INDURATION CARTILAGINEUSE
Nous possédons un assez grand nombre d’observations dans lesquelles le pancréas a été trouvé entièrement cartilagineux ; mais , dans toutes ou presque toutes, un ou plusieurs des organes environnants avaient subi la même transformation. Ainsi, Sebire rapporte avoir trouvé, à l’autopsie d’une femme qui avilit fait abus de liqueurs alcooliques, le pylore, une partie du duodénum et le pancréas cartilagineux ; ce dernier organe était tellement confondu avec les vertèbres que, pour pouvoir l’examiner, on fut obligé d’enlever une portion de ces os. Nous n’indiquerons pas les autres faits analogues que nous connaissons, car s’ils intéressent sous le rapport anatomique, ils ne peuvent en rien servir à établir le diagnostic d’une semblable altération. Il n’en est pas de même des deux observations suivantes, dans lesquelles le pancréas seul était dégénéré : la première appartient à Morgagni : Un homme robuste £tait, sans cause appréciable, continuellementtourmenté par des efforts de vomissement. Mais, si l’on excepte les remèdes et les aliments qui étaient continuellement rejetés, il vomissait peu, et les matières du vomissement étaient aqueuses et un peu amères. En outre, il existait une soif intense, des défaillances fréquentes, et il semblait au malade que des chiens lui déchiraient la partie supérieure et profonde de l’abdomen. Le toucher ne faisait rien sentir de dur dans cette cavité. Ces symptômes persistèrent jusqu’au onzième jour, époque de la mort du malade. — Autopsie : foie d’un volume considérable, mais sain, ainsi que l’estomac et les intestins. Pancréas volumineux, présentant une surface inégale bossuée et d’une consistance cartilagineuse, etc.
La seconde, publiée par le dqcteur Lilienhain, dans le Journal d’Hufeland, a été traduite dans un journal français. Nous regrettons beaucoup que notre éloignement de Paris ne nous permette pas de recourir au journal allemand, car la traduction qu’on a donnée de ce fait est à peine française, et tellement obscure, que même, après plusieurs lectures attentives , nous n’avons pu nous faire une idée bien nette des symptômes variés que la malade a éprouvés. En voici l’analyse : Une jeune fille, d’une constitution lym- phatique, menant une vie sédentaire, éprouva, sans cause connue, des accidents spasmodiques très-variés et assez analogues à ceux, que l’on observe dans l’hystérie. Il y eu^, dès le commencement, constipation opiniâtre, perte d’appétit, rejet d’une salive blanchâtre.
A ces symptômes se joignirent plus tard des efforts pour vomir de la salivation, et le toucher lit découvrir, dans l’épigastre, une tumeur dure, mobile , qui , indolente d’abord 4 devint par la suite très-sensible. Vers la fin de la maladie, les spasmes se renouvelèrent avec plus d’intensité, la région de l’estomac se tuméfia de plus en plus et devint extrêmement sensible au toucher 5 enfin la malade ne put plus rester dans la position assise. A l’autopsie, amaigrissement considérable, pancréas entièrement transformé en une masse dure et cartilagineuse; conduit pancréatique en partie oblitéré ; autres organes dans un état normal, cœur très-petit.
Si nous cherchons à résumer les symptômes que présentèrent les sujets des deux observations'précédentes, nous remarquerons les envies fréquentes de vomir, les nausées presque continuelles qui chez l’un ne furent pas, et chez l’autre que très-rarement suivies de vomissements, l’excrétion abondante d’une salive blanchâtre, la constipation opiniâtre, symptômes presque constants de toutes les lésions de l’épigastre du pancréas' et enfin celte douleur rougeâtre qu’Andry dit avoir également observée chez un malade chez qui cette glande fut trouvée dure et cartilagineuse. Enfin, nous ferons observer qu’il serait difficile de raconter un fait qui appuyât mieux l’opinion de Sylvius , de Le Boë, sur le siège de l’hystérie que celle du docteur Lilieirhain. %