DU TREMBLEMENT
Celte maladie, qui est très-commune, a été à peine indiquée par les auteurs. Elle consiste dans une modification telle du système musculaire, qu’une partie des muscles du corps, ou tous ensemble, sont pris de tremblement.
Ce tremblement peut survenir sous l’influence des causes les plusdiv erses.
Il peut être le résultat de certains actes cérébraux, tels qu’une passion vive, une émotion, une colère violente , une vive frayeur.
11 est d’autres causes qui agissent en perturbant ou en affaiblissant le système nerveux ; et de toutes ces causes, la plus puissante est la masturbation. Il arrive souvent après les fortes maladies aiguës, après les hémorragies considérables.
C’est sous l’influence de cette diminution de l’influx nerveux que se produit ce tremblement connu sous le nom de tremblement sénile, tremblement qui peut apparaître a une époque peu avancée de la vie.
Il est des causes qui résident dans les muscles eux-mêmes. Ainsi il survient quelquefois après de grandes fatigues musculaires.
On a vu des femmes être prises du tremblement à chaque retour des règles.
On l’a vu survenir , chez quelques individus, après la suppression de quelques sécrétions habituelles.
Parmi les causes extérieures, les violences sur la colonne vertébrale, les températures basses, etc., certaines substances, telles que l’abus du café, du thé, quelquefois de l’opium.
On a dit aussi, mais ce n’est pas prouvé, qu’il survenait souvent chez les ouvriers employés dans les manufactures de tabac.
Il survient très-communément après l’inspiration de vapeurs mercurielles. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que les vapeurs mercurielles respirées ne déterminent pas la salivation, mais le tremblement ; tandis que le mercure, soit ingéré dans l’estomac, SGit absorbé par frictions, détermine la salivation et nonle tremblement. Cependant on a cité quelques cas très-rares où le tremblement était survenu, le mercure ayant été pris par ce dernier moyen.
II est quelquefois survenu, les individus ayant été soumis à l’influence des préparations de plomb.
Toutes ces causes diverses n’expliquent rien et ne nous apprennent rien sur la nature de celte maladie 5 car qu’y a-t-il de commun entre elles?
Voyez encore chez les malades atteints de fièvres graves, à mesure qu’ils s’affaiblissent et qu’il se prostrent, voyez comme le tremblement survient, et comme il devient de plus en plus fort. Et ceci est un phénomène important à noter, car lorsque ce tremblement est arrivé, c’est un indice certain qu’il ne faut plus faire d’évacuations sanguines.
Il est des cas où un tremblement partiel se manifeste. On voit des individus chez lesquels le poids le plus léger, un canif, une plume, etc. , déterminent le tremblement de la main.
Symptômes. Le nom de la maladie les indique.
Il peut être général, ce qui est rare, ou partiel, ce qui est beaucoup plus commun. Chez les vieillards il est borné à la têle. Il peut l’être à quelques muscles de la face.
Il est beaucoup plus fréquent aux membres, surtout aux supérieurs. 11 peut être borné à un bras, à une main.
Chez quelques individus il existe à l’état de repos et d’activité. Chez d’autres , l’état de repos le suspend.
11 peut être prériodique ou continu.
Durée. Une fois produit, il peut ne plus cesser, comme aussi il peut cesser, et alors sa durée est aussi variable que les causes qui l’ont produit. S’il est dû à une émotion, il est peu durable ; il l’est plus, au contraire, s’il a été produit par une hémorragie. H survit longtemps s’il est dû à la peur. La durée du tremblement mercuriel n’est pas limitée ; elle dépend du temps où l’individu aura été soumis à la cause. Dans un cas cité par
M. Foville, et où le tremblement fut dû au mercure pris et non respiré , il dura huit mois.
Le traitement doit varier selon les causes qui l’ont produit. On peut employerplusieurs méthodes, qui se résument en excitante, débilitante, perturbatrice.
Si ce tremblement a un siège, et toute lésion de fonction doit avoir une lésion d’organe, ce siège doit être dans la moelle épinière. Il suit de là que c’est vers ce point qu’il faudra quelquefois agir. Des vésicatoires, des applications chaudes, le repassage sur la colonne vertébrale mis en usage pour le choléra, pourront être utiles. Certaines substances qui agissent sur la moelle, telles que la noix vomique et la strychnine, pourront être convenablement employées.
Quant au traitement du tremblement mercuriel, il s’agit souvent d’éloigner la cause pour le guérir. En général on prescrit une diète lactée, des bains tièdes. Les purgatifs ont été employés souvent avec succès. On s’est aussi servi des antispasmodiques. Mais ce qui a été le plus souvent employé, c’est la décoction des quatre bois sudorifiques associée aux bains de vapeurs.
Plusieurs médecins allemands administrent le soufre. Après un régime doux et quelques purgatifs, ils donnent un scrupule de fleurs de soufre uni à un scrupule de nitrate de potasse.
Dans le tremblement purement nerveux, on s’est bien trouvé des bains sulfureux.
affections qui consistent en mouvements
désordonnés, oit contractions permanentes de certains muscles.
D’abord on peut observer des mouvements convulsifs isolés, eldontle point de départ est dans le muscle même. C’est ainsi que les paupières peuvent être le siège de petites convulsions désignées sous le nom de clignotement j ces convulsions peuvent se montrer aux autres muscles de la face , dans le tendon des muscles (soubresaut des tendons), quelquefois dans le corps charnu des muscles (palpitations musculaires), il est quelquefois plus général. M. Desalleurs fils a cité, dans letomexix des Archives de médecine , l’observation d’une fille de 26 ans qui, pendant la convalescence d’une fièvre grave, fut prise d’un mouvement continuel de flexion et d’extension de lajambe gauche. Celle affection dura 5 ans, au bout de ce temps les yeux rougirent, s’enflammèrent, une ophthalmie aigue se déclara, qui fut remplacée par une palpébrite chronique. Ce qu’il y a de remarquable dans celte observation, c’est que lorsque des phénomènes morbides se déclarèrent aux yeux, ceux de la jambe cessèrent.
Il existe des cas rares où tous les muscles
LESIONS DU MOUVEMENT.
du corps participaient à un mouvement désordonné. Une femme, âgée de trente-deux ans. éprouvait de cinq en cinq minutes un mouvement d’extension subit, complet de tout le corps. L’observateur ne pouvaitpas mieuxcomparer ce qui se passait dans cette femme qu’à la commotion qu’on éprouvepar une forte décharge électrique. Il n’y avait au reste aucun trouble de l’intelligence et de la sensibilité. Celte affection dura deux ans, au bout desquels et après avoir essayé de toute espèce de moyens, on fit des frictions avec la pommade stibiée, ces frictions déterminèrent une éruption ; en même temps on donna pendant quelques jours six grains de sulfate de quinine. L’affection céda à ce traitement.
Tout cela se passe plus souvent dans un certain nombre de muscles, les autres y restant étrangers. II en résulte changement de forme, de situation , de rapport. On l’a d’abord observé à la face : de là une grimace permanente, surtout distorsion de la bouche.
Il est très-important de savoir cela pour ne pas s’en laisser imposer; car la déviation de la bouche étant un symptôme de maladies graves, il faut savoir que cette déviation peut être due à d’autres causes. C’est quelquefois le muscle élévateur de la mâchoire inférieure, qui présente celle contraction; plus rarement ce sont les muscles abaisseurs : alors tout à coup la bouche s’ouvre grandement, elles efforts qu’on fait pour la fermer sont vains. J’ai vu un cas de ce genre dans la convalescence d’une pleurésie. C’est tantôt aux muscles du cou qu’est bornée cette contraction : le torticolis peut dépendre de cette cause. On trouve des faits de ce genre dans le tome m de la Gazette médicale.
Contraction des muscles des membres supérieurs. Ici il y a des cas où l’on a vu tout à coup les épaules s’élever de manière à déler- ' miner la distorsion. Ces cas, on les a observés chez des jeunes filles à l’époque de leur menstruation. Cette distorsion, au lieu devenir tout à coup, peut venir graduellement. Dans d’autres cas, la contraction a eu lieu dans les muscles fléchisseurs :d’où flexion de l’avantbras sur le bras, et de la main sur l’avantbras. On trouve un certain nombre de faits de ce genre dans le tome vin du Journal hebdomadaire. On voit d’abord que ces cas sont relatifs à de jeunes sujets de quatre à seize ans ; ce sont des filles en général. Dans tous, les accidents sont survenus au milieu de la santé. Les individus ont commencé à ressentir un picotement ou un engourdissement ; puis estsurvenue une crampe qui s’étendait du coude à l’extrémité de la main. Puis arrivait la contracture dont nous avons parlé. Si l’on voulait ramener les muscles à leur situation naturelle, on éprouvait une grande résistance ; et si on faisait des efforts, on faisait
éprouver une vive douleur. La durée a été variable, depuis quelques minutes jusqu’à quelques heures, un jour, même plusieurs jours.
Il y a eu des cas où ces phénomènes ont disparu, pour revenir plus ou moins longtemps après.
Aux membres inférieurs. — Mêmes phénomènes à peu près. Le cas le plus singulier est celui donné par M. Fallût, dans 1 e Journal complémentaire, année 1829. Une fille de . dix-neuf ans eut une suppression de règles à la suite d’une frayeur. Elle fut prise, chaque mois après et à peu près à l’époque où ses règles devaient venir, d’une contraction spasmodique des membres inférieurs. La flexion des jambes sur la cuisse était si forte, que les talons venaient toucher les fesses. Dans l’intervalle il y avait santé parfaite. Dira-t-on qu’il y avait là congestion? Ce qu’il y a de certain, c’est que les règles ayant reparu, les convulsions cessèrent.
Les muscles du tronc. Les convulsions ou les contractions peuvent se fixer sur les muscles qui vont du tronc aux membres supérieurs; de là, différents mouvements à ces membres. J’ai vu une jeune fille dont les deux bras s’étaient subitementrapprochés du tronc; ceux qui vont du tronc aux membres inférieurs, et ces mouvements peuvent simuler des luxations diverses. On a vu des individus, bien portants jusque-là, être pris tout à coup d’un raccourcissement d’un des membres inférieurs. Ce raccourcissement peut être étendu d'un demi-pouce à deux pouces. En pareil cas, il est important de mesurer la distance qihil y a de la rotule à l’épine iliaque antérieure et supérieure; de mesurer la distance qu’il y a entre la crête iliaque et les côtes ; voir si cette distance est égale des deux côtés. La direction du membre peut être normale ; le pied peut être porté en dedans. Ce raccourcissement cesse en général quand on fait coucher le malade. Il cesse aussi par une forte traction sur le membre. En le palpant, on le trouve gonflé et douloureux, douleur qui se rapprocha des crampes ou des rhumatismes.
Tantôt il est permanent; tantôt il va et vient.
Il y a des cas où les deux membres sont simultanément atteints, d’autres cas où c’est aujourd’hui un membre, demain un autre.
Ce caractère, quand il existe, suffira pour le distinguer des luxations. C’est surtout avec les luxations de la symphyse pubienne qu’on pourrait le confondre
Durée. Très-variable : tantôt quelques heures, tantôt plusieurs jours, même plusieurs mois.
L’invasion peut être brusque; d’autres fois elle est lente et graduelle.
Quelques circonstances peuvent coïncider avec ces contractures : la plus fréquente est
le rhumatisme. Dans un cas cité, le malade devenait maigre, dépérissait, avait la fièvre et une légère diarrhée. On découvrit qu’il se livrait à l’onanisme avec fureur.
Dans d’autres cas il n’y a pas de circonstance appréciable. J’ai vu à laCharitéun cas où cette maladie ne fut qu’un des accidents d’une affection nerveuse générale. Une femme, âgée de trente-sept ans, ayant eu une aliénation mentale, entra à la Charité, accusant des étouffements et des palpitations, de telle sorte qu’on pouvait soupçonner un anévrisme du cœur. Peu à peu les symptômes du côté du cœur disparurent. Elle fut prise en même temps d’une douleur atroce à la tète, douleur que nous avons nommée clou hystérique. Cette douleur disparut elle-même pour faire place à une douleur vive et poignante dans la poitrine. Tout cela disparut, et on reconnut une paralysie du membre thoracique droit. L’intelligence était parfaite. Cette paralysie disparut pour être remplacée par une extension subite et permanente de ce membre droit, et enfin raccourcissement du même membre. En même temps anesthésie de quelques parties de la peau. Au bout de quelques jours, ce raccourcissement cessa ; rien de nerveux ne se manifesta. La malade sortit guérie.
Je ne vois pas que jusqu’à présent on ait constaté de raccourcissement spasmodique chez des hommes; c’est toujours chez des femmes. Les plus jeunes avaient treize ans, les plus âgées trente-sept ans.
^royez sur cette affection Piorry, Recueil de la Société de Médecine de Paris , t. lxiv;
Thèse, t829, par Tibel;
Dalmas, Journal hebdomadaire , t. i«r.
Traitement. Tout ce qui convient aux maladies nerveuses déjà exposées. On peut plonger les malades dans des bains dont on variera la température, douches, frictions de belladone et d’axonge ; lotions avec une solution de cyanure de potassium. Les moxas ont très-souvent réussi.
Rire nerveux ou convulsif. Dans le t. xvn des Archives , il y a une observation d’une jeune fille qui fut prise d’un rire convulsif inextinguible. Le médecin lui plaça un bandeau sur les yeux; le rire cessa.
Éternûment. On voit des individus chez lesquels il dure si longtemps, qu’il devient inquiétant. Dans le t. xxm de la Bibliothèque médicale, on cite l’exemple d’une jeune fille de vingt-un ans prise d’un éternûment qui dura onze jours. On la fit vomir, elle fut guérie.
Hoquet. Contraction subite du diaphragme, accompagnée de l’introduction bruyante de l’air par l’ouverture rétrécie de la glotte. Il se montre quelquefois comme symptôme de certaines maladies graves, dans certains cas de péritonite, de pleurésie, de blessures du
diaphragme. Nous n’avons à nous occuper ici que du hoquet spasmodique.
Ce hoquet, seul phénomène morbide, peut survenir sans cause connue , dans le cours d’une affection nerveuse. On l’a vu survenir par imitation. Il peut durer plusieurs jours, ou plus longtemps encore : il y a des cas de durée d’un mois, six mois , treize mois , dixhuit mois, quatre à cinq ans. Lorqu’il dure ainsi, l’individu s’y habitue.
11 est des cas où il est accompagné de symptômes graves. Les malades sont tourmentés d’une douleur vive à la région du diaphragme. Veulent-ils manger, le hoquet survient après le repas, et si fort qu’il provoque des vomissements. Veulent-ils parler, le hoquet arrive aussitôt. En un mot, tout ce qui agit sur les nerfs est cause du hoquet ; et comme l’individu vomit, la nutrition ne s’opère pas, il maigrit et dépérit.
Voici un cas tèllement bizarre, qu’il ne mériterait pas croyance, s’il n’avait eu pour témoin un homme digne de foi, le docteur Hellisde Rouen.
Un enfant de sept ans, fils de fermier, éprouve au dos un sentiment particulier qu’il compare au frottement d’un corps soyeux. Partie du dos, cette sensation monte à l’épigastre, et arrivée là, le hoquet survient. Xe phénomène dura trois ans. A celte époque cette sensation franchit l’épigastre, va au cou, et se répand dans toutes les parties du corps. Longtemps concentrée au tronc, elle le quitte, arrive aux membres supérieurs et descend, comme un chatouillement, jusqu’aux doigts, et arrivée là, le hoquet commence. Un jour, machinalement, l’individu ferme la main; le hoquet ne survient pas. Cela dura ainsi neuf ans, et si le malade oubliaitde fermer la main, le hoquet survenait. Le hoquet survenu , en serrant la main, il le suspendait. C’est dansces circonstances qu’il fut soumis aux soins du docteur Hellis. Il appliqua une ligature au poignet, qui ne produisit rien. Quelques phénomènes survinrent pendant deux ans, après lesquels tout disparut, et des nodosités survinrent aux doigts, comme aux vieux goutteux (Tome h, 1825, Revue médicale).
Traitement. Moyens moraux ; usage des boissons froides, acides; glace, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur ; substances excitantes, musc, castoréum . Dupuytren en a guéri un cas par l’application du cautère actuel sur l’épigastre.
2e Espèce. — ABOLITION LU MOUVEMENT.
• De la paralysie.
La paralysie est, dans un grand nombre de cas, le résultat des lésions que nous avons déjà étudiées. Peut-elle exister indépendamment de ces lésions? Oui ; l’observation a démontré que la paralysie pouvait constituer à
LÉSIONS DU MOUVEMENT
die seule une lésion spéciale ; en d’autres termes, qu’elle n’était point toujours symptomatique , mais que quelquefois elle était idiopathique.
On peut prouver que la paralysie est, dans certaines circonstances, idiopathique, par l’anatomie pathologique, par les symptômes qu’elle détermine, enfin par le traitement qu’on lui oppose avec succès.
Un des travaux les plus remarquables qui aient été faits sur ce sujet, est celui de M. Lélut, médecin de Bicêtre. A l’ouverture des corps d’individus morts paralytiques , il n’a absolument trouvé aucune lésion appréciable, qui pût rendre compte de la paralysie. D’autres observateurs ont cité des cas semblables où les centres nerveux et les cordons nerveux étaient exempts de toute altération. 11 est donc admis aujourd’hui dans la science, que la paralysie peut exister sans laisser de lésion appréciable sur le cadavre.
Pour les symptômes, très-souvent le trouble du mouvement est le seul qui existe; mais cette circonstance n’est point suffisante. Ce qui est plus important à prendre en considération , c’est la marche de la paralysie. Il y a des paralysies qui vont et viennent ; elles sont inconstantes, mobiles , fugitives. Or, rien de' semblable ne s’observe dans les paralysies qui sont sous l’influence d’une lésion organique.
Les causes de ces paralysies sont très-diverses. Il en est qui succèdent à des névralgies. Ainsi , dans une partie ayant été plus ou moins longtemps le siège d’une névralgie, la paralysie peut succéder à cette dernière lésion. Le rhumatisme musculaire peut être egalement remplacé par. la paralysie. Cette observation n’avait point échappé aux anciens médecins, qui nous en ont transmis plusieurs exemples dans leurs ouvrages.
Dans les Indes orientales, sur les bords du Gange , et dans un pays peu éloigné de nous, en Espagne, règne une maladie épidémique intermittente qui affecte les membres et l’intestin en même temps, en les frappant de paralysie. On appelle cette affection du nom de béribéri. Les Anglais nous ont transmis des volumes sur cette maladie, dont ils n’ont éclairé, il faut le dire, ni l’étiologie ni le traitement. Elle règne aussi dans les pays froids de l’Orient. Dans nos pays on observe quelque chose d’analogue après un saisissement subit par le froid.
Il y a des substances qui , ingérées dans l’économie et absorbées , ont la propriété de déterminer la paralysie. Dans ce cas est le plomb , qui produit la paralysie des membres supérieurs. Toutes les préparations saturnines sont dans le même cas. Il est probable que l’altération que détermine ce métal s’exerce sur la fibre musculaire.
Les émotions fortes peuvent déterminer la
paralysie sans qu’il y ait lésion des centres nerveux. Sous celte influence on peut voir survenir la paralysie de la langue, la paralysie de la face. La paralysie de la langue , par exemple , peut disparaître presque aussitôt qu’elle est survenue ; elle peut même disparaître sous l’influence d’une autre émotion. Souvent, dans ces cas , en soumettant l’individu à l’influence de l’électricité, la paralysie peut disparaître instantanément. Mais retenez bien que ce n’est que dans le cas de paralysie sans lésion pathologique. J’ai vu des cas où, à l’instant même qu’un courant galvanique traversait la langue, la parole revenait. Ces cas de paralysie instantanée, sous l’influence d’une cause morale, ne rappellent-ils pas la syncope déterminée par l’annonce d’une triste nouvelle ou d’une forte émotion?
Je connais un cas dans lequel il s’agit d’une jeune personne paralysée depuis longtemps des membres, qui a recouvré le mouvement sous l’influence du magnétisme animal. Mais il importe de remarquer que cette jeune fille avait l’imagination très-vive, et qu’il peut n’y avoir eu dans ce cas qu’un effet moral. Ici , je note un fait , me réservant de traiter à fond la question du magnétisme animal.
Au reste, plus on remonte dans le passé, plus on rencontre de ces faits remarquables de guérisons de la paralysie par des moyens très-curieux, et qui se rapprochent plus ou moins du magnétisme. 11 existe un livre imprimé dans le xvme siècle, où sont consignés tous les faits extraordinaires de paralysies guéries. Je ne veux vous en citer qu’un, et remarquez bien qu’iei nous ne voyons les circonstances de cette guérison qu’en physiologiste et en pathologiste.
Une demoiselle, Louise Hardouin, était paralytique depuis fort longtemps. En 1723, quatre médecins constatent sa paralysie, et la déclarent incurable. A cette époque , se passaient les célèbres miracles du diacre Péris. La malade voulut aller à son tombeau , et avant d’y aller , elle fait constater le fait de la paralysie par des témoins, dont le principal était un M. Parent, juge à la cour des comptes. Cette demoiselle ne pouvait même pas marcher avec des béquilles ; on la roulait dans un fauteuil. Placée sur le tombeau du diacre Paris , elle se sent guérie , sort de l'église Saint-Médard, sans aide, va jusque chez elle, rueGeoffroy-Lasnier,etmonteau second étage.
Voilà un fait, s’il est authentique, qui prouve que le trouble fonctionnel peut ne pas être en rapport avec la lésion organique, et que la maladie que nous étudions peut être produite par une lésion matérielle autre que celle que, dans l’état actuel de la science, nous pouvons apprécier par le scalpel.
Cette paralysie peut être partielle ou générale.
Partielle, elle peut être bornée aux muscles moteurs de l’œil ; de là le strabisme. Après une fièvre typhoïde grave , on voit des individus être pris de strabisme. J’ai ouvert une femme qui avait présenté cette circonstance; mais je n’ai trouvé aucune altération qui pût expliquer le strabisme.
La paralysie peut affecter les muscles de la face , la langue. Elle peut frapper un ou plusieurs membres.
Paralysie de la face. Elle a son siège dans le nerf facial qui , comme on le sait, résulte de la cinquième paire et de la portion dure de la septième paire. Cette septième paire est spécialement destinée au mouvement des muscles de la face , tandis que la cinquième préside à la sensibilité.
Les lésions les plus diverses du nerf luimême ou des parties qu’il traverse, peuvent produire cette paralysie.
Elle débute ordinairement d’une manière subite: la bouche se dévie subitement, et, dans la plupart des cas, c’est en s’éveillant que les malades s’aperçoivent de cette déviation. Cette paralysie commence le plus souvent à partir du trou stylo-mastoïdien. Elle a pour résultat d’arrêter les mouvements du muscle buccinateur qui ne se contracte plus. L’action de siffler est impossible ; les paupières ne peuvent plus se fermer , si ce n’est pendant le sommeil : phénomène dû alors au relâchement du muscle élévateur de la paupière supérieure. Le muscle sourcilier; le muscle frontal sont frappés de paralysie; les mouvements de la langue restent intacts; l’œil est rouge, larmoyant, parce que les paupières ne peuvent essuyer le globe oculaire.
Les causes occasionnelles de cette affection sont fort obscures. On l’a vue survenir après une impression du froid.
La durée est variable ; elle cesse quelquefois après quelques jours ; dans d’autres circonstances elle se prolonge plus ou moins longtemps.
Traitement. Des traitements divers ont été essayés contre cette paralysie. On a appliqué des vésicatoires et des moxas sur la face. On a fait usage de courants électriques. Le docteur Montault qui a fait un travail estimable sur cette paralysie, a prouvé par des observations que celte paralysie pouvait disparafcre spontanément, et sans qu’on ait besoin de recourir à des moyens thérapeutiques.