DE L’INFLAMMATION DU PROLONGEMENT RACHIDIEN
rhumatismales ou purement nerveuses, ces cas, sont très-fréquents, et la méprise est d’autant plus facile que souvent alors la moelle ne présente aucune douleur.
La sensibilité peut au contraire être abolie généralement ou partiellement. Dans certains cas toute la peau est insensible; dans quelques autres, il existe quelques points circonscrits de la peau où la sensibilité reste intacte. L’anatomie ne peut pas rendre raisoft de ces cas-là.
Il peut n’y avoir que diminution de la sensibilité, se traduisant par des engourdissements , des fourmillements aux doigts , phénomènes qui peuvent augmenter graduellement pour arriver à une insensibilité complète.
Troubles de la vie de nutrition. Digestion, îl est des cas où la déglutition se trouve singulièrement gênée, ce qui dépend d’un défaut de contraction des muscles du pharynx. Quelquefois cette gêne de la déglutition est attribuée à une angine qui n’en finit pas. J’ai vu un cas dans lequel la gêne de la langue et du pharynx furent les premiers symptômes de la myélite. On m’a communiqué un autre cas dans lequel un individu frappé par un corps lourd à la partie supérieure de la colonne vertébrale fut pris de la paralysie de la langue et du pharynx.
La myélite peut déterminer des vomissements, elle peut s’accompagner aussi de constipation.
Désordres de la circulation. Dans les cas de myélite aiguë et étendue, il y a fièvre; la circulation reste intacte dans les cas d’inflammation légère et circonscrite. M. Serres a remarqué que dans certains cas il y avait des palpitations du cœur, qui pouvaient simuler un anévrisme. On voit des individus qui ont des syncopes continuelles.
Désordres de la respiration. L’inflammation de la moelle a une influence très-notable sur la respiration. Cette fonction sera troublée toutes les fois que l’inflammation est située à la portion de la moelle qui fournit des nerfs aux muscles de la respiration; les puissances mécaniques inspiratoires se trouvent alors anéanties. Il y a des cas où le diaphragme ne se contracte plus ou se contracte irrégulièrement, d’où production de hoquets continuels. Tous ces troubles mènent graduellement à l’asphyxie.
Désordres des sécrétions. Les sécrétions sont peu modifiées. La sueur peut manquer dans les parties paralysées, mais ce phénomène est loin d’être général. A une certaine période de la maladie l’émission de l’urine peut être empêchée.
Désordres des organes génitaux. Chez l’homme, on a plusieurs fois constaté une grande excitation des organes génitaux et
une tendance au priapisme ; ces faits viennent à l’appui des expériences des physiologistes qui ont produit ces phénomènes en irritant mécaniquement certaines parties de la moelle.
Dans les myélites chroniques, il y a au contraire affaiblissement de ces fonctions.
Chez la femme il existe quelques faits dignes d’attention ; ainsi on a vu l’avortement survenir pendant une myélite ; d’autres fois cette inflammation a produit l’inertie complète de l’utérus pendant l’accouchement.
Mais ces phénomènes ne se reproduisent pas toujours, et l’on a vu la myélite exister sans qu’elle entraînât aucun de ces accidents.
Diagnostic. Il n’est pas toujours facile. Les vertèbres peuvent être malades sans lésion appréciable à l’extérieur et déterminer plusieurs symptômes de la myélite. Il y a des cas où tous les phénomènes fonctionnels de la myélite sont mentis, pour ainsi dire, par des altérations fonctionnelles de la moelle sans altération anatomique. J’ai vu des jeunes femmes hystériques, qui, un certain jour, ne pouvaient plus remuer les membres inférieurs ; on pouvait croire à une altération de la moelle, mais un beau jour cette paralysie disparaissait. Et la paralysie saturnine dépend-elle d’une lésion de la, moelle? M. Esquirol a cité un cas où il y avait paraplégie et où l’altération (c’était un cancer) résidait dans la partie antérieure des lobes cérébraux. On trouve dans les Bulletins de la Société anatomique, le fait d’une femme paraplégique chez laquelle il n’existait d’autre altération qu’une grande friabilité des os et la destruction des cols du fémur.
Dans ces derniers temps on a désigné sous le nom d 'irritation spinale un état morbide qui comprend une foule* d’affections que l’on ne peut rattacher à aucune altération organique appréciable, et qui offre pour caractère une douleur déterminée par la pression sur le rachis, non dans le point où elle est exercée, mais sur des points plus ou moins éloignés. Nous empruntons à la Gazette médicale (2 mai 1835) l’analyse suivante d’un mémoire du docteur Grifiîn, sur ce sujet :
« On n’avait pas tenu compte jusqu’à ces deniers temps de ce symptôme particulier aux affections de la moelle* et même on peut dire qu’il avait été complètement passé sous silence par la plupart des observateurs. La douleur que détermine dans cette circonstance, et sur des points différents du corps, la pression exercée sur une partie de la colonne vertébrale, quelque légère que soit cette pression, varie suivant les cas. Les malades la rapportent habituellement aux parties où se rendent les nerfs dont les racines I partent du point de la colonne vertébrale sur I lequel s’exerce la compression. Cette douleur,
on la désigne sous le nom de douleur correspondante, pour la distinguer de celle qu’éprouvent quelques sujets sur la partie même du rachis sur laquelle on exerce la compression.
« La sensation déterminée par la pression sur un point du rachis dans une partie plus ou moins éloignée se présente sous la forme tantôt d’une céphalalgie frontale plus ou moins intense, tantôt d’une douleur aiguë sur d’autres parties du crâne ou dans les points où se distribue la cinquième paire. D’autres fois, elle affecte la forme de différentes affections des organes respiratoires ou du cœur : la syncope, les palpitations, une orthopnée subite ; ou bien elle offre la plupart des symptômes que l’on attribue à l’inflammation aiguë des divers organes contenus dans l’abdomen ; ou ceux qui appartiennent à la gastralgie, à l’entéralgie et aux autres affections nerveuses des mêmes régions.
« Selon que l’irritation spinale siège à la portion cervicale, dorsale ou lombaire, les symptômes varient. Ainsi pour la portion cervicale on observe de la céphalalgie, des douleurs névralgiques du front, des joues, de la face, des mamelles, du sternum, de l’épaule et du bras, la perte de la vue, des hallucinations, l’héméralopie, des vertiges, la surdité ou l’audition de bruits étranges dans les oreilles, le délire, >a syncope.
« Ces symptômes s’observent quelquefois seuls, mais le plus souvent ils existent simultanément , sinon tous , au moins plusieurs à la fois.
« Les phénomènes morbides qui indiquent l’irritation spinale se rencontrent si fréquemment dans la pratique, que M. Griflin a cru devoir examiner tous les malades qui se présentaient au dispensaire, afin de s’assurer jusqu’à quel point on peut les considérer comme appartenant à une affection spéciale; et le résultat de ces recherches fut qu’ils existent dans la plupart des affections que l’on regarde généralement comme nerveuses, et où on ne peut constater aucune lésion locale. On les retrouve en outre dans un certain nombre de cas d’une origine douteuse, et que l’on considère fréquemment comme dépendant d’une autre cause, tandis que réellement on ne peut les ranger que parmi les affections nerveuses; c’est précisément sous ce rapport que ces recherches offrent une utilité pratique incontestable, puisqu’elles nous donnent un moyen, que l’on peut regarder comme certain, de rapporter à leur véritable origine des cas jusqu’ici douteux, et dans le trailetement desquels le praticien commet presque nécessairement de graves erreurs.
« Les symptômes de l’irritation de la portion dorsale s’observent ordinairement aux extrémités supérieures et à la partie supérieure
du tronc. Ce sont des douleurs, une diminution ou une perte de la sensibilité, des mouvements spasmodiques ou la paralysie. Les douleurs siègent aux clavicules, aux épaules, aux aisselles, aux bras, au sternum, etc. On observe aussi la sensation d’un serrement à l’épigastre ou autour de la poitrine, la diminution de la sensibilité sur les côtes ou à l’épigastre, la dyspnée, la paralysie partielle ou complète d’un brâs, d’une main, ou des muscles respiratoires internes.
« La portion lombaire de la moelle épinière est, moins fréquemment que les deux précédentes, le siège de cette maladie. Les symptômes sont les mêmes, à l’exception qu’ils sont présentés par d’autres organes. Ainsi, les douleurs des parois abdominales, des | reins, de la région de la vessie, de l’utérus | ou de l’ovaire, des articulations des membres | inférieurs, appartiennent à l’irritation de la j partie inférieure de la moelle.
« Dans quelques cas l’irritation, au lieu d’être bornée à quelques vertèbres, occupe tout le rachis et est alors générale. Dans ces cas assez rares tout le corps est le siège de douleurs plus ou moins vives, et que l’on peut ! ou augmenter ou reproduire, suivant qu’elles | sont diminuées seulement ou entièrement dissipées, en appuyant successivement sur chacune des vertèbres.
« Dans le plus grand nombre des cas, l’irritation spinale existe sans fièvre, mais il en est où elle est accompagnée d’une fièvre trèsforte et qui peut alors faire prendre la maladie pour une inflammation du cerveau , des méninges, de la poitrine, du cœur, du péritoine, de l’utérus, etc., suivant le point de la moelle où sera l’jrritation.
« En résumant les phénomènes propres à l’irritation spinale, on trouve i° un défaut de rapport entre la douleur ou le trouble local et l’état général; 2° l’augmentation de la douleur toutes les fois que le malade veut soulever un poids; 3° douleur déterminée dans certaines parties par la pression sur les points correspondants du rachis; 4° dispositions aux métastases. »
i Tout cela est sans doute fort extraordinaire | et demande à être vérifié, i Durée de la myélite. Elle est variable; j elle peut durer de quelques jours à quelques | mois, et même à des années, j Terminaison . La myélite peu intense se
J termine toujours heureusement; quand elle j est intense, c’est une maladie grave dont la mort peut être le résultat par l’extension de la maladie au terveau. Elle peut aussi déterminer l’asphyxie. On la voit se terminer par une maladie mortelle du cœur. Il peut se faire aussi que les malades s’affaiblissent graduellement, qu’un marasme progressif se déclare,
DE L’HÉMORRAGIE DES CENTRES NERVEUX
que des escarres se forment et que la mort arrive par épuisement.
Traitement. Le traitement de la myélite repose sur les mêmes bases que celui de l’encéphalite. Dans l’inflammation aiguë, on doit pratiquer de larges saignées, et faire des applications de sangsues le long de la colonne vertébrale. Dans la myélite chronique on doit employer les révulsifs, tels que moxas, vésicatoires, etc. On peut donner des douches sur la colonne vertébrale, et surtout ne pas négliger les révulsifs sur les voies digestives.