OEDÈME DU POUMON
déchirures profondes. La substance de ce viscère était comme macérée, tellement dénaturée et confondue avec les caillots très-compactes dont elle était environnée, qu’on ne pouvait l’en séparer qu’avec beaucoup de peine et en partie. On a trouvé des caillots de sang noirâtre, contenus en partie dans la cavité du thorax, en partie dans l’épaisseur du poumon, qui était déchiré comme le cerveau dans les hémorragies de cet organe. Dans les cas que j’ai eu l’occasion d’observer, je trouvai un des points de la surface du poumon, déchiré dans l’étendue d’un pouce. En incisant le poumon , je découvris un espace qui aurait pu être occupé par une grosse orange , et dans lequel le tissu du poumon n’existait plus que sous forme de débris, auxquels était entièrement uni et combiné un sang encore liquide dans quelques points, coagulé dans d’autres.
On peut trouver aussi, comme M. Cruveilhier en a rapporté un exemple, les poumons parsemés d’une multitude de foyers sanguins, sphéroïdes, très-nettement circonscrits, leur couleur d’un noir de jais ; leur densité, leur frangibilité contrastaient avec l’état parfaitement sain des couches pulmonaires adjacentes; leur volume variait depuis celui d’une aveline jusqu’à celui d’un gros œuf de poule; le plus grand nombre avoisinaient la plèvre qu’ils soulevaient; les plus petits étaient placés immédiatement sous cette membrane.
Déchirés, ces foyers sanguins présentaient nn aspect granulé; le sang coagulé qui les constituait, infiltré dans les cellules pulmonaires, faisait tellement corps avec elles, que, sans les divisions bronchiques qu’on voyait çà et là au milieu des foyers , sans les lames fibreuses qui en traversaient quelques-unes , on eût dit d’un caillot de sang concret. Au reste, la macération, en enlevant couche par couche ces caillots, a mis à découvert la trame spongieuse du poumon , et a permis de voir au centre de chaque foyer une déchirure plus ou moins considérable {Voyez Cruveilhier, Anatomie pathologique, 3e livraison).
On voit donc que l’apoplexie pulmonaire peut présenter tous les degrés, depuis une simple infiltration de sang jusqu’à un foyer sanguin considérable, avec déchirure des parois et épanchement de sang au dehors.
Dans les cas de simple infiltration, la tumeur sanguine est dure; elle est molle, lorsque le sang s’est épanché dans le tissu pulmonaire déchiré.
Les foyers sanguins pulmonaires se présentent toujours exactement circonscrits et sous forme sphéroïdale ; ce qui s’explique par le défaut de communication des lobules pulmonaires entre eux, et par la compressibilité \ du poumon. L’absorption de la partie la plus 1
liquide du! sang rendl compte aussi de leur dureté.
Causes. Elles sont peu connues. Dans la plupartjjdes cas observés d’apoplexie pulmonaire , il y avait coïncidence avec une maladie organique du cœur. Quelquefois cette affection a coïncidé avec la phthisie pulmonaire.
Symptômes. Nous avons vu que l’apoplexie pulmonaire présentait plusieurs degrés dans les lésions anatomiques ; nous devons trouver aussi plusieurs degrés dans les symptômes qui les traduisent. Elle peut tuer instantanément, comme l’hémorragie cérébrale la plus intense : c’est l’apoplexie foudroyante dont Corvisart a rapporté un cas.
Elle peut déterminer une dyspnée subite excessivement violente, qui fasse périr le malade quelques instants après. La dyspnée peut durer quelque temps, sans qu’on puisse apprécier la cause qui la produit.
La percussion et l’auscultation n’indiquent rien dans la plupart des cas. Laënnec donnait comme signes caractéristiques l’absence de la respiration dans une partie peu étendue du poumon, et un râle crépitant existant aux environs. Mais ces caractères sont loin d’être constants.
Un signe plus positif est l’expectoration d’un liquide noir sans fétidité, semblable à une solution de suc de réglisse, et qui annonce la présence d’un foyer sanguin dont le sang altéré est expulsé au dehors.
Traitement, llest basé sur les mêmes principes que celui de l’hémorragie cérébrale. Les émissions sauguines, largement répétées, doivent être employées dès le début. Ni la faiblesse apparente, ni la petitesse du pouls ne sont une contre-indication à leur emploi.
IIe CLASSE. — LÉSIONS DE SÉCRÉTION.