DE L’INFLAMMATION DE L’ENCÉPHALE
trouvé à l’état d’infiltration , ou réuni en collections. Ce dernier cas n’arrive qu’après une durée assez longue de l’inflammation ; cependant j’en ai trouvé après des encéphalites de courte durée. Tantôt oh ne trouve qu’un abcès, tantôt on en trouve plusieurs.
Il est douteux que l’inflammation du cerveau puisse se terminer par gangrène. On en trouve cependant un exemple dans les Mémoires de V Académie de Chirurgie et un autre cité par M. Lallemand.
Les méninges participent souvent à l’inflammation. C’est de celte complication que résultent les divers épanchements séreux que l’on peut rencontrer soit à la périphérie , soit dans les ventricules du cerveau.
Causes. La plupart des causes sous l’influence desquelles se produisent les congestions produisent aussi les l’inflam mations cérébrales.
Parmi les causes extérieures, une des plus puissantes estl’insolation .L’habitude des boissons alcooliques détermine souvent des phlegmasies cérébrales. Les violences extérieures jouent un grand rôle dans la production de l’encéphalite, aussi elle survient fréquemment après des coups ou des chutes. Ces causes peuvent agir de plusieurs manières. Ainsi il peut se faire que l’encéphalite survienne sans que les violences extérieures aient déterminé une solution de continuité. Il n’est pas rare de la voir survenir après une chute qui n’aura pas porté sur la tête , mais qui aura déterminé un ébranlement tel, que l’inflammation aura succédé à la commotion. Quand il y a eu solution de continuité, l’encéphalite peut résulter de la solution de continuité des simples parties molles, ou de celle des os. Elle survient aussi après l’introduction d’un instrument tranchant ou piquant, de projectiles, et ceux-ci peuvent la produire , soit en passant rapidement sur ou dans le cerveau, soit en séjournant dans la pulpe nerveuse. Toutes ces causes, d’ailleurs, sont loin d’agir au moment même où elles ont lieu. Les annales de la chirurgie militaire contiennent des faits qui prouvent que des balles ont pu séjourner dans l’encéphale en ne déterminant l’encéphalite que plusieurs mois après. Ces faits , tout inexplicables qu’ils sont, doivent être admis dans la science si l’on veut embrasser tous les cas possibles.
Il est un certain nombre d’affections chroniques du cerveau qui peuvent déterminer une inflammation autour des parties où elles existent. Ainsi, il n’est pas rare de voir l’encéphalite succéder après un certain temps à une hémorragie cérébrale qui aura déterminé la formation d’un kyste. On la voit se produire autour de certains produits accidentels , comme des masses cancéreuses , des tubercules. Il y a longtemps que les observa-
I teurs ont remarqué qu’un grand nombre d’enfants scrofuleux périssent d’inflammation du cerveau. On sait aujourd'hui que la fréquence de cette affection est due à la présence de tubercules dans le cerveau autour desquels se fait un travail inflammatoire.
Les maladies des parties nombreuses qui entourent lecerveau peuvent occasionner l’encéphalite. Ainsi la méningite, les tubercules des méninges , les caries , les exostoses des os du crâne , la carie du rocher, les inflammations aiguës des membranes de l’œil, celles de l’oreille interne et moyenne, des fosses nasales quand surtout elle! se propagent aux sinus frontaux , les opérations qui se pratiquent sur les sinus, les inflammations du cuir chevelu et de la peau de la face, toutes ces altérations peuvent déterminer la production de l’encéphalite aiguë. Remarquez, cependant que dans tous les cas d’érésipèles de la face et du cuir chevelu, qui s’accompagnent de délire, il n’y a. pas toujours encéphalite. Les ouvertures des corps m’ont démontré qu’il s’en faut beaucoup qu’il y ail toujours inflammation dans ce cas-là.
Les cordons nerveux qui parlent du cerveau peuvent être le point de départ de l’encéphalite. M. Bouillaud a cité le cas d’une inflammation du cerveau après une forte ligature qui avait compris les nerfs du bras.
Il n’est pas une inflammation de tous les autres organes qui ne puisse produire celle du cerveau.
Le travail de la dentition a été accusé de favoriser la production de l’encéphalite. Je ne crois pas qu’il soit possible de rien dire de positif à ce sujet.
Parmi les causes intérieures , les travaux intellectuels trop prolongés, les chagrins, les émotions morales trop vives sont une cause fréquente d’encéphalite.
Symptômes. Ils sont variables en raison de l’intensité, de l’étendue, de la nature et du siège de la lésion. Étudions d’abord les désordres fournis par les appareils de la'vie de relation qui sont variables suivant qu’ils portent sur l’intelligence, sur le mouvement ou sur le sentiment.
1° Désordres de l’intelligence. Ils peuvent être les symptômes prédominants; c’est à celte forme de la maladie que les anciens donnaient le nom de Phrénitis. Le délire est variable dans ses formes et dans son intensité; il est tantôt loquace , tantôt taciturne. Il peut se montrer et constituer le seul désordre des fonctions de l’encéphale, il peut, au contraire, être accompagné d’un désordre du mouvement et du sentiment. Il peut se faire que dans l’encéphalite le plus confirmé il y ait interruption momentanée du délire. 11 est d’ailleurs augmenté par toutes les causes d’excitation, et le moindre bruit, un rayon de lu-
mière qui pénétrera dans la chambre du malade, détermineront un paroxysme du délire. Sa durée est variable, il est ordinairement suivi d’un état comateux pendant lequel les malades succoinbeht. Il est des cas cependant dans lesquels le délire persiste jusqu’à la fin, dans lesquels la période de coma n’arrive pas, et dans lesquels les malades périssent dans un délire furieux. Ordinairement il y a des alternatives de délire et d’état comateux.
Dans certains cas d’encéphalite , on ne remarque aucun trouble de l’intelligence et cela s’observe quand l’inflammation siège sur des parties éloignées des circonvolutions.
Quelquefois le délire ne se montre qu’au début; d’autres fois il ne survient que quelque temps après. 11 peut persister après l’inflammation et il n’est pas rare de voir l’aliénation mentale succéder à l’encéphalite. Dans quelques cas, ce n’est pas par l’aliénation mentale qu’elle se termine, mais seulement par un affaiblissement de l’intelligence, ou d’une de ses facultés, comme la mémoire, par exemple.
2° Lésions du mouvement. Plusieurs malades présentent comme phénomène prédominant , et même comme phénomène unique, un grand trouble du mouvement. Ils éprouvent une grande agitation, ils ont des soubresauts des tendons, etc.
Ces lésions du mouvement consistent dans des convulsions, dans des contractures, et dans la paralysie. Ces signes ont un caractère plus positif que les troubles de l’intelligence.
Les convulsions peuvent être générales ou partielles; elles peuvent n’affecter qu’un certain nombre de muscles, comme ceux des yeux, de la langue, des membres.
Les contractures peuvent se porter sur plusieurs parties du corps; elles sont d’autant plus prononcées que l’inflammation est plus intense , et qu’elle est arrivée à la période de ramollissement.
La paralysie a des sièges nombreux ; elle peut occuper la face , la langue, les membres, les muscles du larynx, ceux de la respiration, de la vessie ou du rectum. Elle peut survenir d’emblée, c’est le cas le plus rare. Le cas le plus commun est celui dans lequel la paralysie arrive à une époque plus avancée de la maladie et est précédée de convulsions ou de contractures.
Dans certains cas, il y a paralysie d’un côté, et convulsions ou contracture de l’autre.
Dans certains autres, la paralysie, la contracture et les convulsions se succèdent et alternent sur un membre.
o° Lésions du sentiment. La céphalalgie est au début le premier symptôme. Les malades entendent des bruits bizarres , des souffles , des détonations. Si dans le cours d’une maladie aiguë vous voyez un malade accuser des phénomènes semblables , tenez-vous sur vos
gardes, il est sous l’imminence d’une encéphalite.
La sensibilité générale est souvent très-augraentée; dans d’autres circonstances il y a au contraire paralysie du sentiment.
Dans la première période de la maladie, les sens spéciaux sont exaltés. La lumière est douloureuse, la pupille contractée, l’ouïe d’une sensibilité extrême. Dans la seconde période , ils s’affaiblissent et finissent par se perdre.
Symptômes fournis par les appareils de la vie de nutrition. La digestion présente souvent un trouble notable qui se traduit par des vomissements. Ce phénomène peut être le premier qui se présente et marquer le début de la maladie. Dans le cours de l’encéphalite, il y a ordinairement constipation qui peut être très-opiniâtre. La langue est naturelle, le ventre souple, et ces circonstances entièrement négatives ont de l’importance , puisqu’elles différencient l’encéphalite de la fièvre typhoïde avec laquelle elle a plus d’un rapport.
Les phénomènes fournis par l’appareil de la circulation sont variables ; au début d’une inflammation du cerveau vive et intense, il y a ordinairement accélération du pouls; mais ce symptôme n’est pas constant. Et quand à l’encéphalite se joint un épanchement séreux ventriculaire , suite d’une méningite, on observe alors un ralentissement du pouls. Dans une encéphalite partielle , le pouls reste dans son état normal.
La respiration se trouble dans l’encéphalite ; elle s’embarrasse, peut devenir stertoreuse quand l’inflammation est intense, et présenter les mêmes phénomènes que déterminent les hémorragies cérébrales.
Tous ces symptômes sont d’ailleurs variables en raison du siège de la lésion , suivant qu’elle occupera les lobes du cerveau , le mésocéphale ou le cervelet. Ils s’enchaînent et se succèdent de manière à former deux périodes distinctes. Dans la première, il y a prédominance des désordres du mouvement, qui se traduisent par des convulsions, des contractions et une agitation générale. La seconde est caractérisée par un état comateux et par la paralysie. Mais ces deux périodes ne se succèdent pas toujours régulièrement; elles peuvent alterner. 11 est des cas où la maladie débute par les symptômes de la seconde période. Il en est d’autres où les malades succombent dans la première, de manière que relativement à sa marche , l’encéphalite peut présenter les trois cas suivants : i° parcourir régulièrement les deux périodes; 2° débuter par les symptômes de la seconde ; 3° se terminer fatalement dans la première.
Début. Le début de l’encéphalite est fort variable. Il est des cas où elle débute par une espèce de fièvre inflammatoire avec conges-