LÉSIONS DE SÉCRÉTION DES BRONCHES
BRONCHORRHÉE.
On désigne sous ce nom une affection caractérisée par une sécrétion abondante de mucus à la surface de la membrane muqueuse des bronches.
Les mêmes causes qui déterminent la bronchite déterminent aussi la bronchorrhée. Elle succède ordinairement à une bronchite chronique , et s’observe principalement chez les vieillards.
Le principalsymptôme de cette affection est l’expectoration d’une quantité considérable de liquide incolore, filant, transparent, écumeux , semblable à du blanc d’œuf délayé j dans l’eau et sans mélange de crachat épais, j La quantité de ce liquide peut s’élever quelquefois jusqu’à quatre et six livres dans les j vingt-quatre heures. Cette maladie donne lieu à une dyspnée considérable, produite par la présence du liquide sécrété. La toux est peu intense. La percussion de la poitrine donne un son clair dans toute son étendue. L’auscultation fait reconnaître un râle sonore, grave ou sibilant, mêlé de râle muqueux.
Cette affection se présente sous la forme aiguë et sous la forme chronique.
La bronchorrhée aiguë offre de véritables accès d’asthme bronchique qui débute brusquement par une dyspnée intense, et une expectoration abondante et non interrompue de mucosités ; pendant ces accès le malade est en proie à une angoisse extrême , à une suffocation imminente ; il éprouve des éblouis-
sements, des tintements d’oreilles; ses extrémités se refroidissent , la circulation s’affaiblit, la face devient livide. Après une expectoration copieuse, ces accidents se dissipent ordinairement, soit pour ne plus reparaître, soit pour se renouveler plus ou moins souvent et dans des intervalles de temps plus ou moins longs.
La mort peut être la terminaison de celte affection , soit par l’asphyxie qu’elle détermine , soit par l’épuisement auquel donnent lieu les accès répétés.
A l’autopsie des individus qui succombent à cette maladie , on trouve la muqueuse bronchique pâle et décolorée.
La bronchorrhée aiguë peut être quelquefois considérée comme critique. Ainsi, j’ai vu un hydro-thorax disparaître très-rapidement sous l’influence d’un flux bronchique abondant et survenu tout à coup (i).
Les émissions sanguines générales doivent être opposées à la bronchorrhée aiguë, à moins qu’on ait affaire à des vieillards affaiblis, auxquels elle serait nuisible. Les vomitifs sont très-utiles, car ils facilitent l’évacuation rapide de la matière sécrétée qui cause la suffocation. On emploiera , avec avantage , les cataplasmes sinapisés , les exutoires , quelques légers dérivatifs sur le canal intestinal. Le malade qui a déjà éprouvé un accès de bronchorrhée devra se prémunir contre le froid, porter immédiatement sur la peau des vêtements de flanelle , et suivre un régime sobre et modérément excitant.
La bronchorrhée chronique a donné plus souvent lieu d’observer la muqueuse bronchique que la forme aiguë. On l’a trouvée décolorée et parfois avec tuméfaction des follicules.
Elle peut être primitive ou la suite d’une bronchite dont les phénomènes inflammatoires cessent pour laisser paraître ceux de la bronchorrée.
Le plus ordinairement, à la suite d’une ou de plusieurs bronchites, la matière expectorée perd de sa consistance et de son opacité, devient visqueuse et filante, une légère dyspnée s’établit, et ces symptômes prennent peu à peu le caractère d’accès, revenant ordinairement deux fois dans les vingt-quatre heures , l’une au réveil , l’autre le soir. La quantité de mucus expectoré peut s’élever à deux ou trois livres dans chaque accès. Leur durée est en général d’une ou de deux heures, pendant lesquelles la dyspnée est intense- Lorsque la maladie ne date pas de longtemps , les I malades jouissent, dans l’intervalle des accès , d’une santé à peu près parfaite , mais peu à peu l’amaigrissement et le dépérissement surviennent, et à mesure que les malades vieillissent , les accès deviennent de plus en
(1) Voy. Clinique médicale, t. m, p. 96.
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
plus fréquents , la dyspnée de plus en plus intense, et les malades. périssent, soit dans un accès de suffocation, soit par épuisement occasionné par l’abondance de l’expectoration comme j’en ai rapporté deux exemples dans la Clinique médicale.
La bronchorrhée chronique est fort difficile à guérir. On tâchera de fortifier la muqueuse par des vapeurs balsamiques, aromatiques, la vapeur du goudron ; les exutoires à demeure , ou les vésicatoires volants sur la poitrine , doivent être employés. A l’intérieur , on donnera les eaux sulfureuses d’Enghien ou de Bonnes, le kermès à haute dose , la térébenthine, les astringents et les toniques, comme les extraits de quinquina, de simarouba , de cachou , de ratanhia , l’acétate de plomb, etc.
Sécrétions de fausses membranes et de concrétions à la surface des bronches. Le mucus sécrété par la muqueuse bronchique peut se concréter sous la forme de fausses membranes ou de masses polypeuses. Cet accident arrive quelquefois au milieu d’une bronchite simple, et détermine brusquement une dyspnée considérable , en même temps que la respiration cesse d’être entendue dans une certaine étendue du poumon , la percussion continuant à donner un son clair dans le même point. Si l’on parvenait à soupçonner la présence défaussés membranes ou de concrétions dans les bronches , on pourrait donner un vomitif qui, par les secousses et les efforts qu’il occasionne, pourrait déterminer leur expulsion. L’inspiration de la vapeur d’eau simple ou imprégnée de différents arômes pourrait aussi être avantageuse. Les émissions sanguines et les révulsifs ne devraient pas être négligés , en même temps que l’administration du kermès et de l’oxymel scillitique.