DE LA SALIVATION MERCURIELLE
rature douce et uniforme, il faut l’activer davantage, et lesboissons chaudes et abondantes rempliront, mieux que les sudorifiques proprement dits, cette indication à laquelle satisferont mieux encore les bains d’étuve sèche ou humide, dont l’action est si énergique et si prompte. On ne devra pas craindre d’insister sur cet ordre d’agents thérapeutiques.
Si la constipation est une des causes déterminantes les mieux connues de la salivation, les laxatifs etles purgatifs eux-mêmes doivent être comptés parmi les principaux auxiliaires de son traitement; et, "ici, point de préférence motivée pour tel ou tel purgatif. Produisez des évacuations par une excitation douce, mais surtout continue, du canal intestinal : c’est ce qui est important. Du reste, employez les laxatifs à forte dose, ou les drastiques à doses fractionnées; le résultat légitime et l’emploi des moyens indiquent lamesure dans laquelle on doit se tenir. Mais rien ne saurait être prescrit à la lettre, dans cette maladie, pas plus que dans toute autre, et nous ne pourrions dire, comme quelques auteurs, si l’on doit donner un purgatif tous les deux, trois ou quatre jours.
Les révulsifs appliqués sur la peau peuvent être théoriquement conseillés ; mais leurs effets ne sont pas à beaucoup près assez certains pour qu’on puisse risquer de recourir à ceux qui sont douloureux. Il sera donc utile de se borner aux bains de pieds simples ou animés avec la moutarde, la cendre, le sel, etc. Quant aux vésicatoires vantés par des auteurs qui ont peu pratiqué , ils seraient peu efficaces quand l’inflammation de la bouche est fort aiguë ; et quand elle a beaucoup diminué, ils peuvent être considérés comme à peu près inutiles.
Nous n’avons à parler ici des médicaments divers qu’on a tour à tour conseillés comme exerçant sur le mercure une action chimique, que pour les blâmer tous comme inutiles, et plusieurs d’entre eux comme dangereux. On n’a pas de danger à craindre de l’or à l’état métallique, avec lequel le mercure devait, d’après la théorie, s’amalgamer promptement. Il en est de même , à peu près, du soufre sublimé réduit en pilules et administré à la dose d’un gros ou de deux gros *par jour. Ce dernier médicament, au moins, a l’avantage d’agir comme un laxatif faible , et sous ce rapport iln’est pas complètement inutile. Mais lessulfures de chaux et de magnésie, l’acide sulfurique, l’acétate de plomb et autres substances analogues, non seulement ne jouissent d’aucune efficacité particulière, mais encore peuvent, lorsqu’ils sont administrés en trop fortes proportions, susciter des inflammations intestinales plus ou moins graves, et provoquer de véritables empoisonnements, loin de contribuer à la guérison.
L’opium et le camphre n’ont pas plus de puissance pour combattre la salivation qu’ils n’en ont pour la prévenir, malgré les assertions contraires d’observateurs prévenus.- L’opium peut être utilement associé aux agents thérapeutiques que nous avons indiqués plus J haut.
Les astringents en application locale ne sont nullement convenables dans l’état aigu de la maladie. Tout au plus, pourraient-ils trouver place dans le traitement rationnel, dans les cas où l’inflammation, soit primitivement, soit à la suite des moyens employés , a peu d’intensité. Encore ne serviront-ils qu’à accélérer un peu la terminaison favorable de la maladie, ce qui, d’ailleurs, n’est pas à dédaigner; mais, employés comme répercussifs, et dans l’intention d’empêcher le développement de l’inflammation, ils pourront avoir du succès, pourvu qu’ils soient mis en œuvre à temps et avec assez de persévérance, et pourvu aussi que l’on supprime assez tôt le mercure, cause première et évidente de tout le désordre; autrement, la salivation n’en aura pas moins lieu, et les astringents alors ne feraient qu’ajouter à l'irritation commencée.
C’est par cette action astringente et répercussive que peuvent être expliqués naturellement les bons effets de l’espèce de cautérisation superficielle, au moyen de l’acide hydrochlorique , que dans ces derniers temps on a voulu préconiser comme une sorte de spécifique. Si nous ajoutions quelque importance à une explication, nous ferions remarquer d’abord que, dans la plupart des traitements mercuriels exécutés de nos jours, le médicament est administré à trop faibles doses, et le médecin trop attentif aux résultats, pour qu’il ne suffise pas de le suspendre, sans employer même aucun autre moyen, pour faire disparaître les accidents; en second lieu , que les cautérisations superficielles pratiquées avec un caustique quelconque auraient le même succès : seulement, on devrait peut-être préférer le nitrate d’argent fondu qui est solide , et dont par conséquent on peut parfaitement borner l’action, aux acides et aux autres caustiques liquidesquis’étendentjusqu’auxdenls, malgré les précautions qu’on peut prendre , et qui leur font subir des altérations plus ou moins graves , et cela, sans aucune nécessité. Cependant, nous sommes loin de rejeter l’emploi de l’acide hydrochlorique, que nous avons bien des fois , et depuis longtemps , employé avec succès. *
La cautérisation superficielle, judicieusement pratiquée, offre une ressource précieuse pour garantir les ulcérations opiniâtres qui succèdent aux salivations prolongées. Ici, comme ailleurs, la cautérisation a pour objet de couvrir l’ulcère d’un appareil inamo- * vible , qui le garantira de l’impression des
224 MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
corps extérieurs, et de permettre à la cicatrice de s’établir solidement. Aussi, compren- j dra-t-on qu’il faut renouveler la cautérisation aussitôt que l’escarre est tombée ; de même que l’on replacerait sur un ulcère du bras le plumasseau de charpie ou le morceau de sparadrap destiné à le couvrir, s’il venait à se déplacer.
Il est rare que la salivation passe à l’état chronique; mais, en pareille circonstance, ce serait surtout sur le traitement local qu’il conviendrait d’insister, etque la cautérisation superficielle et réitérée trouverait une application des plus salutaires. C’est pour avoir méconnu cette vérité pratique , que certains médecins ont vu la salivation durer indéfiniment, et produire des accidents fâcheux qui sont presque sans exemple de nos jours.
Après avoir décrit la salivation mercurielle comme phénomène morbide , et après avoir indiqué les moyens de la prévenir et de la combattre , il nous reste à l’apprécier comme fait thérapeutique dans la syphilis, seule maladie où elle ait été considérée comme ayant une influence curative.
En effet, dès que le mercure fut administré à forte dose dans le traitement de la syphilis, la salivation dut être observée, et il était impossible que ce grave phénomène ne fixât pas l’attention. D’abord , et pendant longtemps , elle fut considérée comme une évacuation salutaire, comme la crise delà Çèvre que suscitait le mercure, et comme entraînant le virus qui se fixait sur les glandes salivaires : mais les accidents très-fâcheux qui se manifestèrent si fréquemment, finirent par ouvrir les yeux des praticiens, qui commencèrent à se demander si ce n’était pas acheter bien cher une guérison d’ailleurs encoreincertaine, que de soumettre les malades aux pénibles chances dé la salivation. Les souffrances des malheureux exténués par le mercure furent représentées avec les couleurs les plus sombres, et c’est de cette époque même que date l’introduction des sudorifiques dans le traitement de la maladie vénérienne. Il paraît, d’ailleurs, par ce que nous avons vu nous-même, que le tableau pouvait n’être pas exagéré. D’un autre côté, on vit des malades chez lesquels le mercure n’avait pas produit de salivation, guérir néanmoins, et l’on essaya la méthode par extinction, comme on l’appelle, c’est-àdire celle dans laquelle la salivation est considérée comme inutile et même comme nuisible et soigneusement évitée. Comme les guérisons ne furent ni moins nombreuses ni moins solides , et que la salivation avait laissé de tristes souvenirs, on accueillit avec empressement la nouvelle méthode qui a conservé son crédit jusqu’à nos jours.
Ce n’est pas, néanmoins, que des praticiens respectables n’aient employé et n’emploient
quélquefois encore la salivation comme assurant le succès du traitement, dans les maladiessyphilitiques graves et rebelles, ou comme moyen d’enrayer immédiatement les progrès de celles qui marchent avec trop de rapidité. Mais de l’examen attentif et du dépouillement de nombreuses observations, résulte pour nous cette opinion, que si, dans le premier cas, il est bon que le mercure porte aux gencives pour être assuré qu’il est absorbé et qu’il agit; et que, si, dans le second, la salivation rapidement provoquée peut être doublement salutaire, et par la révulsion, et par la médication spécifique, il est inutile et même nuisible de l’entrejenir et de la prolonger : on doit, au contraire, et c’est ainsi que nous pratiquons habituellement, la combattre et continuer le traitement par extinction.
D’ailleurs nous avonsenvisagé la salivation sans prévention, et si nous la signalons comme inutile et comme nuisible en général, ce n’est pas du tout par la frayeur panique qu’elle nous aurait inspirée, comme elle l’inspire à beaucoup de personnes. En effet, cette affection accidentelle peut être maintenue dansdes limites telles qu’elle soit supportable, et il faudrait avoir bien peu observé et bien mal lu , pour croire qu’elle amène toujours la carie des dents et des os maxillaires , ainsi que la gangrène des joues. Nous nous résumons donc en disant que , dans l’état actuel de la science et de la pratique, la salivation est regardée comme un accident du traitement mercuriel, même par les médecins qui admettent la spécificité du mercure; qu’elle peut avoir quelque utilité dans des cas particuliers et assez rares ; qu’en tout cas elle ne doit pas être entretenue comme on le faisait jadis (Dictionnaire en 15 vol., tomrxiv).
Parmi les lésions de nutrition , le cancer peut affecter les glandes salivaires et surtout la parotide.
Ire CLASSE. — LÉSIONS DE CIRCULATION.
Vhypérèmie simple du pancréas a été quelquefois constaté sur les cadavres.
riIIÆGMASIES.
Pancréatite aiguë.
Les maladies du pancréas ont été peu étudiées. Il n’existait sur ce point de la science aucune monographie complète, avant que M. le docteur Mondière s’occupât de ses recherches pour servir à l’histoire pathologique des maladies du pancréas, mémoire qui a été couronné par la Société médicale d’émulation de Paris. Nous ferons de nombreux emprunts à ce travail, qui résume l’état de nos connaissances actuelles sur ce point de pathologie.
M. Mondière ne doute pas que l’inflamma-
DE PANCRÉATITE CHRONIQUE.
tion aiguë de pancréas ne soit plus commune qu’on ne le croit généralement.
Cette maladie est idiopathique , ou la suite d’une phlegmasie de l’estomac, du duodénum ou du foie; d’autres fois , elle est le résultat sympathique de l’inflammation des glandes salivaires.
Dans les faits publiés jusqu’à ce jour, on a trouvé à l’autopsie le pancréas rouge et tuméfié, hypertrophié, induré, plus’ mou, plus vasculeux que dans l’état normal, plus conT sistant, laissant écouler après l’incision de sa substance, denombreuses gouttelettes desang. On a trouvé son canal excréteur très-dilaté.
Les symptômes qui traduisent cette affection sont la diarrhée , qui, composée d’abord d’un mélange de matières aqueuses et bilieuses, ressemble plus tard à la salive ; douleur épigastrique , d’abord obtuse , puis pongitive et accompagnée de toux et d’orthopnée. Cette douleuï* est fixe, profonde , augmentant par la plénitude de l’estomac et par les fortes inspirations, empêchant quelquefois la maladie de se coucher sur le dos et surun côté. Un état fébrile plus ou moins prononcé accompagne ces symptômes.
La pancréatite aiguë peut se terminer par résolution, par gangrène et par suppuration.
PANCRÉATITE CHRONIQUE.
D’après M. Mondière, l’inflammation chronique du pancréas a été souvent observée, soit comme terminaison de la pancréatite aiguë, soit qu’il s’établisse primitivement. Le professeur Heineeken , de Brême , dit avoir vu plusieurs fois, dans des cas de cette espèce, que chaque matin avait lieu un vomissement d’un liquide analogue à la salive et mêlé de mucosités. Immédiatement après, et même lorsque le vomissement manquait , survenait une évacuation d’une liqueur limpide, chaude, quelquefois acide, et qui ne s’arrêtaitqu’après l’ingestion d’une boisson un peu chaude. Un autre symptôme peu constant encore était la constipation, qui ne cédait que quand le mal était déraciné. M. Mondière a observé pareils phénomènes chez un individu mort à l’âge de 42 ans, et qui, chaque matin, avait des vomissements semblables. 11 lui a souvent répété, que le matin, aussitôt après son lever, il éprouvait au fond du gosier un chatouillement incommode qui le forçait de faire de violents efforts pour rejeter quelques mucosités et des eaux en assez grande abondance;qu’aussitôt après , il fumait pour chasser plus facilement ce qu’il appelait sa pituite, dont il rejetait alors par régurgitation, et sans beaucoup d’efforts , une pinte et plus; qu’après avoir fumé, il buvait un petit verre d’eau-devie qui semblait arrêter les vomissements , et que la gêne et l’embarras qu’il éprouvait à son réveil au creux de l’estomac disparais-
saient en grande partie. Cet homme, dont là peau et les yeux ont constamment offert, dans les derniers temps de son existence, une teinte jaunâtre , a bien évidemment succombé à une altération chronique des organes situés dans la région épigastrique , et M. Mondière pense que, chez lui, le pancréas était l’organe le plus profondément affecté. Malheureusement, à l’époque où il l’observait , M. Mondière n’avait pas dirigé ses recherches sur les altérations de cet organe.
Voici une observation empruntée au journal d’Hufeland , avril 1822 , bien propre à faire connaître les symptômes et la marche de la pancréatite aiguë.
Une villageoise, forte et bien portante jusqu’à l’époque de son mariage , avait eu, dans l’espace de six ans , cinq enfants et les avait perdus. Dans le mois de mars 1820, elle mit au monde un sixième enfant. Immédiatement après la délivrance, elle fut saisie d’une fièvre violente. Cette fièvre était encore assez forte dix semaines après les couches; la malade était pâle, émaciée , exténuée par des sueurs abondantes et une continuelle salivation, avec éructation d’une liqueur filante, jaunâtre, sans odeur ni saveur. La quantité de ce liquide sécrétée dans les vingt-quatre heures dépassait deux livres; la bouche et le gosier présentaient un aspect naturel; tantôt il y avait constipation, tantôt diarrhée, et les selles alors étaient semblables aux mucosités readues par la bouche. Anorexie , grande soif qu’on ne parvenait à calmer qu’en humectant souvent la bouche, car la plus petite quantité de boisson occasionnait des spasmes de l’estcmac. Le soir, exacerbation de la fièvre. En outre, douleurs pongitives et transitoires dans le côté gauche de la poitrine , toux sèche, fréquentes palpitations, syncopes au moindre mouvement. La malade éprouvait dans le dos des douleurs qui se propageaient jusque dans l’épaule et le bras droits; sentiment de pression à la région précordiale, et d’anxiété alternant avec les spasmes de l’estomac. Les urines déposaient un sédiment briqueté. Cet ensemble de symptômes fit juger au docteur Eyting que c’était dans le pancréas que siégeait la maladie , et non dans le poumon , comme l’avait pensé un médecin consulté avant lui. Ce n’est, en effet, qu’à l’altération du premier de ces organes qu’appartient l’évacuation d’un suc salivaire par le haut et par le bas, alternant avec la constipation. M. Eyting prescrivit la potiort suivante , à prendre par cuillerées :
Acide muriatique oxygéné. . . . $j.
Mucil. gomm. arab $ij.
Aq. cinnam. ( sine vino ) §v.
Tinct. Thebaïc 96.
Sacch. alb. q. suff. ad. grat. sap
MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
Au bout de huit jours, l’état de la maladie s’était déjà sensiblement amélioré ; l’évacuation du liquide salivaire, les sueurs, ainsi que les éructations avaient un peu diminué. Le même remède fut continué en renforçant les doses ; on y joignit des frictions avec le baume du Pérou dissous dans l’alcool , et en peu de temps disparurent la constipation, les sueurs, la salivation et la diarrhée. Enfin, les anodins ,et les toniques , surtout les martiaux, continués pendant trois mois, ramenèrent la malade à un état de santé qu’elle n’avait plus connu depuis son mariage. Elle vaquait aux soins de son ménage , et se trouvait, à la fin de sa septième grossesse , sans en être nullement fatiguée.
Dans un autre cas de pancréatite chronique, suite d’une tumeur rétro -péritonéale, produite elle-même par un squirrhe du testicule, M. Schmackpfeffer a pu confirmer son diagnostic par l’ouverture du corps. Cette phlegmasie s’était manifestée par^ne sialorrhée et par des selles très-abondantes; plus tard, par la constipation , et enfin par une tumeur dans la région épigastrique. A* l’autopsie, on trouva la tumeur rétro-péritonéale, et à la partie supérieure , le pancréas rouge, gonflé, ramolli à la consistance d’une éponge; son canal était très-dilaté , séparé de la tumeur rétro-péritonéale; il pesait sept onces. Les mêmes symptômes ont encore été notés par le docteur Jallat , dans un cas qui , mieux observé et mieux décrit, eût eu beaucoup d’intérêt.
IIe CLASSE. — LÉSIONS DE SÉCRÉTION.
Nous nous bornerons à exposer ici les opinions émises par M. Mondière, dans Ije mémoire cité, opinions dont, néanmoins, nous n’acceptons pas toujours la solidarité.
La sécrétion pancréatique peut subir une augmentation considérable , et produire ces déjections abondantes auxquelles les auteurs donnaient le nom générique de flux , que M. Roche a tout récemment désignées par le nom générique d 'hyperdiacrisie. C’est de cette sécrétion trop abondante que Portai faisait naître la plupart des diarrhées, Wedeking le flux cœliaque; et Dupuytren , guidé en cela par la salivation , avait pensé que le pancréas pouvait bien fournir la matière évacuée par les personnes affectées de choléra. N’est-ce point encore à un flux pancréatique qu’il faut rapporter les observations de ces individus cités par Marcellus Donatus et Poterius, qui rendaient en un jour, et sans douleur, plusieurs livres de sérosité ? Tout nous porte à croire que cette opinion est fondée , et il nous semble même que l’expérience est déjà venue la confirmer. Citons des faits.
Huon-de-Maxey rapporte qu’en 1756, il donna ses soins à un jeune homme atteint
d’une ascite qui, avait éludé l’action d’un grand nombre de médicaments. Le malade ne voulant pas se laisser pratiquer la paracentèse , l’auteur lui conseilla l’usage fréquent de la pipe. La première dose de tabac qu’il fuma opéra l’effet qu’il produit ordinairement chez tous ceux qui n’y sont pas habitués , c’est-àdire des nausées, des vomissements, une salivation abondante et une sorte d’ivresse. Dès ce moment, la respiration devint plus libre. Le troisième jour le malade commença à avoir une salivation si abondante , qu’à chaque pipe de tabac qu’il fumait, il salivait environ une chopine d’une eau très-claire. Cette salivation se soutint, dans la même vigueur, l’espace d’un mois, et pendant ce temps le ventre se vida presque entièrement; puis elle se tarit peu à peu, à proportion que les eaux se trouvaient épuisées par cette seule évacuation qui rétablit le malade dans sa santé primitive, en moins de deux mois et demi. Dupéron , Monro , Fabre , etc., ont vu des cas semblables.
Si , dans les observations que nous venons de citer , il n’est pas permis de douter que ce ne soient les glandes salivaires qui ont fourni ce liquide abondant dont l’évacuation a servi de crise à l’épanchement abdominal, nous pouvons aussi, sans trop forcer les lois de l’analogie, rapporter à une sécrétion pancréatique augmentée certaines évacuations abondantes qui ont jugé plusieurs hydropisies. Ainsi M. Perrier , médecin à Moulins , a recueilli l’observation d’un homme atteintd’anasarque, et qui n’en fut complètement débarrassé qu’après avoir eu des vomissements abondants et répétés d’une eau claire, onctueuse, d’un goût salé et désagréable. Les vomissements étaient ordinairement précédésd’anxiétés,etd’un sentimentdeplénitudeetde gonflement à l’épigastre. Ainsi, Faudacq, médecin à Dieppe, a vu survenir presque spontanément , chez un ascitique désespéré, des vomissements aqueux et des déjections alvines de même nature, qui, se soutenant pendant quelques jours, le débarrassèrent complétementde son hydropisie. Le même médecin avait déjà précédemment observéle même phénomène sur un soldat ascitique qui , après avoir été longtemps cahoté dans un mauvais chariot, fut pris de vomissements aqueux qui le guérirent complètement. On trouve encore deux cas analogues aux précédents dans l’ancien Journal de médecine.
Sans doute , il est difficile de donner une explication satisfaisante de ces faits ; mais ils n’en méritént pas moins de fixer l’attention des médecins, et il sera peut-être possible quelquefois de s’en servir dans la pratique , alors que la sécrétion ordinaire ne pourra être sollicitée par aucun moyen. Au reste, ce n’est pas seulement dans les cas de cette espèce que la sécrétion du pancréas et des glan-
DE LA PANCRÉATITE CHRONIQUE
des salivaires a pu remplacer celle des reins. On a vu des glandes sécréter un liquide semblable à l’urine, alors que les reins ne pouvaient remplir leurs fonctions, et nous croyons devoir consigner ici un fait de cette nature, comme susceptible de jeter quelque jour sur la question qui nous occupe. Vallisnieri rapporte qu’une demoiselle de is ans fut prise tout à coup d’une suppression d’urine. Au bout de dix jours , il survint des vomissements d’un liquide séreux qui avait la couleur, la saveur et l’odeur de l’urine, qualités que présentait aussi la salive. Nysten a rassemblé unjcertain nombre d’observations analogues.
Ainsi donc, la sécrétion pancréatique peut être modifiée par rapport à la quantité. Mais il est rare, et cela s’observe journellement pour les glandes dont le produit est accessible à nos sens, qu’une sécrétion soit augmentée, sans que son produit fie soit en même temps modifié dans sa nature et n’acquière des qualités irritantes. Le docteur Uberlo Bettoli cite l’observation d’un homme qui était tourmenté par le ténia,. et qui avait des nausées accompagnées d’une sécrétion abondante de salive piquante; des vomissements de matière glutineuse aigre avaient lieu en même temps. Ces symptômes disparurent avec leur cause. Nos annales renferment beaucoup de faits plus ou moins analogues, qui ne permettent pas de douter que, dans bien des cas, le produit de la sécrétion pancréatique ne subissait des altérations remarquables, d’où production d’accidents divers qu’on n’a pas rapportés à leur véritable cause. Et, sans vouloir prétendre d’une manière absolue que l’ensemble des symptômes auxquels on a donné le nom de pyrosis dépend toujours d’une sécrétion pancréatique viciée, nous croyons cependant que, plus tard, cette étiologie sera reconnue, au moins dans quelques cas. Nous devons à la vérité de dire que, dans les cas de pyrosis dont l’ouverture des corps est venue compléter l’histoire, le pancréas n’a offert aucune altération appréciable. Mais, de cette absence de lésion de tissu, faut-il conclure, contre notre manière de voir, que le pancréas n’est pour rien dans la production des phénomènes que présentent les malades atteints de pyrosis? nous ne le pensons pas. Combien de fois encore n’a-t-on pas trouvé, chez les diabétiques, les reins dans leur état physiologique !
Ce qui vient encore rendre plus probable pour nous que le pyrosis pourrait bien dépendre quelquefois d’une altération particulière du liquide pancréatique, c’est cette remarque de M. Guersent, que le développement trop abondant des acides n’a pas toujours lieu dans l’estomac ou le canal intestinal, et qu’il est quelquefois le résultat de l’altération même de la salive. Cet observateur judicieux est porté
à croire qu’il en est presque toujours ainsi chez les malades qui ont les dents détruites par l’effet des acides. Or, l’analogie de texture et de fonctions permet bien de supposer que le pancréas aussi peut, dans certaines circonstances, modifier de la même manière le liquide qu’il sécrète. Tout récemment (février 1836), nous avons été consulté par un homme de la commune d’Aulnay, le nommé Urbain Ruault, dont l’observation est précieuse pour nous en ce moment. Cet homme, grand , maigre , âgé de 38 ans , éprouve , depuis l’âge de 20 ans , et principalement tous les matins, des vomissements d’un liquide spumeux , âcre , et dont le rejet est accompagné d’une vive sensation de chaleur brûlante depuis le cardia jusqu’à la bouche. Il lui semble qu’une flamme de feu parcourt toute la portion supérieure du tube digestif. Ces vomissements se suspendent quelquefois spontanément , et alors ils sont remplacés par une salivation abondante , surtout le matin. Le liquide salivaire sécrété est également âcre , caustique même ; les gencives sont gonflées , mollasses , les dents vacillantes , usées dans toute leur circonférence, de manière à laisser entre elles un intervalle qui s’accroît lentement, comme si, chaque jour, la salive, en s’écoulant , dissolvait une légère couche de leur tissu. Son père éprouva, à 20 ans, les mêmes accidents qui ont cessé d’eux-mêmes à sa cinquantième année ; il jouit aujourd’hui d’une parfaite santé. Nous publierons, plus tard et avec plus de détails, cette observation intéressante, si le malade, que nous n’avons encore vu que deux fois, continue, comme il nous l’a promis, à venir réclamer nos conseils. La magnésie unie au sucre, les infusions de sauge et de menthe prises le matin à jeun, ont déjà procuré un peu de soulagement.
Enfin, pour réunir le plus de preuves possible en faveur de notre opinion, rappelons en peu de mots les symptômes principaux que l’on observe dans le pyrosis : éructations avec rejet d’un liquide limpide que quelques malades ont comparé à la salive; courbure du corps en avant pour apaiser la douleur; paroi antérieure de l’abdomen rétractée vers la colonne vertébrale; constipation; salivation ; enfin, et c’est un signe sans lequel la maladie n’existe jamais, émission d’une plus ou moins grande quantitévd’un liquide qui a assez fréquemment l’apparence de la salive, et qui toujours jouit de la propriété d’être âcfe et excitant, approchant même de la causticité. Eh bien ! cette symptomatologie que nous empruntons à une bonne dissertation soutenue à l’école de Paris, nous la retrouverons dans les articles de ce travail relatifs à l’inflammation et aux diserses lésions organiques du pancréas.
MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
IIIe CLASSE. — LÉSIONS DE NUTRITION.