RAMOLLISSEMENT DES HEMISPHERES CÉRÉBRAUX
Symptômes. — Intelligence. Il est des cas dans lesquels elle s’est conservée intacte. On l’a vue se perdre au moment de l’invasion, et revenir après un temps plus ou moins long. Dans d’autres cas, elle a paru obtuse au début, et allait en s’afFaiblissant jusqu’à la mort. On a observé le délire, qui était rarement permanent, quelquefois intermittent. Il coïncidait avec un ramollissement superficiel.
Les lésions de l’intelligence coïncident ordinairement avec le ramollissement de la couche corticale des circonvolutions. Cependant M. Rostan a vu un cas où cette altération siégeait à la base du lobe postérieur du cerveau, et dans lequel l’intelligence avait été profondément troublée.
Mouvements. Les lésions du mouvement sont plus fréquentes que celles de l’intelligence. Elles ne manquent presque jamais; elles en sont le signe pathognomique. En quoi consiste ce trouble ? Il n’est pas toujours
le même. La paralysie et la contracture sont les phénomènes les plus fréquents; cependant ils manquent quelquefois.
La paralysie peut être subite ou graduelle.
Lorsque le trouble du mouvement acquiert son plus haut degré d’intensité, il peut arriver que le malade soit tout à coup paralysé, comme dans une attaque d’apoplexie. Dans les cas observés, il n’y avait pas de contracture
Il est arrivé que les premiers phénomènes observés fussent les convulsions suivies de paralysie. Ces convulsions cessent au moment où la paralysie apparaît ; quelquefois elles reparaissent; quelquefois elles alternent avec la paralysie.
La contracture peut ne durer qu’un instant et être suivie de paralysie. On l’a vue persister, diminuer, et disparaître, tantôt paraître et disparaître alternativement. Elle a des sièges différents. Elle affecte tout un membre ou une partie du membre seulement. Ce symptôme est d’une très-grande valeur pour le diagnostic. Elle a lieu du côté opposé au ramollissement. La déviation de la bouche, quand elle existe, est du même côté que la contracture.
Il est des cas où les convulsions sont générales, quoiqu’il n’y ait qu’un hémisphère de ramolli. Il en est d’autres où existent des phénomènes épileptiques. On a observé aussi un tremblement général sans paralysie, un état semblable à l’ivresse. Enfin MM. Requin et Fabre ont cité des cas de ramollissement étendu, sans contracture ni paralysie. Nous avons nous-même observé des cas analogues.
Lésions du sentiment. Douleur de tête, qui tantôt existe du côté du ramollissement, tantôt sur un point opposé.
Celte douleur peut être fixe ou vague, permanente ou intermittente, d’une intensité variable, ne consistant souvent que dans un sentiment de gêne ou une douleur légère ; d’autres fois, au contraire, vive et intolérable. Sa durée varie beaucoup, tantôtelle n’a existé que pendant quelques jours , tantôt pendant toute la maladie. Elle a précédé quelquefois tous les autres symptômes; d’autres fois elle a paru en même temps. Dans le plus grand nombre de cas, celte céphalalgie existe; elle peut manquer cependant.
La sensibilité peut n’être pas altérée. D’autres fois les malades accusent du fourmillement. La sensibilité devient obtuse quelquefois et peut s’éteindre entièrement. Quelques malades ont offert, au contraire, une notable exaltation de la sensibilité : ils accusaient des douleurs intolérables , continues ou intermittentes, quelquefois avec des crampes. Quelques autres n’avaientquedcs douleurs superficielles à la peau, quelques-uns les éprouvaient profondément et suivant le trajet des cordons nerveux. On a vu coïncider unedou-
DU RAMOLLISSEMENT DES CENTRES NERVEUX
leur profonde avec l’abolition de la sensibilité de la peau.
Les organes des sens peuvent être diversement modifiés.
Fonctions de nutrition. Digestion; est ou n’est pas troublée. Circulation; ordinairement à l’état normal : cependant, dans les ramollissements qui ont une marche aiguë, la circulation se trouble profondément. Respiration ; intacte, à moins que le ramollissement ne coïncide avec l’apoplexie.
Au reste, sous le rapport des formes que peuvent présenter les symptômes du ramollissement des hémisphères cérébraux, elles se réduisent aux suivantes :
1° Perte subite de connaissance, avec paralysie simple ;
2° Perte subite de connaissance, avec contracture ;
3° Perte subite de connaissance, avec convulsions partielles ou générales ;
4° Connaissance conservée, intelligence un peu obtuse, altération subite des mouvements ;
5° Connaissance conservée, mouvement ne s’altérant qu’insensiblement;
(Dans tous ces cas, céphalalgie présente ou absente).
6° Ramollissement ne se révélant plus par les symptômes accoutumés ;
7° Enfin ramollissement, sans aucun symptôme.
De ces diverses formes il résulte trois cas principaux pour le diagnostic :
1° Quand le ramollissement se présente avec des symptômes évidents ;
2° Quand il se confond avec les symptômes de l’hémorragie cérébrale;
3° Quand il se confond avec les affections chroniques du cerveau, occasionnées par des productions morbides accidentelles.
Début. Il est brusque ou lent. Quand il débute brusquement, il peut présenter tous les phénomènes précurseurs. Cela n’est pas constant.
Durée. Très-variable. Il peut se terminer dans un très-petit nombre d’heures, ou durer plusieurs mois. Dans ce dernier cas , les symptômes peuvent être toujours les mêmes ou alterner.
Pronostic. Le ramollissement des hémisphères cérébraux, dans le plus grand nombre des cas, est mortel. Cependant il y a des observations de guérison bien constatées.
M. Lallemand admet que certaines parties ramollies peuvent passer à l’induration.
Traitement. Il est simple. Les émissions sanguines le constituent pour ainsi dire. Elles ne doivent pas être cependant employées aveuglément. C’est surtout quand le ramollissement coïncide avec une congestion, qu’il est franchement aigu, et qu’il y a des phénomè-
, nés de réaction, que le traitement antiphlogistique doit être employé. Mais dans l’état d’affaiblissement extrême, dans le cas d’anémie, les dérivatifs, les excitants, tels que les moxas, les vésicatoires , les sétons, etc. , constituent le seul traitement rationnel.