‹ Cours de pathologie interneChapitre 79 sur 232 · DE L’HÉMOPTYSIE · texte numérisé non relu

DE L’HÉMOPTYSIE

un autre être pris d’hémoptysie toutes les fois qu’il mangeait du miel, un autre après avoir mangé des asperges. Chez des sujets éminemment nerveux , on l’a vue se produire sous l’influence des odeurs.

Enfin le tempérament sanguin prédispose à cette maladie.

Symptômes. Il existe des individus qui peuvent être pris d’hémoptysie, une ou plusieurs fois dans leur vie, sans que d’autres symptômes que cette exhalation de sangse manifestent, et qui n’en jouissent pas moins, avant et après, d’une bonne santé. Mais il en est rarement ainsi, et quand il y a imminence d’hémoptysie , elle est presque toujours annoncée par des phénomènes précurseurs. Un sentiment de chaleur et de pesanteur, un malaise inexprimable se font sentir dans la poitrine, ou dans quelques points de cette cavité; les malades éprouvent de l’oppression, de la toux, et ressentent l’impression d’une saveur douceâtre ou d’un goût de sang dans la bouche. Bientôt après, les extrémités et quelquefois toute la périphérie du corps se refroidissent, des frissons irréguliers se font se^ir aux lombes et au dos, la face se décompose, pâlit et rougit tour à tour; il y a tintement d’oreilles, injection des yeux, céphalalgie , palpitations; le pouls s’accélère, devient vibrant , plein et dur; le malade éprouve un sentiment d’angoisse et des douleurs dans les membres. Bientôt la gêne de la respiration augmente, le malade sent dans la poitrine et la trachéeartère une sorte de bouillonnement, résultat du passage de l’air pendant les mouvements d’inspiration et d’expiration, et à la bifurcation des bronches une sensation de chatouillement et de picotement. Alors commence l’expectoration par des crachats striés de sang, ou formés par du sang pur, ou bien par des quantités plus ou moins considérables de sang rendu par gorgées ; ce sang est vermeil et écumeux, à moins qu’il n’ait séjourné quelque temps dans les bronches, cas dans lequel il est noir. Il est des circonstances assez ordinaires où l’on voit des malades rendre des quantités extraordinaires de sang et mourir bientôt après.

Quelquefois la quantité de sang rendu est si grande, et la rapidité avec laquelle il s’écoule est si considérable, que l’on dirait qu’il y a vomissement de sang. Après cette évacuation abondante, les malades éprouvent presque toujours du soulagement; l’oppression, les palpitations cessent, la céphalalgie disparaît. Ce retour à la santé peut n’êlre que momentané; souvent, au bout d’un temps plus ou moins long, les mêmes phénomènes de congestion se manifestent, et une hémorragie nouvelle se produit. Dans certains cas, on voit ces sortes d’accès se répéter cinq ou six

fois dans la journée, mais en perdant peu â peu leur intensité.

Le sang expectoré est ordinairement vermeil et écumeux, mais s’il a séjourné quelque temps dans les bronches , ces caractères peuvent manquer, et il est alors noir foncé et sans bulles d’air.

Sa quantité est extrêmement variable; il est des malades qui n’en rendent que quelques gouttes; il en est d’autres qui en rendent plusieurs verres et qui remplissent plusieurs cuvettes en vingt-quatre heures.

L’auscultation parfois ne fait rien entendre de particulier; le plus ordinairement on entend un, râle muqueux à grosses bulles, tantôt limité dans un point, tantôt diffus. La percussion n’ÿidique rien.

La marche de l’hémoptysie est variable. Il est des malades qui tout à coup, et sans cause appréciable, rendent une quantité considérable de sang , et chez lesquels cette hémorragie s’arrête bientôt et ne se reproduit plus de la vie. D’autres, et cela s’observe surtout chez les femmes, crachent tous les jours une petite quantité de sang pendant plusieurs mois, et même pendant des années. Chez quelques-uns , cette hémorragie se reproduit lorsque quelque cause nouvelle vient la provoquer; chez quelques autres, elle surgit spontanément. Dans la grande majorité des cas, continue ou irrégulièrement intermittente, elle est quelquefois périodique, et chez quelques femmes elle remplace les règles en revenant tous les mois. Elle est ordinairement suivie, pendant quelques jours, de toux et d’une expectoration muqueuse, semblable à celle qui accompagne la bronchite. Les premiers crachats se trouvent mêlés d’un peu de sang noirâtre, liquide ou en caillots, dont la quantité diminue tous les jours, et qui finit par disparaître entièrement.

2 terminaison. L’hémoptysie peut être suivie du retour à la santé, quand elle est franche et qu’elle ne reparaît plus. La mort peut en être le résultat immédiat ou éloigné, soit par l’affaiblissement que détermine cette hémorragie , soit par la phthisie qui lui succède.

Les variétés d’hémoptysies sont relatives aux causes, aux symptômes et aux complications qu’elles présentent.

Diagnostic. Il n’est pas toujours facile de bien distinguer les crachats d’une. pneumonie d’avec l’hémoptysie. Dans la pneumonie cependant les crachats sont fondus, ce qui n’arrive pas dans l’hémoptysie. Quelquefois, dans l’hémorragie nasale, le sang tombe dans l’arrière-gorge et est rendu avec les crachats ; mais alors il est noir et non vermeil et écumant comme celui qui vient des bronches. On distinguera l’hémoptysie de l’hématémèse par la toux, la dyspnée, la couleur vermeille du sang, son mélange avec l’air quand il vient

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

des bronches, tandis que dans l’hématémèse il y a des nausées , de la pesanteur épigastrique; le sang est noir et mélangé avec des aliments, avec de la bile ou des mucosités. 11 peut arriver cependant que le malade soit pris de vomissements en même temps que d’hémorragie bronchique , et que le sang alors se trouve mêlé avec les aliments. Mais ce liquide conservera toujours ses caractères, et les phénomènes ultérieurs viendront bientôt éclairer le diagnostic, Le sang expectoré peut provenir de la rupture d’un anévrisme de l’aorte dans la trachée; mais l’erreur, s’il y en a, ne peut être de longue durée, car dans ces cas la mort est foudroyante. On a vu cependant l’aorte s’ouvrir dans les bronches par |de petits pertuis en forme d’arrosoir et .donner lieu à une hémorragie bronchique dont la nature était douteuse.

Enfin il est fort important de distinguer l’hémoptysie idiopathique de celle qui est symptomatique d’une affection tuberculeuse des poumons.

Pronostic. L’hémoptysie est une affection grave ; par cela seul qu’elle peut annoncer la tuberculisation du poumon, on doit lui donner une sérieuse attention. Elle n’a pas cependant toute la gravité qu’on lui accordait autrefois, et que M. Louis lui a donnée dans ces derniers temps; j’ai constaté, par l’ouverture des corps, que plus d’un cinquième d’hémoptol'ques n’étaient pas tuberculeux. D’un autre côté, on voit que des individus qui ont craché du sang dans leur jeunesse ont atteint cependant une grande vieillesse, les uns en restant malades et*valétudinaires, les autres en recouvrant une santé parfaite. Quelques individus sont frappés d’hémoptysies dans des intervalles de temps très-éloignés, en conservant pendant ces intervalles une bonne santé.

Reconnaissons cependant que dans les cas les plus fréquents, l’hémoptysie est précédée ou suivie de la phthisie pulmonaire.

Traitement. Les évacuations sanguines, les révulsifs, les toniques et les astringents sont les principaux moyens qu’on doit opposer à l’hémoptysie,

1° Émissions sanguines. — On les emploie soit pour prévenir cette affection, soit pour l’arrêter, soit pour en prévenir le retour. Quand un malade présente tous les symptômes qui caractérisent l’imminence d’une hémoptysie, qu’il est oppressé, qu’il pâlit, que le refroidissement s'empare de son corps, saignez-le dans ces circonstances et vous préviendrez l'hémorragie. Saignez encore lorsque l’hémorragie existe, et saignez largement si vous voulez obtenir des résultats satisfaisants. Si vous appliquez des sangsues, ayez grand soin que ce ne soit pas sur la poitrine, mais à l’anus, surtout quand vous aurez affaire à des sujets nerveux ou à des femmes.

Dans certains cas où l’hémoptysie est peu abondante, il suffit pour l’arrêter, de la diète et de quelques boissons émollientes. Mais une saignée n’a jamais d’inconvénients, à moins qu’on n’y revienne trop souvent, ce qui favoriserait l’hémorragie en affaiblissant le malade.

Quelquefois , lorsque l’hémoptysie se présente sous la forme d’accès, on en prévient le retour en saignant le malade. En général cecependant, ce moyen est infidèle et il peut être nuisible.

11 convientd’administrer des boissons émollientes, tempérantes et mucilagineuses , des émulsions, des décoctions de riz, de nénufar, des boissons acidulés, des limonades végétales. Les opiacés ne sont utiles que dans les cas d’irritation nerveuse et de toux fatigante.

2° Révulsifs.-— On peut pratiquer des frictions sèches sur toute la peau; on recouvre les extrémités de cataplasmes chaud, ou bien on prescrit des pédiluvcs sinapisés; des ventouses sèches sur la périphérie du corps peuvent être utiles ; Stoll insistait beaucoup sur les vésica®ires volants ; remarquons à ce sujet que les vésicatoires ne doivent pas être appliqués sur les individus qu’on a déjà beaucoup saignés , car ces évacuations sanguines les rendent plus sensibles et plus irritables. Toutes les fois que la congestion pulmonaire sera évidente , on se trouvera bien de promener des cataplasmes sinapisés successivement aux mollets , à la partie interne des cuisses , sur les bras, etc. Yan Swieten avait préconisé la ligature des membres : on a depuis longtemps abandonné ce moyen.

3° Toniques et astringents.— Dans certains cas il faut relever les forces du malade affaibli par une abondante hémorragie ou par une hémoptysie de longue durée ; dans ces circonstances on prescrira avec avantage le cachou, le quinquina, l’extrait de ratanhia, la limonade minérale , l’eau de Rabel , etc. Il convient quelquefois d’exciter la muqueuse intestinale par de légers purgatifs , comme la manne, quelques sels neutres, quelques grains d’aloès ou de racine de jalap.

On a essayé l’emploi de la digitale , mais sans succès; son action en effet n’est pas toujours immédiate. L’ipéaccuanha a été fort vanté par quelques médecins ; son administration a été quelquefois suivie d’accidents formidables.

A Londres et à Edimbourg, on donne une demi-once de nitrate de potasse incorporée dans quatre onces de conserve de roses, à prendre en quatre ou cinq jours. On a beaucoup préconisé ce moyen dont on a voulu faire un spécifique.

L’acétate de plomb a été donné sans de grands succès , il en est de même du sel ma-

BRONCHORRHÉE. 105

rin dont on fait usage, à Philadelphie, en solution dans Peau.

Le fer et ses préparations peuvent être utiles comme toniques.

On a fait plonger les pieds et les mains dans de l’eau très-froide dans le but de provoquer une dérivation. Ce moyen est mauvais , car le froid est lui-même souvent cause d’hémoptysie.

Le malade devra se nourrir avec des aliments doux; il ne faut pas le soumettre à une diète trop sévère ; quand la fièvre aura disparu et que le sang de l’hémoptysie ne sera plus vermeil , on pourra le nourrir légèrement , en ayant soin de donner les aliments froids ainsi que les boissons. Le lait et les fécules feront la base de son régime ; on proscrira sévèrement toutes les substances qui activent la circulation, comme le vin, les spiritueux, le thé et le café. On défendra les cris, les chants, les exercices violents, comme la course , la danse , les efforts de toute nature. Le malade devra se prémunir contre le froid et se couvrir la peau de flanelle, et, si cela lui est possible , il ira habiter sous une température douce.

Page 1