I)E IA GOUTTE
Il est une maladie qui a été souvent confondue avec le rhumatisme. Elle en diffère cependant par des caractères essentiels, et
surtout par les caractères anatomiques. Cette maladie, c’est la goutte, nom barbare qu’il faut bien accepter, puisqu’il est généralement adopté.
11 est peu de maladies sur la nature et le siège desquelles on ait plus longtemps disserté; il n’en est aucune sur laquelle tant de dissertations aient amené des résultats si contradictoires, et partant, des données aussi peu certaines. Rappeler ici toutes les opinions émises sur la goutte serait rappeler toutes les erreurs, toutes les absurdités que peut créer l’esprit humain, et cela sans profit pour vos éludes. Quelle utilité retireriez-vous en effet, si je vous rappelais qu’Hippocrate et Galien attribuaient la goutte au transport de la pituite et de la bile sur les articulations? que Paul d’Égine la faisait dépendre d'une faiblesse des articulations, résultat d’une indigestion , d’une plénitude de l’estomac , qui fait que les humeurs superflues se jettent sur les articulations , en distendent les ligaments et produisent ainsi la douleur? que Fernel et Baillou la faisaient provenir de la pituite ou de la sérosité? que pour Hoffmann elle consiste dans un spasme violent par lequel les ligaments nervoso- tendineux qui assujettissent les os sont déchirés, arrachés? que pour Sydenham c’est un défaut de coction de toutes les humeurs?.... Il faut parcourir une longue série de siècles pour arriver à quelques idées raisonnables sur la nature de la goutte.
Nous adoptons les opinions de quelques médecins modernes, qui consistent à considérer la nature de la goutte, comme double en quelque sorte et formée de deux éléments , l’un inflammatoire ayant son siège dans le tissu fibreux, l’autre plus général résidant dans le sang, altéré par la présence de l’acide urique qui vient se déposer autour des articulations.
Causes. La même obscurité règne sur les causes de la goutte. Si vous consultez les auteurs, vous serez effrayés de la longue énumération des causes productrices de cette maladie. Ainsi, on a tour à tour accusé l’air humide, les vents d’ouest et du nord, les variations de température, le froid humide, l’habitation dans les lieux bas, humides et froids, les vêtements trop légers , la suppression de la transpiration, surtout celle des pieds et des mains, l’abus des bains froids, la malpropreté, la répercussion des affections cutanées, la suppression d’une hémorragie habituelle, l’omission d’une saignée ou d’une purgation habituelle, la guérison intempestive et trop rapide d’un cautère ou d’un vieil ulcère, les coups, les chutes sur une articulation, une nourriture animale trop abondante, l’usage ! d’aliments gras, huileux, de ragoûts, de gi- 1 bier, de viandes fumées et salées, de tous les 1 aliments de digestion difficile, des fromages 1 fermentés, une nourriture trop succulente,