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PHLÉBITE

Ce nom donné, par M. Breschet, à l’inflammation des veines , a été dans ces derniers temps, l’objet de travaux importants. C’est aux recherches de cet auteur, à celles de MM. Ribes, Dance , Maréchal , Legallois , etc., que nous sommes redevables des lumières répandues sur cette maladie, et c’est d’après leurs intéressants travaux que nous allons tracer l’histoire de la phlébite.

Caractères anatomiques. Les parois des veines offrent une rougeur qui, tantôt se borne à la membrane interne , tantôt envahit toute l’autre membrane. Cette rougeur ne doit pas être confondue avec la teinte cadavérique que présentent les veines dans certaines circonstances. Dans l’inflammation, on voit que la couleur rouge dépend du sang qui se trouve contenu dans lesjpetits vaisseaux capillaires répandus à l’extérieur de la tuni-

que interne de la veine. C’est dans les fines j arborisations que forme ce réseau que l’on aperçoit d’abord les traces de l’inflammation ; plus lard, les autres tuniques de la veine sont envahies par elle. Alors l’épaisseur de la tuniques interne est plus ou moins augmentée , et elle l’est quelquefois au point de rendre béante l’ouverture de la veine à laquelle on aura fait une section.

La rougeur et l’épaississement ne sont pas les seuls caractères de l’inflammation des veines. Quelquefois leurs parois sont lisses, d’autres fois elles sont inégales et en suppuration ; on y trouve des ulcérations plus ou moins profondes. Différents produits morbides peuvent y être sécrétés. Ainsi on y trouve de fausses membranes , ayant plus ou moins de consistance , tantôt fort adhérentes aux parois des veines, tantôt étant simplement apposées. On y trouve du pus qui peut remplir tout le calibre de la veine , soit à l’état concret , soit à l’état liquide , soit pur , soit mêlé au sang.

Le sang contenu dansles veines enflammées est modifié par l’inflammation et par le contact des produits sécrétés. Il se coagule, d’où il suit que dans la phlébite, il y a interruption de la circulation dans les parties situées audessous, interruption qui ne sera que passagère, si l’inflammation estpeu intense; etalors il arrive que le sang redevient liquide, qu’il rentre dans le centre de la circulation, et que tous les phénomènes morbides disparaissent. Si, au contraire, l’inflammation est intense , la veine s’oblitère et se transforme en un cordon ligamenteux, cessant dès lors pour toujours de pouvoir remplir ses fonctions circu latoires.

Les matières déposées dans l’intérieur des veines, pus , fausses membranes , sang vicié, sont transportées dans le torrent de la circulation ; dès lors la masse du sang est altérée, et les organes qu’il doit nourrir se trouvent lésés dans leur texture intime ou dans leurs sécrétions.

L’inflammation s’étend rapidement en remontant , des points primitivement affectés , vers le centre de la circulation. Le sang vicié emportant les produits dont il est chargé, traverse les cavités droite du cœur , arrive au poumon, entre dans le cœur gauche d’où il est chassé vers les capillaires où il porte le germe du mal , en y déposant les principes morbides dont il est chargé. C’est ainsi que la phlébite qui tend à se généraliser fait naître dans une foule de points à la fois des phénomènes inflammatoires; c’est ainsi qu’on peut se rendre compte de ces nombreux foyers de pus qu’on trouve chez les individus atteints de cette maladie. Ces foyers purulents se montrent dans différentes sortes d’organes , mais spécialement dans les organes parenchymateux, et en premier ordre dans les poumons

MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE

Les petits dépôts de pus y sont tellement multipliés que chaque fois qu’on enfonce le scalpel dans ces organes, il tombe sur un abcès. Du reste le poumon n’est pas altéré dans sa structure , le pus est seulement interposé et il occupe principalement le lobe inférieur. Quelquefois ces abcès sont accompagnés de petits endurcissements rouges.

On a quelquefois confondu ces abcès avec des tubercules; mais, outre qu’ils en diffèrent par leur forme, leur volume et leur siège , ils suivent encore dans leur développement une marche inverse à celle de ces productions accidentelles qui commencent toujours par envahir le sommet du poumon , tandis que ces petits abcès débutent par la base de cet organe.

Après les abcès du poumon , ceux du foie sont les plus fréquents. Ils sont superficiellement placés , ont une forme moins arrondie et moins circonscrite que ceux des poumons et ressemblent à des masses irrégulières.

On en trouve aussi dans la rate qui constituent moins des abcès purs qu’une combinaison de sang et de pus alliés au détritus de l’organe ; ils se présentent sous un aspec t brunâtre. Ces foyers sont larges, irréguliers et souvent confondus ensemble. Ils sont d’ailleurs beaucoup moins communs que dans le poumon et que dans le foie.

Danslecerveau,ilsoccupent principalement la substance de cet organe , à la superficie , dans les couches optiques et dans les corps striés. Ce n’est plus sous la forme d’un tubercule ou d’une masse .irrégulière qu’on les trouve , mais bien à l’état diffus et sous la forme de gouttelettes dont le nombre varie à l’infini. Le cervelet en présente ordinairement un nombre moins considérable. On ignore sî la moelle épinière en est affectée.

On en a trouvé aussi, quoique plus rarement , dans le cœur et dans les reins. Dans le cœur , ils ressemblent à ceux du cerveau ; ceux des reins affectent de préférence la substance corticale.

A l’extérieur, on les rencontre fréquemment dans les articulations , et rarement ils n’en affectent qu’une seule, lis envahissent ordinairement les plus grosses, mais il n’est pas rare d’en trouver dans les plus petites. Les abcès dans les articulations ne débutent pas tous en même temps , ils se succèdent dans leur apparition, en laissant quelquefois plusieurs jours d’intervalle.

On en rencontre dans le tissu cellulaire , mais sans siège déterminé. Ils sont ordinairement multiples et remplis d’une grande quantité de matière.

Dans les muscles ils ressemblent à ceux des poumons, si ce n’est qu’ils ont un volume plus considérable.

Quel que soit leur siège , ces abcès ont une grande ressemblance entre eux, non seule-

ment par leurs caractères anatomiques, mais encore parleur mode de développement. Ilsapparaissentavec tous les signes de la fluctuation avant qu’on ait pu soupçonner leur existence, et souvent sans douleur et sans chaleur.

Comment se forment ces abcès ou foyers purulents? quelle est leur nature? Ces questions sont diversement résolues. Si on n’admet pas que le pus, pris par la veine ou formé dans ses parois, est transporté en nature et de toutes pièces dans les divers organes où on le rencontre, il faut recourir à l’opinion qui admet que le pus, mêlé au sang et se répandant dans tous les organes , irrite par son contact les parties où il séjourne, et que de cette inflammation résultent les abcès consécutifs à la phlébite (1).

De tout ce que nous venons de dire, il résulte que l’inflammation de veines est locale ou générale, limitée et circonscrite, ou diffuse et tendant toujours à s’accroître dans le sens de la circulation veineuse.

Quant à son siège on l’observe dans les veines extérieures du bras, de la tête , de la face, du cou , des membres inférieurs ; les gros troncs veineux , telles que la veine cave, les jugulaires, la veine-porte n’en sont pas exempts. Elle est très-fréquente dans les veines de l’utérus.

Causes. La phlébite est le plus ordinairement produite par des lésions qui agissent sur la membrane interne des veines. Ces lésions peuvent altérer directement son tissu, soit par les piqûres des saignées, par la sectiop, la ligature, la compression, la contusion ou le déchirement de ces vaisseaux ; soit par le contact des matières âcres et irritantes à la surface de cette membrane, comme cela arrive après les amputations, les accouchements, lorsqu’il existe un cancer ramolli, une surface gangrénée ou suppurante; circonstances dans lesquelles les veines baignent dans un foyer purulent. Ces causes existent presque toujours, et presque toujours la phlébite est secondaire à une autre affection. Elle peut cependant survenir d’une manière spontanée et sans cause appréciable. Dans, quelques circonstances la maladie locale est tellement bénigne que l’on est tenté de mettre sur le compte de la prédisposition les accidents graves qui en résultent. Mais il est important de remarquer que , quelque limitée que soit en apparence l’inflammation de la veine, la sécrétion purulente qu’elle détermine vient se mêler au sang, le vicie ,etquec’estcesang vicié qui occasionne les accidents généraux.

(1) Nous ne croyons pas que M. Andral se soit expliqué d’une manière plus explicite sur cette question capitale, qui, selon l’expression de M. Cruveilhier, est le lien qui unit l’humorisme rationnel des modernes à l’humorisme aveugle et comme instinctif des anciens. A. L.

DE LA PHLEBITE UTERINE.

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Voilà ce qui explique comment une cause, fort légère en elle-même, peut occasionner des désordres très -graves. On a remarqué que la phlébite était plus fréquente à certaines époques, sans que l’on pût se rendre compte de l’influence atmosphérique qui détermine cette fréquence. Ainsi quelquefois, dans les hôpitaux, un certain nombre de malades qui auront été saignés seront atteints de phlébite, tous les amputés succomberont aux accidents consécutifs qu’elle détermine. On la voit quelquefois survenir à la suite d’engelures qui s’ulcèrent. On l’a observée à la suite de l’ablation du col de l’utérus, de l’excision des polypes utérins.

Symptômes. Les symptômes que détermine la phlébite sont locaux et généraux. Au début d’une phlébite d’une veine sous -cutanée, occasionnée par la saignée, la douleur et le gonflement autour de la piqûre de la veine dont les bords sont entr’ouverts, senties seuls phénomènes qu’on observe. Cet état peut rester stationnaire , et l’inflammation, bornée à l’orifice de la veine, se résout en peu de jours, soit en donnant lieu à un petit phlegmon, soit à une suppuration peu abondante; mais dans des cas plus fréquents, l’inflammation, se propage plus ou moins loin le long du vaisseau; une douleur très-vive , que la moindre pression exaspère, se manifeste, et bientôt la veine donne la sensation d’un cordon noueux et dur qui, parfois , est indiqué sous la peau par une traînée rougeâtre. Le membre s’engorge et devient œdémateux; l’ouverture de la plaie présente une couenne blanchâtre d’où s’échappe une suppuration plus ou moins abondante. Alors apparaissent des symptômes généraux, la fièvre s’allume, et si la résolution de la phlébite n’a pas lieu à cette époque, d’autres symptômes plus graves viennent annoncer que le sang est vicié et que l’organisme entier va participer à la maladie. Le malade ressent des frissons irréguliers plus ou moins répétés , sa face s’altère profondément, il tombe dans une prostration extrême; son intelligence se trouble, il délire; le pouls est mou et accéléré, la respiration gênéç. Tanlôtles malades accusent de vives douleurs, tantôt étrangers à tout ce qui se passe au dedans d’eux-mêmes, ils ne manifestent aucune souffrance. Des sueurs abondantes couvrent la peau ; quelquefois un ictère se manifeste brusquement; la langue rougit, se dessèche et se couvre d’un enduit noirâtre; le ventre se météorise, le dévoiement se manifeste, les lèvres sont agitées de mouvements convulsifs; quelquefois une éruption de pétéchies, la gangrène ou une parotide se déclarent brusquement ; des soubresauts des tendons surviennent et le malade meurt en très -peu de temps.

Ces symptômes ne se manifestent pas, dans

touslescas, aussi nombreux et aussi tranchés; quelques-uns peuvent manquer, et ils revêtent tantôt la forme ataxique, tantôt la forme adynamique.

Lorsque la phlébite survient après une amputation, on observe une tuméfaction plus ou moins considérable du moignon.

Pronostic. Si la phlébite reste locale, elle guérit ; mais une fois devenue générale, elle est au-dessus des ressources de l’art. Quelquefois elle traîne en langueur, mais pour se terminer par la mort. Dans certains cas, il y a rémission complète de tous les symptômes : le malade va mieux, les forces reparaissent, mais tout à coup les frissons fébriles reviennent, tous les symptômes s’aggravent, et le malade meurt rapidement.

Traitement. Dans la première période de phlébite, alors qu’elle est circonscrite dans une étendue peu considérable du vaisseau , il convient d’employer avec énergie les émissions sanguines. Elles sont en général sans succès dès que la maladie se généralise; il faudrait en effet pouvoir enlever au sang l’élément délétère qu’il contient.

Les sangsues seront appliquées en grand nombre, d’abord au piveau du point où la maladie prend naissance, et plus tard au-dessus et toujours dans la direction centripète du vaisseau enflammé.

Pour éviter l’effet du transport du pus, on a vanté et employélacompression de la veine, exercée immédiatement au-dessus du siège de l’inflammation; ce moyen n’a pas réussi : il en est de même de la section de la veine enflammée.

Quand les symptômes typhoïdes se sont manifestés, nulle médication possible ne peut en arrêter le cours , et le médecin est réduit à rester spectateur impuissant de ces désordres. On a employé les toniques, les antiseptiques, les purgatifs, etc., mais tous ces moyens ont échoué.

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