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MALADIES DE LA TRACHEE-ARTERE ET DES BRONCHES

LÉSIONS DE CIRCULATION

Hyperémie.

Hypérétnie active. La muqueuse trachéobronchique peut présenter une simple congestion sanguine ou hypérémie. Dans les grosses bronches l’existence de cette congestion ne détermine pas d’accidents appréciables; mais quand elle existe dans les petites bronches, la muqueuse qui les revêt ne pouvant se congestionner sans se tuméfier, il en résulte un rétrécissement de leur calibre et, comme conséquence, une gêne de la respiration donnant lieu au râle sibilant ou ronflant, proportionné à l’intensité de la tuméfaction.

Le plus ordinairement celte hypérémie ne détermine d’autres accidents que la gêne de la respiration. Souvent au milieu de la dyspnée il survient une quinte de toux qui favorise l’expulsion de mucosités, expulsion qui soulage le malade.

On devra traiter assez activementcette congestion. Les émissions sanguines seront utiles toutes les fois qu’elle sera considérable et qu’il se manifestera des symptômes généraux. On obtient d’heureux effets des révulsifs portés sur l’intestin , et souvent un léger purgatif fait cesser tous les accidents.

11 importe de détruire aussitôtqu’on le peut la prédisposition que présentent certains individus à ces congestions , car la muqueuse finit ‘par s’hypertrophier en déterminant des accidents plus ou moins graves. Dansces cas, on se trouvera bien d’entretenir longtemps des exutoires.

Hypérémie passive. Il n’est pas rare de

(i) Voyez la note de la page 91, 2e colonne.

rencontrer sur les vieillards , la muqueuse bronchique congestionnée; cette congestion coïncide presque toujours avec celle qui se porte sur les yeux.

— Mécanique. Tous les obstacles à la circulation déterminent une hypérémie mécanique sur la muqueuse bronchique, aussi estelle très-fréquente dans l’hypertrophie du cœur.

V anémie de cette membrane muqueuse n’a point été observée.

DE LA BRONCHITE AIGUE

Nous désignons sous ce nom l’inflammation aiguë des bronches et de la trachée, maladie souvent décrite sous le nom de catarrhe pulmonaire, de fièvre catarrhale, etc, etc. Sous le nom de grippe , d 'influenza, elle a quelquefois régné épidémiquement.

C’est une maladie très-fréquente et qui attaque la plupart des hommes plusieurs fois dans le cours de leur vie.

Caractères anatomiques. Le siège de cette maladie est la muqueuse trachéo-bronchique. Comme dans toutes les inflammations, on trouve cette membrane rouge, et celte rougeur peut n’exister que dans les grosses bronches , ou spécialement dans les moyennes ou dans les petites ; elle peut envahir tout l’arbre bronchiqne. L’inflammation peut être bornée aux ramifications bronchiques d’un seul poumon , ou bien attaquer celles de ces deux organes. En même temps qu’elle est rouge, la muqueuse est aussi tuméfiée et, comme nous l’avons déjà remarqué, la tuméfaction ne détermine aucun accident quand elle existe sur les grosses’ bronches, mais donne lieu à une dyspnée plus ou moins considérable quand elle atteint les petites. Dans les cas d’inflammation violente la muqueuse peut être trouvée diminuée de consistance et ramollie. Cette muqueuse sécrète des mucosités dont la quantité peut être augmentée et la qualité altérée ; ainsi on trouve quelquefois un mucus visqueux, adhérant aux bronches etdontl’expuition est très-difficile ; dans certains cas, ce mucus est purulent quoiqu’il soit rare de trouver du pusvéritable. Enfin, dans quelques cas encore plus rares, on a rencontré de fausses membranes siégeant soit dansles pétites, soit dans les grosses bronches.

Causes. On doit les diviser en causes externes et en causes internes.

Parmiles causes externes, la plus puissante, sans contredit, est l’influence atmosphérique; ainsi il est constant que l’air froid et humide, que les saisons et les climats où cette circonstance se présente plus fréquemment, agissent puissamment dans la production de la bronchite. Cette maladie se produit aussi 4ans les brusques variations de température. Sur cinquante-six épidémies principales de bronchite

DE LA BRONCHITE AIGUE

qui ont régné en Europe depuis le xvie siècle jusqu’à nos jours, vingt-deux ont eu lieu en hiver, douze au printemps, onze en automne et cinq en été; parmi les quatre autres, deux ont sévi pendant toute une année , une pendant l’hiver et le printemps , et une enfin pendant l’automne, l’hiver et le printemps.

L’exposition subite au froid humide , pendant que le corps est échauffé, est une des causes occasionnelles les plus fréquentes de la bronchite. Dans quelques cas on l’a vue succéder à l’inspiration de l’air chargé de quelques substances irritantes gazeuses , liquides ou solides.

La vieillesse, l’enfance, une constitution faible, favorisent la production de cette maladie. Cependant les hommes y sont plus sujets que les femmes, sans doute parce qu’ils sont plus exposés qu’elles aux causes occasionnelles qui la produisent.

Les maladies du parenchyme pulmonaire , la pleurésie , l’enférite folliculeuse , les affections organiques du cœur et de l’aorte, la bronchite chronique , sont des causes fréquentes de la bronchite aiguë. Elles accompagnent toujours la rougeole et souvent les autres maladies exanthématiques.

Le plus ordinairement sporadique , elle règne quelquefois épidémiquement. A l’hôpital des enfants à Paris , on peut dire que cetle maladie est endémique.

Symptômes. La bronchite aiguë donne lieu à des symptômes locaux et à des symptômes généraux.

1° Symptômes locaux. La toux est le symptôme le plus constant, elle existe toujours, mais avec une intensité variable. Elle est quelquefois fortlégère, d’autres fois fort intense et revenant par quintes , surtout par l’impression du froid. Cette toux incommode et douloureuse, est communément sèche dans le début; mais elle devient bientôt humide, et dès le second ou le troisième jour une matière séreuse , mêlée à une écume blanchâtre, est rendue par une expectoration difficile et quelquefois convulsive. Cetle matière devienttous les jours plus abondante en augmentant de consistance, et elle devient d’autant plus visqueuse et filante que l’inflammation est plus intense. Plus tard sa quantité diminue , mais sa consistance augmente, et de jour en jour les crachats deviennent plus épais et plus opaques. Vers la fin de la maladie , ils deviennent blancs, jaunes ou verdâtres, et tantôt ils sont adhérents au fond du vase, tantôt ils sont suspendus dans une mucosité transparente ou trouble. Quelquefois, et cela s’observe surtout à la fin de la rougeole , les crachats ressemblent à du pus ; parfois ils sont teints pa» la matière colorante de la bile, et dans quelques circonstances , on y remarque des stries de sang qui doivent cependant être distinguées

de celles qui colorent les crachats des pneumoniques. On y trouve dans quelques cas des débris de fausses membranes. On a vu des hémoptysies abondantes signaler le début de la bronchite aiguë sans que rien pût faire soupçonner la présence de tubercules pulmonaires.

La douleur dans la trachée et dans les bronches n’est pas un symptôme constant. Dans quelques cas , elle est peu intense et consiste dans un sentiment de chaleur dans toute la poitrine, et dans un picotement incommode le long de la trachée. Elle s’exaspère au moment des quintes , et alors elle est très-aiguë , déchirante, et se faisant sentir surtout derrière le sternum et dans le dos. Les accès de toux étant passés , la douleur s’apaise peu à peu pour revenir avec intensité aussitôt que les quintes reparaissent.

La respiration est plus ou moins gênée dans la bronchite aiguë , selon que l’inflammation occupe les grosses ou les petites bronches ; la gêne peut être portée au point de déterminer une suffocation mortelle. En général , cependant, la respiration est peu altérée, si ce n’est pendant et après les quintes; mais lorsque l’inflammation est très-intense , la gêne et la fréquence sont extrêmes, surtout pendant les exacerbations du soir.

La percussion , dans la plupart des cas , ne donne que des signes négatifs ; mais ces signes, tout négatifs qu’ils sont, ont néanmoins une grande importance, puisqu’ils distinguent la bronchite de la pneumonie.

L’auscultation, quand l’inflammation est bornée aux grosses bronches, ne fournit aussi que des renseignements négatifs: elle ne fait entendre que le murmure respiratoire; mais encore ici , ce renseignement négatif a quelque valeur, car nous verrons que, dans la pneumonie, il en est tout autrement. Quand l’inflammation occupe les petites bronches , l’auscultation fait entendre différents râles. Tantôt c’est un râle sec , et cela arrive quand la muqueuse bronchique est épaissie ; l’air , en effet , trouvant un conduit rétréci , doit le traverser avec bruit. Ce râle présente deux variétés , le râle sibilant et le râle ronflant. Le râle sibilant indique toujours une grande difficulté de la respiration, et annonce que la bronchite est à son summum d’intensité; il est remplacé par le râle ronflant , quand la maladie s’avance vers une terminaison heureuse. Tantôt c’est un râle humide, et sa présence indique une exhalation de mucosités.

Ce râle humide n’est pas toujours semblable à lui-même. Laënnec avait établi que toute bronchite avec sécrétion de mucosités était caractérisée par un râle particulier, qu’il appelait râle muqueux, râle dû à l’air qui traverse et bal les mucosités qui obstruent les

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

bronches. Mais par cela seul que l'auscultation fera entendre d’autres râles que le muqueux, sera-t-on en droit de conclure qu’il n’y a pas bronchite? Non; et en effet, il a été démontré que le râle crépitant, par exemple, peut exister sans qu’il y ait pour cela aucune lésion du poumon. Ce râle crépitant arrive par degrés insensibles au râle muqueux, et cette transition caractérise le râle souscrépitant. La bronchite qui accompagne toujours la rougeole, fait entendre un râle crépitant , sans qu’il y ait cependant inflammation du poumon.

Quélquefois la bronchite détermine un bruit de gargouillement analogue à celui qu’on entend lorsqu’il existe des cavernes pulmonaires ; cela arrive quand il existe dans les bronches un liquide que l’air peut traverser.

2° Symptômes généraux. La bronchite aigue détermine de la céphalalgie qui, d’abord ,-iie se fait sentir que pendant les quintes de toux , et qui devient ensuite continue. 11 y a rougeur et gonflement de la face , l’appétit est nul , la soif peu vive , la langue blanche , la bouche pâteuse. Dans quelques cas, les efforts detoux déterminent des vomissements ; la réaction fébrile est plus ou moins intense, la peau chaude, l’urine rare et foncée. Ces symptômes sont plus ou moins intenses, selon la gravité de l’inflammation, et ils présentent ordinairement une exacerbation le soir. Dans quelques circonstances , d’autres muqueuses que la bronchique s’enflamment consécutivement à l’inflammation de celle-ci, la fièvre devient alors intense, et caractérise ce que les auteurs ont décrit sous le nom de fièvre catarrhale.

La durée de la bronchite aigue varie de une à deux semaines.

Sa terminaison la plus commune est le retour à la santé ;cette terminaison Jieureuse est souvent jugée par des sueurs copieuses ou par des urines sédimenteuses. Lorsqu’une inflammation intense s’est étendue jusqu’aux petites bronches, celte maladie peut se terminer par la mort , en déterminant une véritable asphyxie. Il peut en être de même, lorsque la muqueuse sécrète une si grande quantité de mucosités en un court espace de temps que l’expectoration ne peut les rejeter au dehors. C’est dans ces cas- là , qu’à l’autopsie, on trouve les bronches gorgées de mucosités abondantes et puriformes. La bronchite aiguë peut passer à l’état chronique. Elle peut aussi se transformer en pneumonie. La terminaison peut encore en être fatale, lorsqu’après avoir traîné en langueur, elle s’accompagne d’un mouvement fébrile appelé fièvre hectique; le malade maigrit, le redoublement de fièvre du soir s’établit franchement , les digestions s’altèrent, la toux augmente, des tubercules se forment, et la phthisie vient

terminer unemaladiequi acommencépar une bronchite. Cette forme de la bronchite est fort insidieuse ; elle semble bénigne à son début , mais elle n’en finit plus; et cependant, dès son apparition , à laquelle on fait peu d’attention, elle masque des tubercules pulmonaires. Quelques individus n’en sont atteints qu’une fois dans leur vie, d’autres sont remarquables par la facilité avec laquelle ils contractent celte inflammation ; chez ces derniers, il importe de s’assurer si ces bronchites fréquentes ne sont pas liées à l’existence de tubercules plus ou moins latents.

Complications. La bronchite se complique souvent d’un état d’irritation des autres muqueuses ; ainsi il n’est pas rare de voir marcher ensemble l'inflammation des fosses nasales , des intestins , de la vessie , etc.

Variétés. Elles sont relatives aux lésions, aux causes , aux symptômes et aux complications. La plus importante de ces variétés est celle qui revêt la forme épidémique. Cqs épidémies de bronchite peuvent se borner à quelques localités, ou envahir tout un continent. En remontant dans les siècles passés , nous trouvons un grand nombre de ces épidémies.

1510. Épidémie de bronchite envahissant presque toute l’Italie.

1557. Toute l’Europe ; très-meurtrière aux enfants èt aux vieillards, qui succombèrent en grand nombre.

1578. Paris, où elle reçut le nom de quinte, à cause du caractère remarquable qu’elle présentait* de revenir toutes les cinq heures; cette épidémie s’accompagna d’un symptôme remarquable , d’hémorragies pulmonaires.

1580. Toute l’Europe et l’Asie; on la crut contagieuse.

De 1610 à 1665 , diverses contrées éprouvèrent plusieurs légères épidémies.

1675. Celle-ci fut remarquable par son étendue et par sa marche. Elle débuta au nord de l’Europe, en Pologne, au mois de novembre; elle s’étendit bientôt vers la Saxe , la Suisse, l'Allemagne et la Hollande. En décembre elle avait gagné l’Angleterre; en janvier elle fut à Paris et dans la Flandre, en Italie au mois de février ; à la fin du même mois elle s’était déjà montrée à Madrid ; peu après on apprit qu’elle sévissait à la Jamaïque , au Pérou, au Mexique , à plus de deux mille lieues de son point de départ.

1743. Celle-ci reçut le nom de grippe ; elle frappa surtout l’Allemagne , Paris et l’Angleterre où elle fut très-meurtrière.

1762. Celle-ci fut universelle, en deux mois elle parcourut l’Europe et l’Asie.

1775. lnfluenza. Elle commença en Allemagne vers la fin du printemps , gagna la Hongrie en été, la France en automne, l’An-

DE LA TRACHÉITE CHRONIQUE

gleterre en hiver ; elle existait en même temps à Bombay.

1780. Follette. Elle parcourut la même direction du nord au midi et de l’est à l’ouest; des vaisseaux en furent atteints en haute mer; en arrivant au port, ils trouvèrent les côtes de Coromandel ravagées par la même maladie.

1782. La russe. 40,ooq personnes en furent atteintes en même temps à Saint-Pétersbourg; elle s’avança bientôt en Suède, en Danemarck et en Prusse; pendant l’été elle envahit l’Allemagne où elle s’arrêta quelque temps; mais bientôt, à l’automne, elle prit deux directions, l’une vers l’Angleterre, l’autre vers le Tyrol et l’Italie, laissant la France, intermédiaire entre ces contrées , intacte et sauve.

Depuis cette époque plusieurs épidémies de bronchite ont régné de temps à autre; parmi elles, la plus remarquable est celle qui, sous le nom de grippe , a précédé le choléra asiatique.

En jetant un coup d’œil en grand sur ces épidémies et en les généralisant, on pourra en déduire quelques faits importants. t° Quant à leur étendue, elles diffèrent; car les unes ne se montrent que dans quelques pays , les autres envahissent toute la terre. 2° Quant à leur marche , presque toutes marchent rapidement; elles naissent au nord, puis s’étendent vers le midi , tantôt , comme un vaste torrent, se répandant de proche en proche, tantôt bondissant de contrées en contrées , épargnant des régions entières , pour aller sévir sur les pays les plus éloignés. 3° Quant au nombred’individus qu’elles frappent, tantôt au début peu de personnes en sont atteintes , tantôt au contraire tout à coup elles en frappent un grand nombre. 4° Quant à leur gravité, les unes sont sans danger, les autres sont mortelles et frappent surtout les enfants et les vieillards. 5° Quant aux symptômes, elles présentent cela de remarquable que dans chaque épidémie on observe un phénomène spécial ; que chacune forme comme une espèce d’individualité morbide qui parcourt à sa manière des phases d’accroissement et de décroissement, individualité morbide qui débute toujours de la même manière etressembletoujoursà elle-même. 6° Quant àl’intensité, quelques-unes sont bornées aux bronches , le plus souvent elles envahissent d’autres muqueuses, alors la réaction est violente et la maladie revêt la forme inflammatoire; ici c’est le système nerveux qui prédomine et dont l’influence se signale par une forme ataxique ou adynamique de la maladie ; là elles s’accompagnent d’hémoptysies ou d’exhalation sanguine des autres muqueuses ; quelquefois ce sont des sueurs très-abondantes ou fétides ; d’autres fois c’est un épanchement de sérosité dans le péritoine.

Diagnostic différentiel. Quand les symptômes généraux sont intenses, que la toux et la dyspnée sont fortes , quand surtout existe le râle crépitant , il est bien facile alors de confondre la bronchite avec la pneumonie. Par un examen scrupuleux des crachats et de la respiration, on pourra éviter cette erreur, qui d’ailleurs n’est pas importante quant au traitement. La bronchite qui- accompagne la rougeole sera facilement reconnue par les caractères de cet exanthème. Quelquefois le début de la fièvre typhoïde est masqué par les symptômes de la bronchite; les phénomènes ultérieur» éclaireront le diagnostic. Quelques maladies du cerveau déterminent une toux sympathique qui peut être prise pour la bronchite. La présence des tubercules pulmonaires donne lieu à une toux , ordinairement réveillée par une émotion morale. La toux accompagne aussi le travail de la dentition; elle apparaît sous l’influence d’une gastrite , de la présence de vers dans l’intestin, d’une affection du foie , ou enfin d’une maladie de l’utérus.

Traitement. La bronchite légère n’a besoin que de quelques boissons émollientes, du repos , de la chaleur du lit, et de la diète. On produira un mouvement fluxionnaire vers la peau qui déterminera des sueurs , au moyen des infusions théiformes.

La bronchite intense réclame l’emploi de moyens plus actifs ; on saignera largement le malade , on lui donnera des boissons gommeuses , et quand les symptômes diminueront d’intensité , on prescrira quelques révulsifs sur l’intestin , dans une lasse de chicorée sauvage. On modifiera d’ailleurs ce traitement selon les formes de la bronchite et selon les symptômes prédominants ; ainsi on emploiera les narcotiques si la toux est fatigante et si elle revient par quintes.

Dans la bronchite épidémique le traitement devra varier selon la forme sous laquelle elle se présentera et selon les complications qui l’accompagneront.

DE LA TRACHÉITE CHRONIQUE

La trachée pouvant être affectée d’inflammation chronique, indépendamment de la muqueuse bronchique et laryngée, il nous paraît convenable de la décrire à part.

Caractères anatomiques. Les altérations que présen te la trachéite chronique, sontcelles de toutes les muqueuses chroniquement enflammées. Celle-ci s’accompagne en outre de petites tumeurs d’une nature particulière e que l’on a souvent confondues avec des tubercules. On y rencontre aussi des ulcérations tantôt nombreuses, tantôt une seule, mais large et profonde.

Symptômes. Les ulcérations de la trachée déterminent d’abord la toux, qui , légère au

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début, devient bientôt intense. Cette toux détermine l’expuition de crachats d’abord muqueux, puis purulents et striés de sang. Quelquefois cette maladie s’accompagne d’hémoptysie. La douleur est souvent très-forte et se fait sentir depuis le bas du cartilage cricoïde jusque derrière la dernière pièce du sternum. Lorsque les ulcérations sont considérables et accompagnées d’un gonflement de la muqueuse, la diminution du calibre de la trachée détermine , pendant les mouvements respiratoires, un sifflement tel qu’il a pu faire croire à l’existence d’une tumeur dans la trachée. Cette tuméfaction produit de la dyspnée, qui, d’abord légère, devient ensuite considérable, surtout dans la position horizontale. La voix est rauque, mais non voilée ou éteinte, comme dans les inflammations du larynx. Cependant on a vu un cas où cette circonstance s’est présentée.

Tantôt les symptômes généraux sont nuis , tantôt il existe de la fièvre ; quelquefois la trachéite chronique détermine un dépérissement graduel, des sueurs nocturnes et tous les symptômes attribués à la phthisie trachéale , les poumons étant dans un état parfait d’intégrité.

Marche. La trachéite chronique débute par un simple rhume ; plus tard les symptômes locaux, tels que la douleur et l’altération de la voix, se manifestent; viennent ensuite les symptômes généraux qui simulent la phthisie pulmonaire.

Terminaison. La trachéite chronique peut je terminer par le retour à la santé. Elle peut se terminer par la mort à la suite du dépérissement. Cette terminaison funeste peut arriver avant la période de dépérissement par cela seul que la trachée-artère est rétrécie et que les fonctions du poumon sont gênées.

Complications. Cette maladie peut exister seule , mais le plus souvent elle se complique de bronchite et de laryngite chroniques.

Traitement. ( Voyez le traitement de la bronchite chronique. )

DE LA BRONCHITE CHRONIQUE

Caractères anatomiques. La muqueuse bronchique présente, dans son affection chronique, des nuances nombreuses de rougeur qui appartiennent aux lésions de ces membranes. Sa consistance est tantôt augmentée , tantôt diminuée. Dans le premier cas , c’est-à-dire quand il y a épaississement , hypertrophie de la muqueuse, il peut se faire que l’inflammation soit continue et alors cette hypertrophie entraînera des troubles fonctionnels constants et toujours semblables à eux-mêmes. Il peut se faire aussi que l’hypérémie soit passagère et souyent répétée, comme on le voit souvent chez certains individus dont les bronches se congestionnent sous l’influence de la cause la

plus légère, et alors l’épaississement delà muqueuse ne déterminera que des symptômes passagers comme lui. La bronchite chronique détermine, dans quelques cas , des ulcérations de la muqueuse. Cette membrane peut sécréter des produits morbides comme des mucosités, du pus, des concrétions solides, dont la présence dans les petites bronches déterminera des phénomènes importants. Le tissu sousjacent à la muqueuse peut s’altérer , s’hypèrtrophier; et en disséquant avec soin , on trouvera les arceaux cartilagineux plus développés et entourés d’un tissu rougeâtre ayant un aspect semblable à celui du tissu musculaire. On a trouvé les intervalles compris entre les arceauxcartilagineux complètement détruits*. La bronchite chronique peut déterminer le rétrécissement et même l’oblitération- complète des bronches; elle peut au contraire produire leur dilatation.

Les Causes de la bronchite chronique sont les mêmes que celles qui produisent la bronchite aiguë ; dans un cas elles déterminent une inflammation qui disparaît, dans l’autre une phlegmasie qui persiste.

Symptômes. Ils ne sont pas toujours semblables à eux-mêmes, et ils varient selon la nature des altérations et selon la manière dont ces altérations réagissent sur l’individu. Le symptôme essentiel et constant c’est la toux , qui est d’ailleurs très-variable en intensité , tantôt légère , tantôt intense, pénible et revenant par quintes. Elle est presque toujours plus prononcée que dans toute autre maladie des voies respiratoires.

L’expectoration est importante à considérer. Les crachats sont variables sous le rapport de la qualité et de la quantité. Certains malades ne rendent que des mucosités claires, transparentes comme celles de la première période de la bronchite aiguë, bien que l’inflammation chronique dure depuis longues années. Ces crachats sont recouverts de mousse, et d’autant plus spumeux qu’ils sont rendus plus difficilement. Quelquefois ces crachats translucides sont très-visqueux , très-adhérents , et offrent de petits grains blancs qui se collent fortement au vase. Dans d’autres cas , les crachats sont constitués par un mucus d’un jaune verdâtre réellement puriforme. Ce mucus , en tombant dans le vase qui le reçoit, se comportera de deux manières qu’il est fort important de noter : ou bien il se rassemblera en une masse homogène, ou bien chaque crachat restera séparé l’un de l’autre, sans se mêler même avec ceux qui peuvent le toucher. Le plus souvent ces crachats sont inodores , quelquefois cependant ils sont remarquables par leur fétidité. Sous le rapport de leur quantité, on voit des malades dont l’expectoration est si abondante qu’ils finissent par périr d’épuisement ; il en est d’autres au contraire qui

DE LA BRONCHITE CHRONIQUE

expectorent à peine; il en est même qui n’expectorent pas du tout : cette variété de la bronchite chronique a reçu le nom de catarrhe sec.

La respiration peut n’êtrepas altérée, mais ordinairement elle est gênée; chez quelques malades cette gène ne se montre qu’au réveil; chez les autres elle constitue de véritables accès d’asthme pendant lesquels les* malades sont en proie à la suffocation.

La douleur est en général légère, excepté quand la toux revient par quintes, pendant lesquelles elle est fort intense.

Dans certains cas, lorsque le catarrhe pulmonaire occupé les grosses bronches , l’auscultation ne donne que des renseignements négatifs. Dans d’autres cas, le murmure respiratoire est modifié ; ainsi il est faible ou nul dans divers points de la poitrine où l’air n’arrive plus. Cette faiblesse ou celte absence du bruit respiratoire auront lieu par intervalles ou seront continues selon que la cause qui les produit agira d’une manière permanente eu passagère. Le bruit respiratoire peut être, au contraire, augmenté d’intensité, et cela s’observe dans les cas de dilatation des bronches. Dans le cours de la maladie on peut entendre le râle sec, sibilant ou ronflant, puis toutes les variétés de râle humide, souscrépitant, crépitant, muqueux, et même parfois le gargouillement. Dans le cas de dilatation des bronches la voix offre du retentissesement et de la résonnance.

La percussion n’indique rien.

La bronchite chronique ne donne pas toujours lieu à des symptômes généraux , on en voit un certain nombre qui ne s’accompagnent ni de fièvre, ni de symptômes nerveux, ni de dépérissement. Il n’est pas rare de rencontrer des vieillards de so ans qui toussent et qui crachent depuis l’âge de vingt ans sans avoir jamais présenté d’autres lésions fonctionnelles. Cependant on voit aussi un certain nombre de bronchites chroniques qui s’accompagnent d’un mouvement fébrile qui acquiert plus d’intensité toutes les fois que la maladie tend à passer à l’état aigu. Dans quelques circonstances l’économie tout entière participe à l’affection bronchique, les malades s’affaiblissent, le dépérissement survient, la fièvre hectique se prononce, et les malades meûrent dans le dernier degré de marasme.

Durée. Cette affection peut durer dix, vingt ans , toute la vie; elle peut offrir des rémissions, cesser l’été pour revenir l’hiver, présenter des séries d’exacerbations , des accès d’asthme, etc.

Terminaison. Comme nous venons de le dire, cette affection peut exister impunément pendant tout le cours de l’existence. Elle peut se terminer par le retour à la, santé ou bien avoir une terminaison funeste soit par l’épui-

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sement occasionné par la sécrétion abondante de mucosités, soit par la suffocation; chez les vieillards la mort peut arriver par suite des altérations des bronches qui s’opposent à la complète élaboration du sang. Ce sang mal élaboré donne lieu à une nutrition imparfaite qui plonge les vieillards dans la faiblesse ; et dans cet état d’asthénie, la plus légère phlegmasie détermine un état de profonde adynamie qui les entraîne au tombeau.

Complications. Elles existent dans le poumon ou hors du poumon : i° dans le poumon, ce pourra être l’emphysème ou l’œdème de oet organe ; la pneumonie qui aura envahi un lobe entier, ou quelques lobules , ou quelques vésicules seulement; les tubercules qui ne naissent pas essentiellement de la bronchite.

2° Hors des poumons, la complication la plus redoutable est une affection organique du cœur dont, bien souvent, elle n’est qu’un symptôme, mais plus souvent encore l’affection du cœur n’est que consécutive à la maladie des bronches.

Variétés. Elles dépendent des altérations locales, des symptômes généraux ou locaux, des formes qu’elle peut rev êtir, des complications qui peuvent l’accompagner.

Traitement . Il faut distinguer trois formes principales, dans la bronchite chronique, qui influent sur le traitement qu’on doit lui opposer. Dans la première, il y a persistance de l’irritation primitive, de telle sorte que la bronchite est encore aiguë par ses symptômes, et chronique par sa durée. Dans la seconde, l’irritation a cessé, ses produits seuls subsistent; la troisième enfin est caractérisée par un état asthénique.

Dans le premier cas, le traitement doit être le même que pour la bronchite aiguë : saignées, émollients, chaleur, excitants de la peau, dérivatifs sur le canal intestinal; dans le second et le troisième cas, ce traitement serait nuisible. Alors qu’on estbien convaincu que la bronchite tend â devenir asthénique, on doit porter des fumigations aromatiques et balsamiques sur les bronches ; on doit prescrire des infusions légèrement excitantes : comme celles d’hysope, de sauge, de véronique ; des balsamiques : comme le baume de Tolu, du Pérou ; des amers : comme la décoction de lichen, d’aunée , de suc de pissenlit, de cresson, etc. On donnera, avec avantage, les eaux sulfureuses d’Enghien , de Bonnes, ainsi que le kermès; de temps à autre, on donnera un vomitif : soit un grain d’émétique, soit dix-huit à vingt grains d’ipécacuanha. Quelques légers purgatifs de temps en temps seront fort utiles. On a recours, avec succès, aux excitants de la peau, comme les frictions sèches, ou avec la pommade stibiée. On ne négligera pas les exutoires : comme vésicatoires volants sur la poitrine, les sétons , les cautè-

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

res.Dans les cas où se manifesterait une grande excitabilité nerveuse, il faudrait recourir aux narcotiques.

DE l’hÉMOPTYSIÊ.

Celte affection a son siège dans la membrane muqueuse des bronches; elle peut exister seule, être essentielle, ou bien accompagner une autre affection dont elle est un symptôme.

S’il est vrai de dire que l’hémoptysie estsouvent un signe qui annonce ou révèle la présencede tubercules pulmonaires, hâtons-nous de reconnaître que dans un très-grand nombre de cas il n’en est pas ainsi, et que l’on a singulièrement exagéré le nombre de ceux où celle hémorragie a précédé le développement de la phthisie pulmonaire. Plus souvent l’hémoptysie existe seule par elle-même, et le seul désordre qui l’accompagne et la constitue est l’exhalation du sang àla surface des bronches.

Causes. Rare chez les enfants et les vieillards, celte maladie est fréquente dans la jeunesse et dans l’âge adulte depuis 15 à 20 ans jusqu’à 30 et 35. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes. Les tempéraments nerveux et sanguins y prédisposent. Les individus nés de parents phthisiques ou hémoptoïques, ceux qui par leur constitution sont menacés de phthisie pulmonaire , et par conséquent ceux qui ont déjà des tubercules, sont pour la plupart voués à cette hémorragie. Certaines professions, comme celles de tailleur, de cordonnier, qui obligent à tenir le tronc dans une forte flexion en avant, prédisposent à l’hémoptysie.

L’air froid agissantd’une manière continue, les brusques variations de température surtout, sont des causes efficaces d'hémoptysie; aussi les crachements de sang sont-ils plus fréquents au printemps et en automne, saisons dans lesquelles les journées sont chaudes et les matinées et les soirées très-fraîches. Cependant une chaleur sèche et élevée n’empêche pas l’hémoptysie; ainsi on voit des individus cracher le sang après avoir été exposés longtemps à un soleil brûlant. Cette hémorragie est fréquente au bord de la mer où règne continuellement un courant d’air froid. On a dit que la diminution de la pression atmosphérique déterminait l’hémoptysie, et que les personnes qui s’élevaient sur les hautes montagnes en étaient affectées. Cependant MM. de Saussure, de HumboldtetGay-Lussac qui ont atteint les régions les plus élevées de l’atmosphère, n’ontpas observéce phénomène. Ce qu’il y a de certain, cependant, c’est que les individus faibles et prédisposés à celte affection éprouvent facilement des hémoptysies sur les lieux élevés; mais remarquons que sur les hautes montagnes l’air est très-froid, et que celte circonstance est très-efficace pour la production de l’hémorragie bronchique, et

qu’on peut aussi raisonnablement TattribueF à cette cause qu’à la diminution de la pression atmosphérique. Un fait curieux, rapporté par le capitaine Parry, semblerait confirmer cette opinion. En traversant le canal de Mozambique, il vit le baromètre baisser subitement de plusieurs degrés sans que personne de son équipage fût pris d’hémoptysie.

L’hémoptysie peut survenir après un traitement mercuriel prolongé , comme après un long usage des préparations d’iode. L’inspiration de substances irritantes gazeuses, liquides ou solides, la déterminent aussi. De fortes émotions morales, des veilles prolongées favorisent son développement. On la voit survenir après des excès dans le eoït. Parmi les maladies du poumon, les tubercules en sont la cause la plus efficace. Elle survient après un exercice trop prolongé de cet organe dans le chant ou dans la parole. Les blessures du poumon , une chute sur la poitrine où un coup violent sur cette partie la déterminent fréquemment. Son développement est favorisé par un état de gêne imprimé à la circulation parune cause mécanique, comme la compression de la poitrine parle fatal usage des corsets. C’ést sans doute à cette cause qu’est due la fréquence de la phthisie pulmonaire chez les femmes. L’hémoptysie est une conséquence de certains vices de conformation de la poitrine. Elle survient après des efforts répétés et violents, après des courses rapides; on l’observe aussi à la suite des quintes de toux déterminées par le catarrhe pulmonaire.

Elle peut être causée par des palpitations du cœur longtemps continuées; on l’observe fréquemment dans l’hypertrophie de cet organe et dans la dilatation de ses cavités.

La pléthore favorise sa production; elle apparaît quelquefois après la suppression d’une hémorragie habituelle, comme le flux hémorroïdal, la menstruation, etc. Certaines femmes sont prises d’hémoptysie à chaque époque menstruelle, et quelquefois cette hémorragie devient périodique et remplace l’écoulement menstruel. Elle n’est pas rare chez les femmes enceintes, par suite de la pléthore que détermine la grossesse. Certaines altérations du sang peuvent être considérées comme causes d’hémoptytfe; aussi l’observe-t-on quelquefois dans le scorbut et dans la chlorose.

L’excitation de certains sens peut produire l’hémoptysie; ainsi l’impression de la musique fait cracher du sang à beaucoup de phthisiques. Un jeune homme crachait du sang toutes les fois qu’on lui appliquait les sangsues à la poitrine. On la voit quelquefois survenir sous l’influence d’un sinapisme ou d’un vésicatoire; dans d’autres cas, au contraire, ces moyens l’arrêteront. Franck rapporte qu’un individu ne pouvait dormir pendant le jour sans cracher du sang; il dit en avoir vu

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