‹ Cours de pédagogie ou Principes d'éducation [microforme]Chapitre 23 sur 134 · ART DE QUESTIONNER · texte numérisé non relu

ART DE QUESTIONNER

Bien questionner est un grand art; assez pou de personnes le possèdent. Ilest aisé de s'en apercevoir aux examens publics. Des questions mal posées ne sont propres qu’à troubler, qu'à embrouiller les élèves les mieux préparés. Les hommes qui interrogent bien, sont ceux qui ont un esprit net et méthodique, et qui sont maîtres du sujet. N’acceptez donc jamais un programme sur une matière que vous ne connaissez pas, ou que vous ne connaissez qu'imparfaitement ; autrement, vous ferez rire de vous par les gens entendus, et vous aurez la confusion, tout en vous compromettant, d'embarrasser ceux qui 22ront appelés à vous répondre, quelque capables qu’ils soient,

Les interrogations ont pour but de faire connaître deux choses: lo. si les elèves écoutent; 20. s'ils comprennent. Souvent ils paraissent aitentifs, et ne le sont pas ; ils semblent comprendre, et ils n’ont pas saisi les explications. Le moyen de s’en assurer, c’est de les interroger.

Il faut poser les questions : —

10. D'une manière claire et quine cause pas d'équivoque.— L'élève doit comprendre tout de suite ce quo vous lui demandez, et ne pouvoir pas se tromper sur la portée de ce que vous désirez savoir. N'interrogez donc pas d’une façon vague, ou sur des choses que vous n'avez pas expliquées et que probablement les enfants ne savent pas. Evitez aussi de répéter vous-même chaque réponse qué vous recevez, comme le font certains maîtres.

20. Vivement.—Rien ne donne plus d’entrain à une classe que des questions faites avec vivacité, Sans doute, laissez à l’écolier

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le temps de réfléchir, si la réponse suppose quelque raisonnement, et dites-lui souvent avec Boileau:

Avant qro de parler, apprenez à penser.

Mais si c’est simplement une affaire de mémoire, soyez prompt à passer de l’un à l’autre. Cette activité oblige les élèves à mieux écouter, et en même temps accoutume, leur esprit à plus de souplobse,

So. Sous des formes très-variées.—Octte précaution brise la monotonie, et découvre mieux l'intelligence des enfants. Combien répondent fort exactement lorsque la question est posée de telle manière, et s'embrouillent complétement ou restent cois, pour peu que l'on en change la forme |

40. D'une façon méthodique.—Que vos interrogations s'enchaînent, qu’elles se suivent naturellement, qu'elles découlent les unes des autres. C’est un excellent moyen pour que les élèves mettent de l’ordre et de la liaison dans leurs connaissances. Ayez même souvent en vue, par Îles questions que vous leur posez, de leur faire découvrir des vérités ou tirer des conséquences : c’est ce que l’on appelle méthode socratique ou euristique. (Voir page 58).

5o. Tantôt à un seul élève, tantôt à tous ensemble. —Cette seconde manière de questionner est en général trop bruyante, et n’est pas aussi franche que l'autre. Qu'il est aisé en effet de faire ainsi briller une classe au moyen de quelques écoliers capables et doués d’une forte voix, qui répondent sans cesse hardiment pour tous les autres ! Il est néanmoins bon de ne pas adopter exclusivement l’une de ces méthodes. Vous questionnerez donc plus souvent un élève en particulier, tantôt en suivant l’ordre de la classe, tantôt en désignant de côté ou d'autre celui qui doit répondre. Quelquefois cependant vous adresserez vos demandes à la classe entière, pour exciter davantage l’attention ct l’émulation. Dans ce cas, vous recommarderez aux enfants de ne pas trop élever la voix.

Leur permettrez-vous de vous faire un signe pour vous engager à les interroger ? Oui, pourvu qu'ils n’agissent pas ainsi unique-

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