DE L’ATROPHIE DE LA VÉSICULE BILIAIRE
Parmi les altérations dont la vésicule biliaire est le siège, il en est une fort remarquable dont les auteurs ne contiennent pas beaucoup d’exemples. Elle consiste dans la disparition presque complète de ce réservoir membraneux, dont la cavité s’est rétrécie progressivement , et qu’on trouve converti en une petite masse fibreuse solide, de la grosseur et de la forme d’un pois. M. Ollivier, qui s’est livré à l’examen de ce point d’anatomie pathologique, en rapporte deux observations.
Un effet qui résulte nécessairement de l’atrophie de la vésicule biliaire , c’est la déviation particulière que présente alors le conduit excréteur du foie. Sa moitié supérieure forme une courbure très-prononcée qui s’efface peu à peu , et qui finit par faire avec le canal cholédoque un angle plus ou moins aigu , qui répond par son sommet au point d’insertion du canal cystique. Il paraît que le conduit eystique, en s’atrophiant, diminue progressivement de longueur, finit par disparaître , et réunit insensiblement la partie du canal hépatique à laquelle il s’insère avec le col et le corps de la vésicule , de manière que le tronc de ce conduit adhère immédiatement à la vésicule, avant même que la cavité de cette dernière soit complètement oblitérée.
Cette remarque pourrait porter à penser que l’atrophie de la vésicule biliaire commence d’abord par l’occlusion du conduit cystique, puisque son oblitération précède celle du réservoir auquel il communique. M. Ollivier pense qu’elle est due à la diminution de la sécrétion biliaire 5 mais il y a uiie foule de cas où le foie est autant et plus malade que dans les deux observations de M. Ollivier, et où cependant la vésicule ne s’est pas atrophiée. Il est plus que probable que cette atrophie est due à l’occlusion du canal cystique , laquelle produit tantôt ce que l’on a appelé l’hydropisie de la vésicule, tantôt son atrophie , ou ù une inflammation qui a déterminé la réunion des parois de ce réservoir.
Sous le nom de fellis defectus , Sandifort a décrit un état fort analogue sur un enfant de 14 ans, dont le foie ne présentait d’ailleurs aucune apparence d’altération.
Cette altération ne doit pas être confondue avec l’absence congéniale de la vésicule. On observe constamment dans ce dernier cas une conformation particulière des vaisseaux biliaires ou du foie, en même temps qu’il n’existe aucune trace de la vésicule.
Le docteur Stœmen, dans le journal de Hufe landj rapporte un exemple très-remarquable de cette altération. Un soldat de 62 ans, affecté.
depuis longtemps de dérangements de digestion, finit par avoir une douleur dans l’hypocondre droit et des obstructions abdominales. Après un court soulagement, les accidents s’accrurent, il survint des vomituritions, de l’anorexie, de l’embarras dans les idées; et la constipation, jointe à une urine sédimenteuse, indiquait assez d’où venait ce trouble cérébral. Pendant six ans, le malade éprouva de perpétuelles rémissions et exacerbattons ; et enfin il succomba après être devenu ictérique peu de temps avant sa mort. On trouva, à l’ouverture du corps, plusieurs organes en suppuration dans le voisinage du foie; il ne restait aucune trace ni des canaux hépatique, cystique et cholédoque, ni de la vésicule ellemême.
M. Cratz, a recueilli, dans sa thèse, deux faits d’atrophie de ce réservoir. Dans la première, où le malade mourut d’une fièvre dite nerveuse, on trouva la vésicule biliaire grosse comme une noisette ; ses parois étaient épaissies et appliquées contre un calcul. Dans le second , où le malade âgé de so ans succomba â une attaque d’apoplexie, la vésicule avait le volume d’une petite noix; elle renfermait un calcul ; mais ici les parois étaient minces et blanches.
Cette atrophie de la vésicule n’a pas de symptôme quiîui soit propre. En effet, la douleur de l’hypocondre droit, divers dérangements de la digestion et l’irrégularité des selles ont peu de valeur pour le diagnostic d’une lésion si profondément cachée. Elle prouve, comme plusieurs autres faits, que l’existence de cet organe n’est pas indispensable aux fonctions digestives.
Des observations subséquentes au travail de M. Ollivier ont porté à croire que cette atrophie de la vésicule coïncidait avec un développement extraordinaire de l’appétit. Le flux continuel de la bile dans le duodénum en est-il la cause, si tant est que le fait soit réel ? et faut-il rapprocher cette altération pathologique du cas signalé par Vesale, qui, chez un homme doué d’un appétit prodigieux , rencontra le canal cholédoque ouvert dans l’estomac.
D’un autre côté, Wiedemann, qui avait rencontré deux fois cette altération chez des sujets atteints de vésanie, avait établi un rapport entre la vésanie et l’atrophie de la vésicule biliaire : de même M. Cratz, qui dans deux Cas a trouvé cette atrophie coïncidant soit avec l’apoplexie, soit avec une maladie cérébrale, etqui en rapproche une observation semblable rapportée dans Morgagni , se plaint que les auteurs modernes qui ont écrit sur l’apoplexie n’aient pas tenu compte de cette relation, et est très-porté à voir un rapport de cause et d’effet dans ces coïncidences.
Cette opinion de M. Cratz mérite d’être exa-