‹ Cours de pathologie interneChapitre 72 sur 232 · LARYNGITE AVEC SÉCRÉTION DE PUS · texte numérisé non relu

LARYNGITE AVEC SÉCRÉTION DE PUS

Cette douleur est exaspérée par la toux ; par ; l’action de parler , par la déglutition, surtout : lorsque les ulcérations siègent au-dessus des | ventricules du larynx, par l’inspiration de j l’air froid , par la pression exercée sur l’or- ! gane.

La voix est presque toujours altérée ; elle est dure , rauque , quelquefois elle s’affaiblit, quelquefois elle s’éteint complètement. L’aphonie peut être subite ou n’arriver que graduellement ; après qu’il y aura eu enrouement , raucilé, affaiblissement pour arriver à une extinction complète.

La toux est un phénomène constant ; elle n’a souvent rien de spécial; mais quand la membrane muqueuse est tuméfiée , elle devient rauque, et même croupale ; elle est souvent provoquée par le picotement douloureux qui a lieu au larynx. Elle est sèche, ou donnant lieu à l’expuition de mucosités puriformes et mêlées de sang. Quelquefois c’est du sang pur qui est expectoré. Les crachats présentent d’autres fois de fausses membranes qui peuvent être expectorées, une fois par jour, pendant trois ou quatre mois; dans quelques cas, après une durée très-longue de l’inflammation chronique du larynx, les malades rendent un jour de fausses membranes , et la maladie se termine par le retour à la santé. Au milieu de ces mucosités purulentes ou sanguinolentes, on voit quelquefois des débris de cartilages du larynx cariés : Hunter en a vu un cas remarquable sur un malade qui se rétablit après avoir présenté les symptômes de la phthisie. On a vu des corps étrangers introduits dans les voies aériennes, produire une laryngite chronique qui, après leur expulsion , se terminait heureusement.

Lorsque la laryngite chronique est peu intense, lorsque l’altération des tissus n’occasionne pas de rétrécissement , la respiration n’est pas gênée. Mais s’il y a obstacle à l’entrée de l’air, la dyspnée existe plus ou moins intense, quelquefois considérable, au point d’être le symptôme prédominant. Elle peut être continue ou périodique et revenir par accès. Au début' des accès, la dyspnée est médiocre, elle va en augmentant quelquefois, jusqu’à produire l’asphyxie. Par suite du rétrécissement du larynx,- l’air gêné dans son entrée et dans sa sortie, produit un bruit particulier pendant l’inspiration et pendant l’expiration, un ronflement, un sifflement continu ou par accès.

Quand les ulcérations siègent à l’orifice supérieur du larynx, la déglutition est gênée; elle donne lieu à une simple gêne ou à de la douleur accompagnée de toux. Quand l’épiglotte est altérée profondément ou détruite, la déglutition ne peut avoir lieu sans déterminer des accès de suffocation. M. Magendie

a cependant vu des cas ou l’épiglotte était complètement détruite et où la déglutition se faisait sans accidents.

Dans certaines laryngites chroniques, la pression exercée sur le larynx produit un craquement dû à la carie des cartilages.

Il est des cas où le cou se tuméfie considérablement.

La maladie peut se borner à ces symptômes locaux ; ils peuvent être si peu intenses que l’état général de la santé ne soit pas sensiblement altéré. Mais il peut arriver que des symptômes généraux se manifestant prouvent que toute l’économie participe aux désordres locaux. D’abord apparaît un mouvement fébrile erratique qui, peu à peu, devient continu. La nutrition s’altère , les malades maigrissent , dépérissent et tombent dans le marasme. C’est àcelle période delà laryngite chronique qu’on a donné le nom de Phthisie laryngée: affection que l’on regardait autrefois comme commune à l’état primitif , mais que l’on sait aujourd’hui être très-rare, etliée, dansl’immense majorité des cas, à la présence des tubercules pulmonaires.

D’après cet exposé des symptômes, on voit que la laryngite chronique est très-variable en intensité. Tantôt ce n’est qu’une indisposition légère, tantôt c’est une maladie des plus graves.

Elle peut être primitive et survenir comme d’emblée, ou bien succéderà lalaryngite aiguë.

Elle offre cela de particulier, que quelquefois elle semble toucher à sa fin, quand tout à coup un refroidissement, un écart de régime , la font reparaître avec intensité.

Sa durée varie de quelques mois à une ou plusieurs années.

Terminaison. Elle peut se terminer par le retour à la santé ; la mort peuten être la conséquence. Cette terminaison funeste peut arriver de plusieurs manières, soit par un affaiblissement du parenchyme pulmonaire qui viendra compliquer la maladie, soit parla gravité et la profondeur des altérations mêmes de la laryngite, soit parla difficulté et l’impossibilité de l’entrée de l’air, circonstances qui produiront l’asphyxie plus ou moins rapidement.

Traitement. Il faut, dans cette affection, agir énergiquement. Au début, on emploiera les émissions sanguines , et de préférence les sangsues très-fréquemment appliquées, et en petit nombre. Plus tard, on aura recours aux révulsifs, aux frictions avec la pommade slibiée ou l’huile de croton tiglium. On appliquera des sétons et des cautères sur les parties latérales du col. On fera aspirer aux malades des vapeurs émollientes; on leur prescrira de rester, de vivre continuellement au milieu d’une température douce et toujours uniforme. On a vu des malades guérir de cette affec-

88 MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

lion , après avoir eu la patience de rester pendant une année entière, renfermés dans leurs appartements , sans s’exposer au contact de l’air extérieur. La peau devra être couverte de flanelle.

L’indication la plus importante à remplir est de soustraire l’organe de la voix à tout exercice ; aussi devra-t-on prescrire le silence le plus rigoureux. Si la toux devient trop fréquente, on donnera des narcotiques à l’intérieur , et l’on appliquera sur le cou des cataplasmes arrosés de laudanum. On se trouvera bien de faire des frictions sur le larynx avec une pommade composée de cérat 3 xj , de belladone 3 j.

Une fois que l’inflammation n’existera plus et que les produits auxquels elle donne naissance subsisteront seuls, ilconviendra d’abandonner les antiphlogistiques pour recourir aux excitants portés à l’intérieur du larynx. Aux vapeurs émollientes devront succéder les vapeurs stimulantes balsamiques. On portera dans l’intérieur du larynx une éponge imbibée d’une solution de nitrate d’argent ou de nitrate de mercure. Si on a lieu de soupçonner que la laryngite chronique est sous l’influence d’une cause syphilitique, il faut recourir sans retard à un traitement mercuriel. On voit, dans ces cas-là, des malades au dernier degré de marasme, revenir à la vie comme par enchantement après quelques jours d’un traitement approprié.

Page 1