, danscette période, des symptômes nerveux, comme des convulsions , qui surviennent ordinairement dans un état phlegmasique.
Doit-on admettre que l’anémie des parois gastro-intestinales accompagne la chlorose , qu’elle coïncide avec cette altération du sang et qu’elle soit cause des mauvaises digestions que présentent les chlorotiques ?
Doit-on admettre aussi qu’elle occasionne ces troubles dans les fonctions digestives qui accompagnent les hémorrhagies ?
Tout cela est probable, mais n’est pas démontré.
4e Ordre. — Hémorrhagies du tube digestif.
Elles doivent être étudiées dans l’estomac et dans l’intestin.
1° Dans l’estomac. On l’appelle gastrorrhagie ou hématémèse. Ce dernier mot est impropre , car il exprime un symptôme , vomissement de sang , qui ne se rencontre pas toujours , puisqu’il est des cas où le sang est rendu parlesselles,ouséjournedansl’eslomac.
Les causes de la gastrorrhagiesonl des coups à l’épigastre, des corps étrangers introduits dans le ventricule, comme des arêtes, des sangsues ; certains inflammations sur-aiguës de l’estomac , ou son cancer qui peut déterminer la perforation d’une artère. Une cause qu’il importe de ne pas passer sous silence, c’est l’absence ou la suppression des règles chez les femmes. Il n’est pas rare de voir des femmes présenter cette menstruation artificielle. Il est des circonstances où celte maladie ne coïncide avec aucune lésion appréciable de l’estomac, et alors, à l’ouverture du cadavre , on le trouve ou bien injecté , ou bien dans un état complet d’anémie. On ne peut alors l’expliquer que par une modification quelconque de la circulation dans l’estomac, sans que d’autres fonctions de l’économie aient aucunement participé à celte cause. Elle peut être sous l’influence d’une maladie générale; elle peut dépendre d’un obstacle apporté à la circulation veineuse, comme une affection organique du cœur , du foie et plus souvent que tout cela , d’une modification de la composition du sang. L’hémorrhagie gas-