DU CANCER DES TOUMONS
C’est une maladie rare, dont Bayle, le premier a donné une bonne description, et dont il fit une espèce particulière de phthisie pulmonaire, sous le nom de phthisie cancéreuse. Sur deux cents ouvertures de cadavres, elle a été rencontrée quatre fois.
Caractères anatomiques. Cette affection peut se présenter sous deux formes différentes, et qu’il importe d’apprécier.
1° Dans la première forme, on trouve dans la substance pulmonaire une ou plusieurs masses cancéreuses, de volume et de configuration variables, enveloppées ou non d’un kyste, et déposées dans le parenchyme de l’organe. Autour de ces masses cancéreuses, qui peuvent facilement être enlevées, le tissu pulmonaire environnant peut rester intact.
Ces masses cancéreuses , ordinairement formées par la matière encéphaioïde, ne se développent en général dans les poumons, que dans les cas où d’autres parties du corps sont en même temps le siège de masses cancéreuses plus ou moins volumineuses.
2° Dans la seconde forme, une portion plus ou moins considérable des poumons s’est transformée en une matière cancéreuse de l’espèce squirrheuse. Cette transformation peut exister dans un des lobes d’un poumon seulement , ou dans un poumon tout entier. M. Bouillaud a observé un cas de ce genre.
Le cancer du poumon, quelle que soit d’ailleurs sa forme, coïncide presque toujours avec le cancer d’autres organes. Bayle necite qu’un seul cas où il n’ait pas trouvé cette coïncidence ; cependant, même dans ce cas, le sujet portait une tumeur au cou en suppuration, qui est mal décrite. M. Bouillaud a cité deux cas où il n’a pas trouvé d’autre cancer. Pour notre compte, nous n’avons jamais rencontré le cancer du poumon, sans en rencontrer aussi dans d’autres parties du corps.
Cette coïncidence peut d’ailleurs avoir lieu sur des organes externes ou internes, ou à la fois sur des organes internes et externes. Ainsi on peut voir le cancer du poumon coïncider avec le cancer dli nez, de la mamelle, ou du testicule, comme nous en avons observé un cas sur un individu qui fut atteint du cancer du poumon trois mois après avoir été opéré d’un sarcocèle. Dans les organes intérieurs, le cancer du poumon coïncide avec ceux du foie, de l’utérus ou du cerveau, comme M. Cayol en a donné un exemple à Bayle. Enfin M. Velpeau a constaté qu’en même temps que le cancer existait dans les poumons, il existait aussi dans toutes les glandes et dans le cœur.
Causes. Il est fort difficile d’admettre que l’inflammation soit la cause du cancer des poumons, carie plus souvent il ne détermine
DES TUBERCULES PULMONAIRES
aucun symptôme de bronchite ou de pneumonie; et nous avons même vu que dans la première forme le poumon reste sain autour des masses cancéreuses.
Les premiers symptômes apparaissent quelquefois après l’enlèvement d’une tumeur cancéreuse.
- Quant aux âges, on l’a observé depuis 25 ans jusqu’à 72 ans. Sur neuf cas de cancer du poumon où l’âge a été noté, on trouve les résultats suivants : 25 , 35 , 37 , 48 , 49,. 55 , 57, 58,
72 ans.
Symptômes. Les symptômes sont nuis dans les cas où le cancer pulmonaire n’est qu’un épiphénomène d’une diathèse cancéreuse générale. Dans d’autres cas , on a observé une dyspnée en rapport avec le nombre et le volume des masses cancéreuses développées au sein de l’organe. On conçoit d’ailleurs que la dyspnée, qu’un son mat et l’absence de la respiration , soient la conséquence d’un cancer développé dans les poumons; mais ces signes se rencontrent dans toute autre production ! morbide , et ne suffisent pas pour préciser le diagnostic. Si à ces signes se joignaient la fétidité de l’haleine, la teinte livide et plombée du visage, l’existence d’un cancer dans un autre organe, on aurait de fortes probabilités pour l’existence du cancer dans les poumons.
Parvenu à la période de ramollissement, le caucer du poumon détermine , comme tous les autres , une altération profonde de la nutrition, la fièvre hectique, le marasme; et cette couleur jaune paille qui est un indice assuré de l’existence de quelque affection cancéreuse.
Quant à la douleur lancinante qui accompagne presque toujours les productions cancéreuses , elle n’a jamais été observée dans le cancer du poumon. Dans un seul cas, Bayle a signalé une douleur semblable à celle qu’on éprouve en pressant sur le testicule.
Les moyens chirurgicaux et médicaux sont complètement impuissants pour combattre cette affection. On ne peut qu’employer des moyens palliatifs et les adoucissants.