A. DE L’HYPÉRÉMIE OU CONGESTION DES CENTRES NERVEUX
C’est une maladie commune et qui se présente sous des formes variées. Elle peut être générale ou partielle. Quand elle est partielle, elle peut être bornée aux lobes cérébraux, à un seul hémisphère, à une fraction d’hémisphère. Elle peut siéger dans la substance grise ou dans la substance blanche, être profonde ou périphérique 5 elle peut envahir le cervelet seulement, en tout ou en partie; enfin, la moelle épinière dans toute son étendue ou dans quelques points seulement, peut en être le siège.
Caractères anatomiques. Le caractère le plus tranché de la congestion est un certain degré de coloration rouge ; mais pour bien apprécier cette lésion anatomique, il est trèsimportant de connaître les diverses colorations normales que présentent les centres nerveux.
Dans l’état normal, la substance grise contient plus de vaisseaux que la substance blanche, et se trouve par conséquent plus notablement injectée; le fond des anfractuosités est aussi plus injecté que le sommet des circonvolutions. Il importe, dans les recherches d’anatomie pathologique, de tenir compte de cette disposition normale.
Dans le cerveau , on observe trois couches diversement colorées; une superficielle, foncée et grisâtre ; une moyenne, d’un blanc sale, et une profonde, de couleur plombée. La moyenne est la moins foncée; la superficielle est celle qui l’est le plus. Les corps striés sont plus foncés à la surface qu’au centre, cependant on trouve dans leur centre quelques points rosés. Les couches optiques sont plus foncées au centre qu’à la surface, et leur couleur varie d’ailleurs suivant les âges ; rosée dans l’adolescence , plus blanche dans l’âge adulte ; elle est jaunâtre dansla vieillesse.
Le cerveletjest normalement plus injecté que le cerveau, elles vaisseaux les plus gros sont autour du corps rhomboïdal.
Les tubercules quadrijumeaux sont grisâtres au centre et blancs à la surface.
La moelle épinière est blanchâtre à la circonférence et grisâtre au centre : celui ci est naturellement un peu rougeâtre.
La substance grise est, en général, d’autant plus injectée normalement que les sujets sont plus jeunes, que les malades succombent à une affection aiguë, qu’ils meurent avec une gêne de la circulation ou de la respiration , que l’autopsie est faite plus près du moment de la mort, que le cerveau a été exposé à l’air, que la tète a été placée dans une position déclive, et sans doute c’est à cette dernière cause qu’est due la coloration plus foncée du cervelet.
Dans l'hypérémie des centres nerveux, on trouve dans les parties congestionnées une couleur rougeâtre, cette rougeur estpointillée ou sablée dans la substance blanche, uniforme dans la substance grise. Cette couleur rouge peut varier d’une nuance claire à une plus foncée.
Quand la congestion a duré un certain temps, la couleur peut être jaune ou ardoisée, selon que la maladie a été plus ou moins longue. On peut attribuer celle coloration soit à la dirainutionde la matière colorante du sang, soit au dépôt d’une nouvelle matière colorante.
En général, le tissu cellulaire sous-arachnoïdien est légèrement infiltré, ce qui tient à la grande loi des effets produits par la gêne de la circulation.
Dans certains cas on trouve des ecchymoses à la périphérie du cerveau ou de la piemère.
Causes des congestions cérébrales. II faut les considérer dans le monde extérieur et dans l’individu lui-même.
1°. L’atmosphère peut influer de diverses manières sur la production des congestions cérébrales. Voici ce qu’a appris l’observation quant à sa température :
L’homme ne peul pas vivre à une température plus haute que celle de 50° c. A une température de 50 à 40°, il meurt rapidement frappé par une congestion cérébrale. Il en est de même à une température de 40 , à 55°. On trouve dansla Bibliothèque médicale, tome lxx, p. 250, trois cas remarquables de congestions cérébrales survenues sous l'influence de cette température.
A mesure que la température descend de celte élévation extrême jusqu’à 20° c. , la tendance aux congestions cérébrales diminue, et au-dessous de ce terme la fréquence de ces affections n’est plus en rapport avec l’élévation de la température. Au contraire, dans
nos pays du moins, les congestions cérébrales sont plus fréquentes en hiver que dans les autres saisons. Ainsi, sur cent quatorze cas recueillis par moi , j’ai trouvé qu’il y en a eu cinquante dans le mois de décembre, janvier et février, trente et un dans les mois de mars, avril et mai, trente-six dans les mois de juin, juillet et août, dix-sept dans les mois de septembre, octobre et novembre. La désastreuse campagne de Russie, et les relations des divers voyageurs dans les pays du Nord , confirment cette influence du froid sur la congestion cérébrale. M. Leuret a observé et publié plusieurs cas de mort causés par des congestions cérébrales arrivées à Charenton pendant un hiver très-froid, et pendant que régnait en même temps un vent violent du sud-ouest.
L’influence de l’électricité atmosphérique sur les congestions cérébrales est encore problématique. 11 est arrivé que l’électricité employée comme agent thérapeutique a déterminé une congestion cérébrale {P oyez dans la Clinique médicale , tome v, p. 264, un cas de ce genre rapporté d’après un journal de Milan). La lumière, d’après quelques relevés, ne paraîtrait pas sans influence sur la production de cette affection. Il résulterait de ces relevés qu’un sixième des cas seulement se serait déclaré pendant la nuit. ^
Les substances ingérées peuvent agir efficacement dans la production des congestions cérébrales, soit qu’elles portent directement leur action sur le cerveau, soit qu’elles n’arrivent sympathiquement à cet organe qu’en affectant d’abord l’estomac. Les boissons alcooliques exercent une influence non doutehse sur la production des congestions cérébrales.
L’opium et ses préparations sont des causes efficaces de congestion. J’ai vu une congestion cérébrale produite par une décoction d’une tête de pavot prise en lavement. Le datura, la belladone, le cyanogène etses préparations, l’acide carbonique, la digitale, la noix vomique, la ciguë, etc., peuvent aussi produire la congestion oérébrale. Toutes ces substances, qui agissent si diversement sur l’économie, ont cependant un effet commun sur le cerveau, celui de le congestionner. Remarquez cependant que, d’après les observations de M. Flourens, la congestion a lieu sur divers points des centres nerveux, suivant la substance ingérée. Ainsi l’opium congestionne le cerveau; la belladone, les tubercules quadrijumeaux; la noix vomique la moelle épinière.
La congestion cérébrale peut reconnaître pour cause les influences exercées par le cerveau lui-même ou bien par d’autres organes. Ainsi un travail intellectuel forcé, des émo- , tions morales vives, des passions violentes, peuvent déterminer la congestion. Des mala-
DE LA VIE DE RELATION
; dies diverses de eet organe, l’épilepsie est ! celle qui produit le plus souvent la congestion. C’est à cette congestion que sont dus les divers symptômes qui succèdent à l’attaque, comme le coma, la stupèur, etc.
Par l’appareil digestif. Dans certaines circonstances l’accomplissement des fonctions de l’estomac peut donner lieu à l’hypérémie cérébrale ; ainsi elle se produit chez certains individus prédisposés par un travail trop actif de la digestion.
Une gastro-entérite aiguë peut aussi la produire, surtout chez les enfants.
Il importe cependant de ne pas rapporter toujours à une congestion cérébrale, le délire, les états comateux qu’on observe à certaines périodes de l’entérite folliculeuse. Ces accidents, en effet, qui sont quelquefois produits, il est vrai, par l’hypérémie, peuvent se rencontrer chez des individus dont le cerveau, à l’autopsie, présente une pâleur remarquable.
Les maladies chroniques du tube digestif exercent aussi une influence marquée sur la production de l’hypérémie cérébrale. Ainsi , chez certains individus affectés de gastrite chronique, chaque exaspération est annoncée comme par un coup de marteau sur le cerveau, et la congestion de cet organe se produit. Un malade atteint de gastrite chronique éprouvait, toujours du même côté, une demiparalysie du bras à chaque exaspération de la maladie, paralysie qui disparaissait à mesure que l’irritation de l’estomac diminuait.
Les maladies de l’intestin grêle ne sont pas sans influence sur la production de l’hypérémie cérébrale : il en est de même des affection du gros intestin où se rencontre de plus une cause toute spéciale, la rétention prolongée de matières, la constipation.
Les produits accidentels peuvent encore produire la congestion cérébrale en agissant comme de véritables épines qui attirent par intervalle du sang vers le cerveau, et y produisent l’affection que nous décrivons. Il en est de même des ramollissements, des foyers apoplectiques plus ou moins anciens. Dans tous ces cas, il peut se présenter deux séries de symptômes; les uns permanents qui dépendent des produits accidentels; les autres non permanents et quitiennent à la congestion produite de temps en temps autour de celte épine.
La congestion cérébrale accompagne presque toujours les maladies des méninges.
Par l’appareil circulatoire. Une trop grande activité du cœur peut produire l’hypérémie cérébrale. Elle survient aussi, mais d’une manière toute mécanique, lorsqu’il existe un obstacle au retour du sang du cerveau vers le cœur. Ces obstacles sont très-divers et peuvent siéger sur divers points, dans les vais-
DE L’HYPÉRÉMIE.
seaux ou dans le cœur. La congestion peut être le résultat de la position déclive de la tète. L’apoplexie des nouveau-nés n’est souvent qu’un effet d’une congestion causée par un obstacle à la circulation.
L’état fébrile peut par la seule activité de la circulation produire des congestions du cerveau, comme on le voit dans les yeux, aux joues, etc.
La congestion cérébrale est un accident fréquent dans la période de réaction de certaines maladies, comme le choléra- rnorbus, les fièvres intermittentes pernicieuses.
L’inflammation de certains organes peut déterminer la congestion cérébrale, ainsi cette affection s’observe souvent dans les fièvres éruptives, dans les érésipèles de la face.
Il est certaines conditions de plçtliore générale où la congestion parcourant divers organes peut se porter sur le cerveau.
L’état opposé, l’anémie générale, peut aussi déterminer la congestion cérébrale.
Par l’appareil respiratoire. Dans certains cas le moindre dérangement dans cet appa^-' reil cause des congestions cérébrales.
Par l’appareil musculaire. On a vu des individus être atteints de congestion en passant d'une position à l’autre, comme, par exemple, de la position couchée à la station. Un jeune homme, après une valse forcée , éprouve une congestion cérébrale, et meurt frappé comme par une rupture du cœur.
Par l’appareil génital. Des congestions cérébrales se forment souvent quelque temps avant l’époque de la première menstruation ; elles sont fréquentes aussi chez les femmes à la cessation des règles, ou bien, quand elles se suppriment, ou bien encore à chaque période menstruelle.
L’abus du coït, comme aussi une continence trop prolongée peuvent déterminer l’hypérémie cérébrale.
Age. Le maximum de fréquence est après l’âge de quarante ans, mais on les observe aussi sur des enfants et des jeunes gens.
Sexe. Il semble que les hommes y soient plus exposés que les femme.
Symptômes. Les symptômes de la congestion cérébrale sont variables suivant sa durée, suivant son intensité et suivant la diversité des points affectés. Us se présentent sous diverses formes.
Ire Forme. C’est la plus légère et la plus fréquente ; les grandes fonctions cérébrales, intelligence, sensibilité et motilité se conservent. Les malades éprouvent de la céphalalgie, des vertiges, des étourdissements, de la somnolence 5 quelquefois il y a lenteur, paresse dans les mouvements; d’autres fois, au contraire, il y a suractivité et besoin incessant de se mouvoir. Cette forme de la congestion cérébrale détermine des fourmille- ■
ments qui peuvent être généraux , bornés à un seul membre, aux deux membres inférieurs, aux deux supérieurs, ou qui peuvent être croisés. La face peut en éprouver aussi d’un seul ou des deux côtés.
Il peut survenir des palpitations qui peuvent n’être qu’une simple coïncidence avec la congestion. Le pouls est plein, tendu, roide et vibrant , les artères temporales battent avec force, bien que souvent les battements du cœur soient à l’état normal. La face est rouge, les yeux injectés ; il peut survenir de la dyspnée ; des hémorragies nasales peuvent avoir lieu. Les veines, surtout celles de la périphérie , sont gonflées. La circulation est donc modifiée dans les artères , les veines et les capillaires;
La fièvre peut exister, comme il peut n’y avoir aucun mouvement fébrile. Dans le premier cas, elle se traduit par tous les symptômes attribués à la fièvre inflammatoire.
Tous ces phénomènes peuvent ne durer qu’un instant ou se prolonger pendant un temps variable. Cette première forme peut ne se rencontrer qu’une seule fois, elle peut se répéter tous les soirs périodiquement , revenir tous les ans au printemps, ou à des époques diverses. Quelquefois elle affecte le type intermittent. J’ai connu un individu qui de temps en temps présentait cette forme de la congestion. J’en connais un autre qui, depuis l’âge du quatre ans jusqu’à trente-quatre, en a été continuellement affecté; à cette époque elle a cessé pendant quatorze ans, a recommencé à quarante-huit ans, et elle n’a pas discontinué depuis.
Quand elle cesse, la santé peut revenir complète; elle peut être suivie d’une hémorragie cérébrale, ou d’un ramollissement, elle peut enfin être remplacée par une des formes que nous allons examiner.
2e Forme. Dans celle-ci, qui est beaucoup plus grave, il y a perte absolue et subite de connaissance, soit que la première forme ait ou n’ait pas précédé.
Le malade tombe tout à coup comme une masse inerte, les membres sont en résolution ou dans un état de roideur; c’est le coup de sang.
Cet état peut persister plus ou moins longtemps; la mort peut survenir après quelques minutes ou après plusieurs heures; il peut y avoir retour subit ou graduel à la santé. La congestion ayant cessé, quelques accidents peuvent survenir : l’intelligence peut se troubler pendant un temps variable, les sens peuvent s’affaiblir, la parole peut être embarrassée, il peut y avoir enfin faiblesse générale ou partielle.
Cette forme de la congestion cérébrale suscite une remarque importante. Les symptômes de l’hémorragie cérébrale la plus grave
sont absolument semblables à ceux que nous venons d’examiner. Est-il possible de disîifln guer ces deux affections sous celte fonmp:! Non, et le seul faitd’une paralysie généraient d’une prostration subite doivent faire porter le diagnostic soit sur une hémorragie cérébrale grave, soit sur la congestion cérébrale.
5e Forme. Elle est caractérisée par l’hémiplégie:, et ce qui distingue celte hémiplégie de celle qui résulte d’une hémorragie. eéré^ braie, c’est qu’elle peut cesser tout à coup, comme je l’ai vu sur une femme qui fut frapw pée d’hémiplégie qui1 se dissipa fort-prompte ment. Dans quelques cas, cependant l’hémiplégie persiste sans qu'il y ait {hémorragie * comme on a pu s’en convaincre par l’ouverrure des corps, et comme M. Léiut l’a observé tout récemment. Il y a peut-être plus de cinquante cas de ce genre dans la science.
La langue peut se. trouver subitement paralysée, et cette paralysiè persiste pendant un temps plus ou moins long.
Cette troisième forme s’accompagne souvent de convulsions.
4e Forme. Dans celle->oi, ce sont les lésions de la sensibilité et de la motilité qui prédo** minent, soit isolées, soit réunies. On a vu un individu être pris plusieurs fois par joui? pen^ dant un mois de paralysie générale. Ses atta*ques duraient environ einqjàsjx minutes. On se rendit .maître de cette affection en prati-s quant d’abondantes émissions sanguines ( Bibliothèque médicale, tome lxxi). M. le doct. Gintrac, de Bordeaux, a cité l’observation remarquablé d’un enfant de quatre ans, qui était sujet, depuis les premiers temps de sa vie, à une suspension momentanée de. la motilité volontaire. L’attaque se manifestait d’une manière inopinée; si l’enfant était debout, ses membres inférieurs se fléchissaient , le tronc se renversait, et la chute avait lieu. Au lit, l’attaque ne s’annonçait que par le relâchement complet dans lequel était jeté l’appareil locomoteur. Pendant l’attaque, la sensibilité était diminuée, les sens étaient un peu émoussés, les yeux restaient ouverts et immobiles, l’ouïe se conservait, les facultés intellectuelles persistaient, puis le malade était dans l’impossibilité d’articuler une syllabe.
Ce malade mourut d’une maladie intercurrente, et à l’ouverture du corps, on nq découvrit d’autre altération qu’une oblitération du sinus longitudinal supérieur.
oe Forme. Le trouble de l’intelligence est ici prédominant , soit que ce trouble existe seul , soit qu’il soit accompagné de quelque altération légère du sentiment ou du mouvement.
Dans cette forme, le délire est intense et peut simuler celui des fièvres, avec prédominance de symptômes ataxiques. Les malades peuvent développer des forces musculaires
énormes, après quoi la mort peut arriver par l’augmentation de la congestion qui porte sans doute sur les nerfs de la respiration, car le malade meurt comme asphyxié ; la face»est vullueuse et quelquefois noire.
Voilà les cinq formes principales sous lesquelles peut se présenter la congestion cérébrale. On peut se demander comment il se fait que cette maladie , dont les caractères anatomiques sont les mêmes, donne lieu à des symptômes si différents et si variés. Il est permis de penser que cela tient au siège différent de la maladie, quoique, si nous voulions préciser quel est le point du cerveau qui donne lieu à telle ou telle forme symptomatique, évidemment nous ne le pourrions pas, MM. Foville et Cazauvielh avaient annoncé que la congestion seule de la substance corticale des hémisphères cérébraux donnait lieu au trouble de leur intelligence; mais MM. Calmeil ,et Bouillaud ont vil des cas où la motilité était lésée, cette substance étant seule altérée, et i’on a vu l’intelligence altérée dans des cas où la substance corticale était intacte. La science présente donc une lacune sur ce point, et si l’on comprend très-bien que les symptômes doivent varier selon que la congestion -siège sur telle ou telle partie, les observations ne sont pas encore assez nombreuses pour qu’on puisse établir quelque loi générale; il en faut, pour cela un très-grand nombre, car ce qui a nui le plus à la pathologie cérébrale, c’est la manie de tirer des conclusions de quelques faits seulement.
Hyperémie du cervelet. On n’a jamais rencontré sur le cadavre les congestions du cervelet isolées de toute altération des centres nerveux, il est donc bien difficile de faire la part des symptômes qui peuvent se rapporter à cet organe. Cela se conçoit d’autant mieux que les fonctions du cervelet, malgré des travaux récents et fort recommandables, sont encore environnées de beaucoup d’obscurité. Ils ne sont pas. rares dans la science, les cas où des altérations bien constatées du cervelet n’ontdonné lieu à aucun des symptômes qu’elles auraient dû produire, soit du côté des organes génitaux, soit du côté des mouvements volontaires; sur ce point encore des recherches nombreuses softt à faire. J’ai été à même d’obseryer quelques faits' confirmatifs de l’opinion qui place dans le cervelet la faculté de réagir sur les organes génitaux.
J’ai vu plusieurs femmes être prises de vives douleurs à l’occiput à chacune de leurs époques menstruelles.
J’ai vu un jeune homme qui, toutes les fois qu’il se livrait au coït, éprouvait d’atroces douleurs à l’occiput.
Un jeune homme éprouvait depuis quelque temps un priapisme très-douloureux et trèsinquiétant; il ressentait en meme temps une
DE L’HYPÉRÉMIE.
vive douleur à l’oçeiput. Tous mes efforts échouèrent pour combattre ce priapisme. Un jour on vint me chercher à la hâte ; je le trouvai en proie à un délire furieqx et présentant tous les symptômes d’une méningite aigue à laquelle il succomba. L’autopsie ne fut pas faite.
Hyperémie de la moelle épinière. Elle est plus rare que celle des autres centres nerveux. Elle coïncide ordinairement avec celle des membranes qui l’enveloppent , et alors aussi les enveloppes de l’origine des nerfs les plus superficiels sont congestionnées.
L’hypérémie de la moelle peut être générale, ou partielle, bornée à la portion antérieure ou à la postérieure; elle peut être cervicale, dorsale ou lombaire. D’après ces sièges divers, on sent que les troubles peuvent porter sur la sensibilité ou sur la motilité , sur les membres supérieurs ou sur les inférieurs.
Causes. Dans la plupart des cas, elles ne sont pas appréciables. On l’a vue se produire après une suppression de la transpiration, des règles, des lochies. Dans un cas, elle est survenue à la suite d’excès vénériens.
Elle est ordinairement plus fréquente après quarante ans, qu’avant cette époque de la vie. On en connaît cependant des exemples arrivés à 15, 17, 21, 34 et 35 ans.
Symptômes. Comme pour la congestion cérébrale, nous devons, pour rendre fidèlement les faits, établir plusieurs formes d’hypérémie de la moelle.
Ire Forme. Caractérisée par la perversion ou l’abolition du mouvement, cette altération du mouvement peut survenir tout à coup, l’intelligence restant tout à fait intacte. La paralysie peut porter sur tous les membres , sur les muscles du cou, du thorax, sur le diaphragme. Alors la respiration étant suspendue parla paralysie des puissances actives de la respiration , la mort arrive par asphyxie.
11 peut exister des convulsions, soit partielles, soit générales, alternant avec la paralysie.
2e Forme. Dans celle-ci le trouble porte sur la sensibilité, qui peut être abolie, soit partiellement, soit en totalité, ou exaltée. Les malades peuvent éprouver des crampes, des douleurs diverses, superficielles ou profondes et qui peuvent simuler des douleurs névralgiques.
5e Forme. Il y a dans celle-ci lésion du sentiment et du mouvement, qui peut consister dans leur abolition ou dans leur exaltation, ou bien dans l’abolition de l’une et dans l’exaltation de l’autre.
Dans chacune de ces formes, la respiration peut être modifiée, aussi bien que les fonctions de la vessie.
La circulation peut rester à l’état normal ;
elle peut être accélérée ou bien au contraire ralentie.
L’hypérémie de la moelle peut être primitive et rester bornée à la moelle ; elle peut se propager au cerveau ou être consécutive à une congestion de cet organe; elle peut aussi commencer à un point quelconque de la moelle et se propager aux autres points en montant ou en descendant.
Elle peut venir lentement ou promptement; sa durée peut être courte ou longue; elle peut donner lieu à un épanchement de sérosité ou à une hémorragie; elle peut enfin se terminer par la mort.
Si nous considérons maintenant en général les congestions des centres nerveux, nous verrons que leur durée peut être de quelques jours ou de plusieurs années; qu’elles peuvent être continues ou intermittentes, variables ou fixes. J’ai vu un homme qui a été pris de congestion cérébrale deux fois par an, en mars et en septembre, pendant neuf ans. A ces époques, il perdait la parole et le mouvement, aussi bien que les facultés intellectuelles. Celles-ci revenaient les premières, et peu à peu revenaient la parole et le mouvement. Morton cite le cas d’un enfant qui tous les jours était pris de congestion, qu’il guérit avec le quinquina. Huxam en a vu une qui revenait tous les deux jours: le malade mourut à la quatrième, sans doute par hémorragie cérébrale; ce qui ne fut pas vérifié. Lancisi rapporte un cas semblable. J’ai vu un cas de congestion coïncidant avec un tic douloureux, qui cessa à la suite d’un grand écoulement de sérosité par le nez. Je connais aussi une dame qui est souvent atteinte de congestion cérébrale, et qui est soulagée par l’écou- 1 lement de sérosité qui a lieu sur la surface d’un vésicatoire.
Traitement des congestions des centres nerveux. 1° Émissions sanguines. Dans un grand nombre de cas, les émissions sanguines, largement pratiquées, produisent d’heureux résultats, et bien souvent sous leur influence disparaissent tout à coup la céphalalgie, les étourdissements, les tintements d’oreille, les engourdissements des membres , etc. Mais il n’en est pas toujours ainsi; et souvent après d’abondantes saignées , ou bien les symptômes persistent, ou bien ils disparaissent pour revenir bientôt et avec plus d’intensité qu’auparavant. Dans certains cas même ils sont aggravés par les saignées. O11 doit préférer dans tous les cas la saignée générale à l’ap- { plication des sangsues. Celles-ci cependant peuvent être appliquées d’une manière auxiliaire aux apophyses mastoïdes, au cou, le ] long de la colonne vertébrale ou à l’anus. On j peut appliquer avec avantage à la base du J crâne des ventouses scarifiées.
! 2° Révulsifs. Ils sont fort utiles dans les
cas où il s’agit de rappeler les règles, un flux hémorroïdal ou une épistaxis supprimés. Les éruptions herpétiques doivent être rappelées si elles avaient été arrêtées.
5° Dérivatifs. Les dérivatifs sur le canal intestinal m’ont toujours paru fort utiles. On obtient de bons effets d’une goutte ou deux d’huile de crotontiglium ou du calomel à la dose de 24 grains. On peut aussi appeler une congestion sur d’autres points, soit au moyen d’un vésicatoire , d’un séton, ou de bains de pied sinapisés.
4° Régime. Il faut faire respirer aux malades un air doux et à température uniforme. Ils feront usage d’aliments légers et non épicés ; ils s’abstiendront sévèrement de liqueurs alcooliques et excitantes, ils feront un exercice modéré, et ne se livreront pas longtemps au sommeil.