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DE LA LECTURE

La lecture est une des branches fondamentales à enseigner dans une école. Comme elle comprend bien des degrés, nons allons les parcourir successivement.

Section lère.—-DE L'ALPHABET

L'enseignement de l'alphabet (mot composé des deux pre. mières lettres grecques, a/pha bêta, ) est une chose fort ennuyeuse, et conséquemment fort négligée dans la plupart des écoles. On dit bien aux petits commençants : ‘ Etudiez vos lettres ” ; mais on les abandonne ensuite à eux-mêmes, sur un banc, pendant des heures entières. ÆEst-il surprenant que, par cette conduite, on dégoûte à jamais ces jeunes enfants de l'étude ? est:il étonnant qu’ils ne connaissent pas leurs lettres après de longs mois d'école ?

Le maître dévoué s’y prend d’une toute autre manière. lo Il n'effarouche pas les enfants par la nécessité d'apprendre et de

retenir tout l'alphabet d’un seul coup. Il ne leur propose que quelques lettres à la fois, disons quatre. Quand les élèves les savent bien, il passe aux quatre suivantes, ct ainsi jusqu’à la fin. Par ce procédé, tout l'alphabet peut s’apprendre dans une semaine,

20. Au lieu de faire suivre les enfants dans un livre, il leur montre les lettres sur un tableau, afin de mieux parler aux yeux. Il s'applique surtout à varier les exercices, précisément à cause de l'âge très-tendre de ces petits écoliers. Tantôt donc il nomme et montre les lettres lui-même ; tantôt il les montre et les enfants les nomment ; à un autre moment, c'est lui qui les nomme, et il les fait indiquer à mesure sur le tableau ; puis il les leur fait copier sur leurs ardoises, à leurs places ; il peut ensuite les rappeler autour du tableau, et en désigner trois ou quatre pour y copier quelques lettres, tandis que tous les autres les regardent, prêts à critiquer s'ils se trompent. (C’est le moyen de conserver l'attention de ces enfants.

30. Pour mieux graver les lettres dans leur mémoire, l’instituteur ne doit pas se contenter de leur en faire retenir le son. Il doit particulièrement insister à leur en faire remarquer {a forme, ainsi que celle &es accents. Il commence, bien entendu, par des lettres imprimées, les majuscules d’abord ; puis, lorsque celles-ci sont bien sues, les minuscules, en les plaçant auprès des premières, afin que la comparaison soit plus facile.

Quand les enfants suivent dans leurs livres, il est bon qu'ils emploient une fiche de bois pour se guider.

Remarquons que la mauvaise prononciation de certaines lettres, une fois contractée, se corrige avec peine. Remarquons aussi, que, pour mettre de la gradation dans ce procédé, on fait d'abord apprendre quatre lettres, huit lettres de suite ; puis on les montre et on les fait répéter dans un ordre interverti,

Section 2ème.—DE L'ÉPELLATION

Epeler correctement, c'est-à-dire nommer et sssembier Îles

différeutes lettres qui composent les syllabes, n’est pas chose aussi aisée qu'on pourrait le croire. En françis, il y a deux méthodes d’épellation: l’ancienne et la nouvelle.

10. Ancienne méthode.—Le maître doit avoir soin :—10 de faire prononcer chaque lettre et chaque accent bien distinctement. Pour vouloir aller trop vite, les enfants ect sujets à nommer l'accent sans prononcer la lettre qui en est affectée ; —26 de faire assembler successivement chaque syllabe, puis le mot entier, ce qui peut se faire de plusieurs manières ; un même élève ép: le la première syllabe, puis la suivante, puis la troisième, et à la fn il prononce le mot entier; ou bien, chaque élève épelle successivement l’une des syllabes, et l’élève suivant prononce le mot entier, en répétant à chaque syllabe, toutes les syllabes précédentes ; ou bien encore, un écolier assemble une syllabe, le second assemble la suivante et répète la première, le troisième assemble la troisième syllabe et répète les deux premières, et ainsi de suit: ; ou enfin, les élèves épellent le mot tous ensemble, le maître leur indiquant la vitesse, ou battant la mesure ;—3o de commencer par les mots les plus courts et les plus aisés. Il suffit pour cela de suivre l'ordre d’un bou'syllabaire ; —40. de faire épeler beaucoup par cœur. À cet effet, il faut donner une petite leçon à apprendre préalablement.

Il serait à propos de dire aux enfants un peu avancés que les mots renferment une ou plusieurs syllabes; les premiers s’appellent monosyllabes, et les seconds, polysyllabes. Ceux de deux se nomment aussi dissyllabes.

Remarquons ce qui suit :—1o. Les voyelles sont simples : «, e, i,0, u,y, ou combinées (composées): au, eu, ou, cau, ai, ei, &c., ou nasales an, en, in, ain, ein, on, un, &e.—20, Il ne faut pas confondre les voyelles combinées avec les diphthongues: les premières se prononcent par une seule émission de voix; dans les secondes, quoiqu'il n’y ait aussi qu’une syllabe, on entend cependant deux sons, comme où dans loi, eu dans lieu, ten dans rien, oin dans con, ion dans action, mission, &c.—30. Parmi les consonnes ou articulations, les unes sont labiales (des Jèvres):

apr ve

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b,p,f, ph,v, m; d’autres dentales (des dents): d,t, th,n; d’autres gutturales, (du gosier): À aspiré, g dur (comme dans gond), c dur (comme dans cap), k, q, ch dur (comme dans chaos); d'autres palataies (du palais): 7, r, {ou Z mouillé (comme dans ai/, paille) ; d'autres enfin siflantes: s,2, c doux (comme dans ce), sh, ch doux (comme dans chou), j, g doux (comme dans gens).—40. Les articulations m, n, gn, sont quelquefois nasales (du nez), comme dans emporter, incapable, onde, digne ; d’autres fois elles ne le sont pas, comme dans immortel, Îtem, inhabile, specimen, agnus.—5o. ÆX est une lettre composée, équivalant à cs, g:, etc. (réflexion, exil), ou à z (sixième), ou à ss (soixante, Bruxelles).

Remarquons encore :—10. que les différents sons de e, é, ë, ê, doivent être donnés très-correctement quand on épelle ; —20.que plusieurs lettres sont rauettes en certains cas; ainsi » et s dans comptes, æ dans cieux, t dans aspect, etc; —30. que plusieurs autres changent leur son propre suivant leur position; par exemple, sentre deux voyelles, qui se prononce comme z (asile) ;

c, qui est dur devant a, o, u, à moins qu’il ne soit marqué d'une cédille, et doux devant e,ï; t, qui se prononce comme s dans action, martial, essentiel, vénitien ; —40. que e dans j'aime, es dans tu aimes, ent dans is aiment, sont autant d'e muets; pareillement è dans zèle, ès dans accès, ef dans che, el dans autel, sont ouverts; de même é dans aimé, er dans aimer, léger, ez dans nez, sont des e fermés ;—5o. que y entre deux voyelles équivaut à deux; ainsi payer pour pai-ier ; moyen pour moi-ien, ployons pour ploi-ions.

Lorsqu'une consonne se trouve entre deux voyelles, elle commence toujours une syllabe. Ainsi anatomie s'épelle a-na-to-mie,

et non pas an-at-om-ie.

Lorsqu'il y a deux consonnes de suite, la première termine la syllabe précédente, et la seconde appartient à la syllabe suivante (comme dans opportun, qui s’épelle op-por-tun), excepté quand la seconde est une des palatales ou liquides Zou r, et est précédée d’une labiale, d'une dentale ou d’une gutturale. Exemples:

PROCÉDÉS 6ÿ

abri, a-bri ; effroi, ef-froi ; atroce, a-tro.ce ; digression, di-gression etc. Cependant l’étymologie peut aussi modifier cette règle ; ainsi : dns-ti-tu-teur, con-science, etc.

Quand gn a le son nasal, ces deux lettres appartiennent à la même syllabe ; ainsi cognée s'épeile co-gnée, au lieu que l’on épelle ignition, ig-ni-tion.

Dans l’ancienne méthode, toutes les consonnes qui se prononcent comme si elles étaient précédées d'un e muet, sont du genre féminin : une /, une !, une m”, etc ; les autres sont du genre masculin : un b, un c, etc.

20. Nouvelle Méthode—appelée aussi Méthode de Port-Royal.— À Dans cette méthode, 1o on ne nomme point les accents, inaïs on prononce immédiatement les voyelles avec leur son modifié par ces accents ; 20 les diphthongues ct les voyelles combinées, nasales ou non, se prononcent tout de suite, sans qu'on nomme les lettres ; 30 toutes les consonnes se prononcent comme si elles étaient suivies d’un e muet : be, ce ou ke, de, fe, ge ou que, je, ke, le, me, ne, pe, que, re, se, te, ve, we, ze ; 40 les lettres muettes ne se prononcent point du tout.

On épellera donc bateau : be-a, ba ; te-o, to ; bateau ;—jardins : je-a-re, jar ; de-in, din ; jardins.

Cette méthode est plus rationnelle, puisqu'elle donne le son le plus faible possible aux consonnes, qui n’en ont pas par ellesmêmes. Elle se rapproche aussi beaucoup plus du son définitif que doivent avoir les syllabes. Ainsi be-« ressemble plus à ba, que bé-a ; je-a-re à jar, que ji-a-erre, etc.

Dans la nouvelle méthode, toutes les consonnes sont du genre masculin.

30. Méthode sans épellation—On a imaginé une troisième méthode, qui consiste à ne point épeler du tout, mais à prononcer les syllabes tout de suite, En répétant sans cesse, les enfants pourront ainsi parvenir à prononcer un certain nombre de mots, ou à lire un certain nombre de pages, mais ils n'auront certainement aucune idée nette des éléments des mots et des syllabes, et

ils éprouveront une immense difficulté à déchiffrer ce qu'ils ne ÿ)

nn eng eg anne mr en mn Re En

seront pas accoutumés à lire. Cette méthode convient tout au plus à ceux qui savent déjà très-bien épeler, et qui lisent courarmment, Au reste elle doit nuire à l’étude de l'orthographe.

Section 3ème.—DE LA LECTURE COURANTE

Pour bien lire, il faut :—

lo. Faire les liaisons convenables.—Ce serait une aussi grande faute pour le moins de faire des liaisons mal à propos, que d'omettre celles qui sont requises. Le plus souvent il y a des règles fixes; dans certains cas néanmoins l’oreille seule décide. Il est bon de dire aux élèves que d à la fin de plusieurs mots se prononce comme £: grand homme, entend-il ? etc ;-—ets comme x : petits enfants étourdis ;—que f se prononce comme v à la fin de neuf adjectif numéral : neuf arbres ;—et que » change de son à la fin de certains mots, devant d’autres mots qui commencent par une voyelle, et qui sont immédiatement et nécessairement unis aux premiers: vain espoir, bon ami, divin agneau (prononcez vain nespoir, où vai-nespoir ; bon nami ou bo-nami, etc). Mais empêchez les enfants de marquer la liaison après avoir fait une pause, comme: ds estiment..…..{à un haut prix les objets qu'ils..…..zachetèrent..…...ete,

20. Observer Les pauses indiquées pur les signes de ponetuation. —AÀ la virgule, on prend haleine; au point et virgule, et aux deux points, on s'arrête un peu plus longtemps; au point final on s'arrête complétement. (Ceci est très-important, et malheureusement trop négligé. Quand une phrase est bien longue et sans aucun signe de ponctuation, il faut faire attention au sens, afin de déterminer les endroits où il conviendra de s’interrompre un instant, ce que l’on ne doit pas se permettre sans raison et à tout moment.

30. Ne lire ni trop vite ni trop lentement.—Le premier défaut fait que l’on bredouille, que l'on mange ou que l’on répète des mots, et que l'on n'est pas compris des auditeurs ; le second leur cause de l'ennui et du dégoût, Ce n'eët certainement pas

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ua signe qu'on lit bien, que de lire trés-rapidement, quoi qu’en

pensent béaucoup de personnes.

40. Prendre un ton de voix modéré,—qui ne soit ni chantant, ni perçant (ce qui fatigue), ni languissant (ce qui endort).

Avec les enfants de votre école, visez à ce qu’ils lisent correctement, et non à ce qu’ils en lisent très-long: peu à la fois, mais bien. Pour cela, faites-leur répéter souvent les mêmes phrases, et gardez-les sur une page jusqu’à ce qu’ils la lisent d’une manière satisfaisante.

Revenez fréquemment aussi sur l’épellation, même avec les plus avancés. Vous devez les faire tous lire sans y manquer, les jeunes plus souvent, les autres un peu moins. (Considérer cette partie de l’enseignement comme essentielle, et ayez à cœur de vous distinguer par la manière dont vos différentes classes sauront lire.

Ayez soin de ne point faire commencer la lecture au milieu d’une phrase, ou, si vous l’interrompez ainsi, que ce ne soit que pour surprendre un élève inattentif. Faites lire, soit un mot à chaque enfant successivement, soit une phrase différente à chacun, soit la même phrase à plusieurs de suite.

want à la prononciation en général, elle ne doit pas être affectée ; mais il ne faut pas craindre de l’amender lorsqu'elle est défectueuse.

Section 4e.—DE LA LECTURE EXPRESSIVE ET RAISONNÉE

Il est bien désirable que les élèves lisent avec intelligence, et qu'ils prouvent qu’ils comprennent, par le ton de leur lecture, qui sera alors expressive. Sâns cela, ils n’y verront qu’un exercice fort ennuyeux, et ils ne sentiront jamais aucun goût pour s’y livrer. Il faut donc les habituer à ne pas lire les mots séparément, mais à les lier dans leur esprit de manière à avoir un sens complet, en d’autres termes, à embrasser d’un seul coup d'œil une proposition entière. On doit, en commençant, leur expliquer soi-même la valeur des mots rares ou difficiles et le sens des

phrases, et ensuite leur en demander compte, ce que l'on appelle lecture raisonnée. Ce compte-rendu consiste, pour les plus petits, à donner la signification des mots qu’ils épellent, et, pour les autres, soit le sens d’une phrase particulière, soit le résumé de tout un paragraphe ou de tout un chapitre. Il est bon, dans ce dernier cas, de les empêcher de s'attacher au mot-à-mot.

Les personnes qui savent bien lire à haute voix sont extrême. ment rares. Quand vous serez appelé à le faire, éviter de mettre votre livre devant la bouche, et de tenir la tête trop basse ; parlez assez haut pour être entendu des parties les plus éloignées de la salle ; prenez un ton naturel, à peu près celui de la conversation, mais que les inflexions soient un peu moins marquées : enfin élevez la voix et appuyez sur les mots les plus saillants de chaque phrase,

Section 5e—DES LIVRES DE LECTURE DANS LES ÉCOLES

lo. Faut-il que les enfants changent fréquemment de livres de lecture ?—Nous répondrons : pas assez rarement pour qu'ils aient la facilité d'apprendre le livre par cœur, comme cela arrive quelquefois ; pas assez souvent pour que les parents aient droit de se plaindre. Règle générale : ne changeons le livre que lorsqu'ils lisent très-bien dans celui qu'ils ont entre les mains, et faisons leur envisager ce changement comme une récompense. Alors, au lieu de le redouter, ils le hâteront de leurs vœux.

20. Quels livres faut-il adopter pour la lecture dans les écoles? —En attendant que le Conseil de l'Instruction Publique ait approuvé une série de livres de lecture pour nos écoles, nommons les suivants : d’abord un Sylabaire ; puis le petit etle grand Catéchisme, d'après le mandement de nos Seigneurs Evêques. Quant aux autres, pour le français, à part la Nouvelle Méthode, qui est graduée et qui indique les liaisons à faire, il y a peu à choisir, Le Nouveau Traité des Devoirs du Chrétien, les Instructions pour les jeunes gens, le Psautier de David, la Doctrine chrétienne par Lhomond, la Morale en action, l'abrégé de l'Histoire du Canada, la Géographie, &e. sont les plus répandus.

Ces livres, et beaucoup d’autres, suff:nt à cette fin, lorsqu'un bon maître surveille la lecture.

Pour le latin, qu’il est important d’apprendre à lire à cause des prières de la liturgie, on peut choisir un Psautier ou un Office de la Vierge.

Quand on veut faire lire l'écriture aux enfants, on peut leur faire acheter un Manuscrit lithographié, ou les obliger à échanger leurs cahiers, ou encore leur donner à déchiffrer des lettres de différentes personnes, qui ne contiennent rien de secret.

Les élèves doivent s'habituer à avoir un grand soin de leurs livres ; les tenir des deux mains, ou avec une seule main, mais sans laisser pendre l'un des côtés du livre ; n’en pas rouler les coins ; ne pas les tourner à l'envers ; ne point plier les pages, mais placer un signet de papier : ne pas s’appuyer dessus en récitant leurs leçons, &ec.

Section Ge.—TEMPS À CONSACRER À LA LEOTURH

C’est l'avancement de chaque classe qui détermine le temps pendant lequel elle doit lire. Pour les plus jeunes enfants, la lecture est un des exercices les plus importants ; par conséquent, il faut les faire lire matin et soir, à plusieurs reprises. Les autres liront moins fréquemment ; mais personne, même parmi les plus avancés, ne doit passer une semaine sans lire deux ou trois fois pendant au moins une demi-heure.

ARTICLE 2e.

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