‹ Cours de pédagogie ou Principes d'éducation [microforme]Chapitre 9 sur 134 · DANS · texte numérisé non relu

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40. L'humilité—C'est la vertu fondamentale, de manière que toute vertu qui n'est pas basée sur une véritable humilité, ne peut être ni solide ni durable. Etre humble, c’est se bien connaître soi-même, Si l’on a du talent, si l’on a quelque avantage extérieur, on ne peut s'empêcher de le savoir ; mais, si l’on est modeste, on n’en tirera pas vanité, on en rapportera toute la gloire à Dieu, on ne songera pas à mépriser les autres. Sans humilité, un instituteur se fera une idée exagérée de ses connaisgances, il cherchera à faire parade de son savoir (surtout si celuiei est fœible), il tombera dans le pédantisme et se rendra ainsi ridicule, peut-être insupportable, aux yeux des gens sensés. Avec de la modestie, au contraire, il sentira la nécessité d'augmenter continuellement par l'étude ses connaissances trop souvent superficielles ; il recevra volontiers des avis ; il prendra en bonne part les observations, les reproches même de ses supérieurs ; il aimera à consulter, il en éprouvera le besoin ; son mérite percera à son insu et comme malgré lui ; en un mot, par son manque de prétentions il acquerra l'estime générale. En d’autres termes, un maître médiocre, mais humble, jouira d’une plus grande considération qu'un maître plus instruit, mais orgucilleux.

Au reste, l’homme vraiment capable est toujours modeste ; celui qui sait peu est ordinairement porté à être tranchant, il ne doute point.

5o. La prudence.—Cette vortu règle toutes les actions d'un instituteur, de manière à lui faire éviter ce qui pourrait nuire à sa propre réputation ou «u succès de son école ; elle est la conséquence du tact. C’est elle qui pour les règlements, les innovations, les menaces, les punitions, les récompenses, empêche un maître d'adopter aucune mesure calculée à causer plus de mal que de bien. (C’est elle qui le tient éloigné des divisions qui peuvent exister dans la paroisse ; elle encore qui le détourne de fréquenter assidûment telle ou telle maison ; elle enfin qui lui fait régler toutes ses démarches de façon à ne donner aucune prise à la malveillance,

Go. La discrétion.—De même que la prudence règle les actions d’une personne, la discrétion lui enseigne à surveiller ses paroles

mens

et ses écrits. Le maître discret ne dit donc jamais rien qui

puisse le compromettre aux yeux des enfants ou des parents. Mais #'il doit ainsi s'observer sur ses propos, combien plus ne

doit-il pas être circonspect sur ce qu'il écrit! Eneffet, les

paroles s’envolent, mais les écrits demeurent, C’est d’ailleurs

souvent sur une simple lettre qu’un homme est jugé. L'institu-

teur sage prendra donc bien garde à ce qu’il pourra écrire pour

lui-même ou pour Îles autres.

To La douceur.—“* On prend plus de mouches,” a dit un grand Saint, ‘avec un peu de miel qu'avec un tonneau de vinaigre.” Si donc l’instituteur veut se faire aimer des enfants, qu'il commence par les aïmer lui-même ; qu’il prenne avec eux un air bonet affable, un ton de voix paternel ; qu’il s'intéresse à tout ce qui les concerne, à leur santé, à leurs familles, à leurs joies comme àleurs tristesses ; enfin qu'il les traite avec

affection et indulgence.

80. La patience.—C'est une vertu dont un maître doit avoir une très-forte dose, car il trouvera à tout instant des occasions de la pratiquer. Beaucoup d'enfants sont légers, inattentifs, insouciants et paresseux, peu dociles, peu propres, peu polis, d’une intelligence lourde, lente, obtuse. Que d'épreuves pour la patience de l’instituteur ! que d’écucils pour lui, s’il est naturellement colère, et s’il se laisse aller à son tempérament fougueux ! que de sources de déboires pour l’homme emporté, qui ne sait se modérer |

90. La fermeté.—$i un maître doit être doux et patient, qu’il n'oublie jamais, d’un autre côté, que sa douceur doit être mêlée d'énergie, et sa patience, de fermeté. (Ce ne serait pas aimer les enfants, ce serait les haïr, que de n'avoir par la force de les reprendre et de les corriger quand il est nécessaire. Ce

n’est cependant pas la force physique qui domine les volontés, mais bien l’autorité morale : la première peut obtenir une obéissance passive, une crainte servile ; la seconde seule obtiendra une soumission filiale, un respect sincère. L'énergie de caractère est donc indispensable à celui qui veut gouverner les autres. Ce sont surtout les institutrices qui ont besoin de $e prémunir contre

une indulsence excessive envers les enfants, et une tendresse mal entendue pour eux,

10. La gravité.—Qualité bien nécessaire à un maître, mais d'autant plus difficile à acquérir que celui-ci est plus jeune ! Cependant il ne devrait pas oublier qu'il lui faut être toujours plus vieux que son âge. Le respect des enfants et la considération des parents ne peuvent s'obtenir qu'à cette condition. Tout doit être grave et sérieux chez l'instituteur, rien de guindé cependant, ni de prétentieux. Cette gravité se montrera dans sa tenue, dans son maintien, dans sa démarche, dans ses propos, dans sa conduite hors de l’école comme dans la classe, enfin dans le choix de ses amis. Il se regardera comme déplacé dans toute réunion bruyante, dans toute assemblée trop dissipée. S'il ne se sent pas capable de s'imposer de telles privations, qu’il n'embrasse jamais un état pour lequel il n’est pas fait.

Les institutrices doivent craindre de donner une preuve de légèreté, en s’occupant trop de toilette et de frivolités, en suivant avec empressement toutes les modes, en s’habillant avec trop de soin et de luxe, en se livrant inconsidérément à des jeux, à des amusements que l’on ne reprocherait peut-être pas à d’autres jeunes filles, mais qui leur enlèveraient l'estime et le respect qu’une institutrice doit être jalouse de posséder.

En un mot, que la tenue de la personne qui élève l'enfance, soit toujours digne et soignée, qu'elle ne soit jamais négligée ou recherchée ; qu’à sôn maintien, les élèves sentent qu'ils ne pourront jamais franchir la distance qui les sépare d'elle. Jamais de comparaison avec eux, jamais de familiarité.

110. L'équité.—Accorder à chacun ce qui lui est dû, voilà un des grands devoirs d’un maître ; être juste et équitable envers tous les élèves, voilà ce qui lui méritera un des éloges les plus enviables. Point de passe-droit, point de préférences indues : les seules distinctions qu’un instituteur puisse se permettre à l'égard des enfants confiés à ses soins, doivent avoir pour motifs la bonne conduite, l'attention, le travail, le talent mis à profit ; jamais des dehors plus aimables, une plus jolie figure, plus de prévenances pour le maître, les richesses ou le crédit des parents. Que l'instituteur évite soigneusement de: négliger un enfant à

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cause de quelque difformité naturelle, de la pauvreté de sa famille, ou de son peu de facilité pour l'étude, Qu'il se rappelle qu'il se doit à tous les enfant: de sou école, qu'ils ont tous droit à une certaine portion de son temps, et que, s'il lui convient d'en donner davantage aux classes les plus. avancées, il ne doit pas néanmoins négliger les commençants,

120. La probité.—Un maître montre sa probité en commençant ses classes à l’houre prescrite, en n'en diminuant jamais la durée, en n’y perdant point de temps, en se donnant toute la peine possible pour que les enfants fassent des progrès, en s’occupant sans exception de tous les élèves, en un mot, en remplissant consciencieusement tous ses devoirs, en gagnant fidèlement ses honoraires.

130. L'activité —Pour que les enfants aiment l'étude et prennent goût à l'école, il est désirable que l'instituteur ait une grande activité. Avec cette qualité, il y aura de la vie, de l'animation dans les classes ; les matières se succèderont avec rapidité, et les progrès seront en proportion de cette activité du maître. S'il est au contraire d'un naturel lent et insouciant, une apathie désolante se communiquera de lui aux élèves : tout sera languissant, ennuyeux dans son enseignement, et les enfants ne se livreront À l'étude qu'avec répugnance. Il ne faut pas néanmoins qu'il soit brouillon et irréfléchi.

140. Le zèle.—Il y a deux manières bien différentes d'enseigner : on peut le faire sans goût, sans entrain, uniquement pour gagner son argent ; ou bien, s’y livrer avec ardeur, avec sincérité et un désir très-arrêté üe faire avancer les élèves : c’est alors le zèle. Le maître qui en est animé, ne craint pas la fatigue, ne se laisse pas rebuter par les obstacles ; il fait de la direction de son école son affaire propre, personnelle, et les succès remportés par les enfants font sa joie, son orgueil et sa consolation.

150. La sobriété. Un instituteur est peut-être plus exposé que bien d'autres à contracter des habitudes d’intempérance, à cause de l'isolement auquel il est si souvent condamné. Il doit donc se défier beaucoup de ce vice dégradant, qui ruinerait bientôt sa santé, sa réputation, son avenir, et se rappeler en même

temps que l’homme n'urrive ordinairement à l’ivrognerie que d’une manière insensible, en faisant société avec des gens qui ont du

goût pour la boisson, ou en fréquentant les tavernes. Il serait sage et édifiant de la part d'un maître d'école de s'agréger à une Société de Tempérance.

Telles sont les qualités les plus nécessaires à un Instituteur. On le voit, elles sont nombreuses et variées. Bien peu de gens sans doute peuvent se flatter de les posséder toutes, et le soin de les acquérir doit faire l’objet constant des efforts des personnes vouées à l'éducation. Ceux qui ont l'avantage de fréquenter une Ecole Normale, doivent précisément employer le temps qu'ils y passent à examiner jusqu’à quel point ils en sont dépourvus, et à faire de généreux efforts pour les acquérir.

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