TRANSFORMATION EN TISSU GRAISSEUX
Cette transformation du pancréas a été observée une fois par Dupuytren, et deux fois par Lobstein. M. Cruveilhier,qui cite l’observation'de Dupuytren, a bien soin de faire remarquer qu’il ne faut pas confondre cet état, qui ést très-rare , avec l’accumulation de la graisse, dans le tissu lumineux, qui unit entre eux les lobules du pancréas. M. Becourt en a recueilli deux autres observations : dans la première , une partie seulement du pancréas était devenue graisseuse ; dans la seconde, toutl’organe était dégénéré. Yoici l’anàlyse de cette longue observation :
Jean Fischer, âgé de 45 ans, tailleur, ancien militaire, était atteint, depuis huit jours, d’un ictère qu’avaient précédé des symptômes gastriques, lorsqu’il entra à la Clinique, le 7 novembre is28. Il offrait alors une légère coloration en jaune de la peau et de la conjonctive ;fpouîs lent, grande faiblesse, légère oppression à l’épigastre, appétit très-bon, urine limpide (potion gommeuse , sirop d’écorces d’orange). Le 9, augmentation de l’ictère, sentiment de pression à l’épigastre, sans que cette pression soit douloureuse au toucher; pouls lent, démangeaisons à la peau, diarrhée qui cessa le 11 (eau vineuse, mixture
MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
crétacée). Le 15 et le is, plusieurs accès de lipothymie , selles blanches , augmentation des symptômes gastriques, épigastre douloureux au toucher, appétit moins bon, peau moins jaune, diminution du prurit. Cet état continue pendant plusieurs jours, à des degrés plus ou moins intenses. Le malade indique un point très-circonscrit de la longueur d’une pièce de 10 sous, entre l’ombilic et le creux de l’estomac, point qui, soumis à la pression, occasionne de vives douleurs. Le’22 et jours suivants, point de cardialgie ni de lipothymie , mais douleurs névralgiques dans le bas-ven- , tre, borborygmes, flatuosités qui augmentent tous les jours ; le pouls est lent, la faiblesse est grande. (Le 26, on donne le fiel de bœuf avec la. magnésie; on le remplace le 28 par l’extrait de pissenlit, la magnésie etlarhubarde; le 30, on prescrit le remède de Durande : le malade ne pouvant le supporter, on lui substitue le lendemain une potion calmante.)
Du 4 au 20 décembre , selles très-dures , produites seulement par les lavements ( poudre de mercure doux et jalap). Éructation considérable de gaz , cardialgie , spasmes de l’abdomen. Le 10, il y eut de la diarrhée et une salivation produite par le mercure doux (deux onces de manne, gargarisme albumineux). Le 21, douleur violente et ardeur de l’estomac, soif intense, appétit assez bon, mais cardialgie après l’ingestion des aliments (douze sangsues à l’épigastre ; potion avec une eau de carbonate de chaqx et d’eau de lauriercerise; eau de Sellers pour boisson). Le 30, cardialgie , spasmes de l’abdomen s’étendant de l’épigastre aux parties supérieures du corps; les douleurs sontquelquefois intolérables ; abdomen un peu élevé sans être ni dur ni tendu ; nausées, crachats sanguinolents. Jusqu’au 15 janvier, il y eut des alternatives de calme et de douleurs; cependant les forces déclinent rapidement , et le malade marche vers le marasme . Du 15 au 29, il y eut un léger amendement, violente cardialgie , douleurs vives de l’estomac, au point qu’aucun médicament ne peut être ingéré.
Le 30, chaleur brûlante à l’estomac , douleurs très-vives dans tout l’abdomen, faiblesse extrême, voix presque éteinte, insomnie.
Du Lcr janvier au 2 mars jour de la mort, les envies de vomir furent remplacées par des vomissements tantôt sanguinolents , tantôt bilieux; hémorragies passives, prostration complète des forces, soif inextinguible, douleurs universelles ; le malade est parvenu à un tel degré d’anéantissement , qu’il ne peut plus parler : remèdes, aliments , tout est refusé. (Les moyens employés furent le petitlait , les lotions aromatiques , et l’élixir acide de Haller.)
Autopsie : le crâne et la poitrine n’offrent
rien qui soit digne d’être noté ; la cavité abdominale renferme deux à trois litres de sérosité jaunâtre ; foie d’un volume ordinaire, d’une densité moindre que de coutume , d’un vert olive, présentant à ses faces supérieures et inférieures plusieurs tubercules blanchâtres que Lobstein regarda comme des encéphaloïdes au premier degré, et qui variaient depuis la grosseur d’un pois jusqu’à celle d’une noix ; la vésicule biliaire formait une large poche plus grosse que le poing, remplie d’une bile d’un vert très-foncé. Les conduits hépatiques et cystiques, ainsi que le commencement du canal cholédoque, avaient éprouvé une dilatation si considérable, qu’on pouvait facilement y introduire le petit doigt ; mais la terminaison du dernier était comprimée et rétrécie au point de permettre à peine l’introduction d’une soie. Le pancréas présentait une tête endurcie squirrheuse, et le reste de cet organe était converti en une substance graisseuse. L’estomac et le duodénum étaient sains ; le jéjunum et l’iléum un peu injectés, et le cæcum offrait à sa surface interne quelques taches noirâtres de mélanose.
Nous ferons remarquer, dans cette observation intéressante , l’ictère produit par la compression du canal cholédoque , cette sensation d’oppression à l’épigastre qui plus tard devient douloureux, cette douleur circonscrite à une petite étendue entre l’ombilic et le creux de l’estomac, la cardialgie qui fut presque constante, et enfin la salivation que l’auteur attribue au mercure doux, dont une seule dose fut donnée, et que nous croyons plutôt avoir été sympathique de l’état morbide du pancréas.
Mais il est un autre point de vue sous le rapport duquel cette observation mérite de nous intéresser. Si le lecteur l’a lue avec toute l’attention nécessaire, il a dû remarquer que ce fait aurait pu être présenté comme un cas de gastro-entéralgie. Qu’il compare, en effet, la description de cette maladie donnée par les meilleurs auteurs, avec les symptômes que présenta le malade dont il vient de lire l’observation, et il se convaincra facilement de la justesse de notre réflexion. S’il en est ainsi , l’opinion que nous avons émise plus haut sur la cause du pyrosis, variété de la gastralgie, reçoit un nouvel appui du fait rapporté par M. Becourt, et aux causes peu connues encore pour la plupart, et le plus souvent difficiles à apprécier, il faudra joindre les altérations diverses du pancréas. Nous dirons à ce sujet que|, malgré les recherches toutes récentes de quelques pathologistes, au premier rang desquels il faut citer M. Barras, on est loin d’avoir reconnu l’influence de beaucoup de causes sympathiques des névroses du tube gastro-intestinal. Comme preuve, nous pou- I vons citer un fait que nous avons observé der-