CHAPITRE I IMPORTANCE DES ÉCOLES NORMALES
Tout le monde croit, et avec raison, que personne ne doit suivre une profession, ne doit même pratiquer un métier, sans s’y être spécialement préparé. Voilà pourquoi la loi établit sagement plusieurs années de cléricature et des examens sévères pour celui qui veut être admis comme avocat, notaire, médecin, arpenteur, ete; voilà pourquoi tout ouvrier croit aussi devoir faire plusieurs années d'apprentissage, avant de se risquer à travailler à son compte. Sans doute, par une exeeption très-rare, on rencontre quelques hommes extraordinairement adroits qui réussissent dans certaines industries sans avoir fait un tel apprentissage. Mais ces exceptions ne détruisent pas la règle générale; elles ne servent qu’à la confirmer.
Qui oserait soutenir en effet qu’un jeune homme peut soigner, parce qu’il a vu des médecins donner leurs soins à des malades ? qu'il peut plaider, ou passer des actes importants, parce qu’il a souvent assisté à des procès, ou vu travailler un notaire? qu'il est en état de commander une compagnie, un bataillon, parce qu'il a souvent regardé mauœuvrer des soldats ?
Comment donc prétendre qu'un jeune homme, pour la raison seule qu’il a étudié quelques années dans une école ordinaire, ou même dans un collége, et qu’il y a vu des maîtres enseigner, est propre à diriger lui-même une classe ? Est-ce que l’on exigerait moins de garanties d'aptitude, d'habilité, de savoir relatif, de celui auquel on confie l'éducation de ses enfants, que de celui auquel on s'en remet du soin de sa fortune ? On veut, lorsqu'on emploie un artisan, qu’il sache son métier à fond ; et pour faire instruire et élever l'enfance on ne prendrait point les mêmes précautions que pour faire faire des chaussures ou un
habit !
Or, les Ecoles Normales sont les établissements propres à donner de telles garanties, lorsqu'elles sont dirigées convenable.
ment et avec des vues saines et religieuses, (C’est une sorte de noviciat pour ceux qui se croient appelés aux fonctions de l’enseignement. Ils y examinent leur vocation, leurs dispositions ; ils travaillent à y acquérir les qualités qui leur manquent ; ils persévèrent dans leur dessein ou il: l'abandonnent, selon les conseils qui leur sont donnés.
C'est une cléricature, pendant laquelle ils étudient tous les détails si nombreux, si compliqués de la profession qu'ils aspirent à embrasser.
C’est un apprentissage, pendant lequel ils pratiquent graduellement toutes les parties de leur art, afin d’eu connaître les difficultés et les secrets,
Ts Ecoles Normales ne sont donc pas moins utiles en éloignant de l'enseignement les sujets incapables, inhabiles ou dangereux, qu’en y préparant avec soin ceux qui semblent y être appelés.
Ce sont des établissements de la plus haute importance, du plus grand intérêt pour un pays, pouvant produire beaucoup de bien, s’ils sont conduits dans un bon esprit, pouvant causer incon. testablement beauccup de mal, s’ils sont soumis à une mauvaise direction.
Ilest vrai que quelques personnes, douées d’un talent bien rare, réussiront à faire l’école sans préparation particulière ; mais ce n’est point là le casordinaire. Il est encore vrai que le séjour à l'Ecole Normale ne donnéra pas le talent d'enseigner à celui qui en est totalement dépourvu ; mais pour peu qu’il ait de dispositions, l'élève les y verra se développer et s'afermir. Enfin, s’il a une grande aptitude naturelle, il ne sera que plus en état de profiter d'études suivies et spéciales sur l’art de conduire une école, sur la pédagogie,